Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France Info le 23 mai 2018, sur la politique du gouvernement en faveur des quartiers en difficulté. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France Info le 23 mai 2018, sur la politique du gouvernement en faveur des quartiers en difficulté.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :


BRUCE TOUSSAINT
L'invité de France Info ce matin est Julien DENORMANDIE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
On entendait un plan pour les banlieues, et le président de la République avait réuni 600 personnes hier à l'Elysée, pour pensait-on, le présenter, et puis en fait le plan, on n'a eu pas de plan. On écoute Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON – HIER A L'ELYSEE
Je ne vais pas non plus vous annoncer un plan ville, un plan banlieue ou quoi que ce soit, parce que cette stratégie est aussi âgé que moi.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, alors, « La stratégie est aussi âgée que lui », puisque le premier plan banlieue remonte à Raymond BARRE, et Emmanuel MACRON poursuit en disant « de toute façon ça ne marche plus les plans ». Ça veut dire quoi ? On ne comprend pas bien.

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce que je pense fondamentalement qu'il faut changer de méthode. Il faut changer de méthode, en ce sens où ce que l'on essaie de faire aujourd'hui sur la politique de la ville, c'est d'abord de partir d'un constat sans concession. Le constat on le connaît, le constat il faut l'argumenter, il faut le décrire avec précision.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est quoi le constat ? Tout va mal ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien le constat, c'est que tout simplement aujourd'hui, quand vous habitez dans un quartier, vous avez par exemple 2,5 fois moins de chances d'avoir un job. C'est ça le constat, c'est ça la réalité. Vous êtes discriminé, et en plus votre discrimination, plus vous êtes diplômé, plus cette discrimination est forte. Le constat aussi, c'est que la sécurité…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a de la discrimination, il n'y a de l'insécurité, il y a de la violence…

JULIEN DENORMANDIE
La sécurité n'est pas suffisamment assurée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Eh bien donc, pourquoi pas de plan ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce que...

JEAN-MICHEL APHATIE
Quel est le problème du plan en tant que tel ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce que, moi j'étais dans la salle hier, devant ces 600 personnes. Le président de la République a été applaudi. Jean-Louis BORLOO, avec qui on a tant travaillé pendant ces sept derniers mois, Jean-Louis BORLOO s'est dit satisfait des annonces des mesures faites par le président de la République.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oh oh oh ! Il faisait une tête de six pieds de long, mais il s'est dit satisfait. Ça, c'est Jean-Louis BORLOO, ça.

JULIEN DENORMANDIE
Oui. Jean-Louis BORLOO, moi je le connais bien, ça fait sept mois que l'on travaille ensemble, on était dans le même bâtiment, il avait le bureau au-dessus du mien, on a échangé jouer et nuit sur l'ensemble de ces mesures, et j'ai lu la Presse comme vous ce matin, la Presse…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a une déception de la part des élus notamment des gens qui sont tous les jours face à ces difficultés dans les banlieues. Vous avez noté la déception.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, des gens qui sont tous les jours, qui vivent dans ces banlieues, moi je suis tous les jours avec eux pour travailler et pour essayer de faire changer les choses. Mais qu'est-ce que dit le président de la République ? Effectivement, des plans banlieue on en a eu beaucoup, effectivement la première fois qu'un plan banlieue a vu le jour, c'était sous Raymond BARRE, Bruce TOUSSAINT avait six ans je crois, et pour autant la situation…

JEAN-MICHEL APHATIE
Moi j'avais un petit peu plus.

JULIEN DENORMANDIE
Je n'ai pas osé le dire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est charitable. « Pas osé », il ne faut pas exagérer non plus, mais c'est charitable de ne pas l'avoir dit.

