Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 29 mai 2018, sur le geste héroïque de Mamadou Gassama, le glyphosate, les "droits de l'homme pauvre" et la crise institutionnelle en Italie. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 29 mai 2018, sur le geste héroïque de Mamadou Gassama, le glyphosate, les "droits de l'homme pauvre" et la crise institutionnelle en Italie.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Serge DASSAULT est mort à quatre-vingt-quatorze ans (sic). A la fin de sa vie, on va l'entendre en 2014, il avait quelques ennuis avec la justice et il regrettait que son action d'industriel au sein de la société française n'ait pas toujours été reconnue à sa juste valeur.

PROPOS DE SERGE DASSAULT DE FEVRIER 2014 :
« Moi, je suis quelqu'un qui travaille. J'ai quatre-vingt-huit ans bientôt quatre-vingt-neuf et j'ai toujours travaillé dans le sens de la France. Je suis resté en France, je ne suis pas parti. Je dépense mon argent à Corbeil et pas à Bruxelles. Donc je fais tout ce qu'il faut pour développer l'économie, l'emploi, l'aéronautique et la défense aérienne. »

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà. Serge DASSAULT est mort hier à quatre-vingt-treize ans. Quelle image vous garderez de lui, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord une pensée pour sa famille et surtout pour les salariés du groupe DASSAULT qui sont nombreux et dont j'imagine aujourd'hui l'émotion parce que quand on travaille dans une entreprise qui porte ce nom célèbre et que celui qui a fait et qui a été un grand industriel. Moi, c'est l'image que je garderai de Serge DASSAULT : il a su faire preuve d'une grande ténacité avec le Rafale dont il a été beaucoup moqué. Beaucoup ont dit qu'il n'y arriverait pas et puis, finalement, c'est une belle réussite industrielle et c'est surtout aussi ce qui a permis à la France d'avoir la souveraineté de son espace aérien et de pouvoir marquer son indépendance aussi sur la scène internationale. C'est cette image-là que je conserverai de monsieur DASSAULT.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour le coup, le Rafale tout le monde s'y est mis, y compris les contribuables pour faire en sorte que ce soit une réussite industrielle.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais c'est aussi ça d'avoir assumé le fait qu'il faut être souverain chez soi sur certains secteurs stratégiques et l'aérien en est un.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc Serge DASSAULT est mort, une autre personnalité a marqué hier l'actualité. Là, nous sommes à l'opposé sur le spectre social. Mamadou GASSAMA (sic) a été reçu hier par le président de la République après avoir sauvé samedi soir, vous l'avez vu évidemment : ces images nous ont marqués. Mamadou GASSAMA (sic) a escaladé quatre étages d'un immeuble parisien et hier il était dans le bureau du président de la République avec donc Emmanuel MACRON.

Extrait de l'entretien entre Mamadou GASSAMA et le président de la République :
MAMOUDOU GASSAMA
Dieu merci, je l'ai sauvé.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Et donc sans réfléchir, comme ça, vous êtes…

MAMOUDOU GASSAMA
Non, je n'ai pas réfléchi. Je suis monté directement.

EMMANUEL MACRON
Et il était comment, le petit, quand vous l'avez…

MAMOUDOU GASSAMA
Il était en train de pleurer. Il est encore blessé au pied.

EMMANUEL MACRON
Et vous l'avez revu ?

MAMOUDOU GASSAMA
Oui.

EMMANUEL MACRON
Bravo.

