Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 24 mai 2018, sur Parcoursup, les prestations et les aides sociales, le résultat du "Vote'action" à la SNCF et la situation des migrants à Paris. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 24 mai 2018, sur Parcoursup, les prestations et les aides sociales, le résultat du "Vote'action" à la SNCF et la situation des migrants à Paris.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, COHEN Patrick.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

PATRICK COHEN
Vous n'êtes pas en train de rater quelque chose avec Parcoursup, ce système qui inquiète aujourd'hui des milliers de lycéens et de familles ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça suffit de jouer avec les peurs et des lycéens et de leurs parents…

PATRICK COHEN
Qui joue avec les peurs ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Les oppositions, et plutôt celles de gauche, si je suis très transparent avec vous. Le scandale, c'était le système Admission Post-Bac, le fameux système APB, qui avait été bricolé, et encore, je suis gentil, au mois de mars, avril derniers, et qui a fait que 60.000 lycéens se retrouvaient le bec dans l'eau et livrés à un tirage au sort décidé par un algorithme à la rentrée dernière. Ça…

PATRICK COHEN
Sauf que l'an dernier, à la même date, davantage de lycéens étaient fixés sur leurs études à la rentrée suivante…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça n'est pas exact…

PATRICK COHEN
Si…

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous sommes à 54 % aujourd'hui de lycéens qui ont reçu le premier jour, qui était le 22 mai, donc avant-hier, 63.000 lycéens ont reçu une réponse positive. La différence avec APB, c'est quoi ? C'est que, APB, vous aviez une première vague de réponses, puis, vous deviez attendre deux à trois semaines sans aucun signal de personne, avant une seconde vague de réponses, puis, venait ensuite une troisième. Là, tous les jours, le site du ministère de l'Enseignement supérieur actualise ses chiffres ; ce qui veut dire que les 63.000 étudiants qui ont une réponse positive ont libéré 63.000 autres choix pour ceux qui attendent. Et que donc c'est au quotidien…

PATRICK COHEN
C'est-à-dire qu'il faut être patient…

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, et la vraie différence, c'est aussi le second procès qui est fait à ce nouveau système, on dit : ce sont des algorithmes, les 800.000 étudiants qui ont fait des voeux, tous ces voeux ont été examinés par des équipes pédagogiques, ça n'était pas le cas avec APB. Là, c'était un algorithme. Donc il y a un meilleur accompagnement, et je veux le dire à tous les lycéens et à tous leurs parents dont je peux comprendre aisément l'inquiétude.

PATRICK COHEN
L'autre différence avec APB, c'est la fin de la hiérarchisation des voeux, ce qui fait que les meilleurs candidats ont reçu plusieurs propositions, parfois jusqu'à dix, pendant que les autres attendent les désistements des premiers. Pourquoi avoir fait le choix de ce système de la fin de la hiérarchisation ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais d'abord, parce que les étudiants avaient une meilleure information, les lycéens, pardon, futurs étudiants, avaient une meilleure information sur les possibles choix qui s'offraient à eux. Et qu'est-ce que nous disent les premiers résultats, et notamment, les choix des filières ? 1°) : que les étudiants, les futurs étudiants, pardon, sont souvent plus responsables que les responsables politiques, parce que, ils ont fait le choix de filières où il y a souvent plus de débouchés professionnels…

PATRICK COHEN
Les plus sélectives…

BENJAMIN GRIVEAUX
Avec plus d'insertion. Et vous avez – vous le dites et vous avez raison – 29.000 lycéens qui ont eu un refus parce que, ils ont demandé des filières sélectives, que ce soit en bac général, en bac pro ou en bac technologique, ceux-là, à la différence d'avant également, ils auront chacun un accompagnement personnalisé pour les orienter dans des filières où ils pourront trouver un chemin.

PATRICK COHEN
Un dernier mot, la conséquence de ce système, c'est bien le signe d'une sélection, même si vous ne voulez pas employer le mot, les bons élèves raflent toutes les places des formations sélectives, et ceux qui sont en liste d'attente aujourd'hui sont ceux qui ont les dossiers les plus faibles.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, rappelez-moi, on s'inscrivait à Henri IV avec un dossier faible scolaire avant ?

