Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France 2 le 30 mai 2018, sur la politique agricole et la protection de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France 2 le 30 mai 2018, sur la politique agricole et la protection de l'environnement.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez ce matin, Stéphane TRAVERT, ministre.

CAROLINE ROUX
Ministre, exactement, de l'Agriculture. Alors, vous le savez, la loi agriculture alimentation sera votée aujourd'hui au Parlement, elle est pour certains une occasion manquée, pour certains élus de la majorité, qui attendaient notamment un engagement clair sur l'interdiction du glyphosate. Le ministre s'explique.

- Jingle -

CAROLINE ROUX
Bonjour Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous êtes du genre à pardonner ?

STEPHANE TRAVERT
Ça dépend.

CAROLINE ROUX
Pourquoi je vous pose cette question ? Parce qu'une députée de la République en marche sur France 5 a découvert en direct vos propos sur l'absence d'interdiction du glyphosate dans le texte, elle a eu cette recette réaction, je cite : « Le salaud », elle s'appelle Sandrine LE FEUR, elle avait déposé un amendement en ce sens et elle s'est sentie trahie.

STEPHANE TRAVERT
On s'est expliqué avec Sandrine, Sandrine LE FEUR, et je ne lui en tiens pas rigueur. C'est une militante, c'est une parlementaire qui fait son travail, et bien évidemment, nous avons le même objectif tous les deux…

CAROLINE ROUX
Ah bon ?

STEPHANE TRAVERT
... et avec les autres : c'est que d'ici 3 ans, nous puissions trouver les moyens de sortir du glyphosate et parce que c'est cette question-là qui prévaut.

CAROLINE ROUX
Elle voulait passer par la loi.

STEPHANE TRAVERT
Elle voulait passer par la loi, mais nous avons pris la décision d'emmener tous les acteurs avec nous, de faire en sorte que, à la fois le gouvernement, les agriculteurs, l'ensemble de... tous les partenaires puissent tirer dans le même sens. Il ne fallait pas que l'interdiction repose seulement sur les épaules des agriculteurs, c'est-à-dire que…

CAROLINE ROUX
Pourquoi ? Pourquoi ?

STEPHANE TRAVERT
Mais parce que nous avons besoin de travailler, de mobiliser la recherche, de mobiliser les instituts techniques de trouver les solutions qui vont permettre de faire en sorte que nous puissions réussir, arriver ensemble à l'objectif commun qui est la réduction des pesticides et des produits phytosanitaires et la sortie claire du glyphosate.

CAROLINE ROUX
Stéphane TRAVERT, ça veut dire que la sortie du glyphosate repose sur le volontarisme des agriculteurs. Ça veut dire que vous leur faites confiance aujourd'hui pour respecter l'objectif de sortie du glyphosate en trois ans.

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr.

CAROLINE ROUX
Le volontarisme des agriculteurs, c'est mieux que la loi ?

STEPHANE TRAVERT
Le volontarisme des agriculteurs, moi je crois à la volonté politique aussi, nous avons une volonté politique et le président de la République il l'a affirmé de façon claire, il nous a demandé que dans les 3 ans, parce que nous aurons mobilisé la recherche, nous puissions trouver des solutions pour sortir du glyphosate. Eh bien on emmène tout le monde avec nous, pour réussir à ce point.

CAROLINE ROUX
Si vous n'y arrivez pas, qu'est-ce qui se passe ? Si vous n'y arrivez pas, si dans deux ans, six mois, vous vous rendez compte que les agriculteurs ne jouent pas le jeu, est-ce que, comme on l'a dit, comme l'a dit Richard FERRAND, vous pourrez légiférer en cas de mauvaise volonté des agriculteurs ?

STEPHANE TRAVERT
Bien évidemment.

CAROLINE ROUX
D'accord.