MAMOUDOU GASSAMA
Merci.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà. C'est une scène assez émouvante. Votre gouvernement a posé une règle, Benjamin GRIVEAUX : quelqu'un qui n'a pas ses papiers est expulsé. Pourquoi vous la transgressez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La règle qui a été posée est un peu plus subtile que ça. C'est que nous avons en France chaque année, et nous l'assumons, une immigration légale d'environ deux cent mille personnes qui de regroupement familial aux étudiants en passant aussi par des migrants économiques, puisqu'il y a l'an dernier, je crois, vingt-deux mille migrants économiques qui ont été acceptés sur le territoire. Et puis, vous avez l'autre sujet qui a pris de l'ampleur ces dernières années, puisque je rappelle qu'en six ans nous avons doublé le nombre de demandeurs d'asile. On n'est pas sur les mêmes formes d'immigration, on est passé de cinquante mille à peu près à cent mille demandes par an. L'an dernier, ce sont près de trente-cinq mille qui ont té accueillis. Nous avons célébré hier un héros, un acte héroïque et il est important et la France, il y a une tradition française de célébration des comportements héroïques, des comportements exceptionnels. Ça a été le cas non pas de Mamadou mais Mamoudou…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mamoudou, oui. J'ai mal prononcé son nom : Mamoudou GASSAMA.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mamoudou GASSAMA qui a eu cet acte héroïque qui, je crois, nous a tous laissés émerveillés quand on a vu l'agilité avec laquelle il a gravi les quatre étages pour sauver ce gamin de quatre ans. Et donc, quand on sauve un enfant de quatre ans au péril de sa vie, sans réfléchir – il le dit – vous savez, ça démontre qu'être Français, on peut l'être par la naissance, c'est le droit du sol. Mais c'est aussi un état d'esprit, c'est aussi une manière d'être, c'est aussi un savoir être et c'est, je crois, ce que le président de la République a souhaité marquer en recevant hier Mamoudou GASSAMA et en espérant que la procédure de naturalisation dans laquelle il est engagé puisse aboutir le plus rapidement possible.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais il y a sans doute plein de gens comme lui qui ont fui le Mali, d'autres régions du monde, souvent pour des raisons économiques d'ailleurs parce que la faim les pousse, qui sont porteurs d'autant de courage, d'autant de talent finalement que Mamoudou GASSAMA.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'est pas question de classer le courage ou le talent des uns et des autres.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et ils n'ont pas simplement pas toujours l'occasion de le montrer.

BENJAMIN GRIVEAUX
J'en ai parfaitement conscience. Il y a aussi des Français dont je n'ai pas le doute qu'ils fassent preuve de courage et on l'a vu encore il y a quelques semaines avec le sacrifice qu'a fait le colonel BELTRAME. Donc ça n'est pas un concours à celui qui a le plus de courage ou pas mais, en revanche, c'est d'assurer et de réaffirmer la ligne qui a été fixée par le président de la République. A la fois la fermeté sur les textes qui sont les nôtres et la France, avec deux cent mille immigrants légaux chaque année prend sa part de l'immigration, et c'est une bonne chose pour notre pays. Elle apporte à la fois des idées nouvelles et notamment dans le monde universitaire. Je suis très attaché au fait que des étudiants puissent venir ici s'instruire dans nos universités françaises et ensuite, d'ailleurs, aller porter une part de notre culture française à l'étranger - j'y suis très attaché, mais également au droit d'asile et la France prend sa part. Disons-le, l'Europe a là aussi une grande responsabilité et la France ne peut pas prendre seule la part que certains pays européens, d'autres pays européens, ne prennent pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et d'autres ont pris davantage que nous.

BENJAMIN GRIVEAUX
D'autres ont pris davantage que nous aussi pour des raisons démographiques, monsieur APHATIE. Et vous pensez au même pays que moi.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je pense au même pays que vous et ce serait intéressant d'entendre la chancelière s'exprimer là-dessus. A quoi tient un destin ? Mamoudou GASSAMA expliquait hier – je vais anticiper ses propos parce qu'on ne les comprend pas bien – qu'il est en France depuis septembre dans un foyer à Montreuil et il en sortait tout le temps la peur au ventre parce que, disait-il : « J'avais peur de tomber sur les policiers. » On écoute Mamoudou GASSAMA.

Extrait du journal de TF1 :
MAMOUDOU GASSAMA
Même si j'ai envie de faire un tour, je ne peux pas. Je n'ai pas de papiers, je ne peux pas sortir parce que j'ai peur de rencontrer des policiers.

