Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à LCI el 31 mai 2018, sur la baisse de la dépense publique, l'évacuation du camp du Millénaire au canal Saint-Martin et l'immigration clandestine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à LCI el 31 mai 2018, sur la baisse de la dépense publique, l'évacuation du camp du Millénaire au canal Saint-Martin et l'immigration clandestine.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour à tous. Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Secrétaire d'Etat et porte-parole du gouvernement. Alors, en ce moment, l'urgence, c'est de convaincre qu'Emmanuel MACRON ne baissera pas les aides sociales des plus pauvres, qu'il n'a pas failli à sa parole sur le glyphosate et sur les caméras dans les abattoirs et qu'il trouve que Parcoursup marche très bien. Vous n'êtes plus le porte-parole, vous êtes le démineur ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je suis celui qui explique et qui évite qu'on tombe dans la caricature ou quand, en 140 signes dans un bon tweet, on règle le compte de sujets qui sont très importants pour les Français.

AUDREY CRESPO-MARA
Bon, alors commençons par Emmanuel MACRON, ledit président des riches, soupçonné de vouloir réduire les aides sociales des plus pauvres. Il y a plusieurs épisodes, premier épisode, dimanche 20 mai, Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, dit ceci : expliquer qu'on va réduire la dépense publique sans rien toucher aux aides sociales, ce ne serait pas juste ni lucide vis-à-vis des Français. Deuxième épisode trois jours plus tard, mercredi dans le 3 mai, Gérald DARMANIN, ministre des Comptes publics : je pense qu'il ne faut pas toucher aux prestations sociales individualisées. Troisième épisode samedi, il y a une réunion à Matignon, une mise au point. Quatrième épisode avant-hier, Gérald DARMANIN revient : il y a trop d'aides sociales en France. Et Edouard PHILIPPE hier disait : la question n'est pas de savoir s'il y a trop ou pas assez d'aides sociales. Alors vous allez nous dire : c'est le c'est le retour du fameux « et en même temps », on ne réduit pas les aides, et en même temps, on les réduit ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vais vous dire une chose très simple, ce débat-là, il a été tranché, ça s'appelle la loi de Finances, et ça a été voté à la fin de l'année dernière, de manière très claire, le minimum vieillesse – c'est une aide sociale – il l'a augmenté le 1er avril. Pour les parents isolés, c'est une aide sociale, ça a augmenté le 1er avril. Et pour les personnes en situation de handicap et la prime d'activité, ça augmentera à l'automne, c'est voté, donc ce débat-là, il est tranché. La question qui se pose néanmoins, c'est quoi ? C'est de dire qu'on a en France des mécanismes d'aides sociales très nombreux, je vous prends un exemple très concret, le RSA, vous avez 30 % de bénéficiaires du RSA qui ne le demandent pas, c'est-à-dire des gens qui auraient le droit de bénéficier du RSA mais qui ne sont pas au courant, ne savent pas comment faire les démarches et ne savent pas à quelle porte frapper tellement c'est compliqué ; c'est ce que dit Gérald DARMANIN quand il dit : il y a trop d'aides sociales…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais c'est très confusant, vous voyez bien toutes ces déclarations se contredisent…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, non, attendez, la loi n'est pas confusante, la loi, elle est votée, et elle sera exécutée…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais donc, ils ne connaissent pas la loi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Les montants, ils ont été augmentés le 1er avril, les gens qui sont au minimum vieillesse, ils ont 30 euros de plus depuis le 1er avril. Donc il y a les faux débats et les mauvaises caricatures…

AUDREY CRESPO-MARA
Il n'y a pas les faux débats, il y a des déclarations qui sont confusantes…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il y a la loi qui est votée. Moi, je m'en remets à la loi, on est dans un Etat de droit. En revanche, se dire que, il faut s'interroger sur : est-ce qu'elles sont efficaces, est-ce qu'elles vont aux bonnes personnes, est-ce qu'elles sont conformes au fond aux revenus que vous avez ? Il arrive parfois que vous ayez des décalages, je prends le RSA par exemple, et donc, ça suscite des indus, et donc ça met des gens dans des difficultés, ensuite, de devoir rembourser des indus parce qu'ils ont trop perçu, parce que les revenus ont bougé. Donc l'idée, c'est d'avoir l'aide sociale la plus efficace, qu'elle aille vers les bonnes personnes, que ceux qui en ont besoin et qui y ont droit y aient réellement accès et que ça…

