Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à BFM TV RMC le 31 mai 2018, sur la consultation au sujet de la réforme des retraites et la mise en oeuvre d'aides sociales "efficaces et justes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à BFM TV RMC le 31 mai 2018, sur la consultation au sujet de la réforme des retraites et la mise en oeuvre d'aides sociales "efficaces et justes".

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité, Christophe CASTANER, bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, je rappelle que vous êtes délégué général de La République en marche, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargé des relations avec le Parlement, le Parlement, Assemblée nationale, Sénat. Grande consultation lancée à partir d'aujourd'hui sur la réforme des retraites, projet de loi pour quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Nous sommes dans le calendrier qu'avait posé le candidat président de la République Emmanuel MACRON pendant la campagne, et nous sommes sur les objectifs de plus d'égalité dans notre système de retraite. Une consultation qui va durer 1 an, avec différentes phases, et un projet de loi qui pourrait être présenté au milieu de l'année 2019.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au milieu de l'année 2019, dans 1 an quoi, au printemps…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, un calendrier qui n'est pas précisé aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, printemps 2019 à peu près !

CHRISTOPHE CASTANER
Nous souhaitons, sous l'autorité de monsieur DELEVOYE, prendre le temps de la discussion, des échanges.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, là vous prenez le temps parce que la réforme est une réforme qui va faire bouger beaucoup de choses.

CHRISTOPHE CASTANER
Et c'était le calendrier proposé par Emmanuel MACRON…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais, il a proposé une retraite par points.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, et même dans ce calendrier-là, l'idée de prendre le temps d'une consultation et d'une mise en oeuvre sur une dizaine d'années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Retraite par points ça veut dire quoi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça veut dire que chaque personne qui travaille, qui cotise, doit avoir les mêmes droits en fonction d'1 euro cotisé, or aujourd'hui on a un système qui ne permet pas la même chose, qui permet à certains d'avoir des droits qui sont augmentés très fortement par rapport à d'autres. Ce n'est pas un système qui est juste, et surtout ce n'est pas un système qui est fiable, et viable. La réalité c'est qu'à une époque vous aviez 1 retraité pour 3,7 travailleurs, aujourd'hui l'écart s'est fortement réduit, vous avez 1,7 travailleurs qui cotisent et qui payent pour la retraite d'1 personne, donc on sait bien que ce système va dans le mur, il faut poser à plat, il faut plus de justice, plus d'équité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une quarantaine de régimes spéciaux qui vont disparaître, évidemment, avec ce système…

CHRISTOPHE CASTANER
Pas tous, parce qu'il faut reconnaître qu'il y a des métiers spécifiques, prenez par exemple un militaire, il a des droits particuliers à la retraite parce que son métier est spécifique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y a des régimes spéciaux qui ne disparaîtront pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Dans la discussion il est proposé aussi de reconnaître des particularités ou des pénibilités, il y a des pénibilités dans le travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les cheminots ?

CHRISTOPHE CASTANER
Tout doit être dans la discussion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon d'accord. Et ceux qui ont des carrières précaires…

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne vous annonce rien, mais je rappelle le principe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ceux qui ont des carrières précaires, par exemple le chômeur, la personne handicapée, celui ou celle qui s'arrête de travailler pour avoir des enfants ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien il sera normal que nous prenions en compte ces réalités-là aussi, vous avez raison, c'est une excellente question. On n'est plus aujourd'hui dans des carrières linéaires où on rentrait dans une entreprise à 20 ans, on la quittait à 60 ans, et donc il faut prendre en compte tous ces accidents de parcours, ou ces choix, y compris d'aller vers une formation. On a besoin d'investir massivement dans la formation, nous le faisons, c'est notre actualité aussi, notre transformation de l'action gouvernementale, il faut prendre en compte cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous ai vu dans l'Eure-et-Loir, je vous vois sillonner la France un peu partout, Christophe CASTANER, je suis sûr que vous entendez Emmanuel MACRON président des riches, des supers riches, vous entendez ça sans arrêt.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, mais ce n'est pas l'essentiel de ce que j'entends.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais enfin ce sentiment il est ancré quand même dans la population française, une grande partie de la population.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, la plupart des gens que je rencontre me disent plutôt continuez, ne lâchez rien. Alors, peut-être qu'ils sont intimidés par moi, je serai à Sète…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils viennent à vous parce que ce sont des sympathisants aussi.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, pas seulement. Vous savez, l'opération dont vous parlez, dans l'Eure-et-Loir, j'ai été trois jours dans ce département, partout, sans presse, sans préfet, sans garde-du-corps, sécurité, etc., parce que je voulais vraiment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu quelques images tout à l'heure sur RMC Découvertes.

