Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Cnews le 1er juin 2018, sur la décision des Etats-Unis de taxer l'aluminium et l'acier en provenance de l'Union européenne, la réduction de l'aide de l'Europe aux agriculteurs, la loi alimentation, le glyphosate et sur la consommation excessive de sucre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Cnews le 1er juin 2018, sur la décision des Etats-Unis de taxer l'aluminium et l'acier en provenance de l'Union européenne, la réduction de l'aide de l'Europe aux agriculteurs, la loi alimentation, le glyphosate et sur la consommation excessive de sucre.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voici peut-être le jour de la riposte de l'Europe à monsieur Donald TRUMP. Bienvenue Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour, merci d'être avec nous. Donc dès aujourd'hui, Donald TRUMP frappe l'importation de produits qui viennent de l'Europe, c'est-à-dire d'abord l'acier plus 25 % et l'aluminium plus 10 %. Ce sont donc les premiers tirs de ce qu'on peut appeler le début de la guerre commerciale.

STEPHANE TRAVERT
Oui, c'est une décision unilatérale injustifiée, injustifiable et totalement dangereuse pour notre industrie, qui peut remettre en cause beaucoup d'emplois sur le territoire français. Et nous n'allons pas rester sans rien faire, nous n'allons pas rester inactifs, dès aujourd'hui de l'Union européenne, la Commission européenne va s'engager pour regarder comment nous pouvons ensemble trouver des solutions et faire en sorte que cette situation, cette guerre commerciale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quelle dissuasion avons-nous vis-à-vis de Donald TRUMP qui ne respectent rien, personne, même pas ses alliés ?

STEPHANE TRAVERT
Même pas ses alliés effectivement, mais il y a des mesures qui peuvent être prises sur un certain nombre de produits américains…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple ?

STEPHANE TRAVERT
Les produits textiles, on parle aussi des motos, de certains spiritueux. Regardez ce que la France exporte vers les Etats-Unis en matière de vins et spiritueux, nous avons aussi la capacité à pouvoir je dirais axer une prime particulière…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais lui, quels types de produits qui pourraient déstabiliser ou affecter l'économie américaine de la part de l'Europe et de la France, , est-ce qu'il y en a ?

STEPHANE TRAVERT
Il y en a et il faudra… mais sur l'automobile par exemple, ça peut être un sujet, ça peut être sur des produits des productions alimentaires qui viennent aussi sur le territoire européen.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président de la République a jugé très vite hier soir ce que Monsieur TRUMP a décidé, je crois que même ils ont eu une communication téléphonique, la réponse d'Emmanuel MACRON on va la réécoutez, on peut dire qu'elle est sèche.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Cette décision n'est pas conforme au coup droit commercial international auquel et les Etats-Unis et la France et l'Europe ont souscrit. Donc elle est illégale, c'est pour ça que comme elle est illégale, nous allons porter les recours et nous allons apporter des réponses. Le nationalisme c'est la guerre, comme disait François MITTERRAND dans son dernier discours au Parlement européen, le nationalisme économique il mène à la guerre, c'est exactement ce qui s'est passé dans les années 30.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et partout, le nationalisme c'est en train de gagner, il progresse avec sa sinistre perspective comme le disait autrefois François MITTERRAND et là, Emmanuel MACRON.

STEPHANE TRAVERT
C'est exactement ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais l'Union européenne, elle est en ce moment Monsieur ministre gagnée, rongée par le protectionnisme et le populisme. Regardez ce qui s'est passé encore en Italie, est-ce qu'on est sûr – quand vous dites Bruxelles va réagir – qu'il y a là une unité ou une uniformité des positions ?

STEPHANE TRAVERT
Il va falloir aller la chercher cette unité. Et la France, elle est unitaire pour 2 dans un dossier comme celui-là, parce que la France est un pôle… c'est un pôle de stabilité. Et donc nous devons aussi faire en sorte qu'avec nos partenaires européens, nous puissions avoir des réponses graduées et des réponses fermes vis-à-vis de la décision qui a été prise par les Etats-Unis.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si vous permettez, est-ce qu'on peut être ferme, est-ce que la riposte n'est pas forcément limitée, parce que chaque pays est en train de… va chercher à défendre son économie, sa croissance, ses emplois, son commerce. Par exemple, vous avez parlé du commerce avec les Etats-Unis, est-ce qu'il est vrai que nous exportons vers les Etats-Unis 61 milliards par an ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr, bien sûr, ce sont des exportations qui sont très importantes de produit de recherche, de produits de l'industrie métallurgique, c'est des produits agricoles aussi beaucoup, les vins et les spiritueux notamment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les fromages.

