Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France Culture le 30 mai 2018, sur la réforme de l'orientation scolaire (Parcoursup) et la laïcité à l'école. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France Culture le 30 mai 2018, sur la réforme de l'orientation scolaire (Parcoursup) et la laïcité à l'école.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :


GUILLAUME ERNER
Vous écoutez « Les Matins », et nous recevons Jean-Michel BLANQUER. Vous publiez : « Construisons ensemble l'école de la confiance. » Bonjour Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

GUILLAUME ERNER
Le son du jour d'aujourd'hui concerne votre ministère, il s'agit du témoignage d'un lycéen, Khalil, revient sur les conditions de sa garde à vue, car en marge d'une manifestation de fonctionnaires, une vague d'arrestations de mineurs a eu lieu au lycée Arago, c'était le 22 mai dernier.

KHALIL
Bonjour, je m'appelle Khalil, je suis lycéen au lycée Edouard Branly à Nogent-sur-Marne, j'ai 16 ans, je suis en seconde. Je me suis fait arrêter au lycée Arago, sur la place de la Nation, à Paris, mardi, ils nous ont fouillés. Pour beaucoup, comme pour moi, ils nous ont demandé de nous mettre nus dans une salle, donc fouille intégrale, on a enlevé toutes nos affaires et le caleçon. Puis, ensuite, on a été transféré dans le commissariat du 14ème, on était 3 mineurs, on nous a donné la cellule de dégrisement, sans matelas, sans couverture, dans, concrètement, la pisse et le vomi des gens d'avant, quoi, et donc c'était, pour nous 3, la première mesure de garde à vue qu'on vivait donc, ce n'était pas super agréable, quoi.

GUILLAUME ERNER
L'interview de Khalil, interrogé par L'Obs. Votre réaction, Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Deux choses, il y a d'une part pourquoi il s'est retrouvé dans cette situation, et ensuite, ce qui s'est passé. Sur le premier point, il a bien dit qu'il était d'un lycée et qu'il se trouvait dans un autre à un moment de blocage. Et, eh bien, il est tout à fait normal de se faire arrêter quand on fait quelque chose d'illégal, et bloquer un lycée, c'est illégal, et c'est ce qui s'est passé à Arago. Et je pense qu'il est important que la règle sur ce sujet comme sur d'autres soit dite avec sérénité, et je dirais, normalité, en l'occurrence, on ne doit pas bloquer un lycée, et à fortiori si on est un lycéen d'un autre lycée. Donc ça s'appelle l'apprentissage de la règle, et peut-être que c'est ce qui s'est passé. Sur le deuxième point, je pense qu'il faut regarder avec ce garçon ce qui lui est arrivé, ce qu'il décrit paraît un peu étonnant, mais…

GUILLAUME ERNER
Un peu sévère quand même !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, on a entendu tellement de choses…

GUILLAUME ERNER
Plus du côté de la sévérité que de la sérénité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne remets pas spécialement en question sa parole, simplement, sur ce genre de sujet, il faut objectiver, et on est dans un Etat de droit, s'il y a eu des problèmes d'abus, il peut tout à fait regarder juridiquement ce qu'il peut faire. Simplement, j'ai vu dans de précédents cas, quand il y a eu l'évacuation de Tolbiac, des témoignages qui ont été sujets à caution, donc vous me permettrez de ne pas me prononcer sur juste un témoignage de ce type, même si bien entendu ce doit être entendu et regardé de près, mais en tout cas, ce qui est important c'est que, un lycéen comprenne, que : non, on ne bloque pas un lycée, et à fortiori, et enfin, n'importe quel lycée, même le sien, et à fortiori, le lycée des autres.

GUILLAUME ERNER
Au-delà de cela, Monsieur le ministre, Jean-Michel BLANQUER, on a l'impression qu'il y a de plus en plus une coupure entre le gouvernement et les jeunes, des lycéens, notamment du fait d'un certain nombre de réformes dont Parcoursup ; votre sentiment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que ça n'est pas du tout exact, je pense que, au contraire, d'abord, la jeunesse a été très enthousiasmée par ce qui s'est passé en mai 2017, et on essaie maintenant de raconter le contraire, mais il y a une véritable adhésion à l'élection d'un président jeune, qui incarne un dépassement des clivages classiques, qui incarne une sorte de nouveau souffle pour la France. Beaucoup de forces se sont déchaînées depuis pour essayer de nous faire oublier cette espèce de souffle nouveau qui existe bel et bien. Et quand vous allez sur le terrain, ce souffle, eh bien, vous le voyez, et je le vois en permanence chez les jeunes, vous savez, je vais dans beaucoup de lycées et je ne rencontre pas du tout d'hostilité, je rencontre au contraire des jeunes passionnés, des jeunes qui sont par exemple extrêmement intéressés par la réforme du baccalauréat qui vient d'avoir lieu, qui…

