Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Europe 1 le 23 mai 2018, sur le projet de loi réformant la SNCF en voie d'être débattu au Sénat et le développement du véhicule électrique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Europe 1 le 23 mai 2018, sur le projet de loi réformant la SNCF en voie d'être débattu au Sénat et le développement du véhicule électrique.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

PATRICK COHEN
On aura ce matin le résultat de la consultation lancée par les syndicats de cheminots sur votre réforme de la SNCF, mais à vos yeux, c'est un non-événement ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, il n'y a pas beaucoup de suspense, les syndicats qui ont voulu organiser ce vote ont fait une sorte de pétition contre la réforme, donc je pense…

PATRICK COHEN
Une pétition ?

ELISABETH BORNE
Ah, je pense que c'est bien une pétition, donc il n'y a pas… a priori, on peut penser que les cheminots qui vont s'exprimer ne soutiennent pas la réforme. Moi, je ne vais pas…

PATRICK COHEN
Mais pétition, on en tient compte, Elisabeth BORNE… ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on est sur une réforme qui, bien sûr, concerne les cheminots, mais qui concerne tous les Français. Et donc le vote, il se passe au Parlement, je pense qu'on ne peut pas s'asseoir sur le fait que 80 % des députés ont voté le projet de loi à l'Assemblée le mois dernier. Et donc le débat va se poursuivre au Sénat, il démarre aujourd'hui en commission au Sénat. Et moi, je voudrais peut-être dire aussi que je ne trouve pas très responsables les syndicats qui voudraient laisser croire que la réforme pourrait ne pas se faire. Le président de la République, le Premier ministre ont dit clairement : le gouvernement est déterminé à mener cette réforme. Donc voilà…

PATRICK COHEN
Même s'il y a 90 % de cheminots qui disent non à votre réforme, ça ne comptera pas.

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas revenir sur les conditions d'organisation de ce scrutin. Je dis : cette réforme, elle se vote au Parlement, elle a été approuvée par 80 % des députés, et le débat se tient maintenant au Sénat. C'est une réforme qui concerne tous les Français, c'est parce que les Français veulent un meilleur service qu'on mène cette réforme…

PATRICK COHEN
Même si c'est contre les cheminots.

ELISABETH BORNE
Cette réforme, elle n'est pas contre les cheminots, mais moi, je n'ai pas attendu cette consultation ou ce référendum pour savoir qu'il peut y avoir des questions et des inquiétudes. Le principe, c'est que c'est dans le dialogue qu'on peut apporter des réponses, il y a eu aussi beaucoup de désinformation, de fausses informations, vous savez, quand on vous parle de casse du service public alors qu'on va investir plus qu'on ne l'a jamais fait dans le transport ferroviaire, quand on vous parle de privatisation alors qu'on a bien dit : la SNCF est une entreprise publique, elle restera 100 % publique, je peux comprendre que les cheminots se posent des questions.

PATRICK COHEN
On y vient. Alors, dites-nous ce qui va se passer au Sénat où la réforme va être débattue, le texte est discuté depuis hier en commission, est-ce que vous allez faire quelques pas vers ce que réclament les syndicats de cheminots Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Alors, certains syndicats effectivement se sont placés dans le dialogue et ont fait des propositions. Et moi, j'en ai tenu compte, on en a parlé aussi avec les sénateurs, qui souhaitent aussi donner une place au dialogue social, donc les amendements qui sont discutés ce matin en commission, ils ne tombent pas du ciel, c'est le fruit des discussions que j'ai menées avec l'UNSA et la CFDT, et puis aussi, de l'attention que les sénateurs portent au dialogue social, il y a des choses très concrètes…

PATRICK COHEN
Par exemple ?

