Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec Cnews le 28 mai 2018, sur la Fonction publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec Cnews le 28 mai 2018, sur la Fonction publique.

Personnalité, fonction : DUSSOPT Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'action et aux comptes publics

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JEAN-PIERRE ELKABBACH
Olivier DUSSOPT, bonjour, merci d'être avec nous. Et d'abord, cet acte à la fois exemplaire et admirable de Mamoudou GASSAMA, ce Malien de 22 ans qui est arrivé à sauver un enfant de 4 ans et demi, comme on l'a vu, on l'a raconté, qui était perché dans le vide, et que les gens regardaient dessous en criant avec peur, et que lui est allé chercher encore une fois à main nue. Il est devenu un héros en quelques minutes. Le président de la République le reçoit à 09h50. C'est la gratitude d'un symbole.

OLIVIER DUSSOPT
C'est la gratitude et le remerciement à un héros, un acte héroïque, cela a été dit, et ça mérite d'être récompensé. Donc le président de la République va le recevoir, va d'abord le féliciter, et sa situation personnelle sera évidemment examinée…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… Lui dire bravo, merci, vous avez bien fait de sauver le gamin…

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas qu'on va se contenter de lui dire, bravo, merci…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire qu'il faut accélérer la régularisation et la naturalisation de ce grand Africain qui a envie de devenir Français ?

OLIVIER DUSSOPT
Il faut d'abord regarder si un dossier a été déposé, comment il peut être traité, mais évidemment, son acte sera pris en compte pour le remercier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La France a besoin de héros d'où qu'ils viennent…

OLIVIER DUSSOPT
La France a besoin de héros, et surtout, on a besoin de savoir dire merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais, d'accord…

OLIVIER DUSSOPT
Merci pour avoir sauvé la vie de cet enfant et d'avoir pris tous les risques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est très bien, merci, et avec une récompense ou une compensation, pour le courage…

OLIVIER DUSSOPT
Je pense que, comme cela a été, il mérite de rentrer dans la communauté française.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et parmi les migrants qui sont entassés, abandonnés dans le 18ème, il y a peut-être des Mamoudou, vous ne croyez pas ?

OLIVIER DUSSOPT
Il y a peut-être des héros, et certainement, en tout cas, il y a des hommes et des femmes qui ont vécu l'enfer pour venir jusqu'ici. C'est une situation qui est extrêmement compliquée. Le gouvernement est tout entier mobilisé, le ministre de l'Intérieur en particulier, en lien avec la Ville de Paris, et une solution doit être apportée, à la fois pour voir comment nous pouvons accueillir, comment nous pouvons orienter celles et ceux qui sont là, et empêcher aussi que se reconstituent des campements dans Paris ou comme ailleurs, sans règles, sans protection et avec des conditions d'hygiène dont on sait qu'elles sont mauvaises.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'il peut y avoir, parmi les migrants, de futurs Français ?

OLIVIER DUSSOPT
Evidemment, évidemment, comme il y en a toujours eu. Et c'est une question d'équilibre, une question d'application des lois, c'est une application des textes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire qu'on regardera peut-être les migrants avec un oeil un peu différent ?

OLIVIER DUSSOPT
Peut-être, mais ce n'est pas forcément une question…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils ne sont pas tous des Mamadou non plus…

OLIVIER DUSSOPT
Ils ne sont pas tous des héros, c'est quelque chose de plus compliqué que ça, évidemment. Mais plus que pour le gouvernement, c'est aussi un regard que porte la société sur ces personnes et sur ces migrants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce matin, Olivier DUSSOPT, vous reprenez vos négociations sur l'avenir des 5,5 millions fonctionnaires. Après le bide des manifestations de samedi, avez-vous les mains libres, et j'ai envie de dire plus libres ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les manifestations de samedi ont démontré un échec, l'échec de celles et ceux qui considèrent qu'un samedi après-midi sur deux, on peut rejouer l'élection présidentielle, remettre en cause la légitimité d'un scrutin et faire croire que tout ça ne se serait pas passé et que, finalement, le gouvernement ne serait pas légitime à gouverner, c'est l'échec de ceci…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Luc MELENCHON avait promis une marée humaine et populaire…

OLIVIER DUSSOPT
C'est leur échec, et je ne confonds pas avec…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'était une marée !

