Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Public Sénat le 30 mai 2018, sur l'examen au Sénat du projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Public Sénat le 30 mai 2018, sur l'examen au Sénat du projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, VIGUIER Cyril .

FRANCE. Ministre des transports;

ti : CYRIL VIGUIER
Aujourd'hui l'invitée politique ce matin en direct sur ce plateau c'est Elisabeth BORNE, bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Merci, je sais que vous avez eu une nuit courte, merci d'être présente sur ce plateau ce matin, vous êtes la ministre chargée des Transports, nul ne l'ignore dans ce pays aujourd'hui, maintenant. Oriane MANCINI pour Public Sénat va vous co-interviewer, bonjour Oriane, et Philippe MARTIN de Régions Magazine, bonjour. SNCF, on démarre bien sûr là-dessus Elisabeth BORNE, le Sénat a débuté hier l'examen du Pacte ferroviaire, trois jours d'examen avant un vote le 5 juin prochain, Gérard LARCHER, le président du Sénat, dit « heureusement qu'il y a le Sénat pour permettre de conclure le Pacte ferroviaire », est-ce qu'il a raison Gérard LARCHER ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que chacun souhaite avancer sur cette réforme, le gouvernement et le Sénat, et on a eu effectivement un dialogue très constructif avec les sénateurs, notamment sur la commission. Vous savez que moi j'ai mené des concertations avec les organisations syndicales, donc évidemment j'avais à coeur que le résultat de ces concertations puisse être pris en compte dans le texte en commissions et en séances, et le travail que j'ai pu avoir avec les sénateurs permet effectivement d'intégrer les éléments issus de cette concertation, donc moi je m'en réjouis.

ORIANE MANCINI
Et Gérard LARCHER, puisqu'on parlait de Gérard LARCHER, qui a reçu les syndicats réformistes, on connaît son sens du dialogue social au président du Sénat, est-ce qu'il est un appui du gouvernement dans les négociations, est-ce qu'il va faciliter l'adoption de cette réforme ?

ELISABETH BORNE
Je pense que le Sénat, l'Assemblée précédemment, et le gouvernement, souhaitent avancer dans cette réforme en étant fermes sur les principes, je pense qu'on a dit clairement l'objectif de la réforme, les axes sur lesquels nous ne reviendrions pas, qu'il s'agisse de l'ouverture à la concurrence, qu'il s'agisse de la nouvelle organisation de la SNCF, ou de la modernisation sociale du secteur avec l'arrêt du recrutement au statut. Mais moi j'ai indiqué depuis le départ que je souhaitais avoir une large concertation, avec les organisations syndicales qui s'inscrivent dans le dialogue, et prendre en compte tous les amendements utiles, donc c'est le sens du travail qu'on est en train de faire avec le Sénat, écouter les organisations syndicales qui s'inscrivent dans le dialogue et prendre en compte leurs propositions, c'est ce qu'on a pu faire lors de l'examen en commission la semaine dernière.

ORIANE MANCINI
C'est ce que vous avez fait, notamment les propositions de la CFDT et de l'UNSA, les syndicats réformistes…

ELISABETH BORNE
Absolument.

ORIANE MANCINI
Est-ce que, du coup, vous espérez une fin de grève à l'issue du travail parlementaire, à l'issue de la commission mixte paritaire le 13 juin prochain ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il est important que chacun soit conscient qu'on a effectivement ce texte qui sera prochainement voté, qui intègre les avancées qu'on a pu avoir dans le cadre de la concertation. Le gouvernement s'est également beaucoup engagé, en faveur du secteur ferroviaire, avec des annonces sans précédent, à la fois sur la volonté de ne plus augmenter les péages, ce qui était un espèce de cercle vicieux où au prétexte que ça pourrait permettre de rembourser la dette, on augmentait les péages en, finalement, pénalisant le développement du ferroviaire, on s'est engagé sur encore plus d'investissements, vous savez qu'on doit dépenser 3,6 milliards d'euros par an, c'est-à-dire 50 % de plus que dans la dernière décennie, et on a dit qu'on allait aller encore plus loin. Et puis le gouvernement s'est engagé, et c'est historique, sur la reprise de 35 milliards d'euros de dette dans le quinquennat, donc tous ces éléments sont sur la table. J'ai également indiqué que moi je m'impliquerai, je lancerai la négociation, enfin la relance de cette convention collective, parce que le gouvernement, là aussi, est déterminé à ce qu'elle aboutisse, tous ces éléments…

ORIANE MANCINI
Mais du coup est-ce que vous dites qu'aujourd'hui la grève n'a plus de sens ? Avec les avancées faites par le gouvernement, est-ce qu'aujourd'hui, pour vous, la grève n'a plus de sens ?