AUDREY CRESPO-MARA
Sans diminuer la somme globale qu'ils touchent…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais arrêtons de rentrer dans les… de savoir si ça augmente ou ça diminue, je vais vous dire une chose…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est important pour les gens qui les touchent, qui touchent ces aides…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je vais vous dire une chose, les gens qui touchent les aides, il y a neuf millions de personnes en situation de pauvreté en France. Si des aides sociales étaient efficaces, ça se saurait, et ça se verrait, et ça se verrait mieux que ça. Donc moi, ma seule obsession, c'est de savoir si c'est efficace. Et si c'est efficace, et qu'on nous dit : unetelle est efficace, et il faut l'augmenter, eh bien, il faudra l'augmenter, mais il faudra aussi avoir le courage de se dire : celle-là n'est peut-être pas efficace, et il faut revoir le dispositif.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, permettez-moi quand même de revenir sur la première déclaration qu'on a vue, Bruno LE MAIRE : expliquer qu'on va réduire la dépense publique sans rien toucher aux aides sociales, ce ne serait pas juste ni lucide : donc pour réduire les dépenses publiques, que vous devez impérativement réduire…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je l'ai dit et je…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous diminuerez les aides sociales ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je l'ai dit et je l'ai déjà redit, on ne rentre pas sur ce sujet par l'angle budgétaire…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est ce qui a été fait…

BENJAMIN GRIVEAUX
On y rentre à nouveau, l'angle budgétaire, c'est la loi de Finances, la loi de Finances, elle a été votée à la fin de l'année dernière, nous n'y reviendrons pas…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, une réponse très claire, vous ne toucherez pas, vous ne diminuerez pas les aides sociales…

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous ne baisserons pas les aides sociales individuelles, ça n'est pas la logique du gouvernement de rentrer dans les sujets par l'angle budgétaire.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous réduirez donc les 100 milliards de dépenses publiques sans couper les aides sociales.

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, il y a plus de dépenses publiques que ça…

AUDREY CRESPO-MARA
A réduire, c'est au moins les 100 milliards, là, de la première nécessité…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, non, attention, vous mélangez tout, il y a du budget de l'Etat, il y a du budget des collectivités territoriales, il y a les budgets sociaux, c'est très compliqué, ça mérite qu'on y prenne…

AUDREY CRESPO-MARA
En tout cas, on ne touche pas aux aides sociales…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, mais ça mérite qu'on y passe du temps, on jette des chiffres, 100 milliards, etc., non. Vous avez les budgets de l'Etat, le budget des collectivités locales, et on est dans un travail de contractualisation avec les collectivités pour qu'elles aussi puissent participer à la baisse de la dépense publique. L'Etat va faire cet effort-là, sur le sujet social, à nouveau, c'est comment est-ce qu'on transforme et qu'on fait que la politique sociale est plus efficace, le sujet budgétaire, il est secondaire, d'abord, c'est, est-ce qu'on a aujourd'hui une politique sociale efficace, et quand je regarde les résultats, je ne suis pas certain que ce soit le cas.