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce que je veux dire par là, c'est que les plans aujourd'hui, on sait que cette méthode-là, elle est peut-être passée. Il ne suffit pas qu'un président de la République fasse une liste de mesures, et dise ensuite : eh bien voilà, les mesures elles vont s'appliquer. Qu'est-ce qu'on essaie de faire ? On essaie de créer une dynamique associant tous les acteurs. Je ne peux pas vous dire le nombre d'heures, tellement elles ont été importantes, passées avec les habitants du quartier, avec les associations, avec les élus locaux, pour que, ensemble, on récrée cette dynamique sur le terrain. On n'est pas toujours d'accord, on a des sujets qui sont parfois des sujets de distorsion, mais on a recréé cette dynamique, et aujourd'hui l'idée c'est d'avancer tous ensemble, avec, un seul objectif : le résultat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors, pas de plan, mais quand même des mesures, on a quand même quelquefois un peu de mal à saisir. On écoute de nouveau Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON – HIER A L'ELYSEE
On doit tous être en capacité de proposer un stage à ces jeunes des quartiers, tous. Et donc si on se mobilise pour septembre, on va mettre en place cette Bourse des stages. Généralisation du testing et s'assurer qu'il n'y a pas de discrimination à l'embauche.
JEAN-MICHEL APHATIE

Alors, en soi, des petites mesures comme ça peuvent être intéressantes, mais vous le disiez, vous avez entendu beaucoup de gens satisfaits, vous avez sans doute entendu aussi beaucoup d'élus locaux qui étaient là à l'Elysée…

JULIEN DENORMANDIE
Bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
... dire : bon, ce n'est pas assez, c'est cosmétique tout cela, ce n'est pas à la hauteur des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Vous l'avez entendu Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Les élus locaux et notamment les maires dont je salue l'action, les maires de ces quartiers, encore une fois moi je travaille jour après jour avec eux pour trouver des solutions concrètes. Là vous prenez un extrait. Les stages de 3ème. Les stages de 3ème vous appelez ça une petite mesure. Quand vous allez dans les quartiers…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, je dis qu'en soi, en soi, c'est une mesure qui doit être défendue, ce n'est pas la hauteur des problèmes qui existent.

JULIEN DENORMANDIE
Monsieur APHATIE, le président de la République n'a pas annoncé que cette mesure concrète qui est de 30 000 stages pour les enfants de 3ème venant des quartiers. Mais c'est quoi la réalité ? Quand moi je vais dans un quartier, je vais à chaque fois rencontrer l'association des mamans. Les mamans elles vous disent tout le temps la même chose : vous savez, votre politique de l'Education nationale, c'est génial, votre idée des stages de 3ème c'est génial, mais ce n'est pas pour nous. Nous, nos enfants, on n'a pas de réseau, donc on n'arrive pas à trouver ces stages, mais posez-vous la question, y compris ici à Radio France, est-ce que, ces stages de 3ème, est-ce que c'est du copinage, est-ce que c'est de l'entre soi ou est-ce que véritablement il y a une ouverture et on va chercher des enfants des quartiers ? Que chacun se pose la question dans son entreprise où là où il travaille, et cette espérance, cette émancipation que l'on appelle de nos voeux elle passe par la recréation de ce réseau, elle passe par la possibilité de donner à ces enfants des quartiers, effectivement la capacité de faire ces stages de 3ème, en dehors de simplement les structures qui existent dans les quartiers.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je parlais de la réaction des élus, puisque ce sont aussi des acteurs, là, en première ligne, qui ont une opinion. La maire de Bondy était l'invitée hier parmi beaucoup d'autres élus, d'Emmanuel MACRON à l'Elysée, et ce matin, sur RTL, elle témoignait de cette réunion qu'elle n'a pas bien vécue. On l'écoute.

SYLVINE THOMASSIN, MAIRE DE BONDY (SEINE-SAINT-DENIS) CE MATIN SUR RTL
Je suis sortie 10 minutes avant la fin, quand il a prononcé pour la troisième fois le mot « clientélisme », en parlant des élus locaux, je ne pouvais pas en supporter plus et j'ai donc quitté la salle à ce moment-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes partie avant la fin, parce que vous vous sentiez quoi ? Insultée par cette mention-là ?