OLIVIER DUSSOPT
Ce n'était pas une marée, ou alors, elle avait un petit coefficient de marée…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, ça, c'est l'argument classique…

OLIVIER DUSSOPT
Mais je ne confonds pas celles et ceux qui ont voulu organiser cela avec les organisations syndicales de la Fonction publique, avec lesquelles j'ai des discussions qui sont légitimes, qui sont représentatives, avec qui nous devons avancer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais marée populaire, est-ce que vous avez constaté le début d'un soulèvement du peuple de France ?

OLIVIER DUSSOPT
Je ne crois pas, je ne crois pas, et je pense que la mobilisation – en tout cas, l'appel à manifester de samedi – n'a pas été couronnée de succès, c'est le moins qu'on puisse dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne va pas enfoncer le clou, et jouer sur plaie. Mais Jean-Luc MELENCHON et ses 60 alliés de gauche-gauche se réjouissaient de l'unité de combat de lutte avec la CGT, ils étaient ensemble, mais c'est vrai, l'un était à Paris, l'autre à Marseille. Qui gagne, qui perd ?

OLIVIER DUSSOPT
La CGT a fait un choix qui peut paraître surprenant, celui d'annuler, de surpasser cette frontière entre le syndicalisme et la politique. Mais là aussi, il faut rester vigilant, faire attention. Ma responsabilité dans les discussions sur la Fonction publique est d'avoir un débat avec les neuf organisations syndicales représentatives…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais là, qui gagne, qui perd ?

OLIVIER DUSSOPT
Qui gagne, qui perd ? Ceux qui ont perdu samedi, c'est ceux qui ont appelé à manifester et qui ont pensé que le gouvernement n'était pas légitime, le gouvernement est légitime.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ceux qui pensent qu'il y a un syndicat de combat politique ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça, c'est aux syndicalistes de le dire, c'est aux syndicalistes de le dire. Moi, ce que je souhaite, c'est discuter avec les neuf organisations syndicales, beaucoup d'entre elles veulent faire des propositions, et ce sont ces propositions que je veux entendre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ceux que vous recevez ce matin, ils sont neuf, et j'ai envie de vous dire, est-ce que les défilés à répétition du samedi des autres jours, et en même temps, les tensions liées à la réforme de la SNCF ont des effets et des conséquences sur ceux qui viennent avec vous, les syndicats avec lesquels vous négociez, est-ce qu'ils viennent d'abord ?

OLIVIER DUSSOPT
Est-ce qu'ils viennent, la réponse est oui. Depuis le 1er février, nous avons ouvert quatre chantiers, deux sont lancés, un troisième est lancé ce matin. Le quatrième sera lancé un peu plus tard. Les neuf organisations participent aux discussions, ça ne veut pas dire qu'elles sont toutes d'accord avec les propositions. Mais elles sont dans les discussions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais il faut reconnaître que les neuf syndicats ont du mérite, parce que vous leur refusez l'augmentation générale du point d'indice qui sert de base aux calculs de rémunération des fonctionnaires, 1 % d'augmentation par an, ça représente combien ?

OLIVIER DUSSOPT
Quand on augmente le point d'indice de 1 %, cela représente une dépense publique de deux milliards d'euros, et cela représente un gain personnel de 15 euros pour un fonctionnaire qui gagne autour de 2.000 euros nets par mois, et tous ne gagnent pas 2.000 euros nets. Et donc on a un coût collectif qui est très important…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux milliards reproduits chaque année ?

OLIVIER DUSSOPT
Deux milliards, à chaque fois qu'il y a une augmentation de 1 %, donc un coût collectif important, et un avantage individuel très faible. Ce que nous avons dit avec Gérald DARMANIN aux fonctionnaires et aux organisations syndicales, c'est que, d'une part, nous sommes prêts à les entendre, et nous les avons entendus, sur la date des négociations salariales, c'était prévu au mois d'octobre, nous l'avons avancée à mi-juin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire dans quinze jours ?

OLIVIER DUSSOPT
Dans une quinzaine de jours, pour que ce soit avant que le budget soit arbitré et examiné par le gouvernement. Nous avons dit aussi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'ils auront peut-être, comme disait l'autre, du grain à moudre ?

OLIVIER DUSSOPT
Ils auront la possibilité de dire leurs revendications avant que le budget soit bouclé, si vous me permettez cette expression…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, ils vont dire leurs revendications, mais vous pourrez leur répondre ?

