Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à BFMTV le 28 mai 2018, sur la mise en place de Parcoursup et l'orientation scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à BFMTV le 28 mai 2018, sur la mise en place de Parcoursup et l'orientation scolaire.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce matin notre invité Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Deux choses, d'abord vous êtes là sur RMC-BFMTV jusqu'à 9 h 00 et ensuite, avec les auditeurs de RMC de 9 h 00 à 9 h 30, vous allez répondre à toutes leurs questions. Donc je m'adresse aux auditeurs de RMC, n'hésitez pas, posez vos questions, Jean-Michel BLANQUER vous répondra en direct. « Construisons ensemble l'école de la confiance », c'est le nouveau livre que vous publiez aux éditions Odile Jacob, pour faire le point sur votre année comme ministre de l'Education nationale. Je voudrais tout de suite vous poser une question sur l'actualité, Parcoursup ce matin, combien d'élèves sont en liste d'attente ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Aujourd'hui, c'est de l'ordre de 35 % puisque vous avez presque 65 % des élèves qui ont au moins une réponse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez que de nombreux élèves, de nombreux futurs bacheliers lycéennes et lycéens se réveillent un peu plus tôt chaque matin avec l'espoir d'avoir remonté dans le classement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca, c'est une angoisse à quelques semaines du bac, une angoisse assez insupportable, non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense qu'il ne faut certainement pas nourrir cette angoisse, parce que le principal message c'est de dire que chacun aura une place. Donc je comprends parfaitement les sentiments que les uns et les autres peuvent avoir. Et même si le système est une amélioration incontestable par rapport au système précédent, ça je crois que ça ne peut pas se discuter. Par contre quand on se met du point de vue de l'étudiant qui n'a pas sa place, évidemment tous ceux qui ont leur place ne disent rien, ils sont nombreux, ils sont la majorité aujourd'hui ; ceux qui ne l'ont pas, je comprends très bien ce qu'ils ressentent. Il faut vraiment que le message de sérénité passe, c'est-à-dire que l'immense majorité d'entre eux auront une réponse au moment où ils passeront le baccalauréat, c'est déjà une majorité. La semaine dernière, n'oublions pas que le chiffre était… il y a une semaine exactement, il y a 6 jours de 50 % et aujourd'hui, il a dépassé la barre des 60 %…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est à 65 % aujourd'hui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait. Et la journée d'aujourd'hui est assez importante, puisque c'est la journée où ceux qui ont eu plusieurs réponses positives la semaine dernière abandonnent certains voeux, donc vont libérer autant de places pour ceux qui… il y a plus d'un million de propositions qui ont été faites, c'est largement plus que le nombre d'élèves candidats. Donc on va tranquillement aller vers une réponse pour chacun, il faut que chacun en soit persuadé. Et surtout qu'on n'écoute pas non plus tous ceux qui cherchent un petit peu à attiser le feu pour rien et qui, en réalité, ne cherchent pas le bien des élèves mais recherchent à faire un peu de politique avec ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement Jean-Michel BLANQUER, au moment du bac on peut penser que 90 % des bacheliers ou futurs bacheliers auront déjà une réponse positive !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, au moment du bac ce sera au moins deux tiers et ce sera probablement au-dessus de 80 %. Après cela va continuer fin juin et début juillet, avec – vous le savez – une commission rectorale qui est organisée dès maintenant dans chaque académie, pour ceux qui se retrouveraient sans aucune réponse. Donc si vous voulez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous engagez, chaque bachelier aura un avenir universitaire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, à partir du moment où vous avez le baccalauréat, ça vous ouvre la voie vers l'enseignement supérieur. Le nouveau système est fait pour que cette affectation soit rationnelle, c'est-à-dire pour éviter l'échec dans l'enseignement supérieur. L'exemple typique, c'est le bac professionnel puisque vous savez quand un bac pro s'inscrit en université, malheureusement ça se traduit souvent par un échec ensuite. Le vrai service à rendre, c'est d'ouvrir des places en BTS où là, ils réussissent davantage et c'est ce que nous faisons. J'ai créé 2.000 places de BTS cette année et nous en créons 2.000 de plus et ça, c'est quelque chose qui est en lien avec ce dont je vous parlerai tout à l'heure, c'est-à-dire l'enseignement professionnel. C'est un point très important, c'est que nous allons créer des classes passerelles, c'est-à-dire une année après le baccalauréat qui permet ensuite d'entrer en BTS avec succès. Donc si vous voulez, c'est ça la vraie bienveillance vis-à-vis des élèves, c'est de s'organiser pour avoir une affectation qui les conduit à la réussite, et non pas des discours un peu faciles pour dire que la situation se dégrade alors qu'elle est clairement une amélioration. J'écoutais la personne que vous avez invité ce matin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, sur RMC ce matin à 6 h 40.