SYLVINE THOMASSIN
Je me suis sentie insultée par le président de la République. Qu'est-ce qu'on veut dire par clientélisme ? On serait comme ça, nous, les maires, à distribuer des logements et des emplois, qu'on n'a pas d'ailleurs ...

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y en a pas ? Il n'y a pas de clientélisme ?

SYLVINE THOMASSIN
Mais, il peut y en avoir, c'est toujours l'arbre qui cache la forêt, mais soyons clairs, de toute façon, quand bien même on le voudrait, on n'a ni logement ni emploi à distribuer.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sylvine THOMASSIN, maire de Bondy, qui s'est sentie insultée parce que le président a parlé de clientélisme. Alors, le clientélisme, ça existe ou pas ?

JULIEN DENORMANDIE
Le clientélisme, bien sûr que ça existe.

JEAN-MICHEL APHATIE
Des élus sont coupables…

JULIEN DENORMANDIE
Mais bien sûr que ça existe le clientélisme et d'ailleurs même la maire l'indique dans son propos. Le président de la République…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et c'est un problème, ça ? Le niveau de clientélisme c'est un problème ?

JULIEN DENORMANDIE
Evidemment que le clientélisme est un problème, mais après je salue l'action des maires, encore une fois. Là vous prenez l'extrait d'une maire, une maire qui est dans une posture, je la respecte, je la respecte. Le président de la République…

BRUCE TOUSSAINT
Elle est dans une posture, ça veut dire qu'elle n'est pas sincère ?

JULIEN DENORMANDIE
Le président de la République, hier, il commence son discours en saluant l'action de tous les maires et en saluant l'action des associations. Mais, encore une fois, ça fait un an que nous sommes en charge de transformer le pays. Ça fait un an. Ça fait un an que l'on essaie de changer de méthode, y compris dans les quartiers prioritaires de la ville. Ça fait 20 ans que la situation parfois dramatique que l'on connait dans les quartiers perdure, on ne va pas nous dire que depuis un an nous sommes responsables de tout ce qui se passe dans les quartiers.

BRUCE TOUSSAINT
Vous n'avez pas le sentiment que ce qui s'est passé hier, au fond, même si vous êtes ici pour le défendre, n'a pas été compris ? Sans jugement sur le fond, que ça n'a pas été compris, ce que vous voulez faire ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi, je pense deux choses. La première c'est, et je suis assez frappé par les retours de Presse, aujourd'hui, la première c'est qu'on limite l'évènement d'hier, à savoir est-ce que c'est un plan ou pas un plan ?

BRUCE TOUSSAINT
Ce n'est pas que la Presse.

JULIEN DENORMANDIE
Le président de la République il a passé deux heures à décrire précisément des mesures fortes, des mesures concrètes. On parlait des stages de 3ème, il a évoqué également la sécurité. Et puis la deuxième chose, c'est qu'effectivement on a un changement de méthode, et que ce changement de méthode c'est de partir des projets, c'est de se demander comment on peut faire revenir les grues, comment on fait que dans six mois la reconstruction urbaine elle s'opère effectivement dans les quartiers et que, il ne suffit pas qu'un président de la République clame haut et fort qu'on va faire 12 mesures, pour que sur le terrain cela se mette en place. On change de méthode.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, Julien DENORMANDIE, il est 08h40, l'essentiel de l'info.