AUDREY CRESPO-MARA
Et donc pour clore cette actualité-là, il n'y aura pas de baisse des aides sociales, les gens qui les touchent ne verront pas de diminution ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais elles ont augmenté, le minimum vieillesse a augmenté, l'allocation adulte handicapé va augmenter, pour les parents isolés, ça a déjà augmenté, la prime d'activité, elle va augmenter ; je ne peux pas vous dire autre chose que ça, ça a été voté, et les gens l'ont déjà perçue.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, ne pas réduire les aides sociales, car l'homme pauvre est au coeur du projet d'Emmanuel MACRON, on vous entend marteler cette phrase : « l'homme pauvre ou les droits de l'homme pauvre » depuis une semaine, il faut le dire et le redire, parce que les gens n'ont pas remarqué peut-être, non ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais parce que, on a en France une conception des politiques sociales qui consiste à dire : on règle les problèmes sociaux en faisant des chèques aux gens, c'est le modèle social qu'on a construit dans l'après-guerre, c'est un modèle qui a 70 ans, et c'est un modèle qui aujourd'hui fait que – je vous le disais tout à l'heure – on a 9 millions de pauvres, 3 millions d'enfants qui sont en situation de pauvreté, c'est 1 enfant sur 5. 4 millions de mal logés, des gens qui ne retrouvent pas d'emploi, avec un chômage de masse qui est endémique depuis des années. Donc moi, je veux bien qu'on continue à faire la même chose, à dire : il suffit de faire de la dépense sociale, quand on a un problème, on dépense et ça ira mieux, ça ne fonctionne pas. Et donc quand je dis : il faut défendre les droits de l'homme pauvre, au fond, le pire échec de nos politiques sociales, c'est qu'on a assigné socialement les gens, quand vous naissez dans un quartier compliqué, quand vous naissez dans un milieu défavorisé, vous avez peu de chances de vous en sortir, et encore moins vos enfants, et vous le savez. Et ça, c'est la pire des choses. Donc nous, on met de l'argent public, une bonne politique sociale, c'est mettre de l'argent dans l'école, mettre de l'argent dans la formation professionnelle, mettre de l'argent dans l'apprentissage, mettre de l'argent dans l'enseignement supérieur, c'est donner à chacun les moyens de construire sa vie, c'est ça une bonne politique sociale.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais quand on supprime l'ISF, qu'on baisse l'APL et qu'on augmente la CSG pour les retraités, c'est vraiment dans l'intérêt de l'homme pauvre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais quand on fait ça, sur l'ISF, l'argent qu'on a, ce n'est pas pour permettre aux gens de spéculer, c'est pour remettre de l'argent dans l'économie, pour permettre à nos entreprises de grandir et pour permettre d'embaucher, parce que la meilleure des protections sociales, c'est aussi le travail…

AUDREY CRESPO-MARA
Et les APL et la CSG pour les retraités, c'est dans l'intérêt de l'homme pauvre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Les APL, on l'a dit, c'était une mesure de rabot, c'est une mesure qui n'est jamais intelligente de faire du rabot…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc il n'aurait pas fallu la faire celle-ci ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Juste une chose, mais ce n'est jamais une bonne mesure de couper de manière unilatérale, je rappelle simplement, sur les APL, que nos prédécesseurs n'avaient pas mis dans le budget l'argent pour payer les APL, et que si nous ne l'avions pas fait, il n'y avait pas d'APL du tout au mois de décembre dernier. Donc j'appelle chacun à un peu de responsabilité…

AUDREY CRESPO-MARA
Et la CSG ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce sont des sujets trop sensibles et trop importants pour le gens. La CSG, le basculement de la CSG, le basculement du financement de la protection sociale sur la CSG, c'est pour faire quoi ? C'est pour permettre d'avoir aussi un financement par l'impôt de notre protection sociale, c'est pour le solidifier, c'est pour permettre à ceux qui travaillent de gagner plus pour avoir un système de retraite aussi mieux financé, parce qu'on a des actifs qui gagnent plus. Tout cela, c'est une logique globale.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous disiez : les aides sociales, il ne faut pas que ça incite, quelque part, les gens qui touchent ces aides sociales à rester dans l'inactivité, mais vous…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai jamais dit ça…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous voulez rebasculer dans l'activité…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai jamais dit ça, non, je n'ai jamais dit cela. Ce que je considère, je n'ai jamais dit cela, je n'ai jamais écrit cela…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous voulez qu'une partie des Français rebascule dans l'activité…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et ça n'est pas ce que nous disons. Ça n'est pas ce que nous disons. Nous disons que le travail est la meilleure des politiques sociales, jamais je ne mettrai en cause des gens qui, parce que vous avez un problème de santé, parce que vous avez un problème personnel, parce que vous perdez votre job, parce que votre boîte ferme, bénéficient des prestations sociales, c'est les allocations chômage, et puis quand ça se termine, bénéficient de minima sociaux, c'est ce qui fait la grandeur de notre pays, c'est la force de notre modèle social ; que vous ayez un filet de sécurité. Et je vais vous dire, on a même agrandi les protections sociales dans ce pays, tout le monde a oublié, l'allocation chômage universelle, non, non, mais attendez, j'y reviens, Audrey CRESPO-MARA, parce que c'est important, personne n'a souligné que, aujourd'hui, quand un artisan ou un commerçant se retrouve sans rien, avant, il n'avait pas d'assurance chômage, on a installé l'assurance chômage universelle, c'est aussi à ça qu'a servi le basculement de la CSG, donc c'est plus de protections pour tout le monde, pas seulement pour quelques-uns…

