Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec Public Sénat le 29 mai 2018, sur la mort de Serge Dassault, la loi de programmation militaire, l'opération Barkhane, le service national et sur les militaires déployés en Algérie de 1962 à 1964. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, avec Public Sénat le 29 mai 2018, sur la mort de Serge Dassault, la loi de programmation militaire, l'opération Barkhane, le service national et sur les militaires déployés en Algérie de 1962 à 1964.

Personnalité, fonction : PARLY Florence , VIGUIER Cyril .

FRANCE. Ministre des armées;

ti :

CYRIL VIGUIER
Bonjour à tous. Et ceux qui nous rejoignent, deuxième partie de cette émission « Territoires d'infos », en direct, la Matinale de Public Sénat, de la presse quotidienne régionale, des Indés Radios, 130 radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français, les télés locales de France qui nous rediffusent, et avec TV5 Monde. L'invitée politique ce matin sur ce plateau, en direct, c'est Florence PARLY. Bonjour.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes la ministre des Armées. Merci de vous être levée tôt pour nous. Pour vous interroger, à mes côtés ce matin, Oriane MANCINI, la spécialiste politique de Public Sénat. Bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Bonjour Cyril. Bonjour Madame la Ministre.

CYRIL VIGUIER
Et Hubert COUDURIER, bonjour. Vous êtes le directeur de l'information du Télégramme et président de Tébéo et TébéSud, les deux chaînes TNT de Bretagne…

HUBERT COUDURIER
Bonjour Cyril. Bonjour Mesdames.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être avec nous, Hubert COUDURIER. Florence PARLY, on l'a appris hier, la mort de Serge DASSAULT, à l'âge de 93 ans, ancien sénateur, patron de presse, du Figaro, mais aussi surtout grand industriel français. Fils de Marcel DASSAULT d'ailleurs. Votre réaction à sa disparition ?

FLORENCE PARLY
C'est un grand capitaine d'industrie qui nous quitte, le groupe DASSAULT est un groupe exceptionnel, fondé, comme vous l'avez rappelé, par Marcel DASSAULT, qui est une très belle histoire entrepreneuriale française, et dont Serge DASSAULT avait su assurer le développement en diversifiant un certain nombre d'activités, et on connaît tous DASSAULT AVIATION, en particulier, au ministère des Armées, puisque nous volons beaucoup avec les avions DASSAULT, les Mirage, et puis, désormais les Rafale, puisque les Rafale vont équiper la totalité de l'armée de l'air française d'ici peu, et au-delà de DASSAULT AVIATION, il y a bien sûr les diversifications extrêmement réussies, DASSAULT SYSTEMES notamment, qui a permis une transformation technologique extraordinaire avec ce logiciel CATIA, qui a révolutionné la manière, d'abord, de construire et de concevoir des avions, et puis ensuite, qui s'est répandu, si je puis dire, à l'ensemble de l'industrie. Donc c'est un très grand groupe, et c'est un capitaine d'industrie, encore une fois, qui nous quitte. Et moi, je voudrais saluer sa mémoire, transmettre évidemment mes très sincères condoléances à sa famille, à ses proches, aux salariés du groupe DASSAULT également, et dire combien les avions DASSAULT font l'excellence des armées françaises et contribuent à la performance opérationnelle de nos forces.

CYRIL VIGUIER
Justement, Florence PARLY, Serge DASSAULT a été notre invité ici, sur « Territoires d'infos », c'était d'ailleurs sa dernière émission de télévision en plateau, c‘était le 22 janvier 2016. On va écouter un large extrait, il distribuait ses satisfécits à l'ancien gouvernement socialiste, à Emmanuel MACRON, à l'époque, ministre de l'Economie, à Jean-Yves LE DRIAN, votre prédécesseur à la Défense. On l'écoute, Serge DASSAULT.

SERGE DASSAULT, EMISSION DU 22JANVIER 2016 « TERRITOIRES D'INFOS » PUBLIC SENAT
Ah, MACRON n'est pas mal…

MICHAEL SZAMES
Pas mal, qu'est-ce qu'il fait de bien, Emmanuel MACRON ?