- Flash -

BRUCE TOUSSAINT
Julien DENORMANDIE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, est l'invité de France Info. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous allons poursuivre sur la situation des banlieues et les propositions hier du président de la République. Deux députés qui ont produit un rapport sur ce sujet, François CORNUT-GENTILLE des Républicain, et Rodrigue KOKOUENDO, la République En Marche !, plaident pour que l'Etat introduise des statistiques ethnique concernant les populations de banlieue, ils posent cette question, qui est une question de bon sens, finalement : « Comment apporter des réponses appropriées aux besoins de la population, si on ne la connaît pas ? ». Si on n'en connaît pas l'origine, si on ne connaît pas les pratiques culturelles ou cultuelles ? Est-ce que c'est une question que vous prenez en compte et est-ce que vous réfléchissez à une, pour avoir une meilleure connaissance des populations de banlieues, à une production de statistiques ethniques ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est un sujet de fond. C'est un sujet très important, c'est un sujet qui renvoie également à la protection des données personnelles comme on dit et à la protection des individus. Notre droit ne permet pas des statistiques ethniques, et je pense que c'est bien.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour l'instant non, c'est une législation qui date de la fin des années 70, et c'est la CNIL qui en a la charge.

JULIEN DENORMANDIE
Personnellement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est une législation qui était prise à une époque qui n'est pas évidemment celle d'aujourd'hui, les problèmes sont un peu différents.

JULIEN DENORMANDIE
Personnellement, je pense que les statistiques ethniques, d'ailleurs, rien que le nom, le montrent, n'est pas forcément, ne sont pas forcément la bonne solution. Mais une fois que l'on a dit ça, il y a beaucoup d'autres solutions qui existent. Un point très précis par exemple, aujourd'hui quand vous êtes une entreprise, vous avez la possibilité de faire ce que l'on appelle du testing, de tester si votre mode de recrutement est discriminant ou non. Ce sont des démarches qu'on a commencé à instaurer, ce sont des démarches, et d'ailleurs le président de la République l'a dit hier, qu'on va généraliser. On va faire ces opérations de testing chez toutes les entreprises, les 120 plus grandes entreprises, à partir de l'automne prochain.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc c'est bien la preuve que l'origine des gens peut poser un problème dans la société.

JULIEN DENORMANDIE
Mais attendez, mais c'est non seulement la preuve, mais cette discrimination, je le disais il y a un instant, elle existe…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais si on ne connaît pas la population, comment répondre aux problèmes que connait cette population, si on n'en connaît pas la diversité ?

JULIEN DENORMANDIE
Les opérations de testing c'est quoi ? C'est que vous prenez des CV, toutes choses égales, par ailleurs les mêmes CV, sauf que d'un côté vous mettez une adresse qui est celle d'un quartier prioritaire de la ville, ou un nom à consonance arabe par exemple, et de l'autre côté vous prenez un autre territoire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, ça je sais, bien sûr.

JULIEN DENORMANDIE
Bon, et vous vous rendez compte que, aujourd'hui, c'est le cas au moment où on se parle, vous avez deux fois et demi moins de chances d'avoir votre entretien d'embauche quand vous êtes une personne issue du quartier prioritaire de la ville. Et ça, les tests, il y a des méthodologies qui existent, on va les mettre en oeuvre. C'est différent, c'est différent que de monitorer par tous, c'est-à-dire de suivre partout dans la société, avec des critères ethniques. Ces critères ethniques, moi je n'y suis pas fan.

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment apporter des réponses appropriées aux besoins de la population, si on ne la connaît pas, c'est une question que posent deux députés, qui est une question qui sans doute se posera à nouveau dans le futur. Emmanuel MACRON a…

JULIEN DENORMANDIE
Mais encore une fois, sur ce point-là, c'est essentiel, parce que la lutte contre la discrimination ne passe pas uniquement par des statistiques de la sorte. La lutte contre la discrimination ce sont des comportements. Et quand ces comportements ne sont pas vertueux, il faut les nommer et il faut les faire savoir. Ce sont ces opérations de testing que nous allons mettre en oeuvre vis-à-vis des entreprises.

JEAN-MICHEL APHATIE
Emmanuel MACRON a surpris en employant hier cette phrase.

EMMANUEL MACRON – HIER A L'ELYSEE
Je ne vais pas vous faire un plan, parce que, et quelque part ça n'aurait aucun sens, que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers, s'échangent l'un un rapport, et l'autre disant, on m'a remis un plan, je l'ai découvert. Ce n'est pas vrai, ça ne marche plus comme ça.