JEAN-MICHEL APHATIE
« J'ai peur de rencontrer des policiers. » Heureusement qu'il n'en a pas rencontrés. Heureusement ! Ça tient à rien, un destin. C'est curieux comme situation quand même.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est le sens même du destin, c'est que ça ne tient à rien. Mais ce que je veux vous dire à nouveau, c'est qu'il y a des règles. Moi, je ne sais pas expliquer à nos concitoyens qu'à partir du moment où on a établi des règles qui permettent à certains d'avoir un titre de séjour au titre de l'immigration légale, et à d'autres d'avoir un titre de demandeur d'asile… Enfin, d'être demandeur d'asile et d'obtenir le droit d'asile, et qu'à partir du moment où on a fixé des critères pour ces règles, ceux qui ne les respectent pas, nous devrons les reconduire. Sinon, nous jetons aussi l'opprobre et le doute sur tous ceux qui légalement font la démarche de venir en France et d'obtenir un titre de séjour. Et donc, c'est aussi pour valoriser ceux qui ont fait la démarche légalement. Si nous ne mettions pas ces règles en application, c'est aussi les filières. Parce que derrière le destin de Mamoudou GASSAMA formidable, il y a aussi des filières, il y a aussi des trafiquants, il y a aussi la traite d'êtres humains. Et si nous étions portes ouvertes et si nous ne faisions pas respecter le droit, ce serait aussi ces filières-là qui en bénéficieraient et en tireraient commerce.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez vu les gens qui hier dénonçaient votre opportunisme dans la circonstance. Votre politique est dure et vous saisissez une action spectaculaire pour vous dédouaner.

BENJAMIN GRIVEAUX
Les mêmes qui dénoncent l'opportunisme auraient crié si nous n'avions rien fait. Donc, vous savez, nous les laissons à leurs commentaires. Nous, nous rendons hommage à quelqu'un qui a un acte héroïque. Je trouve un peu triste que dans notre pays, on ne soit pas capable d'avoir un moment d'unité nationale dans des moments comme ceux-là. Ils sont peu nombreux. Profitons-en. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans l'actualité la plus immédiate, hier soir les députés La République en Marche, aidés d'ailleurs par les députés Les Républicains, ont rejeté systématiquement les amendements présentés pourtant par certains des députés de La République en Marche qui voulaient introduire le fait que le glyphosate serait interdit en France à partir de 2021. Certains amendements rédigés par des amis de Nicolas HULOT disaient même qu'il pourrait y avoir des exceptions après 2021 mais il était important de prendre date puisque c'est un engagement d'Emmanuel MACRON. Tous ces amendements ont été repoussés. Vous voulez pousser Nicolas HULOT à la démission en agissant comme ça ?

BENJAMIN GRIVEAUX
L'engagement du président de la République sur la sortie du glyphosate dans trois ans est un engagement clair.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais pourquoi on ne l'a pas mis dans la loi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord parce que, vous savez, on a inscrit beaucoup de choses dans la loi depuis trente ans dans notre pays, ça ne s'est parfois pas passé.

JEAN-MICHEL APHATIE
(propos inaudibles)

BENJAMIN GRIVEAUX
Attendez, Jean-Michel APHATIE. Inscrire dans la loi les choses, c'est formidable. Ça n'est pas la garantie que ça arrive.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ne pas l'inscrire, ce n'est pas non plus la garantie que ça va arriver.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je préfère (1) : qu'est-ce qu'on a dit ? Qu'on allait travailler avec l'ensemble des acteurs de la filière. Qu'on allait confier à l'INRA, donc un institut national de recherche agricole, le fait de trouver des solutions alternatives à l'usage du glyphosate. La France, je le rappelle, a tenu la dragée haute à ses partenaires européens qui, si on avait suivi les recommandations de la Commission, c'était dix ans, le glyphosate. On a ramené à cinq ans au niveau européen et le président de la République a pris l'engagement que ce soit trois ans dans l'Hexagone. Ce sera fait. Ce sera fait en partenariat avec les industriels. Vous savez, nul n'est besoin parfois d'inscrire dans la loi des choses qui finissent par ne pas arriver. Faisons un peu confiance. Arrêtons en permanence de penser que la contrainte, la sanction sont les seuls moyens de conduire des politiques publiques efficaces. Si ça avait marché, depuis trente ans la France s'en porterait mieux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne va pas être content, Nicolas HULOT. Vous le savez.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi je pense que Nicolas HULOT, il travaille avec les acteurs des filières et avec l'INRA et que si nous trouvons des solutions industrielles scientifiques pour permettre que la France sorte dans trois ans du glyphosate, tout le monde y aura gagné. Il n'était pas forcément utile de l'inscrire dans la loi.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça va être commenté évidemment, vous le savez, vous vous y préparez, comme une humiliation supplémentaire de Nicolas HULOT.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai pas de doutes que ce sera commenté et qu'on ne commentera pas toutes les avancées, par ailleurs, que comporte cette loi. Mais on s'attache toujours au détail et à l'écume et bien peu au courant.