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et on a un exemple typique de ceux qui essaient d'exploiter l'angoisse des jeunes, parce qu'il a cité sa classe, il est… on peut le dire puisqu'il l'a dit, il est professeur à Paul-Valéry à Paris. Et donc je l'ai écouté et j'ai vu qu'il disait qu'il avait 27,7 % de ses élèves qui avaient reçu une réponse favorable. J'ai donc été regarder l'ordinateur pour voir ce qu'il en était dans son établissement. Eh bien ! Il y a 3 classes d'économie et sociale et société dans son lycée, une classe à 50 %, une autre à 47 % et une autre à 38 %. Donc quand il dit 27 % il ment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un message politique.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il ment tout simplement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ment.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et vous avez aujourd'hui des gens qui mentent pour créer de l'angoisse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous présentez aujourd'hui la réforme du bac professionnel, c'est votre deuxième priorité après l'école primaire, c'est ce que vous avez dit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deuxième priorité après l'école primaire, 700.000 élèves, une filière souvent dévalorisée aux yeux des enseignants, mais avant tout aux yeux des parents et même aux yeux de certains élèves malheureusement et même de chefs d'entreprise, enfin bon ! Etc. Vous voulez que les…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Peut-être pas les chefs d'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Enfin ça dépend…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, les chefs d'entreprise savent que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça dépend lesquels.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça dépend lesquels, les chefs d'entreprise… vous savez aujourd'hui et vous le savez très bien, il y a autour de 300.000 emplois qui ne sont pas pourvus en France. Il y a des offres d'emploi, il y a des chefs d'entreprise qui nous écoutent qui savent ça très bien, ils cherchent à employer des gens et ils n'ont pas les personnes qualifiées. Or c'est précisément l'enseignement professionnel dans des domaines comme l'hôtellerie-restauration, le bâtiment et bien d'autre qui est capable de former des jeunes, qui vont ensuite avoir une insertion professionnelle réussie dans un domaine où ils pourront pleinement s'épanouir. Donc c'est notre rôle de faire évoluer l'enseignement professionnel et l'apprentissage, pour qu'évidemment on n'ait pas cette absurdité qui coince la croissance française et qui empêche les entreprises de se développer comme elles le voudraient.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce qui va changer, qu'est-ce qui va changer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors beaucoup de choses, c'est ce que j'annonce aujourd'hui puisque nous préparons depuis plusieurs mois une réforme de l'enseignement professionnel. Elle est cohérente avec la réforme de l'apprentissage que Muriel PENICAUD préparait avec Frédérique VIDAL et moi-même tous ces derniers mois, et qui fait l'objet d'une loi ces jours-ci. Et la réforme de l'enseignement professionnel a pour objectif de donner toute sa valeur à l'enseignement professionnel, en lui donnant toute son attractivité, son prestige et son efficacité au service des élèves. Concrètement, on va aller d'abord 1) vers la création beaucoup plus forte que ça n'est le cas aujourd'hui de campus, de véritables campus professionnels dans toute la France, que nous concevrons avec les régions, donc nous entrons maintenant dans un dialogue avec les régions, région par région, pour soutenir les projets qu'elles peuvent avoir de campus professionnel. Et tout lycée professionnel de France se trouvera dans une logique de réseau, un réseau thématique. Par exemple prenez l'automobile, il y a un certain nombre de lycées professionnels de l'automobile en France, ils seront réunis dans un réseau thématique de façon à être reliés à l'industrie de l'automobile, à tous les professionnels de l'automobile et à ce qu'il y ait une meilleure fluidité entre les enjeux de l'automobile et les enjeux des lycées pro-automobile. Donc ça c'est le premier aspect, c'est que tout lycée professionnel sera beaucoup plus branché sur les réalités professionnelles, mais surtout sera encore plus attractif parce que ce sera des lieux qui feront envie. La dimension de lieu est très importante, vous savez quand on dit campus on pense espaces verts, on pense terrains de sport, on pense internat. On pense aussi à la capacité à articuler des structures différentes. Demain, vous aurez un lycée professionnel qui côtoiera une section de l'université, un centre d'apprentissage, un incubateur d'entreprises. Il faut que ce soit des lieux extrêmement toniques comme ceux-là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des campus professionnels…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Des campus professionnels, exactement et des campus qui font envie, c'est-à-dire si vous allez là, vous n'êtes pas dans une impasse, vous êtes au contraire dans quelque chose qui vous ouvre. Parce que peut-être que vous poursuivrez vos études plus tard, peut-être que vous créerez une entreprise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc déjà première revalorisation de la filière.