JEAN-MICHEL APHATIE
« Deux mâles blancs »…

BRUCE TOUSSAINT
C'est une forme de statistiques ethniques, qu'utilise Emmanuel MACRON.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça a surpris. Quel est le problème ? Pourquoi est-ce que des mâles blancs qui ne vivent pas en banlieue ne pourraient pas en parler, n'auraient pas la légitimité d'en parler ? C'est « blanc » le problème ? Ce n'est pas « mâle », c'est « blanc » ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais en fait ça renvoie à la méthode que j'évoquais tout à l'heure. Qu'est-ce que veut dire le président de la République lorsqu'il emploie cette phrase ? C'est que, aujourd'hui, pour construire des solutions qui sont à même de sortir les quartiers du problème dans lequel ils sont, il faut absolument arrêter avec cette vision d'en haut, qui consisterait à dire : voilà, moi Président de la République, en l'occurrence mâle blanc…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne dit pas ça.

JULIEN DENORMANDIE
... moi, Jean-Louis BORLOO, en l'occurrence mâle blanc, nous avons tous les solutions.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne dit pas « c'est la France d'en haut le problème », il dit « c'est les mâles blancs le problème ».

JULIEN DENORMANDIE
Non, je ne dis pas que c'est la France d'en haut, je dis que ce serait des solutions apportées d'en haut, en disant : ces solutions, parce que nous on connaît tout, on va les appliquer sur le terrain. Ce que veut dire le président de la République, et ce qui a été…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, ce qu'il veut dire, mais ce n'est pas ce qu'il dit, « mâle blanc ».

JULIEN DENORMANDIE
Ce qui a été la démarche, notamment de Jean-Luc MELENCHON avec nous pendant ces derniers mois, c'est de dire : il faut recréer la dynamique. Cette dynamique, qu'on le veuille ou non, elle avait disparu. Les gens ne se parlaient plus. Vous aviez des personnes qui s'appropriaient les quartiers. Vous savez, des associations par exemple qui d'un côté disaient « les quartiers c'est moi », d'autres côtés des habitants qui disaient « mais attendez, ces associations elles ne connaissent pas les quartiers, ce sont nous les habitants qui connaissons le mieux les quartiers ». Et puis d'autres, notamment des administrations ou des institutionnels, disant : « Mais attendez, c'est moi qui ai la vérité sur les quartiers ». Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faut arrêter cela, il faut recréer cette dynamique, et cette dynamique c'est de mettre tout le monde autour de la table, pour déterminer les solutions.

JEAN-MICHEL APHATIE
« Mâle blanc », c'est une expression communautariste. Alors, peut-être que vous ne pouvez pas le reconnaître, mais ce n'est pas... On ne l'a jamais entendu au sommet de l'Etat, c'est la première fois qu'on entend ça. Donc c'est une phrase, évidemment, qui suscite l'attention.

JULIEN DENORMANDIE
Monsieur APHATIE, vous voyez très bien le sens de la phrase que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, justement.

JULIEN DENORMANDIE
Mais si, le sens de la phrase qu'indique le président de la République.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que ce n'est pas une maladresse ? C'est ce que je vous demande, vous ne pouvez pas en convenir.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, non seulement ça n'est pas une maladresse, mais c'est le signe de ce changement de méthode. A un moment il faut arrêter. C'est-à-dire que si tout ce qu'on avait depuis 20 ans marchait, ça se saurait. Aujourd'hui…

JEAN-MICHEL APHATIE
« Mâle blanc », c'est le signe d'un changement de méthode ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, le mâle blanc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'encore une fois, d'en haut, on pourrait avoir les mêmes mesures, que l'on prendrait, que l'on déciderait, de manière unilatérale et qui s'appliqueraient partout sur le territoire. Partout.