CHRISTOPHE CASTANER
J'avais mon équipe qui m'a accompagné et qui a filmé, j'ai voulu en faire un film pour rendre compte, mais du coup j'ai voulu que ce soit le plus libre possible pour avoir une parole libre. Je vais vous prendre un exemple. J'étais à Dreux, j'ai rencontré des chômeurs, si je les avais rencontrés avec toutes les autorités qui accompagnent un ministre, ils ne m'auraient pas parlé librement comme ils m'ont parlé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez entendu ça quand même !

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les inégalités.

CHRISTOPHE CASTANER
Je l'entends, mais surtout je le lis beaucoup, ou je l'entends beaucoup à la télé, plus que sur le terrain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus que sur le terrain, ah oui, mais il faut faire des économies, il faut que l'Etat fasse des économies, on est bien d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça ce n'est pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réduire la dépense publique.

CHRISTOPHE CASTANER
Ce n'est pas un gros mot de vouloir réduire la dépense publique, mais ça ne peut pas être une finalité en soi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, comment réduire la dépense publique ? Entre autres en réduisant certaines aides sociales, ou en rassemblant certaines aides sociales. Il y a foisonnement d'aides sociales aujourd'hui, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Monsieur BOURDIN, vous posez bien les questions, mais là vous la posez mal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que là l'objectif n'est pas de commencer par dire il faut faire des économies sur les aides sociales. L'objectif est de savoir si cette mobilisation extrêmement forte, et en France on est sur un des plus hauts niveaux de toute l'Europe d'aides sociales au sens large, est efficace et juste aujourd'hui. Non. En 10 ans le nombre de bénéficiaires, je dis bien bénéficiaires, du RSA, et ce n'est pas un reproche que de dire cela, a été multiplié par 10, ça veut dire que nous avons un anomalie – a été augmenté de 50 %, pardon, en 10 ans – ça veut dire que nous avons aujourd'hui une anomalie dans notre système, parce qu'il y a des gens qu'on aide par l'allocation, moi je préfère aider par l'investissement, je préfère les accompagner, je préfère leur donner la main pour les amener vers une formation et les ramener vers ce qui doit être l'essentiel, le travail. Et donc il faut expertiser tout cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour cela que la prime d'activité va changer, va être modifiée.

CHRISTOPHE CASTANER
Si la prime d'activité, qui visait justement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle sera peut-être limitée dans le temps, ou elle sera peut-être associée à une obligation de formation.

CHRISTOPHE CASTANER
Ce que nous voulons c'est qu'elle soit plus efficace. La prime d'activité elle a été mise en oeuvre pour sortir du chômage et aller vers le travail, parce que quelquefois vous « perdiez » un certain nombre d'avantages en allant vers le travail, c'était une sorte de passerelle pour aller vers le travail, elle marche quelquefois très bien et quelquefois elle ne marche pas, eh bien assumons-le, faisons un diagnostic, mais n'ayons pas comme objectif de faire des économies, soyons efficaces.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut faire des économies, alors vous allez en faire ailleurs.

CHRISTOPHE CASTANER
Il faut faire des économies sur le budget de l'Etat, il faut dépenser moins, il ne faut pas commencer à traiter des sujets avec cet objectif rentable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez supprimer le crédit impôt recherche pour les très grands groupes ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, le crédit impôt recherche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour les très grands groupes, pour les grands groupes !