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, comment expliquez-vous qu'Emmanuel MACRON ait cette image de président des riches, les gens sont idiots, ne comprennent pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais parce que, quand les oppositions d'extrême gauche, d'extrême droite, des Républicains, au Parti socialiste, de manière totalement irréelle, répètent à longueur de journée que c'est le président des riches, évidemment que ça commence à infuser, mais vous savez, moi, je fais confiance à l'intelligence des gens, il faut arrêter d'infantiliser le débat politique dans notre pays, c'est ce que font les oppositions, elles préfèrent la caricature aux propositions, c'est leur droit le plus strict. Moi, je crois que les Français, 1°) : ils savent compter, et qu'ils regardent ce que nous faisons, parce que ce travail de transformation, il prendra du temps, ça fait 70 ans qu'on reste assis les bras croisés sur des sujets qui sont centraux pour nos concitoyens, nous, on a décidé de changer les choses.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, Emmanuel MACRON, il est en tout cas au coeur de nombreux reproches, par exemple, d'avoir fait de la récupération politique avec la régularisation du héros, Mamoudou GASSAMA…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il ne l'aurait pas fait qu'on l'aurait accusé de ne pas s'en… voyez, donc chacun est malheureux…

AUDREY CRESPO-MARA
Puis, le lendemain, on a eu une évacuation de fermeté, une image de fermeté avec l'évacuation du plus grand camp de migrants à Paris, où il y avait 1.700 personnes. Est-ce que c'est ça aussi le « et en même temps », on est gentil avec les héros et dur avec les autres ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais non, on a, depuis le départ, une ligne très claire sur la question migratoire, c'est le projet de loi Asile et Immigration, c'est humanité, et on l'a assumée, et fermeté, c'est-à-dire que tous ceux qui sont éligibles à l'asile et qui légitimement viennent demander le refuge dans le pays des Droits de L'Homme, eh bien, l'accueil est inconditionnel pour ces personnes qui sont éligibles au droit d'asile, mais que, en même temps, vous avez des personnes qui ne sont pas éligibles au droit d'asile et qu'il faut pouvoir, eh bien, 1°) : procéder à l'examen de leur situation le plus rapidement possible pour pouvoir les reconduire le plus rapidement possible également, parce que quand vous laissez les gens dans une situation d'incertitude pendant 1 an, 2 ans 3 ans, parfois plus, là, évidemment, la République ne remplit pas son devoir. Donc c'est de l'humanité, et il y a un droit, et nous respectons le droit, et des gens bénéficient du droit d'asile, c'est plus de 30.000 l'an dernier, mais il y a aussi le droit de ceux qui ne respectent pas ces critères et qui doivent pouvoir être reconduits. Voyez, c'est une ligne de crête. Alors pour la droite, nous sommes laxistes, et pour la gauche, nous sommes des fascistes en puissance ; c'est sans doute que nous sommes dans le vrai.