ELISABETH BORNE
Eh bien, les syndicats souhaitent qu'on donne la priorité au volontariat pour les transferts si la SNCF perd un contrat, on élargit encore le volontariat…

PATRICK COHEN
Les transferts vers un opérateur privé, en l'occurrence…

ELISABETH BORNE
Voilà, vers un autre opérateur, on élargit le volontariat à l'échelle de la région pour donner le maximum de chances au volontariat, on a aussi apporté des précisions sur la rémunération, c'est bien l'intégralité de la rémunération qui sera conservée, et puis, il y a des choses qui sont peut-être aussi plus symboliques, mais aussi importantes pour les cheminots sur ce qu'on peut appeler l'unité sociale, la possibilité pour les cheminots de faire des mobilités dans tout le groupe SNCF, le maintien d'un comité d'entreprise commun, donc ce sont des propositions qui ont été faites par les syndicats…

PATRICK COHEN
Un droit au retour à la SNCF aussi pour les cheminots transférés ?

ELISABETH BORNE
Absolument, un droit au retour, tout à fait…

PATRICK COHEN
Qui pourraient revenir à la compagnie nationale quelques années plus tard…

ELISABETH BORNE
Voilà, soit dans le nouveau cadre, soit en revenant au statut, donc tout ça, c'est des propositions qui ont été faites par les syndicats, qui sont reprises, que moi, j'ai reprises, j'ai beaucoup discuté avec eux ces derniers jours, avec les sénateurs et c'est effectivement les amendements qui sont sur la table de la commission, ce matin.

PATRICK COHEN
Alors tout ça est très technique, mais il y a un amendement que tout le monde peut comprendre qui dit : le capital de la SNCF est incessible, c'est l'amendement numéro 84 déposé par un sénateur de la majorité, Frédéric MARCHAND, et qui dit clairement que la SNCF, ni aucune de ses sociétés, ne peut être privatisée, allez-vous soutenir cet amendement lors de la discussion au Sénat ?

PATRICK COHEN
Moi, je vais soutenir cet amendement, on avait d'ores et déjà inscrit dans le texte à l'Assemblée nationale que l'Etat détenait intégralement le capital de la SNCF, donc elle est 100 % publique, certains ont voulu donner un peu d'inquiétude en disant : mais est-ce qu'on est bien, voilà, vous n'avez pas voulu mettre le terme incessible…

PATRICK COHEN
C'est vous qui avez créé l'inquiétude en refusant le même amendement qui avait été présenté par un député Insoumis, en l'occurrence, Eric COQUEREL…

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi, je vois bien que certains veulent exploiter le fait qu'on n'a pas pris cet amendement, pour créer des doutes, on dit deux fois la même chose, on dit : le capital est intégralement détenu, je voudrais qu'on m'explique comment on peut à la fois détenir intégralement le capital et ouvrir ce capital à d'autres que, à l'Etat…

PATRICK COHEN
Eh bien, en cédant une partie de l'entreprise…

ELISABETH BORNE
Non, si, c'est intégralement détenu, je pense que c'était clair, mais…

PATRICK COHEN
Si c'est intégralement détenu, à condition que l'entreprise ne change pas de périmètre…

ELISABETH BORNE
Intégralement détenu par l'Etat. Mais, moi, je vous dis, la répétition, c'est aussi de la pédagogie, donc s'il faut dire deux fois la même chose, je n'ai aucun problème, je soutiendrai cet amendement.

PATRICK COHEN
Donc vous avez changé d'avis, pour quelles raisons ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi, je vois que certains veulent exploiter, voilà, le fait qu'on était peut-être sur une position trop rationnelle ou juridique, s'il faut dire deux fois la même chose, je n'ai aucun problème, on va dire deux fois la même chose.

PATRICK COHEN
Bon très bien, vous n'avez pas le sentiment d'avoir perdu du temps là-dessus, il aurait suffi de dire oui à l'Assemblée…

ELISABETH BORNE
Vous savez, j'ai eu un débat en commission, je vois bien que certains ne veulent pas être rassurés, et que, quoi qu'on écrive, ils continueront à semer le doute, à dire : on veut privatiser…

PATRICK COHEN
Donc, ça va mieux en le disant…

ELISABETH BORNE
C'est 100 % public, c'est intégralement détenu, c'est incessible, on peut le dire autant de fois qu'on veut, si ça peut rassurer, aucun problème pour le dire deux fois ou trois fois.