STEPHANE TRAVERT
Lorsque l'on fait ce genre de choses, c'est-à-dire de ne pas passer par la loi, mais d'emmener tout le monde avec nous pour trouver des solutions, ça va, mais si demain on s'aperçoit que les volontés ne sont pas là, il faudra alors légiférer.

CAROLINE ROUX
Au sein du gouvernement c'est sur l'écologie qui perd ?

STEPHANE TRAVERT
Non, parce que vous savez, en un an on a beaucoup fait sur l'écologie et dans ce gouvernement, et que je crois que nous pouvons être fiers du travail accompli. Quand on regarde ce que nous avons fait, des avancées qu'il y a sur la loi…

CAROLINE ROUX
On va y revenir.

STEPHANE TRAVERT
Le bio, la restauration collective, le gaspillage alimentaire, l'interdiction des bouteilles en plastique, ce sont des choses concrètes dans la vie des gens.

CAROLINE ROUX
Parce que Nicolas HULOT l'a dit lui-même, il était déçu par l'absence de loi pour l'interdiction du glyphosate.

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr, mais c'est un combat qu'il mène depuis des années, mais nous avons un objectif commun et partagé, et le projet de loi alimentation que j'ai eu l'honneur de défendre jusqu'à cette nuit, c'est un projet de loi du gouvernement et je portais la voix du gouvernement.

CAROLINE ROUX
Du gouvernement, y compris Nicolas HULOT.

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr.

CAROLINE ROUX
Ok. Alors, menus végétariens, interdiction des publicités pour les produits trop gras, trop sucrés, obligation d'afficher l'étiquetage Nutri-Score, suppression des contenants en plastique, pas de surveillance obligatoire dans les abattoirs, ces mesures-là ont été écartées, occasion manquée disent certains députés de votre majorité.

STEPHANE TRAVERT
Mais, nous avançons progressivement. Sur la question de la vidéo dans les abattoirs, nous avons autorisé l'expérimentation. Sur la question de…

CAROLINE ROUX
Pourquoi pas le rendre obligatoire, comme l'avait sous-entendu, le président de la République dans la campagne ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, parce que nous avons souhaité plutôt travailler sur l'accompagnement et la formation des opérateurs, mais par contre, nous rendons possible l'expérimentation. Donc aux entreprises de se saisir de ces outils, et je crois que ce sera pour elles une formidable chance de pouvoir démontrer la manière dont elles travaillent et de montrer aussi la difficulté au quotidien de ce qu'est le travail dans un abattoir.

CAROLINE ROUX
Alors, il y en a certains, dont Libération ce matin, dont Yannick JADOT, qui estiment que vous avez perdu face aux lobbies de l'agrochimie, de l'élevage, de la malbouffe, Libération raconte comment les lobbies industriels et agricoles agissent avec les députés, amendements clés en main, invitations au restaurant, vous connaissez ce mode de fonctionnement, vous avez dit récemment que vous n'aviez jamais eu affaire aux lobbies. Sérieusement ?

STEPHANE TRAVERT
Sérieusement, madame, et c'est sur votre plateau que je l'avais dit, la dernière fois que je suis venu ici. Lorsque j'étais parlementaire, je recevais effectivement des amendements clés en main, mais c'est tout à mon honneur de ne pas les reprendre, et de pouvoir, de traiter les amendements que je déposais moi-même, avec mon équipe parlementaire.

CAROLINE ROUX
Vous reconnaissez qu'ils ont été actifs les lobbies, sur cette loi, alimentation ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr, enfin les lobbies de toutes parts, que ce soit les lobbies dits environnementaux ou les lobbies de... Mais, qu'est-ce qu'on met derrière les lobbies ? Est-ce que les syndicats agricoles sont des lobbies ? Est-ce qu'on va dire que demain à la CGT ou la CFDT, FO sont des lobbies ? Les syndicats agricoles, ce sont des partenaires avec lesquels nous travaillons quotidiennement et dans leur pluralité syndicale et dans leur diversité, et c'est bien normal que, au ministère de l'Agriculture, ce soit eux vers qui nous nous tournions, quels qu'ils soient.