AUDREY CRESPO-MARA
L'Etat se substitue au rôle d'Anne HIDALGO, avez-vous dit, il est temps qu'elle s'en aille et que vous preniez sa place ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Mais sur le sujet migratoire, il y a la responsabilité, qu'est ce qui se passait à Paris au camp du Millénaire au canal Saint-Martin ? C'est du domaine public municipal, et sur le domaine public municipal, c'est le maire, et le maire a évidemment le droit de demander le concours de la force publique pour faire respecter l'ordre public, elle ne l'a pas fait, et donc nous avons pris nos responsabilités. Je note que l'évacuation du camp du Millénaire dont on nous avait dit que ce serait terrible, parce que l'Etat a pris ses responsabilités, parce qu'on a travaillé avec les partenaires associatifs, et d'ailleurs avec la ville de Paris, eh bien, ça s'est bien passé, ça s'est fait dans le calme, c'est un sujet trop important pour en faire une instrumentalisation politique ; on parle de gens qui ont parfois traversé la Méditerranée…

AUDREY CRESPO-MARA
Anne HIDALGO est dans l'instrumentalisation politique ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La Méditerranée ou les Balkans, au risque de leur vie, il ne faut pas instrumentaliser politiquement la misère des gens.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc Anne HIDALGO est dans l'instrumentalisation politique, c'est ce que vous dites…

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi, je suis en tout cas dans l'efficacité à la fois pour les gens qui vivaient dans ce grand dénuement, et puis, pour les Parisiens qui, je le sais, ont à coeur l'accueil dans de bonnes conditions, et ne supportaient plus de voir ça au pied de leurs immeubles…

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, au sujet des migrants, Gérard COLLOMB a choqué hier, le ministre de l'Intérieur accuse les migrants de faire du benchmarking, en comparant les pays européens avant de déposer une demande d'asile, c'était au Sénat, hier, on l'écoute.

GERARD COLLOMB, MINISTRE DE L'INTERIEUR
Les migrants aussi font un peu de benchmarking pour regarder les législations à travers l'Europe, qui sont, on va dire, les plus fragiles, et vous voyez, par exemple, que telle nationalité, que là, encore, je ne citerai pas, elle se dirige plutôt sur tel pays, non pas parce qu'elle est plus francophile, mais tout simplement, parce qu'elle juge que là, c'est plus facile.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous le confirmez, les migrants font du benchmarking, c'est-à-dire, des études comparatives ou ce terme vous choque ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi, je n'ai pas à commenter le terme. Ce que je note…

AUDREY CRESPO-MARA
Eh bien, c'est ce que je vous demande…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je note, c'est que vous avez par exemple des demandeurs d'asile qui viennent de pays en guerre, je pense à la Syrie, je pense à la Libye, à ces zones de guerre, au sud Sahel, etc., et à l'évidence, ils peuvent correspondre aux critères, et ils peuvent être éligibles au droit d'asile. Quelle est la première nationalité qui demande le droit d'asile aujourd'hui en France ? L'Albanie. Il ne m'est pas apparu que, en Albanie, eh bien, l'Etat de droit était menacé et que l'Albanie connaissait une situation de guerre, c'est donc bien que vous avez, et moi… c'est plus que les migrants, les filières, les passeurs, les trafiquants d'êtres humains qui, eux, savent parfaitement et connaissent parfaitement les législations et qui utilisent et qui font payer cher à ces migrants, eh bien, le fait de les passer dans tel pays plutôt que dans tel autre, donc à mon avis, c'est beaucoup plus des passeurs et des filières qu'il s'agissait que des personnes qui sont dans le plus grand dénuement dans les camps du sud de la Libye ou en Syrie auxquels pensait le ministre de l'Intérieur lorsqu'il s'est exprimé hier…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc Gérard COLLOMB a tort de parler de benchmarking pour les migrants ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, c'est fait par les filières de passeurs, il y a du crime organisé derrière. Et c'est aussi ça la responsabilité des pays d'Europe occidentale, quand on dit qu'on a une politique d'accueil et qu'on accueillera tout le monde, ce qu'a pu dire, ce qu'ont pu dire certains responsables politiques européens, derrière, il y a un crime organisé, derrière, il y a des filières, il y a du trafic d'êtres humains, et ça, c'est inacceptable, c'est, je crois, en cela que le ministre de l'Intérieur, en tout cas, c'est cela qu'il évoquait dans son intervention.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre reproche fait à Emmanuel MACRON, celui-ci, il est signé Jean-Luc MELENCHON, visé par une enquête sur ses comptes de campagne, il s'en prend au président de la République dénonçant une intention de nuire et l'attaquant au sujet des ristournes – je le cite – dont il a bénéficié pendant sa campagne et sur lesquelles la justice n'enquête pas. Jean-Luc MELENCHON prétend être victime d'une attaque politique, et sous-entend que vous êtes derrière.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais Jean-Luc MELENCHON, il est fasciné par des régimes politiques où les présidents, je pense au Venezuela, à d'autres régimes fort sympathiques, eh bien, décident de la justice, il se trouve qu'en France, la justice est indépendante, que ça plaise ou non à monsieur MELENCHON, il était candidat pour être président de la République, dans la Constitution, eh bien, il y a la garantie de l'indépendance de l'autorité judiciaire. Donc la justice, elle fait son travail, et si elle a considéré qu'il n'était nécessaire d'ouvrir une enquête préliminaire sur les comptes de Jean-Luc MELENCHON, je n'ai pas à me prononcer dessus, il y a une séparation entre pouvoir politique et le pouvoir judiciaire, je sais qu'il a l'habitude et qu'il a la fascination des régimes un peu autoritaires où la justice est aux ordres du politique, ça n'est pas le cas dans notre pays.