OLIVIER DUSSOPT
On va les écouter, on va les entendre, et nous avons d'ores et déjà dit que nous étions ouverts à des revalorisations pour les métiers qui étaient aujourd'hui les moins bien valorisés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai noté la phrase de Gérald DARMANIN, vous savez, monsieur serre la vis, qui travaille à côté de vous ou au-dessus de vous, il reconnaît qu'il faut augmenter les plus mal payés, or, il y a des plus mal payé, il accepte des hausses catégorielles ciblées, c'est-à-dire lesquelles ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est les métiers qui ont le plus besoin, il a évoqué, Gérald DARMANIN, la question des infirmières, on pourrait penser au corps des aide-soignants, on ne va pas entrer aujourd'hui dans la définition d'une liste de métiers, parce que ça serait mettre les métiers en concurrence…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais sûrement, les infirmières, le président de la République, lui, a parlé des aides-soignantes…

OLIVIER DUSSOPT
Il faut avoir en tête une deuxième chose, nous pouvons faire des mesures catégorielles, et à partir du 1er janvier 2019, le programme d'amélioration des carrières et des rémunérations, qu'on appelle le PPCR, va être remis en vigueur, nous l'avons suspendu en 2018, il va repartir en 2019…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, ça venait du précédent quinquennat…

OLIVIER DUSSOPT
Ça a été signé en 2015, ça s'étale sur six ans. Et nous allons faire en sorte qu'il soit intégralement tenu sur le quinquennat, et ça se traduira aussi par des augmentations de salaires pour l'ensemble des catégories de la Fonction publique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais alors, en 2018, parce que vous allez très vite, vous êtes imprégné de votre sujet, c'est tout à fait normal, en 2018, il y aura des augmentations ou aucune augmentation ?

OLIVIER DUSSOPT
En 2018, les augmentations sont celles liées à l'ancienneté, à ce qu'on appelle le Glissement Vieillesse Technicité. Mais nous avons dit en 2017 qu'il n'y aurait pas d'augmentation du point d'indice en 2015, et la loi de Finances est fidèle à cela. Et nous avons dit aussi que nous allions appliquer l'intégralité de ce fameux programme PPCR d'ici 2022, mais avec une suspension de son application pour 2018…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, et qu'on en sera en février 2019…

OLIVIER DUSSOPT
Au 1er février 2019…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Toutes les catégories seront concernées de fonctionnaires ?

OLIVIER DUSSOPT
Quasiment toutes, ce programme PPCR est un programme très vaste, qui représente un engagement très lourd de l'Etat, qui s'applique sur 2015-2022, et avec des mesures catégorielles, des mesures d'avancement, et des reconnaissances de métiers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Olivier DUSSOPT, il y a quatre chantiers engagés, avez-vous dit, le dialogue social, bon, il est en route, et puis, il y a le développement des contrats dans le statut des fonctionnaires. Ça provoque des remous. Quelle proportion de contrats vous voulez ?

OLIVIER DUSSOPT
La question n'est pas de savoir si nous voulons 30, 40 ou 20 % de contrats. Aujourd'hui, il faut partir de la réalité, nous avons 5.500.000 d'agents publics, répartis dans la territoriale, dans la Fonction publique d'Etat, dans la Fonction publique hospitalière. Nous avons déjà un million de contractuels, soit presque 20 % de contractuels. Lorsque vous et moi, allons dans un service public, que ce soit une mairie, un service d'Etat, un hôpital, nous ne nous posons pas la question de savoir si la personne qui nous accueille est contractuelle ou titulaire, elle fait le service public…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Peu importe, combien de contrats vous voudriez ?

OLIVIER DUSSOPT
La question, je le répète, elle n'est pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que vous savez qu'on vous attaque là-dessus, on dit que c'est une manière progressive et hypocrite d'atteindre le statut des fonctionnaires ?