BRUCE TOUSSAINT
Mais vous-même en tant que mâle blanc, vous vous sentez légitime pour en parler ? Non mais sérieusement on est quand même en droit d'être étonné de cette formule. Encore une fois on ne parle pas du fond, là c'est quelque chose qui concerne plus la forme, l'utilisation, les mots ont un sens, surtout quand ils sont prononcés par le président de la République.

JULIEN DENORMANDIE
Les mots ont un sens, et moi, ma plus grande conviction, et je vais vous dire même plus, je pense que ce que nous avons réussi à recréer avec Jean-Louis BORLOO depuis maintenant 7 mois, c'est que nous avons remis autour de la même table, des acteurs qui jusqu'à présent ne se parlaient plus, et ces acteurs ça va des élus locaux, aux associations, aux habitants, aux conseils de quartiers, aux conseils citoyens. On a remis tout le monde autour de la même table, on a créé 10 groupes de travail, on a avancé de manière concrète sur énormément de mesures et de chantiers, pour faire en sorte que les choses évoluent dans les quartiers. Et ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'on change de méthode. Ce qui nous importe, c'est uniquement le résultat, construit, avec l'ensemble des personnes, vivant ou intervenant dans les quartiers. Et il y a des énergies qui sont absolument incroyables, et surtout des comportements et des agissements, de ces associations de ces maires, de ces habitants, qui sont à même de sortir les quartiers de la situation dans laquelle ils sont aujourd'hui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Autre point parmi les propos du président de la République, il a dit, il est resté vague, on n'a pas bien compris, je ne sais pas si vous avez un élément d'éclaircissement, que les maires pourraient connaître de le part des préfets, les personnes qui figurent dans le fichier de signalement pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste, donc c'est des fichés S, mais du S+ en quelque sorte, et on est un peu étonné, parce que finalement l'administration peut mettre des gens dans les fichiers, puis communiquer ensuite, à des maires, à des élus, le contenu de ces fichiers, sans que jamais la justice n'intervienne. Ce n'est pas un problème ce qu'a dit hier Emmanuel MACRON en termes de libertés publiques ? Vous avez une réflexion là-dessus ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, ça n'est pas un problème en termes de libertés publiques, c'est un point qui est fondamental, qui est de voir comment s'articulent notamment les polices municipales, avec les polices nationales et les renseignements territoriaux.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est-à-dire que le fichier va être diffusé désormais.

JULIEN DENORMANDIE
Alors ça n'est absolument pas tous les fichiers, c'est ce qu'a dit très précisément le président de la République, c'est qu'il faut travailler avec les maires pour savoir si un certain nombre de personnes, qui ne sont pas dans les fichés S mais qui sont dans d'autres types de fichiers, qui sont des fichiers…

JEAN-MICHEL APHATIE
ESPRT (phon).

JULIEN DENORMANDIE
PRT, ça veut dire pour radicalisation et terrorisme, le RT et le T du sigle que vous venez de prononcer, pour qu'on puisse mieux travailler avec les maires, dans l'identification et le suivi de ces personnes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais la justice n'intervient jamais, c'est-à-dire qu'on va diffuser le nom des gens qui sont sur ces fichiers, sans que jamais personne... c'est l'administration qui fait ces fichiers, sans aucun contrôle.

JULIEN DENORMANDIE
Je pense que si…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un fichier de travail pour la police, qui peut devenir maintenant un fichier de travail pour les maires.

JULIEN DENORMANDIE
Je pense que s'il y a bien un gouvernement qui est soucieux des libertés de chacun et on nous en fait suffisamment le reproche au moment où le ministre de l'Intérieur a passé la loi de lutte contre le terrorisme pour sortir de l'état d'urgence, c'est bien ce gouvernement. En revanche…

JEAN-MICHEL APHATIE
Là ça vous parait... il ne pourrait pas y avoir de problème là-dessus, sur la diffusion des noms qui sont dans un fichier ?

JULIEN DENORMANDIE
Que la police municipale puisse mieux travailler avec la police nationale, pour faire en sorte qu'à la fin on assure une meilleure protection de l'ensemble des Français, je pense que c'est une chose très bien.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, Julien DENORMANDIE.