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ensuite, nouveaux horaires en seconde.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors comme vous le savez, j'ai déclenché il y a plusieurs mois un rapport, j'ai demandé à une députée qui s'appelle Céline CALVEZ et à un grand chef bien connu qui s'appelle Régis MARCON, ils ont remis leur rapport au mois de janvier. Et dans leur rapport – et nous avons retenu une bonne partie de leurs propositions – il y avait cette idée excellente consistant à dire que souvent, les élèves qui arrivent en seconde pro ne savent pas très bien pourquoi ils sont là. Quand ils savent c'est très bien, il y en a et il faut évidemment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura un accompagnement pour remise à niveau, une orientation, des tests de positionnement, c'est-à-dire la classe de seconde servira à préparer son avenir, si j'ai bien compris ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement, exactement, à lui donner toutes les chances de réussite. Premièrement avec – et ça c'est la première nouveauté, vous l'avez dit – un test de positionnement dès le début de seconde, donc là on fait comme nous allons le faire d'ailleurs pour toutes les secondes de France, générale, technologique et professionnelle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ! C'est-à-dire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Chaque élève de seconde, qu'on soit en générale, en technologique ou en professionnelle, au mois de septembre, au début du mois de septembre à un test de positionnement pour voir où il ou elle en est, que ce soit en Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est quoi un test de positionnement, c'est une évaluation ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est comme un bilan de compétences, une évaluation, appelez ça comme vous voulez, mais un bilan de compétences pour savoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un bilan de compétences en début de seconde ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En début de seconde, pour savoir où on en est, quel est mon niveau de français, quel est mon niveau de mathématiques, comme ça, ça permet de voir les forces et les faiblesses de chacun, et ça permet d'aider chacun, le but est simplement celui-là. C'est, ensuite, au cours de l'année, par exemple on a malheureusement trop d'élèves qui arrivent en seconde avec une maîtrise écrite du français très imparfaite, eh bien, qu'est-ce qu'on fait pour rattraper cela tout au long de la classe de seconde. Ça c'est un des exemples des conséquences de cette réforme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de spécialité en seconde !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sauf si vous savez déjà très bien, si dès votre arrivée en seconde vous savez que vous voulez être boulanger, bien entendu vous pouvez faire votre CAP tout de suite, un peu comme vous le faites aujourd'hui, mais la nouveauté c'est que, pour les autres, ceux qui ne savent pas très bien, on raisonnera plus par domaines, par exemple les métiers de bouche, et ensuite progressivement on se spécialise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec des familles de métiers.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Avec des familles de métiers, ces familles de métiers, souvent, peuvent correspondre à des branches professionnelles, donc on est plus en relation avec les réalités de la vie professionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez supprimer le BEP, le CAP ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, le CAP va au contraire se maintenir avec force, le CAP c'est un diplôme dont on peut être très fier en France, simplement on va le faire évoluer pour que la durée soit, soit de 1 an, soit de 2 ans, soit de 3 ans, pour être pragmatique, pour être dans le bon sens, parce que, par exemple aujourd'hui vous avez des gens qui ont fait des études supérieures, et qui ensuite font un CAP, eh bien ils peuvent le faire en 1 an parce qu'ils ont déjà les bases. Par contre, vous avez d'autres jeunes qui sont en difficulté parce qu'ils ont des bases qui manquent de solidité, eh bien on doit pouvoir le faire en 2 ans, ou en 3 ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le BEP ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le BEP c'est différent parce que c'est un diplôme intermédiaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va être supprimé ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout cas ça fait partie des sujets qu'il reste encore à discuter d'ici à la rentrée 2019.