PHILIPPE MARTIN
Et est-ce que vous n'avez pas peur qu'elle se radicalise – on a l'impression qu'elle s'essouffle quand même – mais que les éléments les plus radicaux reprennent la main et envisagent d'autres modes d'actions ?

ELISABETH BORNE
Je pense que chacun doit prendre ses responsabilités. Aujourd'hui, à la veille du débat au Sénat, le Premier ministre a souhaité que tout soit sur la table, le texte de loi, qui va donc être débattu au Sénat, notre engagement pour faire avancer la convention collective qui sera le cadre commun pour tous les cheminots de la branche, un engagement sans précédent en faveur du ferroviaire, un signe de confiance dans le transport ferroviaire, maintenant chacun doit prendre ses responsabilités.

ORIANE MANCINI
Donc mettre fin à la grève.

CYRIL VIGUIER
Philippe MARTIN, la dette maintenant, le gouvernement a fait un pas vers les cheminots.

PHILIPPE MARTIN
Oui, la question c'est pourquoi la reprise de la dette elle était dans le rapport Spinetta, dès le départ elle y était, et elle est indispensable, tout le monde sait bien qu'on ne peut pas continuer à redresser la SNCF avec 46 milliards de dette, pourquoi ne pas l'avoir inscrit dès le départ, ce qui aurait peut-être évité des mois et des mois de négociations et surtout de grève, qui pénalise d'abord l'usager ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que si c'était simple, on peut supposer que les précédents gouvernements l'auraient déjà fait, et puis il ne s'agit pas… enfin, c'est une responsabilité importante de reprendre une part aussi substantielle de la dette, il n'y a pas de finance magique, donc ça veut dire que la part de la dette qui est reprise c'est évidemment nous tous, c'est les contribuables…

PHILIPPE MARTIN
Mais si on a dit qu'il n'y aurait pas d'impôt supplémentaire pour…

ELISABETH BORNE
Non, il n'y aura pas d'impôt supplémentaire, mais ça s'inscrit dans l'ensemble des dépenses publiques et donc ça veut dire aussi des économies ailleurs. Donc, on ne peut pas prendre ce genre de décision à la légère, et surtout on ne peut pas prendre une décision de ce type-là sans s'assurer que cette dette ne se reconstituera. Je pense que les Français ne comprendraient pas qu'aujourd'hui on prenne une part substantielle de cette dette pour constater dans quelques années que la dette s'est reconstituée. Donc, c'est le travail qui a été fait par le gouvernement, en lien avec la SNCF, c'est un effort important, de la Nation, en faveur de la SNCF, et il était aussi normal qu'on attende de la SNCF qu'elle nous fasse des propositions sur la manière dont elle aussi elle va contribuer à l'équilibre du secteur, et c'est le travail qui a été fait ces derniers mois.

CYRIL VIGUIER
L'incessibilité, Oriane MANCINI, au début de la discussion du texte.

ORIANE MANCINI
Oui, puisqu'hier, dès le début du texte, les sénateurs communistes ont brandi des pancartes dans l'hémicycle, « la SNCF n'est pas à vendre », Eliane ASSASSI, la présidente du groupe communiste, dit que le projet de loi organise, je cite, « la liquidation de la SNCF comme grande entreprise publique nationale. » Pourquoi vous n'arrivez pas à apaiser les craintes sur ce sujet de la privatisation de la SNCF ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que certains ne souhaitent pas que ces craintes soient apaisées. Depuis le départ on a ces faux débats, ces rumeurs qui circulent, sur ce que serait la réforme. Je pense que le gouvernement a dit très clairement ce qu'il voulait faire, ouverture à la concurrence, changement d'organisation de la SNCF, arrêt du recrutement au statut, donc moi je trouve un petit peu curieux qu'on nous fasse des procès en projet caché. On a dit très clairement ce qu'on allait faire.

ORIANE MANCINI
Quand vous dites certains, vous visez qui ?