GUILLAUME ERNER
Pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils vous disent ? Vous parlez de leur intérêt ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Déjà, 1°) : beaucoup de lycéens ont participé à cette réforme, vous savez qu'il y a eu plus de 40.000 lycéens qui ont participé à cette réforme, et si elle a été bien reçue, c'est précisément parce que nous avons écouté les lycéens. Ensuite, les lycéens, ce qu'ils veulent, c'est qu'on les prenne au sérieux, qu'on leur donne des responsabilités, et d'une certaine façon, à partir de la classe de seconde, c'est un nouvel âge de la vie qui commence, et c'est ce que nous voulons faire au travers de la réforme du lycée, notamment en permettant plus de choix de la part du lycéen, et le fait, par exemple que, à partir de septembre 2019, qu'il n'y ait plus les séries, mais la possibilité de choisir des disciplines de spécialités, ça ouvre l'horizon, de même, on va valoriser tout ce qui est engagement lycéen, engagement pour autrui, toutes ces questions qui, d'une certaine façon, conduisent à prendre le lycéen pour un pré-adulte, qui progressivement, se responsabilise, eh bien, ce sont des choses qui sont très bien reçues par les lycéens qui sont d'ailleurs de plus en plus participatifs. Et ce que je viens de dire, c'est, je le sais, l'immense majorité des lycéens pense ainsi. S'agissant de Parcoursup, là aussi, des forces se déchaînent pour créer de l'angoisse.

GUILLAUME ERNER
L'angoisse, elle est là, vous parlez de pré-adulte justement, ils apprennent la vie, l'angoisse…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là aussi, je ferais une grande distinction entre ce que vivent les lycéens et puis ce que disent un certain nombre d'acteurs qui aiment créer de l'angoisse. S'agissant des lycéens, on peut parfaitement comprendre l'inquiétude de quelqu'un qui n'a pas encore sa réponse. Cela dit, je voudrais tout de suite dire une chose : l'année dernière, à la même date, vous savez quel était le nombre de lycéens qui avaient une réponse pour la suite ? Ce chiffre est très simple, c'est : zéro ! Aujourd'hui, c'est plus de 200.000 qui ont déjà dit oui aux propositions qui ont été faites et c'est plus de 500.000 qui ont reçu une proposition sur 800.000. Ce matin même, le chiffre est à 69 %. Il était à 50 % il y a environ une semaine. Donc si vous voulez, en réalité, il y a un système qui est en train de fonctionner, je conçois tout à fait que pour ceux qui n'ont pas encore la réponse, ça puisse être inquiétant, il faut que chacun comprenne que c'est quand même un énorme progrès par rapport à l'année dernière, et que, en particulier, nous n'aurons pas de tirage au sort à la fin de du processus.

GUILLAUME ERNER
Vous parlez de ceux qui attisent l'angoisse, mais ce qui nourrit l'angoisse, c'est aussi l'opacité, Stéphane TROUSSEL, le patron du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, demande que l'algorithme de Parcoursup soit dévoilé, tout simplement pour voir si les jeunes qui sont originaires de Seine-Saint-Denis souffriraient d'une discrimination, pourquoi ne pas faire cela, Monsieur le Ministre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'algorithme de Parcoursup est transparent, et nous l'avons justement dévoilé…

GUILLAUME ERNER
Alors, dans ce cas-là, pourquoi cette question, pourquoi ces interrogations ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, vous savez, tout le monde dit beaucoup de choses, et nous pourrons en parler avec le président du Conseil départemental, en tout cas, ce que je comprends dans ce qu'il dit, ce n'est pas donc pas cette question-là qui, elle, est résolue, mais c'est plutôt le bilan qu'on pourra faire de ce qui a été fait, et bien entendu, tout est toujours perfectible, et évidemment que le but de Parcoursup n'est pas d'accentuer les inégalités sociales, au contraire, donc, on verra quand on fera l'évaluation s'il y a des problèmes de ce genre, et on sera certainement capable de corriger tel ou tel aspect. Nous ne prétendons pas à la perfection, nous prétendons au progrès, et nous avons des preuves pour cela.