OLIVIER DUSSOPT
Ce que je ne partage pas, ce que nous ne croyons pas. Nous, nous considérons qu'il faut donner plus de choix aux employeurs pour recruter, soit en titulaires, soit en contractuels, et on veut réserver l'emploi titulaire de manière certaine, pérenne, parce que nous voulons maintenir et protéger le statut sur tous les métiers qui ont une spécificité publique. Par contre, ce que nous voulons aussi, c'est que pour un certain nombre d'agents publics, il y ait une possibilité de choix entre contrats et titulaires, il y ait aussi une possibilité de travailler sur la durée des contrats, je prends un exemple, lorsque vous êtes maire d'une commune, et que vous mettez en place un programme de rénovation urbaine, que vous allez rénover des logements, refaire le plan d'urbanisme et réaménager votre commune, vous avez besoin de telle ou telle compétence, un chef urbaniste, un chargé de projet, non pas pour trois ans, non pas pour six ans, puisque, aujourd'hui, c'est deux fois trois ans, mais vous pouvez en avoir besoin pour quatre ou cinq ans. Pourquoi ne pas faire des contrats…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ici, d'accord, des contrats de projets… et si le projet n'est pas réalisé au bout de cinq ans, six ans…

OLIVIER DUSSOPT
Il a toujours des possibilités d'avenant…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De le prolonger…

OLIVIER DUSSOPT
L'objectif, mais c'est un point qui est important, 1°) : maintenir le statut et le protéger, ça n'empêche pas de le moderniser, mais on reste sur les principes du statut. Et 2°) : faire en sorte que le recours aux contrats soit plus facile, mais que ça n'entraîne pas de la précarité supplémentaire. Nous ne sommes pas pour les contrats courts, nous ne sommes pas pour la précarité des agents publics.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Ce matin, vous commencez à négocier la rémunération au mérite, vous voulez développer le mérite ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous voulons individualiser les rémunérations, faire en sorte de mieux tenir compte de l'engagement des uns et des autres, il y a un point qui est important, c'est que quand on parle mérite, et peut-être que le mot mérite n'est pas le mieux choisi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien, alors, choisissez un meilleur…

OLIVIER DUSSOPT
Moi, je préfère parler d'engagement, je préfère parler d'implication. On pense systématiquement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais ça veut dire qu'il y en a qui ne sont pas impliqués ou pas engagés, c'est un mauvais jugement sur les autres…

OLIVIER DUSSOPT
On pense systématiquement à un engagement individuel, on peut aussi mesurer le mérite de l'engagement à une échelle…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ça ne serait pas le mérite individuel seulement…

OLIVIER DUSSOPT
A une échelle collective. Lorsque vous êtes dans un établissement scolaire, et que, un enfant passe d'une classe à l'autre, qu'il progresse, ou lorsque vous êtes hospitalisé et que vous êtes pris en charge par une équipe médicale, comment est-ce qu'on fait pour dire qu'une infirmière a été plus méritante, si on garde ce terme…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire, c'est une équipe d'infirmières et d'aides-soignantes…

OLIVIER DUSSOPT
C'est une équipe, c'est un collectif…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et c'est là qu'il peut être récompensé…

OLIVIER DUSSOPT
Et donc on peut aussi travailler…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qui va décider de la récompense ?

OLIVIER DUSSOPT
Il faut qu'on regarde cela avec les syndicats, quels sont les critères, comment on travaille…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, et qui va le décider, est-ce que vous ne mettez pas les salariés ou les fonctionnaires encore un peu plus à la merci des employeurs ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais aujourd'hui, tous les fonctionnaires font l'objet d'une évaluation par leur supérieur hiérarchique, c'est déjà le cas, parfois, ça prend la forme d'une notation, c'est de plus en plus rare et c'est tant mieux, parfois, ça prend la forme d'un entretien professionnel, et ça existe déjà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'objectif et la promesse du candidat Emmanuel MACRON, c'était 120.000 fonctionnaires de moins en cinq ans. Il prévoyait 50.000 de moins pour l'Etat, aujourd'hui, en 2018, on en sera à combien de moins ?

OLIVIER DUSSOPT
D'après le budget voté en 2018, c'est moins 1.500, parce que nous créons aussi des postes dans des secteurs prioritaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, voyons les chiffres, 1.500, et il avait prévu 70.000 pour les collectivités territoriales, combien cette année ?