STEPHANE TRAVERT
Les fromages. Et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien les vins et spiritueux, le Cognac ?

STEPHANE TRAVERT
Mais c'est 11 milliards d'excédents dans la balance commerciale, c'est quand même quelque chose d'éminemment important. Et cette décision incompréhensible des Etats-Unis peut amener à conduire des entreprises françaises à être demain en difficulté. Et bien évidemment ce n'est pas d'aujourd'hui, alors qu'on cherche à remettre notre économie en mouvement, alors qu'on cherche à faire en sorte que notre économie puisse travailler et déboucher sur de nouveaux marchés, cette situation n'est pas acceptable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc le président américain faiblit, il s'en fiche mais il affaiblit ses alliés et en même temps, on se demande comment lui faire confiance. Mais quand vous dites 61 milliards d'exportation vers les Etats-Unis, c'est-à-dire qu'il ne peut pas y avoir d'escalade, parce qu'il pouvait encore avoir des représailles à nos représailles.

STEPHANE TRAVERT
Il pourrait avoir des représailles bien évidemment, mais là

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et là, il nous affecterait encore plus.

STEPHANE TRAVERT
D'où l'idée – et c'est ce que le président de la République a souhaité avec la Chine, avec le Japon – c'est réguler, transformer l'OMC pour que le gendarme du commerce quelque part puisse avoir un véritable rôle de régulateur et un véritable rôle de gendarme du commerce, dont nous avons besoin pour éviter ce genre de situation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais vous dites « il faut réorganiser l'OMC, il faut du temps etc., et le recours à l'OMC monsieur TRUMP s'en fiche, il a dit à plusieurs reprises qu'il méprisait l'OMC. Il a une autre conception qui est lui unilatéraliste peut-être du commerce mondial.

STEPHANE TRAVERT
Mais c'est sur ces bases qu'il a été élu aux Etats-Unis, mais nous avons une autre approche. Nous avons une approche multilatéraliste, une approche qui doit faire en sorte que c'est autour de l'Europe et avec…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, de l'Europe.

STEPHANE TRAVERT
Un véritable projet qui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans ce monde transatlantique délabré et où on voit qu'on va vers le chacun pour soi, ça peut être une chance pour l'Europe. Or aujourd'hui, Bruxelles va annoncer qu'on va réduire les aides de l'Europe aux agriculteurs, avec des conséquences sur leurs revenus et leur avenir. C'est Phil HOGAN, votre ami le commissaire européen de l'Agriculture qui va détailler la réduction d'au moins 5 % du budget de la PAC, 5 % à partir de 2021 jusqu'à 2027, c'est-à-dire ça va suivre le Brexit. Et les agriculteurs français vont être effectivement touchés !

STEPHANE TRAVERT
Oui, ils vont être pénalisés et aujourd'hui, l'agriculture française et l'agriculture européenne n'a pas à être le parent pauvre des politiques européennes ; et n'a pas à subir des politiques comme le Brexit. Je comprends qu'il y ait des nouvelles politiques à financer, mais nous ne devons pas être la variable d'ajustement. Et c'est pourquoi nous avons cherché dès le départ, dès que les nouvelles orientations de la PAC ont été proposées, les orientations législatives, nous avons décidé de dire que cela n'était pas de bonnes mesures, que c'était injustifié là aussi, que c'était des baisses drastiques, aveugles, violentes quelque part pour nos agriculteurs. Et au moment où on demande à nos agriculteurs de faire des efforts sur un certain nombre de sujets, au moment où on travaille sur un projet de loi qui permet de redonner du revenu aux agriculteurs, on vient ponctionner ces aides européennes qui mettent en danger la viabilité même des exploitations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour illustrer ce que vous dites Monsieur le ministre, il faut donner peut-être quelque chiffres. La quote-part du Royaume-Uni chaque année c'était 10 milliards, s'ils s'en vont 10 milliards sur 6 ans ça fait 60 milliards. Il ne faut pas que ce soit les agriculteurs français qui en fassent…

STEPHANE TRAVERT
Exactement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les frais…

STEPHANE TRAVERT
Variable d'ajustement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà ! Nous donnons 20 milliards par an sur le budget de la Communauté européenne et la PAC ; et on nous restitue à peu près 10 milliards.