JEAN-MICHEL APHATIE
Au détail ? Je ne sais pas si c'est un détail. Les Echos disent ce matin que dans le cadre de la discussion qui va commencer demain à l'Assemblée nationale sur la loi ELAN, une nouvelle loi sur l'habitat, le logement, une nouvelle loi à partir de demain, la loi Littoral qui a été votée en 1986 et qui n'a plus été touchée depuis pourrait faire l'objet d'amendements visant à favoriser les constructions, là où pour l'instant on ne peut pas construire. Ce sont Les Echos qui disent ça, qui mentionnent des amendements, qui mentionnent des députés La République en Marche qui ont déposé ces amendements. Vous avez des informations à ce sujet, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai pas d'informations à ce sujet. C'est évidemment au débat parlementaire de trancher. Demain, j'imagine que c'est en commission que vont commencer les débats avant qu'ils n'arrivent dans l'hémicycle. Donc vous voyez, le temps du travail parlementaire sur la loi ELAN ne fait que commencer. Je n'ai pas de doutes que les débats seront nombreux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et on surveillera là aussi ce qu'en pense Nicolas HULOT parce que ça pourrait être une nouvelle pierre dans son jardin. Et puis dernier fait d'actualité, une dépêche de l'AFP hier soir assez tard, il était 23 heures 20, nous dit que Elisabeth BORNE, ministre des Transports persiste dans son projet de vignette pour les transporteurs. Alors elle parle d'une vignette temporelle, c'est-à-dire au cas par cas des gens qui traversent la France. Vous le confirmez ? Parce que vous dites, pas d'impôts, pas de taxes nouvelles mais une vignette, oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
En tout cas, on exclut le système qui avait été imaginé auparavant, l'écotaxe. Donc ça, l'idée d'avoir une vignette, c'est évidemment à la ministre des Transports d'en donner les modalités, mais frapper les transporteurs par une vignette parce qu'ils sont des utilisateurs importants de nos infrastructures routières, et donc qu'ils puissent participer aussi à la fois à l'entretien et au fonctionnement mais aussi à l'investissement pour permettre des infrastructures de meilleure qualité, ne me paraît pas être une mauvaise piste.

BRUCE TOUSSAINT
Ça ne concerne que les transporteurs ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça ne concerne que les transporteurs, absolument pas les particuliers. Il n'est pas question de remettre la vignette pour les particuliers en service puisque, je le rappelle à votre micro, l'engagement du président de la République qui sera tenu, c'est la baisse des prélèvements obligatoires dans notre pays, ce que nous avons commencé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui. Transporteurs routiers étrangers bien sûr. Heu, transporteurs français et étrangers.

BENJAMIN GRIVEAUX
A ce stade, ce sont les transporteurs. A Elisabeth BORNE d'en donner les modalités.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bon. Là aussi, il risque d'y avoir quelques réactions à vos propos.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous dire une chose, Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui.

BENJAMIN GRIVEAUX
Si on ne faisait jamais rien, il n'y aurait jamais de réaction à rien.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais la vignette, vignette, c'est un peu contradictoire avec : « Il n'y aura pas d'impôt supplémentaire. » Vous dites qu'il n'y aura pas d'impôt supplémentaire, et une vignette.