SERGE DASSAULT
Ah oui, j'aime bien MACRON. Il parle plus de vérité sur l'entreprise, quand il dit que les chefs d'entreprise ont plus de soucis que les salariés, c'est vrai.

MICHAEL SZAMES
Jean-Yves LE DRIAN, c'est le meilleur agent pour vous, pour la vente des avions ?

SERGE DASSAULT
Ce n'est pas le meilleur agent…

CYRIL VIGUIER
Il est meilleur que les ministres de la Défense précédents ?

SERGE DASSAULT
C'est le meilleur ministre de la Défense qu'on n'ait jamais eu !

MICHAEL SZAMES
Qu'on n'ait jamais eu ?

SERGE DASSAULT
Ah oui, oui, il est au-dessus de tous les autres, eh bien, disons que personne ne nous a vendu des avions, en plus, c'est la première fois…

JOURNALISTE
Donc là, merci la gauche, là ?

SERGE DASSAULT
Merci monsieur LE DRIAN, merci monsieur HOLLANDE pour tout ce que vous faites pour… non pas seulement pour nous, pour l'exportation de… il a raison, il faut la Défense, il faut… et puis, le fait de vendre des avions, ça apporte du travail.

CYRIL VIGUIER
Florence PARLY, il vous a dit merci, vous avez eu l'occasion de le voir ces derniers mois aussi, comme il a dit merci à Jean-Yves LE DRIAN et à Emmanuel MACRON ?

FLORENCE PARLY
Je n'ai pas eu l'occasion de le rencontrer ces derniers mois ; la dernière fois que je l'ai vu, c'est au dernier Salon du Bourget, l'année dernière, je venais de prendre mes fonctions et il était présent, fidèle à ce rendez-vous tellement important pour l'industrie aéronautique.

ORIANE MANCINI
Serge DASSAULT a su préserver l'indépendance de son groupe, comment vous voyez l'avenir de DASSAULT AVIATION ?

FLORENCE PARLY
C'est d'abord à la famille et aux actionnaires d'en décider, bien entendu, l'Etat sera très présent pour suivre l'évolution de ces discussions, ce groupe – comme je vous l'ai dit – joue…

ORIANE MANCINI
Très présent, c'est-à-dire, quel rôle va jouer l'Etat ?

FLORENCE PARLY
Très présent, aux côtés des différents actionnaires, vous comprenez bien que c'est un groupe dont l'Etat ne peut pas se désintéresser, bien au contraire, il joue un rôle tout à fait stratégique pour le ministère que j'ai l'honneur de diriger. C'est un groupe qui est à la fois civil et militaire, la réussite des avions civils DASSAULT n'est plus à décrire, en revanche, la partie militaire est évidemment tout à fait stratégique. Et puis, par ailleurs, vous savez que DASSAULT est actionnaire d'un autre groupe de défense très important, qui est THALES.

HUBERT COUDURIER
Et il y a une chose qu'on ne dit pas toujours à travers les hommages qui se succèdent, c'est la ténacité d'abord de Serge DASSAULT pour s'imposer face à son père, qui ne le considérait pas comme il le devait, ensuite, face à l'Etat qui l'a nationalisé, et ensuite, pour vendre des Rafale qui ne se vendaient pas à l'export, c'est un exemple pour l'industrie française et pour tous les entrepreneurs, de se battre sur un marché mondial de plus en plus compétitif ?

FLORENCE PARLY
La ténacité est une qualité formidable, et comme vous l'avez rappelé, les avions Rafale ne se sont pas vendus de façon hydraulique, si je puis dire, à l'exportation, c'est un avion qui a été développé dans les années 80 et qui finalement a trouvé ses premiers succès à l'exportation, depuis 2012, pour faire simple, et d'ailleurs, comme Serge DASSAULT le rappelait, mon prédécesseur a beaucoup oeuvré pour parvenir à ce résultat, donc, oui la ténacité, c'est une qualité essentielle, et moi, je suis très heureuse de voir que, enfin, cet avion démontre désormais ses pleines capacités, est reconnu comme tel à l'exportation, nous étions encore, il y a quelques mois, au début de l'année, avec le président de la République, au Qatar, nous avons pu finaliser une nouvelle commande, qui était déjà bien engagée, de 12 Rafale supplémentaires, et puis, il y a d'autres prospects partout dans le monde…

ORIANE MANCINI
Il y aura d'autres signatures de contrats prochainement ?