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, les grands groupes, entre nous, c'est rarement l'artisan du coin qui bénéficie du crédit impôt recherche, c'est un des éléments d'attractivité. Tous les ans on en discute au moment de la loi de Finances, j'ai été parlementaire pendant 5 ans, et chaque fois les entreprises nous disent « c'est un des plus grands éléments d'attractivité pour notre économie en France. » Donc priorité à l'investissement dans nos entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de suppression ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y aura des discussions budgétaires, mais le président de la République s'est engagé sur le maintien du crédit impôt recherche, parce qu'il conforte notre économie française, et donc nos emplois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les allocations familiales en fonction des revenus, vous êtes favorable à cela ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord il y a eu des petites modifications qui ont été faites dans la mandature précédente, je les ai votées, donc je vais être cohérent. Je pense effectivement que, toucher 100 euros quand vous avez 10.000 euros de revenu mensuel n'a pas la même importance que 100 euros quand vous avez 1500.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ce sera l'une des réformes engagées ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je ne vous l'annonce pas, je sais que c'est une discussion ouverte au Parlement, de la part du groupe que je…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et même au sein du gouvernement, parce que tout le monde n'est pas d'accord.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, il y a un vrai débat, cette discussion elle est ouverte, elle n'est pas tranchée, elle n'est pas, je pense, d'actualité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors comment allez-vous faire pour faire des économies ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a plein de sujets sur lesquels on peut faire des économies, y compris sur le fonctionnement de l'Etat, sur la numérisation des moyens de l'Etat, qui doivent vous permettre d'être plus efficace en dépensant moins d'argent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que les inégalités sont là, elles sont criantes, beaucoup les soulignent. Vous entendez tous les, enfin les cadeaux, pas cadeaux, je ne sais pas quels mots on doit employer, la suppression de l'ISF, la taxe, enfin la taxation plafonnée à 30 % sur les revenus du capital, enfin ça fait beaucoup d'argent ça, avec une évasion fiscale qui se poursuit, contre laquelle on lutte peu, vous savez que c'est mon dada, parce que je pense qu'il y a des milliards à trouver si on lutte mieux contre l'évasion fiscale, vous êtes d'accord avec moi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, d'ailleurs on fait une loi sur la fraude fiscale, qui reviendra en discussion pour une adoption définitive, je l'espère, avant cet été, elle a été présentée par Gérald DARMANIN, elle vise cela, parce que toute fraude, quelle qu'elle soit, est un scandale démocratique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous parle d'évasion.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais la fraude fiscale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas tout à fait pareil !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, l'évasion c'est une forme de fraude fiscale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evasion fiscale, notamment dans des pays européens qui sont des paradis fiscaux, mais on n'ose pas le dire, vous n'osez pas le dire.

CHRISTOPHE CASTANER
Ah non, on ose le dire, le seul débat est sur le chiffre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, le Luxembourg, l'Irlande, ce sont des paradis fiscaux ?

CHRISTOPHE CASTANER
On fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ce sont des paradis fiscaux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que juridiquement la fraude, je parle de fraude, c'est une infraction pénale, par contre des grandes entreprises jouent sur l'optimisation fiscale, en choisissant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'évasion.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, c'est de l'évasion, et donc oui il faut lutter contre cela, oui il faut évidemment faire en sorte que chaque impôt qui doit être payé en Europe, pour les GAFA, chaque impôt qui doit être payé en France, pour les entreprises qui ont une activité en France, doivent être payés en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous diriez la même chose que Gérard COLLOMB sur les migrants, je cite, « les migrants font du benchmarking » - étude de marché – « pour regarder les législations à travers l'Europe, qui sont, on va dire les plus fragiles, telle nationalité se dirige plutôt vers tel pays » ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, les filières sont organisées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une réalité ça ?

CHRISTOPHE CASTANER
Les filières sont organisées par des gens qui vont jusqu'à donner à des jeunes mineurs, que je vois débarquer dans ma commune, à Forcalquier, avec une petite carte, un petit mot, un plan sur l'endroit où il faut aller. Donc, évidemment, il ne faut pas prendre les migrants pour des imbéciles, il ne faut pas prendre non plus ceux qui organisent ces filières pour des imbéciles, et ce débat qui, depuis hier, se déroule en disant « Mon Dieu, c'est une insulte que d'utiliser ce mot benchmark », c'est-à-dire comparer la possibilité où vous avez le plus de chance d'avoir des papiers, c'est une évidence. C'est une évidence que les passeurs, que les migrants, se parlent entre eux, et qu'effectivement on sait bien qu'il ne faut pas faire un appel d'air, parce que sinon, si on dit « en France il n'y a pas de souci pour avoir ses papiers », vous verrez que le migrant viendra plutôt en France. Pourquoi aujourd'hui ils veulent tous aller en Angleterre, l'image de l'Angleterre, qui aujourd'hui ne correspond plus à la réalité ? C'était tout simplement parce qu'à une époque un migrant, un réfugié, quel que soit son statut, qui arrivait à passer en Angleterre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Etait guidé par des passeurs et…