ELISABETH BORNE
Enfin vous voyez comme moi, on a de la désinformation qui a été présente depuis le début de la réforme. Quand on a écrit dans la loi qu'on a une entreprise qui est intégralement détenue par l'Etat, que certains nous disent « oui, mais alors, peut-être vous pourriez la céder », je n'ai toujours pas compris comment on peut à la fois avoir une entreprise intégralement détenue par l'Etat et en même temps nous parler de privatisation. On a souhaité faire une avancée, en disant « écoutez, pour que les choses soient claires, et parce que la pédagogie c'est aussi la répétition, on a accepté, le rapporteur a accepté en commission, d'intégrer un amendement sur l'incessibilité. On nous répond maintenant, « mais vous voyez bien, ce n'était pas clair puisque vous avez remis incessibilité. » Donc je pense que certains ne souhaitent pas parler du fond de la réforme, cette réforme qui est importante…

ORIANE MANCINI
Ils souhaitent entretenir le mouvement social ?

ELISABETH BORNE
Ne souhaitent pas parler du fond de la réforme, qui est importante pour les Français, parce qu'il faut quand même rappeler aussi pourquoi fait-on cette réforme, parce qu'on veut un meilleur service public ferroviaire, on veut des trains à l'heure, c'est le sens de l'investissement considérable qu'on va faire dans le réseau, on veut plus de trains, des trains moins chers, c'est l'ouverture à la concurrence, et on veut un service public qui fonctionne mieux, c'est la nouvelle organisation de la SNCF. Manifestement certains ne souhaitent pas parler de cette réforme et détournent le débat sur des sujets sur lesquels il n'y a vraiment aucune ambiguïté, donc, je vous dis, c'est inscrit dans le texte de loi, la SNCF sera intégralement détenue par l'Etat, les titres seront incessibles, et moi j'ai eu l'occasion de le redire dans le débat hier, aucun groupe, à l'Assemblée nationale, ou au Sénat, n'envisage une privatisation de la SNCF. Donc arrêtons ces faux débats, ces faux débats qui, par ailleurs, entretiennent l'inquiétude des cheminots, et parlons du fond de la réforme, de la façon dont on va avancer, pour un meilleur service…

ORIANE MANCINI
Quand des sénateurs de gauche, ou des syndicats, disent que ce qu'une loi peut faire, une autre loi peut la défaire, sur cette question de la privatisation, est-ce que vous écartez, ou est-ce que vous vous dites aujourd'hui il n'y aura jamais de privatisation de la SNCF ?

ELISABETH BORNE
Oui, enfin c'est une évidence que ce qu'une loi peut faire, une loi peut le défaire, mais encore faut-il qu'il y ait une volonté d'aller dans ce sens, et moi je vous le redis, aucun groupe, aucun groupe parlementaire, ni à l'Assemblée, ni au Sénat, n'a indiqué vouloir aller dans ce sens. Donc je pense que c'est aussi une assurance, je pense que tous les Français souhaitent avoir une grande entreprise publique, c'est ce qui est inscrit dans la loi, donc arrêtons les procès d'intention.

PHILIPPE MARTIN
Le Sénat fait un gros travail législatif, notamment au niveau du statut, du volet social, finalement est-ce que vous n'avez pas cédé sur le statut, parce que moi je me souviens au départ on a dit il n'y aura plus de statut. Maintenant il y aura un statut, on va reprendre les gens au statut, les gens qui partiront doit éventuellement dans d'autres compagnies concurrentielles garderont leur statut, est-ce que oui ou non il y a encore le fameux statut à la fin de la réforme, quel est votre objectif ?

ELISABETH BORNE
Attendez, on a dit très clairement que tous les cheminots qui sont aujourd'hui au statut le resteront, ensuite moi j'ai dit que je souhaitais une ouverture à la concurrence progressive et protectrice pour les cheminots, c'est-à-dire que les cheminots qui pourraient, le cas échéant, être repris par une autre entreprise, emporteront avec eux l'essentiel des garanties du statut, on l'a dit depuis le départ. La sécurité de l'emploi, la garantie de l'emploi, le régime de retraite, on a pu préciser, dans le texte adopté en commission, que c'était bien l'intégralité des éléments de la rémunération qui était également gardée par les cheminots en cas de reprise par une autre entreprise, les facilités de circulation, le logement, la médecine de spécialistes, donc c'est la volonté du gouvernement, depuis le départ, de maintenir le statut pour les cheminots qui sont aujourd'hui à la SNCF, et de leur donner un maximum de garanties s'ils sont repris par une entreprise. C'est grâce au dialogue social et à la concertation, que moi j'ai pu mener avec les organisations syndicales, on a pu préciser certains points, lever des inquiétudes, c'est tout à fait le sens de ce que j'ai souhaité faire depuis le départ.