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à la suppression ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le BEP n'est plus ce qu'il était auparavant puisque maintenant vous avez le bac pro en 3 ans. Ce qu'il faut c'est qu'il y ait des moments inter… ce qui est important c'est de certifier des compétences, chemin faisant, le BEP peut servir à cela, mais pas forcément.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Unité de formation apprentissage dans chaque lycée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ça c'est un point très important, c'est un des points fondamentaux évidemment, c'est qu'aujourd'hui ce que nous voulons dépasser avec Muriel PENICAUD c'est l'opposition entre apprentissage et enseignement professionnel scolaire. Aujourd'hui vous avez environ 300.000 élèves qui sont dans l'apprentissage de l'enseignement secondaire, et puis vous avez environ 700.000 élèves, un peu moins, qui sont dans l'enseignement professionnel scolaire. Eh bien, traditionnellement en France on opposait un petit peu ces deux choses-là, ce que nous voulons c'est les mettre ensemble, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune raison d'opposer les deux choses, c'est au bénéfice d'1 million d'élèves, quand même, et ça pourrait être plus dans le futur, et l'objectif c'est d'avoir des parcours flexibles, des parcours pragmatiques, personnalisés au cas par cas. Donc, vous pouvez très bien être dans un lycée professionnel, et à un moment donné choisir l'apprentissage, c'est pourquoi on implantera au moins une unité d'apprentissage dans chaque lycée professionnel, parfois ça peut même être un CFA, un centre de formation par l'apprentissage, dans un lycée professionnel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec des liens étroits avec l'entreprise évidemment.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Par définition, dans les deux cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La rentrée 2018, générale, moins d'élèves, en primaire notamment.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. D'abord, c'est une caractéristique démographique actuelle, il y a moins d'élèves chaque année en primaire en ce moment, c'est un fait, mais par ailleurs nous avons un travail de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle sera la nouveauté de la rentrée 2018 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a plusieurs nouveautés, mais la première d'entre elles c'est surtout l'approfondissement de la mesure de division des classes de CP et de CE1 par deux, puisque, en septembre dernier cela concernait les élèves de Réseaux d'Education Prioritaire Renforcés, je l'avais d'ailleurs dit à votre antenne, dont les premiers retours sont excellents. Nous avons maintenant l'extension à tous les Réseaux d'Education prioritaire, plus aux CE1 des Réseaux d'Education Prioritaire Renforcés. Cette mesure, comme annoncé par le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc s'étend.

JEAN-MICHEL BLANQUER
S'étend progressivement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez étendre la mesure, ça concernera combien de… ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
A la rentrée prochaine ça va concerner entre 200 et 250.000 élèves, et à la rentrée suivante, quand la mesure sera à pleine maturité, c'est-à-dire 2019, chaque année c'est 320 à 340.000 élèves qui seront concernés chaque année, c'est donc considérable. Quand vous savez qu'une génération d'élèves c'est 750.000, donc la moitié de 340 ça fait 170, vous avez chaque année, sur 750.000 élèves, 170.000 qui bénéficient de cette mesure, et ces 170.000 sont dans les 20 % les plus défavorisés de France. Donc, on est en train d'attaquer à la racine les causes de l'inégalité sociale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera la mesure principale de la rentrée 2018 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous voulez, en termes de justice sociale, c'est la plus importante, mais ce n'est pas la seule. L'autre élément c'est consolider le lire, écrire, compter, respecter autrui, qui est le socle de ce que nous avons à faire, c'est l'enjeu des recommandations pédagogiques que j'ai faites il y a trois semaines et qui vont avoir un impact sur la formation continue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Concrètement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Concrètement ça signifie… les professeurs expérimentés savent ce qu'ils ont à faire, mais les jeunes professeurs, soit qui sont en train d'être formés, soit qui ont été diplômés récemment, eh bien ont besoin d'être accompagnés par des programmes de formation qui sont à la pointe de l'efficacité à l'école sur ce qui se passe, notamment pour le français et les mathématiques, et dans la lignée du rapport Villani, Torossian, dans la lignée de ce que j'ai pu faire comme recommandations pédagogiques à l'aide du Conseil scientifique de l'Education nationale, eh bien nous allons former les enseignants, puisque l'objectif c'est que 100 % des élèves sachent lire, écrire, compter, respecter autrui, grâce à leur passage à l'école primaire, avec concentration très forte sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc renforcement de la formation des enseignants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait. Et