GUILLAUME ERNER
Vous parlez justement d'inégalité sociale, on a l'impression effectivement que cette politique, elle peut être populaire parmi ceux qui sont les meilleurs du système, mais pour les autres, pour les laissés-pour-compte, on a l'impression, et c'est général à la politique menée par le gouvernement, que ces laissés-pour-compte sont laissés de côté, y compris par l'Education nationale ; que faites-vous pour eux, Monsieur le Ministre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il n'y aura pas de bacheliers laissés pour compte, c'est une des vertus de ce qui est en train de se passer, c'est que, précisément, tout le monde va avoir une place à la fin, il n'y a pas d'élimination de qui que ce soit, simplement…

GUILLAUME ERNER
Une place désirée, je voulais dire…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, à la fin, c'est la place la plus désirée possible qui sera donnée, le système est conçu pour cela, et simplement, le système est à la fois devenu plus rationnel et plus humain, plus rationnel, parce que ce système est beaucoup plus rationnel qu'un tirage au sort, c'est un système qui tient compte des désirs des uns et des autres et qui tient compte aussi effectivement d'une adéquation entre le parcours et la réussite ; je prends l'exemple typique, qui est celui des bacheliers professionnels qui, souvent, vont échouer à l'université alors que, ils réussissent davantage en BTS. Qu'a-t-on fait ? J'ai créé des places de BTS, nous avons créé 2.000 places de BTS auxquelles j'en rajoute près de 2.000 depuis le début de la semaine, et celles que je viens de créer sont des classes passerelles, autrement dit, une année qui permet de préparer à la réussite au BTS. C'est ce que j'appelle l'esprit pragmatique, et c'est ce que j'appelle ne pas se payer de mot, parce que si vous voulez, jusqu'à présent, ce qui se passait, c'est qu'on se paye de mot, on dit : allez-y, allez-y, inscrivez-vous à l'aveugle, et puis, d'ailleurs, s'il y a un problème, à la fin, on tirera au sort, c'est l'archétype de la démagogie, ce que nous sommes en train de faire, c'est l'inverse, c'est quelque chose qui respecte réellement les jeunes, on essaye de les faire réussir, et, bien entendu, les faire réussir, c'est les amener chacun et chacune le plus haut possible, et c'est effectivement ce que nous sommes en en train de faire.

GUILLAUME ERNER
Autre chantier, vous êtes en train de mettre en place un comité des sages, un conseil des sages, pardon, de la laïcité à l'école, quel va en être le but, est-ce que vous considérez qu'il faut des accommodements ou bien est-ce que vous pensez au contraire qu'il faut être strict sur la laïcité, on a l'impression qu'il y a deux écoles au sein de la Macronie, à laquelle appartenez-vous Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'appartiens à une seule école, il n'y en a qu'une, c'est, j'appellerais ça l'école de la confiance, c'est pour ça que j'ai donné le titre à ce livre d'ailleurs, parce que… et dans lequel je traite beaucoup la question de la laïcité parmi les questions importantes de l'école aujourd'hui, et cette société de confiance que nous voulons, c'est justement ce qui caractérise ce gouvernement. Société de confiance, c'est ce qui existe insuffisamment en France jusqu'à présent…

GUILLAUME ERNER
Mais, précisément sur la laïcité…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais j'y viens, j'y viens…

GUILLAUME ERNER
Est-ce que vous êtes de l'école des Bernardins par exemple, vous savez, quand même, des accommodements avec l'esprit religieux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, alors, il y a beaucoup de mots dans ce que vous venez de dire, il n'y a qu'une laïcité, et je suis évidemment pour la laïcité, et d'ailleurs, c'est l'article 1 de notre Constitution, et donc, normalement, tous les citoyens français sont pour la laïcité à partir du moment où on est citoyen français, si on respecte la Constitution, on est laïc, et pas besoin d'ajouter un adjectif, la laïcité, c'est un principe de confiance, c'est un principe de liberté, autrement dit, chacun est libre de croire, de ne pas croire, de changer de religion, et parmi les éléments… parmi les conséquences de ce principe de la laïcité, personne ne doit sentir la pression d'une religion ou d'une non-religion d'ailleurs dans sa vie personnelle, métaphysique et, à fortiori, dans la vie à l'école. Donc en réalité, c'est un principe simple et clair qui ne souffre pas d'interprétations multiples et qui ensuite, dans ses applications, doit aussi être simple et clair, et c'est là que les choses peut-être parfois deviennent plus difficiles, puisque…