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que quand il arrivait à passer en Angleterre c'était plus facile d'avoir un travail, plus facile d'avoir des papiers. Et donc, oui, ça peut générer un appel d'air, c'est pour ça qu'il nous faut être beaucoup plus justes et accueillants pour les réfugiés, c'est-à-dire ces femmes et ces hommes qui fuient la guerre, qui fuient la mort, et il faut savoir être ferme et appliquer les décisions de justice pour les migrants économiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a débat, je le sais, au sein de La République en marche, autour de la loi Agriculture et Alimentation qui a été votée hier, il y a eu gros débat, gros débat, j'ai reçu Matthieu ORPHELIN, on a entendu d'autres députés La République en marche qui ne sont pas contents, et notamment à propos du glyphosate. C'est une promesse du président de la République qui n'est pas tenue. Est-ce qu'elle est tenue, est-ce qu'elle sera tenue ?

CHRISTOPHE CASTANER
Un mot d'abord, non pas pour rappeler l'essentiel, parce qu'il faudrait plus d'infos, mais cette loi est une loi qui transforme en profondeur la construction du prix, pour le prix agricole, qui transforme en profondeur la qualité sanitaire, environnementale, et d'autres sujets, mais, il y a eu un débat, et vous avez raison, sur le glyphosate. L'objectif est simple, le président de la République l'a fixé, que dans 3 ans il n'y ait plus d'usage du glyphosate. Le ministre Stéphane TRAVERT a fait le pari de la confiance avec les organisations professionnelles, qui ont mis en place un plan d'action pour sortir du glyphosate dans les 3 ans, il a fait le choix de la confiance, d'autres ont proposé d'inscrire noir sur blanc dans la loi l'interdiction en disant « ce n'est pas la peine, on ne fait pas confiance. » Moi je comprends que Stéphane TRAVERT ait fait confiance, mais la confiance n'exclut pas le contrôle, et donc moi je fais une proposition simple comme délégué général de La République en marche, comme référent des parlementaires, parce que j'ai entendu Matthieu ORPHELIN, parce que j'ai entendu Nicolas HULOT et qu'il faut aussi rassurer les Français qui doutent sur ce sujet-là. Je souhaite que nous mettions en place un groupe de travail qui va surveiller justement l'opérationnalité des propositions, mais en même temps je pense qu'il faut annoncer tout de suite que si à l'échéance de 24 mois, de 18 mois, il n'y a pas d'avancée supplémentaire, je pousserai, je soutiendrai, les députés de La République en marche, pour déposer une proposition de loi, qui écriront dans la loi l'interdiction à 3 ans. Donc, je fais un pari simple, avec Stéphane TRAVERT, celui de la confiance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc sous surveillance, si j'ai bien compris.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, je place la confiance sous surveillance, et je l'annonce, il y aura une proposition de loi qui mettra en oeuvre l'engagement présidentiel, parce que nous sommes d'accord pour que l'engagement présidentiel de sortie du glyphosate soit atteint d'ici 3 ans. L'objectif est simple : qu'il n'y ait plus dans nos assiettes, dans notre alimentation en général, de traces de glyphosate, parce qu'il y a un doute sur la santé, lié à cela. C'est un engagement clair pour rassurer les Français et pour entendre aussi ce doute exprimé notamment par Nicolas HULOT.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, il y a eu d'autres doutes, d'autres reculs pardon, vidéosurveillance obligatoire dans les abattoirs, c'était une promesse du président de la République, qui n'est pas tenue…