- Flash -

BRUCE TOUSSAINT
Julien DENORMANDIE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Emmanuel MACRON a convenu hier que la lutte contre la drogue dans les cités était un échec. Pour autant, a-t-il dit, on ne légalisera pas le cannabis, il l'a dit clairement hier, mais en septembre 2016, il disait l'inverse. On l'écoute. Emmanuel MACRON, hier et en septembre 2016.

EMMANUEL MACRON – HIER A L'ELYSEE
Je ne suis pas favorable à la légalisation du cannabis ou des drogues douces, pour des tas de raisons sur lesquelles on pourra revenir dans un autre cadre.

EMMANUEL MACRON – SEPTEMBRE 2016 FRANCE INFO
Aujourd'hui le cannabis pose un problème, en effet, de sécurité, de lien avec la délinquance dans les quartiers difficiles, de financement de réseaux occultes, et donc on voit bien que la légalisation du cannabis a des intérêts de ce point de vue.

JEAN-MICHEL APHATIE
« La légalisation du cannabis a des intérêts », c'était en septembre 2016. Pourquoi ne pas ouvrir le débat ? Pourquoi le trancher aujourd'hui sans l'ouvrir ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, moi j'ai une particularité, c'est que j'ai suivi Emmanuel MACRON depuis maintenant des années. En septembre 2016, effectivement, il dit cela et il ajoute, il ajoute « sur la légalisation du cannabis, je ne me suis pas encore fait d'idée ». On a beaucoup travaillé ensuite, pour savoir si oui ou non c'était la meilleures des solutions.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, vous avez travaillé.

JULIEN DENORMANDIE
Beaucoup. Beaucoup.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc il y a des arguments pour.

JULIEN DENORMANDIE
On a travaillé pendant la campagne présidentielle…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il y a des arguments contre.

JULIEN DENORMANDIE
Evidemment qu'il y a des arguments, à la fois pour et à la fois contre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je n'ai jamais entendu un ministre exposer des arguments pour.

JULIEN DENORMANDIE
Le président de la République, à la suite, il s'est engagé dessus dès qu'il est arrivé, dès qu'il a été élu, a dit : je ne légaliserai pas le cannabis.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais voilà, mais on n'a jamais entendu les arguments pour la légalisation.

JULIEN DENORMANDIE
Mais qu'est-ce qu'on fait à la place ? On fait ce que l'on appelle la possibilité de contraventionnaliser l'usage du cannabis, tout en laissant le cannabis, l'usage du cannabis et le trafic de cannabis, évidemment comme un délit.

JEAN-MICHEL APHATIE
On convient que la lutte contre le cannabis est un échec total.

JULIEN DENORMANDIE
Mais concrètement…

JEAN-MICHEL APHATIE
... qu'on va continuer ?

JULIEN DENORMANDIE
Concrètement, ça veut dire quoi ? Pourquoi aujourd'hui la lutte contre le cannabis est un échec total ? Parce que, aujourd'hui, lorsque vous avez, sur le terrain, une heure de policiers pour aller attraper ceux qui sont en train de faire du trafic ou autre, vous avez ensuite 7 heures de procédure en moyenne par ces mêmes policiers et ensuite vous avez un infime nombre de personnes qui ont été attrapées, par la police, qui font effectivement l'objet d'une sanction judiciaire. Et donc c'est décourageant, et pour le pouvoir policier, le pouvoir judiciaire, et puis surtout ça laisse un sentiment d'impunité totale pour les personnes qui font du trafic de cannabis. Et donc qu'est-ce qu'on fait ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais quand il y a 5 millions de personnes qui consomment du cannabis, c'est aussi une réalité qu'aujourd'hui on nie complètement, avec une prohibition qui est factice aujourd'hui.