STEPHANE TRAVERT
10 milliards, c'est ça, c'est à peu près ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si sur 5 ans, ils piquent 5 milliards du budget de la PAC, c'est des conséquences terribles pour les agriculteurs ?

STEPHANE TRAVERT
Ce sont des conséquences terribles qui affectent directement le revenu des agriculteurs. Et c'est pourquoi nous avons souhaité travailler avec des partenaires et nous avons créé un groupe dit « le groupe de Madrid ». Nous étions hier à Madrid pour présenter un mémorandum, un texte qui servira de base pour redemander un budget qui soit conforme à ce qu'il doit être, c'est-à-dire revenir sur les bases de l'actuel budget.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, j'ai vu qu'à Madrid vous étiez 5, on va les citer avec vous : l'Espagne, le Portugal, l'Irlande, la Finlande, la Grèce, 5 alliés. Mais l'Europe c'est 27, 28 !

STEPHANE TRAVERT
C'est 27, 28 mais justement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment vous allez les séduire ?

STEPHANE TRAVERT
Eh bien ! Il va falloir continuer à travailler, nous avons commencé avec d'autres Etats membres qui ne pouvaient pas être là. Mais nous avons un Conseil européen formel lundi et mardi à Sofia en Bulgarie ; et nous allons essayer d'aller les convaincre. Nous devons aller chercher nos partenaires un par un. Mais je voudrais quand même faire remarquer que sur la photo d'hier, lorsque vous regardez les pays qui étaient présents, c'est une photo qui est assez rare parce qu'il est assez rare de retrouver sur… défendre la PAC des pays du Nord, pays du Sud et des pays de l'Ouest comme la France et l'Espagne. Ça reprend tout le périmètre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un petit noyau qui peut aller vers l'unité ?

STEPHANE TRAVERT
Et donc, nous devons travailler avec nos autres partenaires, mais il y a des partenaires qui sont dans une certaine fragilité et nous devons en tenir compte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le début d'une longue négociation, on imagine les élections européennes en 2019 avec ce problème-là qui menace tous les agriculteurs de l'Europe, on verrait les dégâts. Si cette négociation ne marche pas, est-ce que Paris peut accepter un financement national de l'agriculture ?

STEPHANE TRAVERT
Mais nous l'avons toujours dit, sur le premier pilier nous ne souhaitons pas qu'il y ait de cofinancement. C'est notre ligne rouge et nous allons continuer à défendre cette ligne rouge. Le premier pilier de la PAC, les aides directes c'est une politique européenne. Il y a les cofinancements sur le deuxième pilier pour le développement rural, le travail avec les régions, nous devons travailler ensemble là-dessus. Mais pas de cofinancement sur les aides du premier pilier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là, la France peut faire cocorico mais à un moment, est-ce qu'elle peut empêcher une évolution, une transformation de la PAC, est-ce que ce n'est pas inéluctable, parce qu'on se comporte comme si on était toujours avec énormément d'exploitants agricoles alors que ça évolue. Jusqu'à l'éternité on ne peut pas percevoir les mêmes sommes !

STEPHANE TRAVERT
Mais l'agriculture, c'est une richesse française et aujourd'hui, ça ne veut pas dire que… si on demande à ce que l'on puisse maintenir le budget de la PAC à l'état actuel, ce n'est pas pour ça qu'il ne faut pas changer la PAC. Et la PAC nous voulons la changer, nous voulons lui donner plus de filets de sécurité, plus de lisibilité, plus de simplicité même dans son application, faire en sorte qu'il y ait une vraie épargne de crise qui puisse être déclenchée lorsqu'il y a besoin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et c'est le président de la République avec d'autres Européens qui vient expliquer que pour le 22ème siècle, il ne faut pas oublier la défense, l'immigration, la sécurité…

STEPHANE TRAVERT
Le changement climatique, tous ces éléments qui sont très importants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, d'accord mais où trouver l'argent, à qui le prendre ?