PATRICK COHEN
Vendredi, Edouard PHILIPPE recevra à nouveau les syndicats de cheminots c'est là qu'on aura enfin les précisions sur la reprise de la dette de la SNCF.

ELISABETH BORNE
Alors effectivement, c'est un rendez-vous qui avait été fixé début mai, l'idée, c'est de faire le point sur l'ensemble des éléments de la réforme, à la fois ce qui a été pris comme amendement, on en parlait, aussi les discussions qui doivent se mener au niveau de la SNCF et de la branche, il y a un enjeu important maintenant que des discussions s'ouvrent dans la branche pour finaliser la convention collective. Donc on avait 15 jours à la SNCF et à la branche pour proposer un calendrier de travail, avec des thèmes, donc moi, je recevrai demain la SNCF et les entreprises de la branche pour qu'elles me présentent le travail qu'elles ont fait, et puis, le Premier ministre l'a indiqué, on fera aussi des annonces sur l'équilibre économique du secteur, avec la reprise de la dette et les investissements supplémentaires.

PATRICK COHEN
Et les investissements c'est un chiffre très attendu effectivement, la reprise de la dette, on dit 35 milliards, en deux fois, 2020 et puis 2022 ?

ELISABETH BORNE
Alors, je ne vais pas faire aujourd'hui les annonces de vendredi, mais donc le Premier ministre a dit très clairement que l'objectif, il est qu'en 2022, la SNCF puisse financer ses investissements, qui seront encore plus importants que ce qu'on avait dit jusqu'à présent, sans augmenter sa dette, et je pense que les cheminots pourront apprécier ; ça fait des années qu'on sait que la SNCF est asphyxiée par sa dette, les gouvernements précédents avaient mis les choses sous le tapis. Le gouvernement s'attaque à ce sujet, la reprise de la dette, ça sera progressivement dès 2020 avec l'objectif que l'entreprise soit à l'équilibre en 2022, donc finance ses investissements sans augmenter sa dette.

PATRICK COHEN
Parce que la dette, ça représente, engendre à peu près la moitié du déficit structurel, un milliard et demi d'euros de frais financiers chaque année pour la SNCF, est-ce que, une fois qu'on aura, à la fois ces amendements dont vous venez de parler, ces amendements de nature sociale, au Sénat discutés au Sénat, le chiffre de la reprise de la dette et ceux des investissements annoncés par le Premier ministre, est-ce qu'on pourra, à votre avis, envisager une sortie du conflit ?

ELISABETH BORNE
Moi, je dis que tous les éléments seront sur la table, l'engagement du gouvernement en faveur du ferroviaire, la volonté évidemment de proposer un meilleur service aux Français, c'est le sens de la réforme, les garanties qui sont données dans la loi, les discussions qui doivent s'engager au niveau de la branche pour proposer un cadre social de haut niveau à tous les salariés de la branche, tous ces éléments seront sur la table, ensuite, chacun prend ses responsabilités.

PATRICK COHEN
Sinon, les sénateurs ne manqueront pas de porter les inquiétudes des Français sur l'avenir des petites lignes, enfin des lignes les moins fréquentées, beaucoup d'entre elles doivent faire l'objet de travaux de rénovation, elles ferment, mais faute de financement, on ne sait pas toujours quand elles pourront rouvrir. Avez-vous pu avancer avec les régions Hauts-de-France et Normandie sur la ligne Abbeville-Le Tréport, qui doit cesser son service lundi prochain, Elisabeth BORNE ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on discute avec toutes les régions, moi, j'ai rencontré à peu près tous les présidents de région, on a effectivement un défi considérable pour rattraper des décennies de sous-investissements, moi, j'ai eu l'occasion de le dire, ce n'est pas des petites lignes, parce que ce sont des lignes très importantes pour la vie de beaucoup de Français, le gouvernement est engagé dans le cadre des contrats de plan Etat Région à hauteur d'un milliard et demi sur ces lignes, et les engagements seront tenus. Et on va faire un point global avec les régions sur l'ensemble des lignes, et la façon dont on pourra préparer les prochains contrats de plan en veillant à maintenir les lignes qui sont utiles pour les Français…