AUDREY CRESPO-MARA
Et Marine LE PEN renchérit : on a l'impression que c'est à qui le tour dans l'opposition, on est tous attaqués…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, Marine LE PEN et Jean-Luc MELENCHON ont parfois la fascination, et la même fascination, pour des régimes très autoritaires.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre reproche fait à Emmanuel MACRON, celle de ne pas tenir sa promesse sur le glyphosate. Alors sa promesse, c'était de l'interdire au plus tard…

BENJAMIN GRIVEAUX
J'attends qu'on ne nous fasse pas de reproche, j'attends votre question où on le félicitera…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous êtes content d'être venu, d'interdire ce glyphosate au plus tard dans les trois ans. Or, l'interdiction dès 2021 n'a pas été inscrite dans la loi lundi. Alors, vous allez nous dire que ce n'est pas un renoncement…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais non, mais pour une raison très simple, Emmanuel MACRON, je veux juste reprendre, si vous me permettez, parce que cette histoire du glyphosate est emblématique, quand on est arrivé, le glyphosate, c'était renvoyé dans dix ans par les textes européens, nous sommes allés voir tous nos partenaires européens, on nous a dit : ce n'est même pas la peine d'aller les voir, ils ne bougeront pas, on a ramené le délai à cinq ans, on a divisé par deux, et le président de la République a dit : très bien, le texte, la règle communautaire, c'est cinq ans, moi, je souhaite qu'en France, on puisse mettre autour de la table les industriels, les chercheurs, l'INRA et permettre, eh bien, d'avancer et de faire ça en trois ans. Pourquoi est-ce qu'on n'a pas inscrit trois ans dans le texte ? Parce que, on aurait fait de la sur-transposition de droit communautaire, et on s'est engagé à arrêter de sur-transposer le droit communautaire…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais donc, ça veut dire qu'on ne le met pas dans la loi, qu'on n'oblige pas les industriels…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas dans la loi et ça n'empêche pas qu'on les fasse pour autant, quand vous mettez…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais quand on ne met pas dans la loi, on prend un risque que ça ne se fasse jamais…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, de la même manière, si les industriels ne s'y mettent pas, s'ils ne travaillent pas sincèrement, on peut aussi un peu fonctionner sur la confiance dans ce pays ; penser que, parce qu'on inscrit dans la loi, on va régler tous les problèmes, vous savez, si on avait réglé tous les problèmes qu'on avait inscrits dans la loi depuis trente ans, le pays irait beaucoup mieux et il n'aurait pas de problèmes. C'est donc sans doute que, parfois, il faut aussi faire confiance aux industriels, faire confiance à nos chercheurs, y mettre les moyens, y mettre les moyens budgétaires pour leur permettre de trouver des solutions alternatives au glyphosate. L'objectif, il est bien d'en terminer à un horizon trois ans.