PATRICK COHEN
Non, mais ce n'est pas Henri IV, là, c'est l'université dont on parle…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, on s'inscrivait, de la même manière, et vous le savez, à l'université, ça n'est pas la question de la sélection, la sélection, elle se faisait par l'échec, on avait deux tiers des étudiants qui, à la fin de la licence, se retrouvaient sans rien, donc on avait…

PATRICK COHEN
C'est la question des moyens, il n'y a pas assez de places…

BENJAMIN GRIVEAUX
On avait installé un système de sélection par l'échec. Et là, on offre, 1°) : le choix à des étudiants de se déterminer aussi en fonction des filières et des taux d'insertion dans l'emploi, des jobs qu'ils trouveront à la sortie, et pas uniquement d'autres éléments.

PATRICK COHEN
Autre dossier, Benjamin GRIVEAUX, celui des prestations sociales, vous allez nous expliquer la position du gouvernement, parce qu'on n'a pas bien compris, vous voulez les réduire, les maintenir, les redéployer ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, d'abord, vous dire que ça n'est pas la direction du budget qui fixera la politique sociale du gouvernement…

PATRICK COHEN
Ni même le ministre de l'Economie alors ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La direction du budget, elle a vocation à produire des notes qui sont des notes d'analyse, et qui permettent au gouvernement, ensuite, de se déterminer. Mais je rappelle que la décision, elle appartient au gouvernement et aux politiques…

PATRICK COHEN
Alors, je précise pour les auditeurs qui n'ont pas forcément suivi que cette note du budget, elle a été dévoilée…

BENJAMIN GRIVEAUX
C'était sur votre antenne, ils ont forcément suivi…

PATRICK COHEN
Mais non, mais, eh bien oui, mais, on peut rater des épisodes. Cette note du budget, elle a été dévoilée vendredi dernier par le journal Le Monde. Questionné là-dessus, Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, a dit dimanche matin, au « Grand Rendez-vous » que, oui, il y avait forcément un effort de réduction des prestations sociales à effectuer, et il a été contredit hier, donc la position du gouvernement…

BENJAMIN GRIVEAUX
Notre position, elle est assez simple, on ne rentre pas sur la question, et d'ailleurs, dans aucune des politiques que nous conduisons, il ne faut jamais rentrer sous un angle strictement budgétaire, pour des raisons simples, c'est que la politique du rabot, ce n'est jamais une bonne politique, regardez ce qui était fait sur les collectivités locales depuis toujours, c'était : on baisse la dotation globale de fonctionnement de toutes les communes de France, qu'elles soient de 2.000 habitants ou de 500.000 habitants, ça ne change rien, c'est le même tarif pour tout le monde. Ça, c'est une mauvaise politique, c'est le rabot. Nous, on a fait le choix de faire différemment. Et donc on ne rentrera pas dans les sujets sur les questions de budget, ça n'aurait pas de sens. Donc ce que je dis, c'est que, il est légitime qu'il y ait des débats, et c'est ça au sein d'un gouvernement, on nous accuse alors, tantôt, d'être caporalisés et de ne rien penser à part répéter en boucle le programme présenté par le président de la République…

PATRICK COHEN
Plutôt moins de couacs dans votre gouvernement…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et caporalisés, et quand il y a un débat, subitement, ça devient des couacs. Donc il est légitime…

PATRICK COHEN
Donc là, il y a un débat…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il est légitime que les ministres débattent, je les invite à le faire dans les réunions, autour de la table du Conseil des ministres, et à de nombreux débats, et pas dans la presse.

PATRICK COHEN
D'accord. Mais la position du gouvernement, c'est celle de Gérald DARMANIN et pas celle de Bruno LE MAIRE ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La position du gouvernement, elle est d'abord de se dire qu'on a un sujet de reconstruire un modèle… non, mais, ce n'est pas par le petit bout de la lorgnette qu'on prend un…