JULIEN DENORMANDIE
Non seulement on ne nie pas, mais qu'est-ce qu'on fait ? Aujourd'hui à chaque fois qu'une personne fera du trafic ou détiendra cette substance, les forces de police pourront mettre une amende directement sur place, pour que cet usage ou ce trafic ne reste pas impuni.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pensez que ça réduira, voire annulera le trafic ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais la solution, monsieur APHATIE…

JEAN-MICHEL APHATIE
Anéantir le trafic.

JULIEN DENORMANDIE
... ce n'est pas de se dire que le cannabis, qui est quand même un danger, un fléau pour beaucoup…

JEAN-MICHEL APHATIE
Plus que l'alcool ?

JULIEN DENORMANDIE
... d'un point de vue de la santé humaine…

JEAN-MICHEL APHATIE
Plus que l'alcool ?

JULIEN DENORMANDIE
... ne reste pas aujourd'hui comme quelque chose qu'on va banaliser et que chacun pourrait faire. Je suis quand même très étonné qu'on puisse se dire aujourd'hui, ce matin : le cannabis, il y a 5 millions de personnes qui en consomment, c'est très bien.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est plus dangereux que l'alcool ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne suis pas un neurotoxique, mais ce que je peux vous dire, c'est que toutes les études que j'ai pu lire, me montrent que je préfère que mes proches, les concitoyens et l'ensemble du pays, ne deviennent pas des acharnés de la consommation du cannabis, comme vous pouvez sembler le dire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non non, pas du tout, mais ce serait un bon moyens…

JULIEN DENORMANDIE
C'est ce que je comprends…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce serait un bon moyen de faire de la prévention. Parce que la négation du problème n'est peut-être pas la chose la plus intelligente.

JULIEN DENORMANDIE
C'est trop facile de dire : pour lutter contre des trafics, il suffit de légaliser. C'est trop facile de le dire. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas analyser la chose et se poser les questions, on l'a fait, et on l'a conclu de manière très ferme, on ne légalisera pas le cannabis mais par contre on va faire en sorte que ceux qui font du trafic de cannabis, en restent pas impunis. C'est ça qui a découragé et les policier, et laissé se développer ces réseaux de manière outrancière, on l'a encore vu à Marseille avec des images ô combien choquantes, il faut démanteler tous ces réseaux et c'est ce que fait avec la plus grande fermeté le ministre de l'Intérieur.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous serons d'accord, Julien DENORMANDIE, pour dire que le racisme doit être combattu partout.

JULIEN DENORMANDIE
Il doit être combattu partout, avec la plus grande fermeté.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je vous propose d'écouter la députée, Agnès FIRMIN LE BODO, elle est députée de Seine-Maritime, elle était dimanche dans les tribunes d'Ajaccio et elle rendait compte de ce qu'elle a entendu, ce matin, c'était avec vous Bruce TOUSSAINT, sur France Info, à 07h20. On écoute Agnès FIRMIN LE BODO.

AGNES FIRMIN LE BODO, DEPUTEE (LES CONSTRUCTIFS) DE SEINE-MARITIME
Moi ce qui me choque, d'abord en tant que supportrice, c'est que dans une enceinte sportive, on puisse laisser proférer des propos racistes, tels que nous les avons entendus « Français de merde », « Il faut les tuer », c'est quand même très violent, très très violent, « ramasseurs de coton, sales négros », et ceci de façon, ce n'est pas une fois, c'est tout le match.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, donc c'était le match Ajaccio – le Havre. Elle dit que c'est dans la tribune présidentielle qu'elle entendait cela, c'était dans l'ensemble du stade, pratiquement pas de réaction gouvernementale.

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien moi je peux vous faire une réaction très claire : si les faits qui sont avérés, qui sont décrits par la députée, sont avérés, c'est absolument inacceptable. Il n'y a pas de place a racisme dans notre société, aucune. Je comprends d'ailleurs que le procureur de la République d'Ajaccio s'est saisi du sujet. Evidement on sera totalement ferme et absolument ferme, le racisme n'a pas sa place dans la société française.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE, très bonne journée à vous.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mai 2018

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