AUDREY CRESPO-MARA
Et le lobby des fabricants et des agriculteurs qui veulent continuer à utiliser le glyphosate a pesé…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, 1°) : les lobbies, on est assez peu sensible à la pression que peuvent faire les lobbies, ils défendent les intérêts de leur profession, c'est parfaitement légitime, nous, on défend l'intérêt général et la santé publique.

AUDREY CRESPO-MARA
Et vous avez des nouvelles de Nicolas HULOT, il va bien, parce que, à force d'avaler des couleuvres…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il va très bien, Nicolas HULOT…

AUDREY CRESPO-MARA
Il va avoir une indigestion…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a participé hier au séminaire gouvernemental et il y a apporté sa part de vérité, d'humanité qui fait évidemment sa spécificité et son originalité.

AUDREY CRESPO-MARA
Un mot sur le Loto, aujourd'hui, Emmanuel MACRON va promouvoir le Loto du patrimoine, alors, en vente dès le 3 septembre, des tickets à gratter de 15 euros, le but, c'est de financer les chefs d'oeuvre et les monuments qui sont en péril. C'est un projet qui est porté par Stéphane BERN ; où comment faire des économies budgétaires ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Eh bien, non, puisque, sur le patrimoine, si vous regardez les montants on augmente, on a augmenté de 5 % l'argent qu'on va dédier à la préservation du patrimoine, c'est plutôt une formule originale de se dire : comment est-ce que, on peut engager au fond nos concitoyens dans la préservation du patrimoine, ça a été très frappant, quand on a dit : on va ouvrir deux plateformes numériques au ministère de la Culture, pour pouvoir que nos concitoyens nous disent : mais regardez ce petit patrimoine dans ce territoire rural, qui n'est peut-être pas identifié par les bâtiments nationaux et par la direction du patrimoine national, nous, on trouve que, il est remarquable, et du coup, ça nous a permis d'identifier beaucoup de choses. Et on s'est rendu compte d'une chose, c'est que nos concitoyens sont passionnés par le patrimoine, et nous nous sommes dit que l'organisation d'un Loto, pour une quinzaine ou une vingtaine de monuments qui ont particulièrement retenu l'attention de nos concitoyens, était une manière originale de les associer à la préservation d'un patrimoine, qui est notre patrimoine commun.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est la Journée mondiale sans tabac, vous fumez ou pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
J'ai longtemps eu ce défaut, et grâce à la petite application que j'ai téléchargée, Tabac info service, et d'autres applications existent, eh bien, j'ai arrêté de fumer depuis 38 jours. Je peux vous dire que c'est très difficile.

AUDREY CRESPO-MARA
Des patchs ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Patché…

AUDREY CRESPO-MARA
Cigarette électronique ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, pas de cigarette électronique, j'avais fait une première tentative d'arrêt avec, et ça ne s'était pas soldé de manière concluante, donc je suis patché, et j'ai le regard attentif de mes deux enfants…

AUDREY CRESPO-MARA
Sur le poids ? Ah, non, pardon…

BENJAMIN GRIVEAUX
De mes deux enfants, sur le poids aussi, je vous le confirme. Mais de mes deux enfants qui font une police absolue à la maison, ils sont petits, mais ils ont été assez décisifs, on a besoin d'être accompagné, c'est très difficile, c'est très difficile et c'est très important ; 73.000 morts par an, je le dis, les bons chiffres, là, un million de Français ont arrêté de fumer, c'est une très bonne nouvelle, c'est une saleté, et il faut s'en débarrasser.

AUDREY CRESPO-MARA
Tous les matins, je pose une question récurrente, la question off, mais devant la caméra. C'est off, entre nous…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'y a pas de caméra ?

AUDREY CRESPO-MARA
Non.

BENJAMIN GRIVEAUX
Parfait.

AUDREY CRESPO-MARA
Porte-parole du gouvernement, vous espérez mieux d'ici à combien de temps ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est un formidable job, c'est une formidable mission parce que c'est la mission qui me permet de bosser avec tous mes collègues du gouvernement et donc moi, j'y suis concentré et j'y consacre 100 % de mon temps.

AUDREY CRESPO-MARA
Bon, merci beaucoup Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 juin 2018

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