GUILLAUME ERNER
Alors, par exemple, sur la question des cantines, qu'est-ce que vous préconisez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, sur la question des cantines, justement, ce Vadémécum de la laïcité, que nous publions aujourd'hui à l'adresse des établissements, permet de savoir quelle est l'attitude à tenir dans chacun des cas, la question des cantines est une question qui relève de la compétence des collectivités locales. Et de ce point de vue-là, il y a un petit peu un spectre de solution, si je prends l'exemple… il y a un exemple que je trouve intéressant, c'est celui de Pau dont François BAYROU est le maire, il a fait un repas, le repas de tous les jours, si je puis dire, et puis un repas végétarien, dans le repas végétarien, toutes les religions qui ont des interdits alimentaires peuvent se retrouver. Au moins, ça fait un système binaire qui ne permet pas d'identifier une religion en particulier et permet à chacun de s'y retrouver, ce n'est pas une préconisation juridique ce que je suis en train de dire, c'est pour montrer qu'il peut y avoir des bonnes idées simples, sans aller jusqu'à être sans arrêt soumis à toute une série de prescriptions, parce que, sinon, à la fin, on va être dans une casuistique impossible.

GUILLAUME ERNER
Les incidents liés à la laïcité sont-ils nombreux à l'école, est-ce qu'il y a beaucoup d'élèves, par exemple, qui refusent d'apprendre les sciences telles qu'elles sont enseignées, je ne sais pas la théorie de l'évolution par exemple, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, nous savons tous que c'est un problème, et ça fait partie…

GUILLAUME ERNER
Problème important…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un problème assez important, c'est-à-dire, mon objectif, c'est ni de minimiser, ni de dramatiser, si vous voulez, c'est de dire les choses comme elles sont, et les choses comme elles sont, c'est que ce que vous venez de dire, oui, ça existe, et il y a certainement des professeurs qui nous écoutent qui le savent très bien parce qu'ils le vivent malheureusement. Et donc, on ne résoudra pas ça en faisant semblant de ne pas le voir, on ne le résoudra pas non plus en faisant comme si c'était un phénomène généralisé et qui polluerait toutes les vies de tout le monde, mais en tout cas, c'est quelque chose qui existe, et c'est quelque chose aussi qui se passe vis-à-vis d'adolescents, donc on doit avoir une démarche éducative vis-à-vis de cela, mais là encore, de nouveau, avec une certaine clarté, une certaine fermeté et une certaine sérénité. Le Vadémécum en question, et, disons les grands principes que j'expose dans le livre, sont faits pour permettre tout simplement de faire cela, et de le faire dans un d'esprit d'équipe, parce que, ce qu'il y a de pire en la matière, c'est la solitude de l'adulte ou du professeur face à ce type de phénomène.

GUILLAUME ERNER
Votre livre : « Construisons ensemble l'école de la confiance » chez Odile Jacob. Justement, en parlant de « Construisons ensemble », un ancien principal de collège, Bernard RAVET, raconte qu'il a un jour refusé l'inscription d'un enfant juif dans les quartiers Nord de Marseille, c'est vrai ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, s'il le dit, c'est probablement vrai, bien entendu, il faudrait lui poser la question…

GUILLAUME ERNER
Mais alors, il y a aujourd'hui beaucoup de collèges où un enfant juif ne peut pas être inscrit en France…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, c'est tout à fait scandaleux évidemment, ce qu'il raconte évidemment ne date pas de cette année, et nous savons qu'il y a eu ce type de phénomène, moi, j'ai moi-même été recteur de Créteil, et j'ai malheureusement eu, à plusieurs reprises, à m'inquiéter de phénomènes de ce type qui conduisaient parfois à ce que des élèves juifs quittent l'enseignement public, c'est malheureusement une réalité. J'ai eu à intervenir par exemple lorsqu'un professeur juif avait subi des insultes antisémites, donc ces réalités-là, elles existent. Donc évidemment, c'est face à ces réalités que nous avons une stratégie, cette stratégie, elle est…