FLORENCE PARLY
Prochainement, je ne peux pas le dire, mais en tout cas, il y a de très sérieux prospects qui sont en cours, et j'espère que d'ici quelques mois, nous pourrons en reparler.

ORIANE MANCINI
Le futur avion de combat DASSAULT, et ce sera un avion franco-allemand, c'est un changement total de doctrine puisque jusqu'à présent, français et allemand, suivaient chacun leur voie en matière d'aviation de combat, est-ce que la France n'a plus les moyens de faire seule désormais ?

FLORENCE PARLY
C'est plutôt un choix résolu que nous avons fait dans le cadre de la loi de programmation militaire que d'accroître la part des programmes que nous développons en coopération avec d'autres partenaires, et cela part aussi d'un constat raisonné qui veut que, aujourd'hui, d'abord, ce sont des programmes d'équipements militaires extrêmement coûteux, et que, face à une concurrence internationale qui s'est encore consolidée et renforcée, il est important que l'industrie européenne fasse de même. Alors sans aller nécessairement vers des mouvements capitalistiques de fusions ou de rachats, il est possible de créer des coopérations sur des projets ou des programmes d'équipements militaires spécifiques, et l'année dernière, lorsque le sommet franco-allemand s'est tenu le 13 juillet Emmanuel MACRON et la chancelière MERKEL ont décidé de faire de ce système de combat aérien du futur, l'un des projets phares de la coopération franco-allemande pour les prochaines années, et on retrouve trace de cette décision à l'intérieur du projet de loi de programmation militaire qui sera, je l'espère voté solennellement cet après-midi au Sénat, puisque ce fameux SCAF, de son petit nom, bénéficiera dans cette loi de programmation militaire de crédits d'études, et j'ai eu l'occasion, il y a quelques semaines, lors du salon de Berlin, avec mon homologue allemande, de signer la première pierre, si je puis dire, de ce projet de coopération franco-allemande, et les industriels, DASSAULT et AIRBUS, pour ne pas les citer, ont eux-mêmes posé la première pierre industrielle de ce projet.

HUBERT COUDURIER
L'Europe de la Défense reste souvent une incantation. DASSAULT lui-même n'aimait pas beaucoup la coopération, et pourtant, la réalité, aujourd'hui, de l'Europe de la défense, elle est d'abord franco-allemande. Alors, il y a des questions sur l'équilibre du rapport de force au sein d'AIRBUS, et la manière dont les Allemands prennent progressivement les commandes, est-ce que c'est quelque chose qui vous préoccupe, et au-delà de l'exemple d'AIRBUS, qu'est-ce qui vous paraît le plus concret dans les avancées de la coopération entre les Français et les Allemands, et notamment les Français aimeraient bien aussi qu'une partie des dépenses de Défense qu'ils consentent – notamment au Sahel pour défendre, finalement, pour lutter contre le terrorisme – soit prise en compte par Bruxelles, est-ce que ça avance un peu ce combat ?