CYRIL VIGUIER
L'aménagement du territoire, Philippe MARTIN, autre inquiétude des sénateurs, le volet aménagement du territoire et la question des lignes dites secondaires.

PHILIPPE MARTIN
Oui, il y a deux questions majeures, il y a les lignes secondaires et il y a les dessertes TGV. Sur les lignes secondaires, vous avez dit on va aider les régions à remoderniser, puisqu'on sait qu'elles ont été entretenues, mais pas modernisées pendant près de 30 ans, et les sénateurs disent « la responsabilité du maintien des desserts des villes moyennes ne saurait peser sur les régions en l'absence de financements spécifiques. » Les régions financent déjà le TER, elles financent maintenant aussi les INTERCITES, en fait elles financent à peu près 75 % des trains qui roulent en France. Est-ce que c'est encore à elles de porter le poids de la non-modernisation, enfin de ce qui n'a pas été fait pendant 30 ans par la SNCF, e où est-ce qu'elles vont trouver l'argent accessoirement ?

ELISABETH BORNE
Alors, les régions, effectivement, depuis la décentralisation en 97 et en 2000, sont responsables des TER, évidemment elles ont eu les dotations correspondantes pour assumer cette responsabilité. Les INTERCITES, je voudrais rappeler que l'Etat va engager 3,7 milliards d'euros pour moderniser le matériel avant la reprise d'un certain nombre d'INTERCITES par les régions, et puis l'Etat, et les régions, dans le cadre des contrats de plan, modernisent un certain nombre de lignes. Il faut être clair, on a un retard considérable dans l'entretien et la modernisation de notre réseau. Quand je vous dis qu'on va investir 36 milliards d'euros dans les 10 prochaines années, et encore plus, 1 milliard de plus, pour remettre en état le coeur du réseau, qu'on accompagne les régions avec 1…

PHILIPPE MARTIN
Quand vous dites « on », c'est l'Etat ou c'est les régions ?

ELISABETH BORNE
Non, là je parle des investissements de SNCF Réseau, et dans le cadre des contrats de plan l'Etat et les régions doivent mettre 1,5 milliard d'euros pour moderniser les lignes les moins fréquentées, et on va continuer à accompagner les régions, je l'ai dit et je le répète…

PHILIPPE MARTIN
Et est-ce que vous allez auditer ces soi-disant petites lignes, comme c'est préconisé, encore une fois, par le rapport Spinetta, pour voir si effectivement, quand on renouvellera les contrats de plan, il y en a quelques-unes qu'on peut remplacer par du bus, on sait que ce n'est pas possible partout, mais est-ce que cet audit vous avez prévu de le faire ?

ELISABETH BORNE
Alors, dans le cadre du texte qui a été adopté à l'Assemblée nationale, et qui a été précisé en commission, au Sénat, il est prévu d'avoir un rapport sur l'état des lignes. Le but c'est de ne pas être pris par surprise, comme ça a été le cas dans la préparation des actuels contrats de plan, où certaines régions, et même tous les présidents de région m'ont dit avoir été confrontés à cette difficulté, ont signé un contrat de plan, et presque au lendemain de la signature, ils ont découvert que certaines lignes avaient besoin de travaux urgents, à défaut il y avait une menace pour la pérennité de la ligne. Eh bien c'est de ça dont on veut sortir et effectivement on souhaite avoir un rapport sur l'état de ces lignes pour qu'on puisse, avec les régions, cibler au mieux les investissements pour maintenir ces petites lignes.

PHILIPPE MARTIN
Autre question majeure d'aménagement du territoire c'est les dessertes TGV. Alors on sait que, d'ailleurs il y a ce débat au Sénat, entre l'open access, où les éventuels repreneurs prennent ce qu'ils veulent, et puis ce que propose le Sénat, c'est-à-dire les contrats de service public, il y a une grosse différence, notamment de ne pas simplement prendre ce qui est rentable et de pouvoir continuer à desservir, encore une fois, les villes moyennes, pas petites, mais moyennes. Est-ce que votre position a évolué là-dessus, vous êtes toujours à fond pour l'open access ou est-ce qu'on peut imaginer qu'il y a une dimension d'aménagement du territoire, y compris dans le TGV ?