GUILLAUME ERNER
Laquelle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, je dirais que c'est à la fois une stratégie globale et une stratégie précise, c'est une stratégie globale parce que tout ce dont nous pouvons parler, de tout ce dont il est question, y compris par exemple les CPA 12 dont il était question tout à l'heure, toute cette stratégie globale, pour renforcer les savoirs fondamentaux, pour renforcer la culture générale, pour renouer avec une culture des lumières, où nous croyons au progrès, une culture du respect où tout simplement chacun a le droit de croire, de ne pas croire, que ça ne doit jamais, que ça ne doit pas être un problème, il faut qu'on soit apaisé sur ces questions-là, mais simplement que personne n'en fasse un sujet de pression sur quiconque, eh bien, ces éléments-là font partie d'une stratégie globale, après, il y a une stratégie précise, c'est, qui est de considérer que quand il y a un problème concret de laïcité qui se pose, eh bien, une réaction à la fois forte et sereine de l'institution se réalise, et ainsi la règle du jeu s'apprend, et après tout, c'est aussi normal que les enfants et les adolescents fassent cela… J'ajouterai un dernier point, qui est que, si on veut être pleinement efficace, il faut un lien avec les familles, vous savez, il y a deux facteurs de réussite d'un système scolaire principaux : la formation des professeurs d'une part, et deuxièmement, le lien parents/école. Et dans ce lien parents/école, et dans différentes dispositions que nous sommes en train de prendre, cette discussion avec les parents doit nous permettre d'avancer.

GUILLAUME ERNER
Le bac approche, Jean-Michel BLANQUER, comment l'envisagez-vous en tant que ministre de l'Education nationale ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je l'envisage comme un rituel important, c'est évidemment quelque chose qui est très important pour les élèves, parce que c'est le signal de la fin de leurs études secondaires, c'est un moment de parachèvement d'une certaine façon, et j'espère de consécration. Ensuite, il y a un aspect technique, il faut qu'il se déroule bien, on sait que c'est une opération complexe, avec des centaines de milliers de candidats, avec de nombreux examens, et c'est justement ça qui va évoluer dans le futur, puisque en 2021, on aura le nouveau baccalauréat qui sera, je pense, encore mieux que le baccalauréat actuel.

GUILLAUME ERNER
Est-ce que vous vous envisagez une réforme du bac professionnel, est-ce que cette réforme, elle peut profiter au plus grand nombre ? Les syndicats sont assez sceptiques sur ce que vous entreprenez, ils disent que beaucoup de choses ont déjà été faites en matière d'enseignement professionnel, que rien de véritablement probant n'est dans cette réforme.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense qu'ils ne sont pas tous sceptiques, on cite toujours ceux qui affirment le plus leur scepticisme…

GUILLAUME ERNER
Je parle de SNUIPP-FSU.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais, aussi bien ce syndicat, que les autres, qui ont de l'importance dans l'enseignement professionnel, je les ai reçus, nous avons beaucoup discuté, et nous sommes loin d'avoir 100 % de désaccord. Nous serons sans doute rarement ou jamais 100 % d'accord sur quel que sujet que ce soit, mais en tout cas, je les ai beaucoup, beaucoup écoutés, je les ai reçus plusieurs fois tous, et nous avons intégré des choses qu'ils proposaient. Ce que je vous disais tout à l'heure, quand j'ai dit qu'il y avait près de 2.000 places créées en BTS, en classes passerelles, c'était une revendication du syndicat que vous venez de citer, et d'autres syndicats d'ailleurs, que nous avons pleinement pris en compte. Donc, c'est pour vous dire qu'il y a du dialogue social et que, surtout, ce qui doit tous nous faire adhérer à ce qui est en train d'arriver, et notamment les professeurs de lycées professionnels, auxquels je veux rendre un hommage particulier, ils sont 50.000 en France aujourd'hui, ils font un travail exceptionnel, eh bien, ce que nous sommes en train de dire, c'est que nous allons positionner l'enseignement professionnel dans une situation de prestige et d'attractivité, qu'il n'a jamais connue auparavant, parce que c'est l'intérêt des élèves, c'est l'intérêt des professeurs, l'intérêt des personnels, et c'est aussi et surtout l'intérêt de l'ensemble de notre pays.

GUILLAUME ERNER
Je vais nuancer un peu votre propos, Monsieur le Ministre, sur l'enthousiasme de ce syndicat, le FSU…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je n'ai pas dit qu'il était enthousiaste.