STEPHANE TRAVERT
C'est une discussion qui doit avoir lieu entre tous les partenaires : où sont fixées les priorités, est-ce que l'agriculture est encore une priorité en Europe ? Moi je dis oui par rapport à l'enjeu que porte l'agriculture aujourd'hui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La France ou le président, qui veut peut-être être le président des villes et des campagnes, est-ce que vous allez vous battre pour le maintien à peu près au même niveau de la PAC pour les agriculteurs français ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr, c'est ce pourquoi nous nous sommes réunis hier à Madrid.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a autre chose, les agriculteurs ressentent une pression par exemple avec… il y a eu la loi de l'alimentation qui a été votée, qui a été un peu critiquée, on va le voir tout à l'heure. Votre loi, elle a donné satisfaction mais elle crée aussi des mécontentements chez eux parce qu'ils disent : il y a trop de contraintes et trop de charges. Et ils promettent à partir du 10 juin de bloquer des raffineries, pourquoi les raffineries ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez ! C'est certainement suite à l'annonce du transfert de l'usine de la Mède, l'usine TOTAL de la Mède qui va utiliser de l'huile de palme pour son fonctionnement, pour produire des biocarburants. Nous, nous sommes attachés à une filière colza en France et une filière colza compétitive.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous, vous défendez le colza, mais attendez ! Cette décision, TOTAL est autorisé à importer 400.000 tonnes…

STEPHANE TRAVERT
300.000, 300.000 tonnes oui, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
300.000 tonnes dit Madame LAMBERT, qui serviront pour l'usine de biodiversité qui sauverait 450 emplois, etc. Qui a pris la décision, vous ou Nicolas HULOT ?

STEPHANE TRAVERT
C'est le ministère de la Transition énergétique, c'est le gouvernement qui a pris cette décision. Mais mon collègue…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors c'est qui a pris la décision et vous, vous dites qu'il faut aider sur le colza ?

STEPHANE TRAVERT
Mais mon collègue a eu l'occasion de le rappeler, que c'était une décision qui pour lui avait été bien évidemment difficile à prendre. Et moi, parce que je soutiens cette filière colza, il va falloir trouver des solutions. Mais je dis attention, qu'il y ait des manifestations, le droit de manifester est totalement libre en France, mais je voudrais rappeler qu'aujourd'hui, à la suite des grèves de la SNCF, il y a pour beaucoup – puisque le fret est souvent bloqué – il y a des coopératives agricoles, des exploitations agricoles notamment dans le domaine des céréales qui sont fragilisées parce qu'ils ne peuvent pas livrer leur production. Alors attention de ne pas non plus bloquer les camions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Nicolas HULOT voulait que l'interdiction du glyphosate figure dans la loi, elle n'y est pas, est-ce que vous avez cédé à des lobbies industriels qui sont très, très influents ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne cède jamais à aucun lobby parce que je prends toutes les décisions que j'ai à prendre en âme et conscience, et que je les prends parce qu'elles servent l'intérêt général et que je ne veux mettre personne au pied du mur. Et c'est une décision du gouvernement, ce n'est pas ma décision, c'est une décision du gouvernement de ne pas inscrire l'interdiction du glyphosate à 3 ans dans la loi. Nous, nous avons fait le pari de la confiance, de la confiance avec les agriculteurs mais pas seulement, les agriculteurs mais la recherche pour trouver les solutions pour pouvoir en sortir dans 3 ans.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui…

STEPHANE TRAVERT
Mais nous avons bien dit confiance mais vigilance. Et la vigilance c'est quoi ? C'est-à-dire que si nous nous apercevons que d'ici 3 ans, il n'y a pas de solution et qu'il n'y a pas eu d'effort…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
3 ans.