FLORENCE PARLY
Alors, je crois que sur la partie industrielle, les choses évoluent, vous l'avez cité vous-même, après une vision très souverainiste et nationale des programmes d'équipements, l'idée de pousser en avant un concept de souveraineté européenne est vraiment au coeur désormais de la loi de programmation militaire, mais aussi des discussions entre partenaires européens, ceci a des conséquences sur la manière de concevoir ces programmes de coopération. Il y a eu des programmes dans le passé de coopération à l'échelle européenne qui ne se sont pas déroulés sans problèmes, je pense en particulier au programme A400M. Et donc, les industriels ont tiré les leçons de ces difficultés, et l'une des leçons majeures, c'est que des programmes d'équipements de cette nature sont tellement lourds et importants qu'il faut d'abord les concevoir en fonction d'une logique proprement industrielle avant de le voir comme un projet étatique, les Etats sont des clients, les industriels sont ceux qui conçoivent et qui produisent ces équipements. Dans ces conditions, il est finalement assez naturel que DASSAULT et AIRBUS aient pu converger sur l'idée que, en effet, ce programme doit pouvoir faire l'objet d'une collaboration large, qui d'ailleurs ne se résumera pas à AIRBUS et DASSAULT. Donc cette notion qu'on a souvent entendue, de retour au national des programmes de coopération militaire, je crois, est une notion qui n'est plus au premier plan. Ce qui est au premier plan, c'est la nécessité de pouvoir concevoir et produire des équipements qui répondent aux besoins des armées, de le faire dans le cadre des budgets qui ont été alloués, et dans le cadre, en respectant les calendriers qui ont été définis, parce que rien n'est pire que de commander un matériel, un équipement, qui est absolument nécessaire, à la souveraineté des forces, et que celles-ci, pendant des années et des années, attendent un matériel qui pourtant leur est indispensable.

CYRIL VIGUIER
Florence PARLY, la ministre des Armées, est notre invitée politique ce matin dans « Territoires d'infos. » Une affaire qui intéresse beaucoup les gens, c'est ces deux anciens agents de la DGSE qui ont été mis en examen le 22 décembre dernier pour trahison avec une puissance étrangère, Florence PARLY, et incarcérés, ils sont soupçonnés d'avoir livré des informations aux Chinois, est-ce que vous regrettez que cette affaire, d'abord, ait fuité et comment a-t-elle pu fuiter, selon vous ?

FLORENCE PARLY
Je n'ai pas d'information sur les raisons pour lesquelles cette information se trouve dans le domaine public, moi, ce sur quoi je voudrais insister, c'est que ces personnes, qui sont pour l'instant soupçonnées de faits graves, de potentielle trahison, ont été identifiées par le service, la DGSE, pour ne pas la citer, et que c'est donc l'employeur, l'Etat, nous-mêmes, le ministère des Armées, qui avons saisi la justice en actionnant ce qu'on appelle l'article 40 du code de procédure pénale, et c'est pour cette raison que ces personnes sont aujourd'hui sous le coup d'une instruction judiciaire et donc incarcérées, comme vous l'avez rappelé.

ORIANE MANCINI
Est-ce que c'est un cas exceptionnel ou est-ce que vous avez connaissance d'autres cas de ce type ?

FLORENCE PARLY
C'est un cas que j'espère rare, en tout cas, je n'ai pas connaissance depuis ma prise de fonction d'autres cas, il faut quand même réaliser que l'espionnage et le contre-espionnage sont des activités qui sont fréquentes, on assiste par ailleurs…

HUBERT COUDURIER
Surtout de la part des Chinois…

FLORENCE PARLY
On assiste par ailleurs à une montée en puissance, voire une agressivité plus forte d'un certain nombre d'Etats dans le domaine économique, de la concurrence économique, mais aussi potentiellement dans d'autres domaines, et c'est pour ça qu'il faut être extrêmement vigilant, et je crois que la DGSE a fait preuve d'une remarquable vigilance.

ORIANE MANCINI
Comment on peut éviter ce type de situation ? Est-ce que vous allez prendre des mesures ?

FLORENCE PARLY
Alors, je ne vais pas rentrer dans le détail des mesures que nous prenons, ça fait partie du métier, bien entendu, que de se protéger contre ce type de problèmes, et donc un plateau de télévision n'est pas vraiment le lieu pour rentrer dans ce genre de détails, vous m'en excuserez…

HUBERT COUDURIER
... Contre-mesure…

ORIANE MANCINI
Alors, le Sénat votera cet après-midi, vous l'avez dit, la loi de programmation militaire 2019-2025, elle prévoit de faire passer le budget des Armées de 34,2 milliards à 50 milliards d'ici 2025, soit 2 % du PIB, est-ce que vous saluez l'apport du Sénat sur ce texte ?