CHRISTOPHE CASTANER
Nous la mettons en oeuvre pendant 2 ans, de façon expérimentale, avec la volonté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, expérimentale.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais parce que, vous savez, il ne faut pas non plus ne pas faire confiance. Moi je fais confiance à la plupart des hommes, pour l'essentiel ce sont des hommes, qui bossent dans les abattoirs. C'est un métier extrêmement difficile. Il y a eu des abus, il y en a encore, il faut effectivement les surveiller, et donc on met en place l'expérimentation, et dans 2 ans on l'étendra à tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai regardé de près. Pas d'interdiction des épandages à proximité des lieux de vie, pas d'interdiction des publicités pour les produits trop gras, trop sucrés, trop salés. Pas d'étiquetage nutritionnel avec code couleurs dans les pubs. Pas de suppression des contenants plastique dans les cantines. Ce sont des reculs tout ça, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, d'abord parce qu'ils n'étaient pas dans la loi. Vous savez, c'est une loi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ? Ce sont des combats pour préserver la vie de nos enfants.

CHRISTOPHE CASTANER
Monsieur BOURDIN, cette loi a d'abord triplé de volume entre son entrée à l'Assemblée, comme quoi il y a beaucoup de choses qui ont été acceptées et on peut faire l'information aussi par exemple sur l'interdiction des néonicotinoïdes. Je sais que ça fait partie de vos combats et c'est un combat commun que nous avons tous les deux. J'étais maire d'une commune, Forcalquier, qui était la première commune de France à interdire deux néonicotinoïdes à l'époque, le Gaucho et le Régent. Je suis très conscient de cela. Nous avons interdit les néonicotinoïdes, de même pour les phytosanitaires. Nous avons interdit que les agriculteurs aient à la fois la même personne qui les conseille et qui leur vende. Vous avez évoquez tout à l'heure l'automobile, vous voyez que des fois il peut y avoir des liens qui posent problème. Là, en l'espèce, on a séparé les deux activités. Ça a fait râler. Donc il y a toute une série d'avancées. Et ensuite, il y a des débats sur lesquels il faut travailler avec la profession.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A propos de l'automobile, oui, tout à l'heure nous avons révélé sur RMC que les grands constructeurs français avaient mis au point un logiciel pour vendre les pièces détachées quinze pour cent plus cher. Une enquête est indispensable ? Vous allez demander une enquête si c'est confirmé cela ? Enquête parlementaire par exemple ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne doute pas de la qualité du travail des journalistes sur l'étude que vous avez présentée et donc si ces faits sont avérés, il y aura évidemment une enquête. Je crois même qu'il y a une dimension européenne à l'affaire qui va être relevée dans les jours qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est cela.