ELISABETH BORNE
Alors, moi je suis très attachée au modèle du TGV à la française, qui est accessible à tous, et qui dessert le territoire au-delà des lignes à grande vitesse, au-delà des métropoles, et c'est bien dans ce sens qu'on a travaillé sur le texte de loi, avec l'idée que la péréquation qui se fait aujourd'hui dans l'activité TGV, entre les lignes rentables et celles qui le sont moins, devra se faire demain au travers des péages. Et quand je vous disais tout à l'heure qu'on a annoncé qu'on allait arrêter ces perspectives d'augmentation permanente des péages avec des niveaux insoutenables, justement avec ces engagements d'aménagement du territoire, c'est un signe important. On a aussi dit qu'on allait faire une péréquation au travers des péages. Les sénateurs ont souhaité dire très explicitement qu'on pourrait par ailleurs avoir un complément des contrats de service public, moi je suis favorable à ce qui a été présenté en commission, je pense que c'est important de rassurer les Français, de rassurer les élus de ces villes, sur la volonté du gouvernement de maintenir ces dessertes.

CYRIL VIGUIER
Elisabeth BORNE, autre problème de grande importance, AIR FRANCE, -8,7 % du trafic en avril, coût de la grève 400 millions à ce jour. Les salariés, particulièrement les pilotes, sont-ils en train de couler cette compagnie ?

ELISABETH BORNE
Moi j'ai eu l'occasion de le dire, je pense que la situation d'AIR FRANCE et préoccupante. AIR FRANCE a eu des bons résultats en 2017, pour autant la compagnie reste moins rentable que ses grandes concurrentes européennes, je pense à LUFTHANSA, on peut penser même à sa partenaire, KLM, et AIR FRANCE a besoin d'argent pour se développer, pour renouveler sa flotte, je ne suis pas sûre que ce message soit bien compris aujourd'hui, notamment par les syndicats. Moi j'attire vraiment l'attention sur le fait qu'AIR FRANCE doit avoir la même compétitivité que ses concurrentes, AIR FRANCE a besoin d'argent pour se développer, et aujourd'hui, ces grèves qui ont eu lieu, fragilisent aussi la confiance que les passagers peuvent avoir dans les compagnies. Donc je pense qu'il faut que chacun…

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'AIR FRANCE peut perdre sa place de numéro 1 sur le territoire national ?

ELISABETH BORNE
Mais vous savez, on est dans un domaine où il y a une compétition très rude, et rien n'est jamais acquis et je pense que c'est important que chacun en soit bien conscient, et là encore prenne ses responsabilités.

ORIANE MANCINI
Et est-ce qu'il a une responsabilité de l'Etat dans la situation d'AIR FRANCE ? Jean-Marc JANAILLAC, qui est l'ancien PDG d'AIR FRANCE, dit dans une tribune au Figaro : « Il est indispensable que l'Etat prenne enfin les mesures qui assureront un environnement compétitif équitable pour AIR FRANCE ».

ELISABETH BORNE
Vous savez, moi j'ai lancé des assises du transport aérien, pour regarder comment on peut développer un transport aérien qui réponde aux besoins des territoires, c'est aussi, on parlait de la desserte par les TGV mais on a aussi un certain nombre de villes, pour qui les liaisons aériennes sont vraiment, on va dire, le cordon vital pour le développement de certaines villes, donc ces enjeux d'aménagement du territoire, ces enjeux climatiques, et puis comment on s'assure qu'on a un transport aérien en France, qui a tous les atouts dans la compétition mondiale. Donc le débat, il est en cours, je dois dire que, effectivement, les grèves à répétition auxquelles on a assisté chez AIR FRANCE ne contribuent pas à soutenir notre transport aérien et, voilà donner envie à tous les partenaires de poursuivre un engagement fort dans ce sens.

ORIANE MANCINI
L'Etat est actionnaire d'AIR FRANCE à 14 %, est-ce qu'il peut baisser sa participation dans l'entreprise, va en sortir ?

ELISABETH BORNE
Je crois que le débat n'est pas sur la table aujourd'hui, mais je pense qu'il faut que chacun comprenne que la compagnie elle a son destin en main, et ce n'est pas l'Etat qui est derrière la compagnie, la compagnie elle a son destin en main, et je pense que chacun doit en être conscient.

CYRIL VIGUIER
Philippe MARTIN, les 80 km/h qui vont entrer en vigueur.