BENJAMIN GRIVEAUX
Pour les transporteurs, pas pour les particuliers. Il n'y aura pas d'impôt supplémentaire dans notre pays. Nous baissons la fiscalité à la fois pour les ménages et pour les entreprises. Mais ce que je veux vous dire aussi, c'est que oui, nous faisons des choses. Oui, ça suscite des réactions et c'est tant mieux parce que ce pays en avait assez d'un pouvoir politique immobile qui restait les bras croisés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Si vous vous félicitez des réactions, vous en aurez et c'est très bien. Vous avez publié dimanche dans Le Parisien une tribune qui a, elle aussi, été abondamment commentée. Vous dites que l'objectif de votre politique, c'est de venir en aide, on va le voir rapidement banc-titre et je vais le lire c'est pour venir en aide –on va le voir rapidement en bande-titre et je vais le lire – c'est pour « venir en aide à l'homme pauvre. Nous remettons au coeur de notre combat les droits de l'homme pauvre. C'est pour lui pour lui que nous nous battons. » Beaucoup de commentaires un peu ironiques, voire sarcastiques pour certains. Le gouvernement qui baisse l'impôt sur la fortune, qui met une flat taxe sur les revenus mobiliers et qui supprime l'exit tax travaille pour l'homme pauvre : beaucoup de gens se sont un peu moqués de cette expression.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je les laisse bien volontiers à leurs moqueries parce qu'ils sont enfermés dans les schémas du passé en permanence, et ils y reviennent.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes moderne, vous.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et d'ailleurs ma conviction, c'est que les Français par le vote qu'ils ont exprimé ont compris. (1) : Ils sont très attachés à notre modèle social et moi je suis très attaché à notre modèle social. Je suis très attaché à un modèle de redistribution. Il faut d'abord créer les richesses pour les redistribuer. Je suis très attaché à un système de retraite par répartition et de solidarité entre les générations. Et je suis très attaché, et ç'a été l'un de mes mandats, j'ai été chargé du RSA pendant cinq ans. Je vois ceux qui, dans les tweets du week-end, s'indignent et caetera et qui vivent dans les beaux quartiers parisiens dont ils sont rarement sortis. Moi j'ai été chargé du RSA dans un département pauvre pendant cinq ans. J'ai signé des contrats d'insertion avec des gens au RSA tous les jours pendant cinq ans, et j'ai vu des gens avec qui j'ai signé le quinzième parfois le vingtième contrat d'insertion parce que ça ne fonctionnait plus.

JEAN-MICHEL APHATIE
En quoi votre politique aide-t-elle l'homme pauvre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
En quoi elle l'aide ? La politique sociale, une bonne politique sociale, c'est d'abord l'emploi, le travail, la formation, l'éducation. Ça n'est pas forcément distribuer des allocations et des subventions. Il faut le faire pour les personnes qui sont en grande difficulté. On augmente les minima sociaux, qu'on ne nous fasse pas ce procès. Le minimum vieillesse a augmenté le 1er avril, l'allocation adulte handicapé et la prime d'activité augmenteront à l'automne, mais ça ne suffit pas. Ça fait trente ans qu'on se on se limite à cela.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce qu'il faut faire de plus ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous investissons. Il ne faut non pas dépenser uniquement, il faut aussi investir. C'est l'école, c'est quand on divise par deux le nombre d'enfants par classe dans les quartiers populaires : on fait une politique sociale. C'est quand on travaille sur la formation professionnelle, sur l'apprentissage : c'est de la politique sociale. C'est un Etat d'investissement social. J'en ai assez d'un Etat qui se, finalement, limite à réparer les inégalités, à constater qu'il y a des inégalités et qui les répare en espérant améliorer ou faire en sorte que les gens qui les subissent puissent survivre et non pas vivre. Choisir leur vie, construire leur destinée, c'est ça le projet politique que nous portons. Et donc, ceux qui considéreraient que pour bien considérer la précarité et bien s'occuper de ceux qui sont dans la pauvreté, il suffit de leur faire un chèque, ce sont eux qui sont méprisants à l'égard des gens qui sont dans le plus grand dénuement. Il faut pouvoir les sortir de ce dénuement.

JEAN-MICHEL APHATIE
En termes de créations d'emplois, pour l'instant on ne voit pas trop les résultats de votre politique.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais attendez ! Vous plaisantez ou quoi ? Ça fait trente ans que le pays ne va pas bien. On a trois millions de chômeurs, neuf millions de pauvres dont trois millions d'enfants, quatre millions de mal-logés et on a, quand on est ouvrier, dix ans d'espérance de vie de moins qu'un cadre. Alors je veux bien que vous colliez ça sur le dos du gouvernement qui est là depuis un an. Depuis un an, nous avons mis en place à l'école en septembre le dédoublement des classes, nous avons mis en place la loi formation professionnelle apprentissage, elle n'est pas encore votée. Tout ça va prendre du temps, c'est une transformation profonde de notre modèle social mais je suis certain d'une chose. C'est que pour avoir côtoyé ces personnes qui sont bénéficiaires de minima sociaux, je vous assure que le matin elles n'ont envie que d'une chose : c'est de se lever pour aller bosser. Je ne participerai pas ni à ceux qui fustigent l'assistanat, et ça je pense à Laurent WAUQUIEZ, quand il avait évoqué le cancer de la société ; c'était criminel de sa part. Ni à ceux qui considèrent à gauche qu'il suffit de faire des chèques pour gérer la question de la pauvreté. Ce sont deux comportements irresponsables et ça a mené le pays là où nous en sommes aujourd'hui. Il faut changer de modèle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et à Bruno LE MAIRE qui dit que les aides sociales pourraient baisser ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Les aides sociales ne vont pas baisser, Bruno LE MAIRE le sait parfaitement. Dans la loi de finances qui a été votée, elles ont augmenté. Regardez, le minimum vieillesse a augmenté le 1er avril dernier.