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a une autorité de la concurrence, elle devra être saisie évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Christophe CASTANER, revenons à la chasse. Ce matin, nous avions l'un des députés en charge du dossier. Alors il nous annonçait, et vous allez nous le confirmer, il y a une réforme de la chasse qui est engagée par le président de la République, voulue par le président de la République. La première idée, c'est de rendre le permis de chasse universel en France, je veux dire par-là même prix pour tout le monde. C'est cela ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, réaffirmons – c'est mon sentiment – que la chasse fait partie de nos cultures traditionnelles et qu'il ne faut pas caricaturer ce qu'est la chasse avec des viandards d'un côté. La chasse est un régulateur. Dans le Sud de la France, l'omniprésence du sanglier est dévastatrice pour l'agriculture et on ne sort pas d'une loi sur l'alimentation sans penser aussi à cela. Donc il ne faut pas chercher à polémiquer pour polémiquer : la chasse fait partie des éléments importants de notre culture, de notre tradition et même de certains équilibres cynégétiques. Ensuite, il faut effectivement plus de transparence, plus de justice, plus d'équité sur le territoire. Il est normal que le prix du permis de chasse soit le même partout. Il est normal qu'on puisse vérifier régulièrement, tous les dix ans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc tous les dix ans, il y aura une remise en cause de son permis de chasse. On sera obligé de repasser son permis, un examen, tous les dix ans.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est la proposition sur laquelle nous allons travailler. Aujourd'hui, le texte n'est pas écrit, il n'est pas présenté mais c'est la proposition…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous défendez ces deux…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, parce que je pense que cette vérification de la capacité à être un chasseur est utile. Il ne faut pas que ce soit un problème financier non plus parce que la chasse est pratiquée par beaucoup de gens qui ont peu de revenus, mais par contre je pense qu'il est nécessaire de pouvoir contrôler régulièrement. Manipuler une arme de chasse… Je parlais du gros gibier, du sanglier : vous tirez à balle sur le sanglier. Bien, manipuler une arme de chasse implique aussi cette vérification-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Christophe CASTANER, il y a un autre sujet qui va venir sur le tapis puisque le comité national d'éthique va se prononcer la semaine prochaine. Il s'agit de la légalisation de la PMA pour toutes les femmes. Si je vous en parle, c'est parce qu'une cinquantaine de députés La République en Marche, vos députés, demandent cette légalisation de la PMA pour toutes les femmes. Vous êtes d'accord ? Vous approuvez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Pour ce qui me concerne et pour ce qui concerne le délégué général de La République en Marche, la réponse est oui. J'approuve parce que je pense qu'il est nécessaire aujourd'hui de reconnaître ce droit à la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes par exemple qui le souhaitent, pour les femmes célibataires. Aujourd'hui, on a un système parallèle qui est organisé avec des pays voisins. C'était aussi un souhait du président de la République pendant la campagne donc je me sens parfaitement à l'aise dans ma réponse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, dernière chose, dernier sujet, gros sujet, énorme sujet : la loi ELAN qui est à l'Assemblée nationale, examinée à l'Assemblée nationale. Objectif, accélérer la construction de logements. Alors elle est extrêmement riche, cette loi ELAN. 3 160 amendements, je crois. Vous allez travailler tout le week-end non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je le crains, oui. Il y aura au moins ce week-end. D'abord les amendements, ça c'est le travail des parlementaires. La loi était déjà riche parce que c'est une loi qui est une loi d'objectif : celle de simplifier la construction, d'améliorer, de faire un choc d'offres, de simplifier la vie, de faire baisser les prix partout où il y a des tensions mais aussi pour faire baisser le prix de la construction quand ce n'est pas nécessaire de rajouter des normes. Parce que dans ce pays, on a toujours sur-rajouté des normes. Mais ce que je veux dire, c'est qu'ensuite il y a le débat parlementaire et qu'effectivement, je vous l'ai dit pour la loi Alimentation : elle a triplé de volume dans le débat parlementaire ; ce n'est pas toujours la meilleure chose. C'est-à-dire que quelquefois, avec de bons objectifs, d'abord on peut dénaturer le texte, tuer les équilibres de la discussion qui eut lieu en amont et puis ensuite, on peut laisser penser qu'on passe à côté de l'essentiel. On a pris l'exemple du glyphosate, on en a beaucoup parlé, et peut-être qu'on aurait pu parler plus de cette question du juste prix pour les agriculteurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On en a beaucoup parlé ici, je peux vous dire. On a défendu d'ailleurs cette idée d'inverser le système de fixation des prix. J'ai une dernière question qui est d'un auditeur : les députés et sénateurs auront-ils les mêmes retraites que les autres ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, pour ce qui concerne les députés, c'est déjà le cas. Les sénateurs ensuite, le gouvernement n'a pas à s'immiscer mais les députés, sous l'autorité du président RUGY, ont déjà pris cette décision et auront déjà le même système de retraite. Et je pense, et j'invite, le Sénat à appliquer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans la réforme.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous aurez une retraite par points ? Dites-moi. Comment allez-vous faire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Les ministres ont une retraite de droit commun, c'est déjà le cas. On est au régime général de tous les Français, mais il y a une vraie indépendance des chambres, de l'Assemblée nationale et du Sénat. L'Assemblée nationale a pris les choses en main. J'invite, mais évidemment ce n'est pas le secrétaire d'Etat aux Relations au Parlement, j'invite le Sénat à aller sur ce chemin-là. Je pense que les Français l'attendent mais il y a une indépendance des chambres et il appartient à chacune des chambres de le décider. Je note que sous l'autorité du président RUGY, c'est en place aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci, Christophe CASTANER, d'être venu nous voir ce matin.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 juin 2018

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