FLORENCE PARLY
Alors, nous avons eu un dialogue extrêmement fructueux tant avec l'Assemblée nationale qu'avec le Sénat, nous avons examiné en séance publique, la semaine dernière, ce texte, alors, je dois dire que, comme toujours, le débat au Sénat est un débat de qualité, et c'est un débat sur un sujet qui est un peu particulier pour avoir présenté, en d'autres temps, d'autres textes, je me suis rendue compte…

CYRIL VIGUIER
Quand vous étiez secrétaire d'Etat au Budget, c'est ça ?

FLORENCE PARLY
Voilà. Je me suis rendue compte que les sujets ayant trait à la Défense sont des sujets qui sont susceptibles – je l'espère, et j'espère que cela se concrétisera cet après-midi – de rallier une majorité large qui peut dépasser le périmètre strict de la majorité présidentielle, voilà, donc, j'attends en effet un vote large.

HUBERT COUDURIER
Il y a un objectif qui a été fixé, 2 % du PIB pour les pays de l'OTAN, on a un peu l'impression que, finalement, le gouvernement repousse l'essentiel de l'effort après 2022, c'est-à-dire pour un deuxième éventuel quinquennat d'Emmanuel MACRON ?

FLORENCE PARLY
Alors, ça, c'est une très mauvaise polémique…

HUBERT COUDURIER
Puisque c'est la loi de programme, rappelons, de 2109 à 2025…

ORIANE MANCINI
Enfin, on précise que le budget augmente de 1,7 milliard par an jusqu'en 2022, puis, de 3 milliards à partir de 2023, donc l'essentiel de l'effort se fait sur le calendrier suivant…

FLORENCE PARLY
Mais c'est une très mauvaise polémique, et une simple considération arithmétique vous le précisera, il se trouve que pendant des années, le budget des Armées n'a cessé de diminuer, alors même d'ailleurs que les engagements de la France, eux, allaient croissant. Dès 2017, dès le moment de sa prise de fonction, Emmanuel MACRON a souhaité donner un coup d'arrêt net à cette diminution, si bien que le budget 2017 a été exécuté conformément à la loi de Finances initiale, mieux, dès 2018, premier budget de ce gouvernement, nous avons assuré la croissance de ce budget avec 1,8 milliard d'euros de progression dès 2018 sans attendre le vote de la loi de programmation militaire, et nous allons poursuivre pendant toute cette période 2019-2025, si bien que lorsque l'on augmente tous les ans, de 1,8 milliard, puis, 1,7 milliard, jusqu'en 2020, puis… On augmente ce budget en pourcentage, environ, 5,6 %, et lorsque l'on passera dans la dernière période 2023, 24, 25, où les pas, les marches sont de trois milliards d'euros, on augmentera ce budget de 7 %, nous ne sommes pas dans des changements d'échelle radicaux, pour une raison toute simple, c'est parce que si l'on parvient en effet à augmenter ce budget, année après année, de façon résolue et constante, alors, il n'y aura pas de mur budgétaire sur la fin de cette loi de programmation…

ORIANE MANCINI
Mais le Sénat a quand même exprimé des inquiétudes sur le calendrier, et a dit qu'il veillerait à la bonne exécution et à la réalité des crédits annoncés, est-ce que les sénateurs ont raison d'être inquiets ?

FLORENCE PARLY
Le Parlement a raison d'être vigilant sur l'exécution des lois de programmation et d'être vigilant sur l'exécution des budgets, l'histoire l'a démontré, cette vigilance sonne n'est pas un luxe, et donc la loi de programmation militaire s'est enrichie au fil de la discussion, d'abord, à l'Assemblée nationale, puis au Sénat, de dispositions permettant d'améliorer le contrôle exercé par le Parlement sur cette loi de programmation, et je crois que c'est naturel et c'est…

HUBERT COUDURIER
Et alors, il y a une chose qui coûte cher, c'est l'engagement au Mali, il y a des élections bientôt, le régime du président IBK ne donne pas toute satisfaction en matière de gouvernance, et pourtant, vous le soutenez, on parle même d'une offensive militaire pour conforter sa posture, sa position avant les prochaines élections. Alors, vous me direz que c'est…

FLORENCE PARLY
La présence de la France n'est pas liée aux échéances électorales au Mali, la présence de la France au Sahel est liée à la lutte contre le terrorisme, qui est une de nos priorités. Donc l'opération Serval date de 2013, l'opération Barkhane qui l'a suivie, de 2014, et depuis, nous sommes présents de façon constante, et nous ne réduisons pas notre effort, au contraire, nous sommes en train en ce moment d'accompagner l'émergence de la force conjointe que les pays du Sahel, les cinq pays du Sahel, ont décidé de mettre en place…

HUBERT COUDURIER
Le G5 Sahel…

FLORENCE PARLY
Le G5 Sahel. Et donc cette force conjointe est en train de monter progressivement en puissance…

ORIANE MANCINI
Elle sera pleinement opérationnelle quand ?