PATRICK COHEN
Non, ce n'est pas le petit bout, mais, pardon, il y a deux positions divergentes qui ont été exprimées ces derniers jours…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais si, si. Je vais vous dire, je vais vous donner non pas des positions, mais des faits, il y a des textes qui ont été votés, ça s'appelle la loi de Finances, la loi de Finances, elle a décidé quoi : augmentation du minimum vieillesse, c‘était le 1er avril dernier. L'allocation parent isolé, elle a augmenté avril dernier. A l'automne prochain, augmentera l'allocation adulte handicapé, augmentera également la prime d'activité. Donc la question des aides sociales, elle est votée, ça n'est plus un débat. Ce que, en revanche, il est légitime d'interroger, on nous dit souvent : mais où est la jambe sociale du gouvernement ? Est-ce que vous avez une jambe sociale ? Moi, je le dis, la meilleure des politiques sociales, c'est ce qu'on fait sur le travail, sur la formation professionnelle, sur l'éducation, sur l'apprentissage, c'est ça notre jambe sociale. Ça n'est pas… une bonne politique sociale ne se résume pas à la question des seules aides sociales.

PATRICK COHEN
Alors, à propos du social, la SNCF, 95 % de non à la réforme ferroviaire, vous avez dit cent fois que ça ne changerait rien à la réforme, mais est-ce que ça peut bousculer le management de la SNCF, est-ce que ce chiffre de 95 % pose la question du maintien de Guillaume PEPY à la tête de l'entreprise ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La question du maintien de Guillaume PEY à la tête de l'entreprise n'est pas posée, parce que, il serait parfaitement irresponsable de la part des pouvoirs publics de pointer du doigt une personne, ça, c'est le chemin facile, c'est-à-dire, regardez, il y a un responsable, c'est celui-là, on le sort du jeu, et tout ira bien. Ça n'est pas le cas, c'est une responsabilité collective, l'état de la SNCF aujourd'hui, c'est de la responsabilité des gouvernements qui se sont succédés depuis trente ans dans notre pays. Et donc, il n'est pas question de jeter l'opprobre sur untel ou un autre. La SNCF, c'est un service public, un service public, ça appartient à tous les Français, et quand on décide de choses pour tous les Français, ça se fait au Parlement, par la loi.

PATRICK COHEN
Vous n'imaginez pas calmer les syndicats en leur offrant la tête de Guillaume PEPY ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il n'est pas question d'offrir la tête de quiconque à personne, et par ailleurs, sur les conditions d'organisation de ce vote, écoutez, le résultat ne nous a pas surpris.

PATRICK COHEN
2.300 migrants vont être bientôt évacués de Paris, Gérard COLLOMB a ordonné le démantèlement des campements qui devrait intervenir à brefs délais, en fustigeant, dans un communiqué, et de façon assez sèche, le refus de la Ville de Paris de se saisir du problème, il a raison, le ministre de l'Intérieur ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous avions à Paris et nous avons et nous connaissons depuis maintenant de nombreuses années des situations qui, sur le plan humanitaire, sur le plan de l'éthique, de la morale, sont absolument insupportables pour tout citoyen normalement constitué, et en particulier, pour les Parisiens qui subissent cela depuis maintenant de nombreuses années. Nous avons décidé de procéder à l'évacuation, mais le ministre de l'Intérieur se substitue en cela, à la maire de Paris, qui disait : il faut mettre à l'abri ces migrants qui sont notamment le long du Canal-Saint Martin, et pour les mettre à l'abri, il faut qu'on puisse les évacuer. Or, seule la Maire de Paris avait l'autorité pour demander aux pouvoirs publics, au préfet de police, au préfet de Paris, d'évacuer…

PATRICK COHEN
Eh bien, la preuve que non…

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous nous substituons donc à son rôle, parce qu'elle n'a pas pris la responsabilité politique de demander l'évacuation, moi, je ne sais pas mettre…

PATRICK COHEN
Ça veut dire quoi, la Mairie de Paris a laissé pourrir la situation ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne sais pas mettre à l'abri des migrants si je ne peux pas les évacuations, c'est aussi simple que cela. Pour rappel, ce sera la 35ème mise à l'abri depuis 2015, faisons en sorte, en travaillant non pas sur de l'idéologie, mais de manière très pratique, pour le quotidien des Parisiens, que l'Etat et la Mairie de Paris travaillent ensemble, pour éviter une 36ème mise à l'abri dans quelques semaines.

PATRICK COHEN
Et donc on comprend que ça n'est pas le cas, que n'était pas le cas.