PATRICK COHEN
Vous ne voulez pas me parler d'Abbeville-Le Tréport, dont et Hervé MORIN, les deux présidents de région se sont exprimés, ont exprimé des engagements ici-même, 20 millions sur la table pour…

ELISABETH BORNE
Les deux présidents savent très bien qu'on peut rediscuter du contrat de plan, réallouer les financements sur cette ligne à la place d'une autre ligne, en tout cas, voilà, moi, je suis vraiment disponible pour…

PATRICK COHEN
Mais les trains vont s'arrêter, encore une fois, c‘est 34 kilomètres de voies, il manque 20 millions d'euros, ce qui n'est quand même pas grand-chose, et personne ne va faire un effort…

ELISABETH BORNE
Il y a beaucoup de lignes, vous savez, c'est des centaines de millions qu'il faut consacrer pour maintenir ces petites lignes après des décennies de sous-investissements. Moi, je parle beaucoup aux présidents de régions et je suis à leur disposition pour changer le contrat de plan, pour préparer les prochains contrats de plan et répondre au mieux aux besoins des Français.

PATRICK COHEN
Bon, la question reste en suspens, dernière question de Carole FERRY du service économique et social d'Europe 1.

CAROLE FERRY
Elisabeth BORNE, bonjour. Vous étiez hier à Bercy pour préparer l'avenir de la filière automobile, il y avait BRUNO LE MAIRE, Nicolas HULOT, les patrons de RENAULT et PSA Carlos GHOSN et Carlos TAVARES, tout le monde s'est mis d'accord, notamment pour multiplier par cinq les ventes de voitures électriques d'ici 2022. Honnêtement, vous y croyez, c'est aujourd'hui 1 % des ventes alors qu'on a quand même un bonus de 6.000 euros. Vous avez une botte secrète pour faire décoller les ventes ?

ELISABETH BORNE
Enfin, je pense que cette réunion était importante, parce que la filière automobile fait face à des défis considérables, la transition énergétique, vous en avez parlé, les changements de comportement aussi ; le fait que les voitures demain seront plus partagées, l'arrivée du véhicule autonome, et c'est vraiment important…

CAROLE FERRY
Les métiers qui évoluent…

ELISABETH BORNE
Les métiers qui évoluent, les changements de compétences effectivement, et c'est important qu'on partage avec l'ensemble de la filière ces perspectives d'avenir. Le développement des véhicules électriques, c'est très importants, notamment dans les grandes villes qui sont confrontées à des problèmes de pollution, c'est un vrai problème de santé publique, donc moi, je crois beaucoup au développement du véhicule électrique qu'on va accompagner en maintenant un bonus et en développant aussi les infrastructures de recharge, 100.000 bornes à la fin du quinquennat…

CAROLE FERRY
Si on maintient juste le bonus, ça ne va pas faire décoller les ventes plus qu'aujourd'hui !

ELISABETH BORNE
Franchement, maintenir le bonus, donner un bonus jusqu'à la fin du quinquennat, donner de la visibilité, développer les infrastructures de recharge, moi, je suis convaincue que, il faut que nos concitoyens fassent aussi leurs calculs que, du coup, les constructeurs automobiles fassent de la pédagogie, c'est économiquement, c'est écologiquement important, et c'est économiquement intéressant.

CAROLE FERRY
Pas de botte secrète.

PATRICK COHEN
Merci Carole FERRY. Merci Elisabeth BORNE d'être venue ce matin au micro d'Europe 1 en direct.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mai 2018

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