FLORENCE PARLY
Et elle devrait être déclarée pleinement opérationnelle pour la partie centrale dans les prochaines semaines, enfin, c'est une l'affaire qui est maintenant très mature…

HUBERT COUDURIER
Il y a un problème de formation quand même, on dit que les soldats ne sont pas au niveau…

FLORENCE PARLY
Il y a des sujets de formation auxquels nous remédions, puisque la force Barkhane contribue à la formation de ces militaires, et pas seulement d'ailleurs, d'autres pays s'y emploient. Et puis, il y a aussi une question d'équipement, et c'est la raison pour laquelle le président de la République a, à plusieurs reprises, mobilisé la communauté internationale pour faciliter l'apport de dons financiers permettant à cette force conjointe de s'équiper de façon correcte et moderne.

ORIANE MANCINI
Et du coup, l'opération Barkhane prendra fin ?

FLORENCE PARLY
L'opération Barkhane, elle prendra fin le jour où les conditions seront réunies, et aujourd'hui, elles ne sont pas encore réunies.

ORIANE MANCINI
Un mot peut-être sur le service national, pour finir avec cette loi de programmation militaire, puisque les sénateurs ont exclu du périmètre de la loi de programmation militaire le financement du service national, c'est une promesse phare d'Emmanuel MACRON, est-ce qu'ils ont eu raison ?

FLORENCE PARLY
Le président de la République lui-même avait annoncé, lors de ses voeux aux armées, que ce projet magnifique de service national universel ne serait pas financé dans le cadre de la loi de programmation militaire mais bénéficierait d'un financement ad hoc. Et les sénateurs ont souhaité pouvoir inscrire dans le texte de la loi ce principe que le président de la République a de lui-même annoncé, je pense que les choses étaient claires, elles le sont, elles le sont toujours, et c'est le rôle du Parlement parfois de réécrire certaines choses que nous avions déjà dites, mais que le Parlement juge utile de préciser.

CYRIL VIGUIER
Florence PARLY, vous nous confirmez que l'Etat va faire un geste pour les militaires français déployés en Algérie après les accords d'Evian ?

CYRIL VIGUIER
Tout à fait, c'était une revendication ancienne du monde combattant qui concerne des militaires qui avaient été déployés entre 62 et 64, c'est-à-dire postérieurement aux accords d'Evian…

CYRIL VIGUIER
Combien sont concernés ?

FLORENCE PARLY
On évalue à environ 25.000 le nombre de ces militaires, et donc c'était une injustice qui était difficile, difficile à expliquer. Le président de la République, dans le cadre de sa campagne, avait pris l'engagement de résoudre, de mettre un terme à cette iniquité, c'est chose faite, puisque…

CYRIL VIGUIER
Pourquoi ça n'a pas été fait avant d'ailleurs ?

FLORENCE PARLY
Ça, je n'en sais rien, cela avait été réclamé et depuis des années et des années, mais jamais aucun gouvernement n'avait donné suite à cette demande, donc il est heureux que cette injustice soit réparée, et c'est donc dans le cadre du projet de loi de Finances pour 2019 que cette mesure sera mise en oeuvre, et je crois que c'était en effet très attendu…

ORIANE MANCINI
Et qui pourront bénéficier de la carte de combattant ?

FLORENCE PARLY
Exactement, et de la retraite du combattant.

CYRIL VIGUIER
Merci Florence PARLY, ministre des Armées, d'avoir été l'invitée politique de « Territoire d'infos ».

FLORENCE PARLY
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mai 2018

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