STEPHANE TRAVERT
Il n'y a pas eu d'effort de fait, nous aurons l'occasion alors de légiférer. Le secrétaire général de la République en Marche l'a dit hier, je l'avais déjà annoncé, s'il y a…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
S'il y a des abus…

STEPHANE TRAVERT
S'il y a des abus, si nous nous apercevons que tout le monde ne tire pas dans le même sens, nous aurons la loi pour mettre en place cette interdiction. Mais aujourd'hui, nous faisons confiance aux agriculteurs, nous faisons confiance aux professionnels de la recherche, de l'innovation pour trouver des solutions et parce que nous ne voulions pas faire peser la responsabilité uniquement aux agriculteurs. Nous voulons faire en sorte que tout le monde tire dans le même sens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez vu le titre amusant et en même temps significatif de mes confrères de la revue Le Point Hebdomadaire : le glyphosate est le pesticide qui empoisonne la macronie. Ce n'est pas mal, c'est assez juste.

STEPHANE TRAVERT
Vous savez, c'est un… il est toujours dommage de réduire aussi le travail que nous avons mené dans le projet de loi à la seule question du glyphosate.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'il y a…

STEPHANE TRAVERT
Le glyphosate, ça fait des années que nous en utilisons, mais remarquez les progrès qu'ont fait les agriculteurs en diminuant… c'est un travail qu'ils ont commencé à mettre en oeuvre depuis des années…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous leur faites confiance…

STEPHANE TRAVERT
Mais il faut leur faire confiance parce qu'ils sont sur le terrain…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous dites-vous aussi « la confiance n'exclut pas le contrôle », comme dit CASTANER.

STEPHANE TRAVERT
La confiance n'exclut pas le contrôle et c'est une confiance mais vigilante.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez dit tout à l'heure « j'ai le soutien du gouvernement, c'est le gouvernement », par exemple j'ai vu que vous étiez entré à l'Elysée après le vote de la loi. Est-ce que vous vous êtes fait gronder ou féliciter par Emmanuel MACRON, allez ! Une confidence, allez !

STEPHANE TRAVERT
Ni grondé ni félicité, nous avons fait le point sur ce qui s'était passé durant ces 77 h 00 de débats…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous avez dit… vous avez raison, c'est une bonne loi votée en première lecture ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, c'était une bonne loi, elle a été adoptée…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas moi, pas moi, c'est lui qui l'a dit, le président de la République ?

STEPHANE TRAVERT
Elle a été adoptée à 389 voix, donc je pense que c'était un bon résultat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, d'autant plus que vous avez obtenu l'abstention de la droite républicaine et des centristes. Mais vous avez eu contre vous Jean-Luc MELENCHON, ses amis et les écologistes qui votent généralement contre vous. Pourquoi vous êtes la cible préférée des écolos, je ne vais pas recommencer à vous dire que vous allez être l'objet de l'influence des lobbies, etc., mais…

STEPHANE TRAVERT
Je ne suis sous influence de personne, moi je travaille au sein de ce gouvernement avec la confiance du président et du Premier ministre. Et la cible… vous savez, nous devons mener ce travail mais vous savez en un an avec ce gouvernement, nous avons fait beaucoup plus pour l'écologie que d'autres qui font de l'écologie dans leur salon… ont mis en place pendant des années. Nous, nous faisons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a toujours la difficulté de plaire ou de séduire aux agriculteurs et en même temps…

STEPHANE TRAVERT
Mais ce n'est pas incompatible…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En même temps aux écologistes.

STEPHANE TRAVERT
Nous pouvons travailler pour moderniser notre agriculture, pour la transformer, mais aussi être soucieux de notre environnement. Et moi, j'y suis soucieux au quotidien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est bien que vous soyez là parce qu'il y a beaucoup de questions. Est-ce que vous savez qui en une année, qui, tue plus que Daesh et Al-Qaïda ?

STEPHANE TRAVERT
Non mais vous allez me le dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne savez pas, le sucre, le sucre. Il y a un grand penseur qui s'appelle Yuval Noah HARARI qui a donné la réponse dans Homo Deus : le sucre, les boissons sucrées, la nourriture grasse. Et votre loi n'interdit pas ces produits…

STEPHANE TRAVERT
Parce que vous croyez que c'est en affichant un logo à 3 couleurs que nous allons diminuer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais parce qu'avec le logo à 3 couleurs, on le consomme et les enfants le consomment.