OLIVIER DUSSOPT
Ça, c'est les collectivités territoriales qui doivent en décider…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, mais…

OLIVIER DUSSOPT
Parce que c'est un principe de libre administration, il faut avoir un chiffre en tête, c'est que les collectivités ont déjà fait les efforts, et donc continuent à faire des efforts sur ce plan-là, puisque les années précédentes, les collectivités locales, c'est important, parce que souvent, on leur jette la pierre, les collectivités locales ont diminué leurs effectifs de presque 1 %.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais vous avez dit 120.000 au total, et ça va faire 3.500, 4.000 en quatre ans, comment vous allez réduire autant de fonctionnaires en quatre ans ?

OLIVIER DUSSOPT
J'ai aussi dit, Monsieur ELKABBACH, que le chiffre n'était pas l'alpha et l'oméga de la politique du gouvernement en matière de Fonction publique…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il a été fixé comme ça…

OLIVIER DUSSOPT
C'est un engagement, c‘est une cible que nous devons atteindre. Comment le faire ? D'abord…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais là, vous accélérez, comment vous allez accélérer pour passer de 115.000, 116.000 en quatre ans ?

OLIVIER DUSSOPT
Justement, comment le faire ? Nous prenons le temps de la réflexion, plutôt que de faire des coupes aveugles dans les effectifs, nous avons tout un processus de réflexion et de discussion, nous savons que la réorganisation des services, la modernisation, et notamment le numérique vont permettre des économies, vont permettre des économies de moyens essentiellement. Et nous savons par ailleurs que dans les années qui viennent, nous avons, en moyenne, plus de 150.000 départs à la retraite par an. Et donc avec tous ces facteurs, nous pouvons y arriver, avec un objectif, c'est que, certes, nous voulons réaliser des économies, mais nous ne voulons pas remettre en cause la qualité du service et la présence des services publics…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais en 2022, il y aurait donc 5.500.000 moins 120.000, l'opposition républicaine vous dit que ce n‘est déjà rien du tout, que c'est en tout cas tout à fait insuffisant…

OLIVIER DUSSOPT
L'opposition de LR en tout cas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle peut dire ce qu'elle veut, soit, mais…

OLIVIER DUSSOPT
Elle peut dire ce qu'elle veut, effectivement, François FILLON avait un programme qui consistait à dire qu'il fallait supprimer 500.000 fonctionnaires. Ce qui est une folie, c'est une hérésie parce que ça remettrait en cause la qualité du service. Nous n'avons pas la même méthode et nous n'avons pas le même objectif…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors ça, 120.000 fonctionnaires concernés, le candidat Emmanuel MACRON n'avait pas parlé des hôpitaux ou des personnels, c'est-à-dire, ceux-là, ils ne sont pas concernés ?

OLIVIER DUSSOPT
Non, il l'avait dit dans son programme, et le président de la République, lorsqu'il était candidat, avait dit qu'il voulait maintenir les effectifs de la Fonction publique hospitalière, et dans les semaines qui viennent, le président de la République et Agnès BUZYN auront l'occasion d'annoncer un plan pour l'hôpital, pour la santé, avec des mesures spécifiques, parce que nous savons que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que là, il y aura plus de recrutements ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous savons que c'est un secteur qui est en difficulté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y aura plus de recrutements ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais c‘est déjà le cas, c'est déjà le cas. Il y a…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et des augmentations de salaires aussi ?

OLIVIER DUSSOPT
Il y a deux choses qui se mettent en place…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'elles le méritent, les infirmières et les aides-soignantes, la situation à l'hôpital !

OLIVIER DUSSOPT
Il y a deux choses qui se mettent en place, c'est – vous allez me permettre d'être un peu technique – le 28 décembre 2015, le Parlement a voté la loi d'adaptation de la société au vieillissement, avec une réforme des financements et de la tarification, ça se met en oeuvre. Agnès BUZYN a ajouté, dès cette année, quelques dizaines de millions d'euros, 72, pour être précis, pour permettre de faciliter les recrutements dans les EHPAD. Et le programme sur la revalorisation des carrières, le PPCR, que j'ai évoqué tout à l'heure, va permettre aux infirmières de passer de la catégorie B à a catégorie A, et donc d'être revalorisées, pour une raison très simple, c'est que nous voulons mieux accompagner…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, d'accord, on le comprend, elles sont extrêmement indispensables, mais…

OLIVIER DUSSOPT
Nous voulons accompagner le secteur hospitalier…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui dans le système hospitalier va payer parce que déjà, l'Assistance publique, à Paris, est dans la dèche, et à Marseille, il y a des déficits, qui va les payer ?