PHILIPPE MARTIN
Au 1er juillet on va donc passer aux 80 km/h sur la route secondaire. La première question c'est : est-ce qu'on n'a pas manqué un peu, encore une fois, de concertation, quand on voit la levée de boucliers d'un certain nombre d'élus départementaux, de sénateurs, sauf à imaginer que toutes les routes secondaires soient les mêmes en France, ce qui n‘est pas du tout le cas, il y a des routes de montagne, il y a des routes de pleines, est-ce qu'on n'aurait pas pu d'abord concerter un peu, avant de décider de manière unilatérale que c'était 80 kilomètres à l'heure partout ?

ELISABETH BORNE
Alors, écoutez, je pense que c'est ce qu'on a fait, le Premier ministre en décembre, avait annoncé son intention d'aller dans ce sens et d'écouter les réactions, donc je crois que malheureusement, les réactions elles sont plutôt intervenues après la décision, mais je voudrais rappeler le sens de cette mesure, moi je suis consciente que dans certains territoires, elle peut être mal comprise, je voudrais rappeler que c'est vraiment un enjeu important, la sécurité routière, on a encore beaucoup de morts sur nos routes, on a 70 000 blessés par an et à chaque fois, pour progresser, pour réduire la mortalité, ça s'est fait au travers de mesures qui n'étaient pas populaires au départ. Donc, cette mesure, elle vise à sauver des vies, cette mesure elle est mise en place pour 2 ans, le Premier ministre a bien indiqué qu'on ferait un bilan en 2020. Notre objectif c'est vraiment de sauver des vies.

ORIANE MANCINI
Une sénatrice centriste a déposé Sylvie GOY-CHAVENT, a déposé une proposition de loi pour aménager le permis à points et ramener le délai de récupération de points en cas d'infraction routière, de 6 à 3 mois est-ce que vous êtes favorable ?

ELISABETH BORNE
Je pense que, évidemment, on a un certain nombre de conducteurs, pour qui le permis est vraiment un élément essentiel pour se déplacer. Dans le Comité interministériel au cours duquel la décision a été prise de 180 km/h, on a aussi annoncé des mesures pour permettre par exemple, avec une installation d'éthylotest, de pouvoir récupérer son permis de conduire quand c'est un outil vital pour se déplacer, mais je pense aussi qu'il faut évidemment pas baisser la garde sur le rôle que le permis à points peut avoir, pour inciter chacun à avoir un comportement…

ORIANE MANCINI
Donc, cette proposition de loi ?

ELISABETH BORNE
Je n'ai pas le détail de la proposition de loi, en tout cas, je pense que c'est important qu'il y ait effectivement des sanctions quand on ne respecte pas les règles du Code de la route et qu'on reste très ferme sur ce point, il y a encore beaucoup trop de morts sur nos routes.

CYRIL VIGUIER
Elisabeth BORNE, ou avez déclaré que le gouvernement travaille à une vignette pour que les transporteurs routiers contribuent au financement des infrastructures. Quelles en sont les modalités ?

ELISABETH BORNE
Non, je n'ai pas dû déclarer ça dans ces termes, vous savez que c'est aussi un chantier important sur lequel je travaille, on a beaucoup de promesses non financées, moi quand je suis arrivé à mon poste il y a un an maintenant, j'ai été confrontée à 10 milliards de promesses non financées, sur le quinquennat. 36 milliards de lignes nouvelles ferroviaires promises dans tout le territoire, et donc évidemment face à cette situation, qui décrédibilise la parole publique je pense qu'il faut le dire, on a choisi de changer de méthode, il y a un conseil d'orientation des infrastructures qui a été mis en place pour réfléchir à une programmation des infrastructures, qui réfléchit…

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'il y aura une vignette ?

ELISABETH BORNE
Il y a des propositions pour avoir une programmation qui donne à chacun de la visibilité, et pour rechercher des ressources. Dans ses ressources, l'idée, et moi je la partage, c'est de faire participer davantage les poids lourds, notamment les poids lourds en transit, au financement de nos infrastructures. Ces propositions, elles sont sur la table, aucune décision n'est prise. On parle bien de poids lourds et pas des voitures, et je vous dis, la réflexion est en cours et aucune décision n'est prise.

CYRIL VIGUIER
Pas de retour à l'écotaxe ?

ELISABETH BORNE
Ça je l'ai dit très clairement : il n'est pas question de revenir à l'écotaxe et de toute façon, tout se fera en concertation avec les professionnels concernés.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'avoir été notre invitée politique ce matin, vous êtes ministre chargée des Transports.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juin 2018

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