CAROLINE ROUX
Par exemple, il y a une députée, Delphine BATHO, qui explique que son amendement est arrivé entre les mains des industriels des pesticides, avant d'atterrir sur le bureau des députés. Ça c'un fonctionnement normal du Parlement ?

STEPHANE TRAVERT
Non, ça ce n'est pas normal, il y a eu une défaillance à un moment, au Parlement, le président de RUGY, d'ailleurs, a eu l'occasion de s'expliquer sur le sujet, et n'a pas pu démontrer ou n'est pas parvenu à trouver l'origine de cette fuite de l'amendement, mais je crois que il faut, je pense qu'il y aura des actions correctives qui seront mises en place au Parlement, parce que, effectivement, ce n'est pas normal et Delphine BATHO, je la connais bien, a eu raison de s'émouvoir de cette situation.

CAROLINE ROUX
Il est abîmé votre texte par cette suspicion, suspicion que ce sont les industriels qui ont repris la main sur le contenu.

STEPHANE TRAVERT
C'est dommage, parce que ce n'est pas vrai. Dans ce texte, nous avons mis en place, nous avons travaillé d'abord sur le revenu des agriculteurs, comment faire en sorte que demain la précarité des agriculteurs soit diminuée. Nous avons travaillé sur le bio dans les cantines, nous avons travaillé sur…

CAROLINE ROUX
Ça, ce n'est pas nouveau, voyez, typiquement vous prenez cet exemple-là, pardonnez-moi je vous coupe, mais le bio dans les cantines, dans le Grenelle de l'environnement, en 2012, il y avait déjà un engagement qui disait qu'il fallait passer à 20 % de bio dans les menus dans les cantines.

STEPHANE TRAVERT
Eh bien nous n'y sommes pas, vous avez vu…

CAROLINE ROUX
Ben voilà.

STEPHANE TRAVERT
Nous n'y sommes pas, mais pourquoi ? Eh bien parce que nous n'avons pas augmenté notre surface agricole en agriculture biologique, et demain nous avons un objectif ambitieux, qui est de passer de 6 à 15 % de la surface agricole nationale en agriculture biologique. Donc nous avons besoin de structurer, de massifier une offre en agriculture biologique, pour répondre à la demande légitime des consommateurs. Mais le bio dans les cantines, c'est du progrès, parce que pour les enfants, c'est une façon de mieux se nourrir, mais pas que le bio, c'est aussi les produits sous label, les signes de qualité, c'est cela que nous avons voulu promouvoir.

CAROLINE ROUX
L'interdiction des bouteilles en plastique, mais pas des barquettes en plastique.

STEPHANE TRAVERT
C'est quelque chose de tout à fait différent. Les bouteilles en plastique, aujourd'hui, de plus en plus dans les restaurants d'entreprise ou scolaire, vous avez, il existe des fontaines, vous pouvez servir l'eau en carafes, c'est comme ça que cela se passait lorsque nous étions nous-mêmes à l'école, et puis, il en va aussi, pour travailler sur les questions d'économie circulaire, c'est important, mais sur les barquettes en plastique, de réchauffage…

CAROLINE ROUX
C'est ça.

STEPHANE TRAVERT
Aujourd'hui, nous ne sommes pas suffisamment avancés, il faut prendre le temps, avec les collectivités, de faire en sorte qu'elles se préparent pour cela.

CAROLINE ROUX
En quoi cette loi est une révolution dans notre façon de consommer, dans notre alimentation ? Vous avez dit : c'est une révolution.

STEPHANE TRAVERT
Oui, c'est une révolution parce qu'on inverse la construction du prix pour les agriculteurs, on part enfin de leur prix de revient dans leur exploitation et on améliore la qualité nutritionnelle des aliments, à travers la montée en gamme, c'est ce que nous souhaitons pour les Français, et cette loi va répondre à cette question essentielle.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juin 2018

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