OLIVIER DUSSOPT
Mais il y a des déficits dans à peu près tous les hôpitaux de France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors ?

OLIVIER DUSSOPT
Et nous avons, dans le budget de 2018, programmé une augmentation des moyens, donnés par l'Etat aux hôpitaux, de 2,3 %, c'est l'augmentation la plus forte depuis 2011, et donc c'est dans ce cadre-là qu'il faut trouver les moyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux précisions. Il paraît que vous, à Bercy, vous voulez réduire de 10% les fonctionnaires qui travaillent à l'étranger, il y en a 14.000 en ce moment en France, moins 1400, ça vous fait quelles économies ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est quelques millions d'euros d'économies…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous grattez partout quoi !

OLIVIER DUSSOPT
On change de sujet, on est passé de l'hôpital au corps diplomatique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien oui, il faut aller vite.

OLIVIER DUSSOPT
Nous considérons à Bercy, mais plus largement au sein du gouvernement, que nous pouvons travailler sur notre présence consulaire, notre présence diplomatique, et faire en sorte, là aussi, de garder une présence, de garder une capacité à accueillir les Français qui vivent à l'étranger, avec un peu moins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En gros, vous dites qu'il y en a trop, il faut réduire.

OLIVIER DUSSOPT
On dit qu'on peut réorganiser et faire des économies d'échelle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, peut-être Bercy affaiblit-il la France à l'extérieur…

OLIVIER DUSSOPT
Ce n'est pas le cas, ce n'est pas l'objectif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est l'avis du Quai d'Orsay de Jean-Yves LE DRIAN, qui n'est pas d'accord, mais il faut dire que cette décision, cette proposition, n'a pas été encore arbitrée, pour les 14.000.

OLIVIER DUSSOPT
C'est vrai, et nous travaillons à cette réorganisation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avant de nous quitter. Vous demandez avec insistance que les fonctionnaires territoriaux travaillent vraiment 35 heures, ils ne les font pas ?

OLIVIER DUSSOPT
Il y a deux rapports qui ont été publiés en 2016, un du président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, un de la Cour des comptes, ces deux rapports disent que le nombre d'heures légales par an est à 1607, et qu'en moyenne, et je dis bien en moyenne, les fonctionnaires territoriaux sont autour de 1560 à 1580.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire 50 heures de moins, c'est-à-dire plus d'une semaine.

OLIVIER DUSSOPT
Pour quelle raison ? Les fonctionnaires sont au travail quand on leur demande d'être au travail. Il y a un certain nombre de facteurs, c'est, à tel ou tel endroit les barèmes de congés pour mariage, pour décès dans la famille, c'est, à d'autres endroits, les journées d'autorisation spéciale, avec la journée du maire, la journée du président, et, encore à d'autres endroits, parfois ça se cumule, le maintien d'accords sur le temps de travail, des années 90, qui sont plus favorables. Ce que l'on dit, et ce que la Cour des comptes dit, c'est : la durée légale du temps de travail est à 1607 heures, trouvons les voies et les moyens pour arriver à 1607.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et s'ils ne font pas 1607 ?

OLIVIER DUSSOPT
Aujourd'hui un certain nombre de collectivités ne sont pas à 1607 heures, il faut que ce soit regardé cas par cas, et aux employeurs territoriaux d'ouvrir les discussions pour arriver à la durée légale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière remarque. Est-ce qu'il y a des budgets, dont le vôtre, dépendent de l'Union européenne aujourd'hui, c'est-à-dire en raison du départ du Royaume-Uni, du Brexit, sans penser aux difficultés qu'on a avec l'Italie ?

OLIVIER DUSSOPT
La France, comme tous les pays européens, discute ce qu'on appelle le cadre pluriannuel budgétaire, c'est-à-dire le budget de l'Union sur plusieurs années, l'Angleterre sort de l'Union européenne, il faut compenser les recettes qu'elle apportait…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça va tomber sur nous.

OLIVIER DUSSOPT
Et tous les pays seront, un, en discussion, deux, mis à contribution, l'objectif de la France c'est de faire en sorte que le retour sur investissement soit le plus fort possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nous aussi.

OLIVIER DUSSOPT
Tous les pays européens seront concernés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nous aussi.

OLIVIER DUSSOPT
Tous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.

OLIVIER DUSSOPT
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 mai 2018

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