BRUCE TOUSSAINT
C'était une bêtise ?

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une bêtise de le dire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a augmenté, le minimum vieillesse.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et pourquoi il a dit cela ?

BENJAMIN GRIVEAUX
L'allocation adulte handicapé, elle va augmenter. Donc les aides sociales individuelles dans notre pays ne baisseront pas. (…)

BRUCE TOUSSAINT
Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement, est l'invité de France Info. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est utile un porte-parole du gouvernement, ça nous permet parfois de comprendre ce qu'on ne comprend pas, par exemple, Gérard COLLOMB, samedi, après la manifestation qui s'intitulait la marée populaire, le ministre de l'Intérieur intervenait depuis la préfecture de police de Paris.

GERARD COLLOMB, MINISTRE DE L'INTERIEUR
Si on veut garder demain le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale, il faut que les personnes qui veulent exprimer leur opinion puissent aussi s'opposer aux casseurs et ne pas, par leur passivité, être d'un certain point de vue complices de ce qui se passe.

JEAN-MICHEL APHATIE
Si on veut garder le droit de manifester, mais on a envie de le garder, eh bien, qu'est-ce qu'il faut faire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, Gérard COLLOMB, il a sans doute l'une des missions les plus difficiles du gouvernement, vous savez, nos forces de l'ordre sont soumises à rude épreuve depuis maintenant plusieurs années du fait de la tension terroriste qu'il y a dans le pays. Nous avons différentes zones où nous intervenons, aujourd'hui, Notre-Dame-des-Landes, où, je rappelle, plus de 2.000 gendarmes mobiles sont mobilisés sur le terrain, et nous avons aujourd'hui des manifestations, où parfois vous avez des Blacks Blocs, ce fut le cas le 1er mai à Paris avec cette démonstration de force, et où, je le rappelle, seulement quatre personnes ont été blessées dans ces manifestations du 1er mai. Moi, je veux saluer le sang-froid, à la fois de nos forces de sécurité sur le terrain, et celui aussi du ministre de l'Intérieur, vous savez, il a son langage…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais qu'est-ce qu'il veut dire là ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a ses mots…

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce qu'il veut dire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a son langage et ses mots, mais il a surtout une détermination qui est d'assurer…

JEAN-MICHEL APHATIE
Les manifestants sont trop complaisants avec la violence, c'est ça qu'il veut dire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a certains manifestants, dont je rappelle qu'ils ont pendu l'effigie du président de la République, qui l'ont brûlée, qu'ils ont présenté un président de la République avec un trou au milieu du front et du sang qui en coule, donc, il y a une forme de violence…

JEAN-MICHEL APHATIE
Certains minoritaires, marginaux ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a une forme de violence, et, je le dis, elle est…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne mettez pas tous les manifestants dans le même sac ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Evidemment pas, j'ai eu déjà l'occasion de le dire à maintes reprises, j'ai le plus grand respect pour l'immense majorité de ceux qui manifestent, et je condamne, avec la plus ferme vigueur, tous ceux qui cassent, et là, ce sont les Black Blocs, et qui ne sont pas là d'ailleurs, pour des questions de contestation de telle ou telle réforme du gouvernement, ils contestent la nature même d'un gouvernement à la nature même d'un pouvoir politique, donc très bien. Et puis, il y a ceux aussi qui, cagoulés, brûlent l'effigie du président de la République, donc je crois que cette violence-là n'a pas sa place dans un cortège ni syndical ni politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais Gérard COLLOMB avait l'air de parler d'autre chose, et en tout cas, on ne peut pas dire qu'il ait été compris, vous en convenez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, mais son rôle…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'a pas été compris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Son rôle, c'est d'assurer l'ordre en respectant les libertés publiques, et croyez-moi, c'est toujours une ligne de crête qui est difficile à tenir, notamment face à parfois des casseurs qui s'introduisent et infiltrent les manifestations et n'ont vocation que de mener une guérilla urbaine.