GUILLAUME ERNER
L'une de vos réformes sur l'enseignement professionnel consiste à former des campus, et alors, l'une des conséquences de cette formation de campus, c'est que ceux-ci seraient financés par les régions, est-ce que ce n'est pas une manière pour l'Etat de donner le mistigri de l'enseignement professionnel aux régions, et surtout son financement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Regardez d'ailleurs la réaction des régions, qui a été positive, et avec qui j'ai évidemment dialogué avant ces annonces. D'abord, oui, c'est une compétence des régions, tous les aspects fonciers et de constructions, donc ça il n'y a rien de plus normal, oui, elles ont déjà, dans le passé, pu construire quelques campus, pas assez, et oui, elles ont des plans pour le futur, et oui, nous allons les aider dans ce sens-là. Donc, nous sommes dans une coopération Etat/régions, mais si vous voulez, j'essaye d'avoir un esprit concret, l'esprit concret, c'est de se dire : si je suis un élève de 3ème et que, éventuellement, je suis intéressé par l'enseignement professionnel, je ne dois pas y aller parce que mon bulletin scolaire n'est pas bon, je dois y aller parce que j'en ai envie. Et il y a différentes choses qui vont me faire envie, premièrement, un lieu agréable, un lieu où il y a de l'espace vert, des terrains de sport, un internat, des équipements modernes, etc. Ça existe parfois, très rarement, et dans d'autres pays, ça existe beaucoup, et quand ça existe en France, c'est souvent une belle université, une belle école. Eh bien, ça doit être le cas de la plupart des lycées professionnels, qui seront tous, soit dans un campus, soit en réseaux, avec des réseaux thématiques, articulés, là aussi, à des thématiques d'avenir, la révolution numérique est là, la transition environnementale transforme les métiers, du bâtiment, de l'énergie, tout ceci fait que l'enseignement professionnel peut être à la pointe des enjeux du XXIe siècle. Le faire comprendre et faire envie en montrant aux futurs lycéens professionnels que, non seulement, ils ne vont pas dans quelque chose qui enferme, mais au contraire dans quelque chose qui ouvre beaucoup d'opportunités, c'est essentiel.

GUILLAUME ERNER
Autre critique adressée à ce type de réforme, c'est évidemment le corollaire, c'est de fabriquer des formations qui sont trop « professionnalisantes » et qui, s'il y a une modification des métiers, une évolution des techniques, eh bien, ces jeunes formés risqueraient de ne plus pouvoir être adaptés au marché du travail, Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, être professionnalisant, ce n'est pas un défaut, c'est même le principe du lycée professionnel que de l'être…

GUILLAUME ERNER
Ça dépend des évolutions, ça a été un défaut pour les informaticiens par exemple, certains informaticiens.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais justement, mais il y a différentes manières de l'être, et justement, on répond à l'objection que vous êtes en train de faire, l'amélioration va aller aussi dans cette direction-là, notamment parce qu'on a retenu la plupart des propositions du rapport que j'avais commandé, il y a quelques mois à Céline CALVES et Régis MARCON, qui avaient proposé – et nous l'avons retenue – l'idée que pour une bonne partie des élèves de seconde professionnelle, ils puissent avoir une seconde par familles de métiers, ce qui permet donc effectivement d'avoir des compétences professionnelles, mais de les avoir selon un spectre plus large au début, de façon à pouvoir faire un choix. Par exemple, vous n'allez plus vers pâtisserie tout de suite, mais vous allez vers métiers de bouche, ce qui vous permet d'avoir un spectre plus large, et puis, vous acquérez déjà des compétences que, ensuite, vous allez préciser. C'est ce genre d'idées que nous avons. De même, en terminale, nous ferons une distinction entre ceux qui ont envie de s'insérer professionnellement tout de suite et ceux qui veulent faire des études supérieures après, là encore, pour personnaliser les parcours, et, en réalité, rechercher la véritable réussite de l'élève.

GUILLAUME ERNER
Jean-Michel BLANQUER, vous êtes ministre de l'Education nationale, vous publiez « Construisons ensemble l'école de la confiance » aux Editions Odile Jacob, on vous retrouve dans une vingtaine de minutes. Vous serez rejoint par Nathalie MONS, la présidente du Conseil national de l'évaluation du système scolaire, et on verra avec vous, en quelque sorte, l'esprit de ces réformes, on parlera également des sciences cognitives dont vous avez été l'un des soutiens.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juin 2018

Rechercher