alors, une attention particulière à l'école maternelle, puisque là aussi, vous savez, on avait travaillé avec Boris CYRULNIK sur ça, donc avec beaucoup de conséquences, là encore, sur la formation des enseignants, et puis un travail sur la ruralité puisqu'il y a une inquiétude, sourde parfois, dans la ruralité avec les fermetures de classes et les fermetures d'écoles, et donc nous travaillons département rural par département rural sur une vision…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de fermetures de classes dans les zones rurales ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, fermetures de classes il y en a partout, il y en a même en zone urbaine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toujours, quand les effectifs sont…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais par contre c'est la fermeture d'écoles qui fait l'objet d'une attention particulière, et aussi notre capacité à avoir un taux d'encadrement favorable pour avoir… tout simplement pour que nos élèves, en milieu rural, puissent pleinement réussir. Ils en ont tous les atouts, je visite beaucoup de classes rurales, et je peux vous dire que si on fait bien les choses, dans les temps à venir, on peut contribuer à une renaissance du monde rural.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je rappelle que vous allez répondre à toutes les questions de nos auditeurs, moi j'en ai encore quelques-unes en vrac, comme ça. Est-ce que vous avez l'intention d'introduire dans les programmes de CM1/ CM2 une éducation aux médias et à Internet, pour préparer les élèves à débusquer les fausses informations, pour préparer les élèves à rester lucides ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, oui, c'est un enjeu majeur, qui passe par plusieurs choses. D'abord ça passe par ce que je disais précédemment, si vous ne savez pas bien lire et écrire, et compter d'ailleurs, et respecter autrui, eh bien vous ne pouvez pas bien percevoir les médias, comprendre les enjeux, avoir votre esprit critique, donc il faut déjà avoir cette solidarité-là. Il faut ensuite une culture générale qui vous donne cette mise en perspective, et ça c'est aussi pour ça qu'avec Françoise NYSSEN on insiste tant sur, par exemple la musique, vous savez que nous voulons la musique au quotidien dans nos établissements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Musique au quotidien à la rentrée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
oui, on fera la rentrée en musique, il y aura la mise en oeuvre de la mesure permettant à chaque élève de collège de pouvoir s'inscrire dans une chorale, pour 2 heures par semaine, et puis toute une série de mesures concrètes qui encouragent la pratique instrumentale, la pratique chorale, etc. Et puis vous avez aussi, toujours dans le domaine culturel, nous allons encourager de plus en plus, non seulement la lecture, vous savez que dans quelques jours nous commencerons à distribuer « Les fables de La Fontaine » aux élèves de CM2, mais nous allons aussi favoriser le théâtre, la pratique orale, puisque c'est aussi une des caractéristiques de ce que nous avons voulu signaler, avec la réforme du baccalauréat, c'est, nous avons besoin d'avoir des élèves qui s'expriment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et cette éducation aux médias, à l'école élémentaire, comment faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elle est, je dirais la conséquence de tout ça, c'est-à-dire elle est ce qui couronne tout ce que je viens de dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment allez-vous faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous avons un organisme qui s'appelle le CLEMI à l'Education nationale, qui fonctionne bien, qui est spécialisé dans ces enjeux d'éducation aux médias, évidemment les enjeux ont considérablement évolué ces dernières années avec Internet, il faut donc sensibiliser les enfants aux enjeux d'Internet, aux enjeux de la pensée critique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment allez-vous faire concrètement dans les classes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous avez, dans les programmes, inscrite cette question de l'éducation aux médias…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A partir de 2018, de la rentrée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est déjà une réalité, simplement on va accentuer cette réalité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas partout, la réalité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On va avoir plus d'interventions, notamment des interventions extérieures, sur ces questions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur ces questions.