STEPHANE TRAVERT
Nous travaillons dans ce sens avec les industriels sur le Nutri-Score, pourquoi est-ce que nous ne l'avons pas fait ? Parce que le Nutri-Score d'abord, c'est une expérimentation, nous l'avons ouverte le 31 octobre, parce que le Nutri-Score repose sur la base du volontariat. Et c'est pour ça que l'Europe nous l'a accordé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord mais là, vous leur faites un cadeau…

STEPHANE TRAVERT
Oui mais c'est important…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il ne faut pas de la pub sur Internet…

STEPHANE TRAVERT
Mais nous ne faisons… Non, nous ne faisons de cadeaux à personne…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il ne faut pas de la pub…

STEPHANE TRAVERT
Mais il faut pouvoir gérer les choses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je veux dire taxer la pub sur Internet aussi ?

STEPHANE TRAVERT
Il y a le CSA qui régule aujourd'hui la télévision, mais sur Internet nous n'aurions pas eu les mêmes armes. Et donc, nous devons travailler avec les mêmes armes aussi bien sur le réseau… la télévision que sur Internet. Et aujourd'hui le logo Nutri-Score, qui se pose sur la base du volontariat, le rendre obligatoire, le risque aurait été de voir que l'Europe…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais en tout cas, ça…

STEPHANE TRAVERT
Non…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On se lave les mains, on dit… CSA syndrome Ponce Pilate…

STEPHANE TRAVERT
Non, on ne se lave pas les mains de ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le CSA avec la nouvelle loi sur l'audiovisuel public, il n'existera peut-être plus.

STEPHANE TRAVERT
Mais aujourd'hui le CSA, c'est l'instance de régulation, c'est aussi son travail. Mais nous travaillons aussi avec les industries agroalimentaires pour faire diminuer les taux de gras, les taux de sucre et les taux de sel qui sont là aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que ça continue pour éviter l'obésité, la maladie, le coût pour la Sécurité sociale…

STEPHANE TRAVERT
Mais nous faisons ce travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et parfois la mort. Il y a tellement de questions mais une dernière, le souci du bien-être animal, on voit ça monter de tous les côtés. C'est un phénomène nouveau qui touche aussi bien les villes que les campagnes et toutes les générations. Et comment vous faites vous parce que la consommation de viande va baisser, comment on peut marier les deux en même temps ?

STEPHANE TRAVERT
Mais je crois que les Français, ils sont en train de modifier leurs pratiques alimentaires. Les agriculteurs, les Français, tout le monde est souci du bien-être animal et nous devons trouver les voies et les moyens qui permettront, demain, de pouvoir répondre aux besoins de nos consommateurs ; et en même temps de faire en sorte que… parce qu'il y aura des éleveurs qui gagneront mieux leur vie, le bien-être animal c'est… des éleveurs qui vont bien, les animaux vont bien et je crois que c'est une des… les postulats de base de ce projet de loi que nous avons mois en place. Et puis il y a aussi sur cette question du bien-être animal des avancées sur lesquelles nous avons travaillé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une tendance profonde de la société.

STEPHANE TRAVERT
Oui, c'est une demande de la société et nous accompagnons cette demande et cette transformation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Monsieur le ministre on vient de me dire que pendant notre entretien, il se déroule des choses en Espagne, la rumeur qui monte à Madrid c'est peut-être la chute du gouvernement RAJOY. Dans la bataille pour la PAC, vous allez perdre un allié, vous risquez de perdre un allié !

STEPHANE TRAVERT
Nous suivons cela avec intérêt et hier avec la ministre, c'est vrai que nous avons évoqué ce sujet. Il y avait des craintes que le gouvernement ne soit renversé. En tous les cas moi, je souhaite qu'avec l'Espagne nous puissions continuer à travailler comme nous le faisons depuis le début. Ce sont des partenaires importants et essentiels pour nous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.

STEPHANE TRAVERT
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voyez le nombre de questions, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 juin 2018

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