BENJAMIN GRIVEAUX
En tout cas, il y avait, en tout cas, une position de la Ville de Paris qui était d'être la capitale de l'accueil, et Paris a toujours été une ville accueillante. Et moi, je suis très à l'aise avec cela, mais quand on décide d'être une capitale de l'accueil, on s'en donne les moyens. Il se trouve que les gens qui venaient à Paris, qui étaient accueillis à Paris, 95 % étaient renvoyés vers la banlieue. Donc quand on a le coeur sur la main, on se donne les moyens d'avoir la politique de la générosité qu'on défend.

PATRICK COHEN
Un mot encore sur la capitale, puisque je rappelle que vous êtes élu de Paris, les Parisiens sont pratiquement privés de vélos en libre-service depuis 5 mois, vous avez compris comment ça s'est passé, comment on en est arrivé là, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, je lis la presse, je lis les enquêtes qui sont faites, je lis les déclarations des uns et des autres…

PATRICK COHEN
Vous êtes un peu mieux informé que la presse, non ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je comprends, c‘est que nous avions un service qui était envié dans le monde entier, qui a été copié dans de très nombreuses capitales qui était une fierté française, et moi, il m'arrivait fréquemment, lors de mes déplacements internationaux, que les maires des grandes villes qui nous a accueillaient nous disent qu'ils avaient, soit un Vélib' en fonctionnement, soit en préparation, je trouve que c'est dommage d'avoir gâché ce service qui rendait bien des services aux Parisiens, j'espère que des solutions vont être trouvées rapidement, et que, on va pouvoir remonter sur nos vélos, en plus, les beaux jours étant là, ce sera d'autant plus agréable.

PATRICK COHEN
Il est donc grand temps qu'une nouvelle équipe, une nouvelle majorité prenne les commandes de Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, ça, je ne sais pas, en tout cas…

PATRICK COHEN
Vous ne savez pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je peux vous dire, c'est qu'il est grand temps que, on puisse trouver une solution rapide…

PATRICK COHEN
Vous êtes sûr de ne pas savoir ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce que c'est un service utile pour les Parisiens.

PATRICK COHEN
Une question d'Hélène JOUAN.

HELENE JOUAN
Emmanuel MACRON devrait préciser avant l'été, avez-vous dit hier, sa vision de la place de l'islam dans la République à l'Elysée nous, on nous dit que ça pourrait se faire pas avant décembre, je ne remets jamais au lendemain ce que je peux faire le surlendemain, disait Oscar WILDE, pourquoi cette procrastination de la part du président de la République sur ce sujet de l'islam ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, il a eu l'occasion de s'exprimer à de nombreuses reprises sur les questions religieuses, sur la question de l'islam, mais aussi auprès des autres religions…

HELENE JOUAN
Il a parlé aux évêques, il a parlé aux protestants, il n'a pas encore…

PATRICK COHEN
Il a parlé au CRIF…

HELENE JOUAN
Oui, vous avez raison…

BENJAMIN GRIVEAUX
Donc il a parlé, il a parlé à de nombreuses reprises, et il s'est, à de nombreuses reprises, exprimé sur la question de l'islam, c'est un sujet qui est éminemment compliqué, c'est un sujet qui tend la société française depuis tant d'années avec une organisation qui ne s'est pas mise en place ou qui a été mal mise en place, avec des sujets qui sont fondamentaux sur la question du financement, sur la question de la formation, sur la question des prêches en français, et donc il est…

HELENE JOUAN
Donc il y a urgence aujourd'hui à se saisir de ce sujet !

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, on peut essayer de régler les problèmes dans l'urgence, et se laisser traîner dix ans après, c'est ce qui s'est passé. Donc là, prendre le temps…

HELENE JOUAN
Donc il préfère prendre six mois de plus…

BENJAMIN GRIVEAUX
Prendre le temps de rencontrer l'ensemble des parties prenantes, d'écouter ce que chacun a à dire, eh bien, je crois que c'est aussi un temps utilement employé.

PATRICK COHEN
Merci Benjamin GRIVEAUX porte-parole du gouvernement, et qui ne sait pas encore si la Mairie de Paris doit changer de pilote, mais qui va sans doute y réfléchir, améliorer les vélos déjà, première étape. Merci Benjamin GRIVEAUX, d'être venu en direct.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mai 2018

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