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et d'ailleurs le monde des journalistes est mobilisé sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais, bien sûr, bien sûr. L'enseignement du fait religieux à l'école, où est-ce que vous en êtes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors c'est un sujet là aussi très important et sur lequel la réflexion est très ancienne, on pense au rapport de Régis DEBRAY d'il y a une vingtaine d'année. Il faut évidemment un enseignement laïc du fait religieux, ça relève d'ailleurs de cette culture générale dont je parlais. Aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment allez-vous organiser l'enseignement du fait religieux à l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un travail de longue haleine sur lequel je m'exprimerai dans quelques mois, mais qui est articulé avec les enjeux de laïcité que nous avons et sur lesquels on a déjà accompli tout un travail qui permettra de mieux faire respecter la laïcité dans nos établissements. Mais en même temps que nous faisons respecter la laïcité, nous devons avoir des élèves qui tout simplement comprennent ce qu'est le fait religieux dans le monde tel qu'il est. Parce que s'il y a une meilleure connaissance, d'abord c'est important du point de vue de la culture, aujourd'hui en France si vous visitez certains monuments, si vous n'avez pas un minimum de culture religieuse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais concrètement, concrètement dès la rentrée prochaine, comment allez-vous faire, il y a des mesures…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour la rentrée prochaine, non, mais par contre au cours des prochaines années oui, nous allons évoluer sur cette question-là, il est trop tôt…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment peut-on enseigner le fait religieux à l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un sujet très subtil, très précis sur lequel je m'exprimerai au cours des prochains mois, je ne veux pas vous dire des choses prématurées. Par contre il est bon… j'en parle d'ailleurs dans le livre parce que ça nous renvoie à des grands enjeux de société, je dirai de civilisation pour les temps à venir et que j'essaie d'expliciter dans le livre, parce qu'il faut relier toutes ces questions d'école à des questions encore plus générales de société. Nous devons voir ce qu'est une République laïque au 21ème siècle, une République laïque au 21ème siècle, c'est une République… d'abord on respecte les principes de base de la laïcité qui inclut évidemment la liberté, la liberté de croire, de ne pas croire. Et pour cela il faut se comprendre, il faut que personne ne fasse pression sur personne en matière religieuse ; et il faut connaître, savoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est indispensable…

JEAN-MICHEL BLANQUER
La connaissance… vous savez, la connaissance ça n'est jamais une mauvaise chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Pas de suppression des heures de colle, alors qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est une sorte de rumeur qui a couru qui est fausse. Mais ce qui est vrai, c'est que nous avons une réflexion sur les sanctions de nature éducative. Toute sanction pour un mineur, pour un enfant, pour un élève, un adolescent doit être éducative. Quand vous sanctionnez un élève, le but doit être que ça lui serve à quelque chose, qu'il comprenne qu'il a cogné contre un mur et qu'il faut comprendre la règle et aussi s'enrichir d'une leçon pour la fois d'après. Et donc toutes nos sanctions doivent être pensées de cette façon-là. Moi je suis très attentif d'abord à ce que les sanctions soient effectives. Vous savez, j'ai eu à intervenir par exemple dans tel lycée qui avait de grands troubles parce qu'il ne faisait pas suffisamment respecter les règles. Aujourd'hui les choses sont reparties sur les rails, ce sera vrai dans d'autres établissements, nous allons être très attentifs par exemple à ce que les conseils de discipline aient lieu quand ils doivent avoir lieu. Mais il faut que derrière, la sanction prononcée soit une sanction utile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas la colle systématique.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, c'est ça, la colle est un élément… la retenue pour employer le mot exact, n'est pas l'alpha et l'oméga des sanctions. Ce qui est intéressant souvent, c'est d'avoir une sanction reliée, qui fasse sens par rapport à la faute que vous avez commise. Si vous avez insulté quelqu'un, il est bon d'avoir un moment où on vous fait comprendre un certain nombre de règles du jeu dans la relation avec les autres. Et si vous voulez, tout cela est cohérent, tout cela fait partie d'une République de la civilité et chaque classe est une petite République, chaque établissement est une petite République. Nous devons retrouver en France un certain sens de la civilité, où on se respecte les uns les autres. Vous savez quand je dis : lire, écrire, compter, respecter autrui, respecter autrui ce n'est pas un vain mot, c'est un mot extrêmement important. On ne se respecte pas assez, on ne se fait pas assez confiance et c'est à l'école que ces choses-là naissent, d'abord par une sorte d'atmosphère que nous savons créer, c'est ce que j'ai dit sur la culture, et puis ensuite en faisant respecter les règles du jeu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER qui va continuer sur l'antenne de RMC et qui va répondre à nos auditrices et à nos auditeurs. A tout de suite.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 mai 2018

Rechercher