BRUCE TOUSSAINT
Emmanuel MACRON a surpris, un peu, hier soir, par un tweet dans lequel il prend la défense du magazine Le Point, le président de la République déclare : il est inacceptable que des affiches du Point soient retirées des kiosques, la liberté de presse n'a pas de prix. Ça méritait en effet une intervention du chef de l'Etat ce qui s'est passé ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais bien sûr, la liberté de la presse, c'est un de nos biens les plus précieux, nous avons en France une presse d'opinion, nous pouvons en être fiers, je la pratique beaucoup, et il lui arrive de ne pas être tendre à un notre endroit, et c'est tant mieux, c'est ça qui garantit qu'en France, on a la liberté de s'exprimer, qu'on est dans une démocratie vivante, qu'on est un peuple qui aime le débat et qui aime la politique, et où il n'y a pas la place pour ceux qui retirent les affiches des kiosques, quelles que soient les couvertures incriminées, je n'ai évidemment rien d'autre à ajouter aux propos du président de la République, que je partage à 100 %.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quelle attitude faut-il avoir face à la crise italienne, il faut s'en inquiéter, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il faut avoir une grande vigilance, parce que, vous le savez, les élections du 4 mars en Italie, le peuple italien a dit deux choses : il a dit, d'abord, il a contesté le manque de solidarité financière des pays d'Europe du Nord, et puis, le manque de solidarité des pays d'Europe centrale sur la question migratoire, et donc, au fond, il a dit beaucoup de choses de l'Europe, le Conseil européen de la fin du mois de juin sera important, la France y portera des propositions, vous le savez, il y a une rencontre franco-allemande auparavant, c'est sans doute un sommet européen qui sera, et un conseil, important à la fin de ce mois. Et puis, il y aura les élections européennes l'an prochain, et les élections italiennes qui se sont déroulées n'augurent rien de bon, parce que, souvent, l'Europe a été prise pour cible comme étant la source de tous les maux que connaît aujourd'hui l'Italie, sans doute la bureaucratie bruxelloise n'a parfois pas aidé dans la compréhension des politiques publiques qui sont conduites dans les différents pays de l'Union, mais ça n'est certainement pas la seule responsable de l'état dans lequel se trouve l'Italie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais les Italiens ont voté, et le président de la République italienne n'a pas voulu nommer un ministre des Finances qui correspondait à ce vote, certain en sont choqués…

BENJAMIN GRIVEAUX
Masi le président de la République italien, en vertu, de mémoire, de l'article 92 ou 94, je crois, de la Constitution italienne…

JEAN-MICHEL APHATIE
Je ne vous contrarierai pas là-dessus…

BENJAMIN GRIVEAUX
A parfaitement le droit, c'est l'un de ses droits constitutionnels, il est là pour assurer la stabilité institutionnelle et démocratique du pays, il explique…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et respecter le vote des électeurs n'est pas une mission…

BENJAMIN GRIVEAUX
Monsieur MATTARELLA, je n'ai pas à commenter sa décision, je vais donc dire la manière, pourquoi il a pris cette décision, il explique qu'il a voulu préserver notamment les intérêts des épargnants italiens avec une crainte, c'est que la nomination de ce ministre des Finances n'agite les marchés et que les taux d'intérêt à long terme de l'Italie augmentent, ce qui aurait pénalisé en premier lieu, non pas les grandes banques, mais les épargnants italiens. Et je crois que c'est la raison pour laquelle le président MATTARELLA n'a pas souhaité procéder à cette nomination.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le gouvernement français s'inquiète d'une possible crise financière à la suite de ce qui se passe en Italie et d'une possible remontée rapide des taux d'intérêt ?

BENJAMIN GRIVEAUX
L'Italie est un partenaire essentiel, important pour la France, à la fois dans l'histoire de l'Italie au sein de l'Union européenne, mais aussi pour la relation bilatérale, puisque c'est, je le rappelle, un très grand partenaire économique et commercial de notre pays.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Benjamin GRIVEAUX. Très bonne journée.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mai 2018

Rechercher