Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à LCI le 4 juin 2018, sur le blocage des universités et Parcoursup. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à LCI le 4 juin 2018, sur le blocage des universités et Parcoursup.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour à tous, bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Ministre de l'Enseignement supérieur. Alors vous êtes celle qui a mis en place une réforme qui a entraîné le blocage d'une quinzaine d'universités, à quoi ajouter des débuts chaotiques de Parcoursup à son ouverture le 22 mai, la nouvelle procédure d'admission à la fac a laissé la moitié des candidats en attente. On en est où ce matin ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors ce matin, on en est à 73,5 % des candidats qui ont eu une proposition, c'est-à-dire un peu plus de 589.000 candidats avec propositions.

AUDREY CRESPO-MARA
Combien en attente ?

FREDERIQUE VIDAL
Un petit peu moins de 200.000, puisqu'il y en a qui… vous savez que toutes les formations ne sont pas sur Parcoursup, donc certains ont démissionné de Parcoursup pour accepter des formations qui ne sont pas sur la plateforme. On en est à un peu plus de 185.000 sans proposition… qui sont pardon toujours en attente ; et puis à peu près 20.000 qui n'ont demandé que des filières sélectives, qui n'ont pas eu de réponse positive et qui sont pris en charge depuis la semaine dernière par des rectorats qui cherchent des solutions et leur font des propositions individualisées.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est ce qu'on appelle les commissions académiques que les étudiants peuvent saisir !

FREDERIQUE VIDAL
C'est ce qu'on appelle les commissions académiques, absolument, c'est un nouveau système mis en place cette année pour que ces jeunes – qui ont fait le choix de ne demander que des filières sélectives et qui ne sont pas pris dans ces filières – n'attendent pas le mois de septembre pour savoir où est-ce qu'ils pourront accéder à l'enseignement supérieur.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc vous disiez 73,5 % des lycéens ont aujourd'hui une réponse. Début avril, vous espériez que 70 % des réponses tomberaient avant les épreuves écrites du bac !

FREDERIQUE VIDAL
Oui, on s'était fixé en fait deux tiers comme objectif parce que ça correspond au nombre de jeunes qui, l'année dernière, ont accepté les propositions faites automatiquement par la plateforme. Donc on s'est dit que si on avait l'année dernière finalement deux tiers des jeunes qui avaient eu des propositions et qui les avait acceptées via la plateforme, si on atteignait la même chose on ne pouvait faire que mieux puisque cette fois-ci, on n'a pas juste une proposition et le choix de répondre oui ou non, c'est plus de 1.700.000 propositions qui ont été faites. Donc c'est en moyenne 3 propositions par lycéen, donc ça donne plus de choix.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc il y a beaucoup de chiffres ce matin, si vous nous suivez, j'espère que vous êtes bien réveillé. Vous dites qu'il y a deux tiers de lycéens qui, à la même époque l'an dernier, avaient eu une proposition. Hier Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, a martelé : plus de 580.000 élèves ont eu une proposition, c'est mieux que 0 l'année dernière, 0 l'année dernière, on n'en rajoute pas un peu pour sauver le soldat Parcoursup ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, pas du tout parce qu'en fait l'année dernière, le premier tour d'admission post-bac avait eu lieu quelques jours avant le bac. Donc à cette époque-ci l'année dernière, c'est-à-dire à encore 15 jours du baccalauréat, personne ne savait où il irait dans l'enseignement supérieur.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors vous nous dies là maintenant : tout se débloque, ça va beaucoup mieux, n'empêche qu'à quelques jours du bac, ça fait beaucoup de stress pour les lycéens qui préparent leurs épreuves. On les écoute.

ELEVE
Tous les matins d'attendre de voir et… enfin le système de classement, je trouvais ça un peu… enfin c'est encore plus stressant parce qu'on se dit : je n'ai progressé que de 10 places.

ELEVE
Si on ne sait pas ce qu'on fait après le bac, du coup on ne peut pas vraiment se concentrer.

ELEVE
C'est perturbant parce qu'on révise mais on ne sait pas trop pourquoi, puisqu'on ne sait pas vraiment où est-ce qu'on va aller, on ne sait pas de quoi l'avenir sera fait en clair. Donc c'est un peu démotivant.

AUDREY CRESPO-MARA
Démotivant, stressant, vous leur répondez quoi ?

FREDERIQUE VIDAL
D'abord, je comprends tout à fait, on est effectivement à quelques semaines du baccalauréat, donc évidemment c'est très stressant. Ce sont des jeunes qui évidemment sont aussi dans le système cette année et, donc, n'ont pas connu que le stress bien supérieur du système de l'année dernière et des années précédentes. Donc voilà ! Evidemment j'entends mais j'entends aussi les presque 590.000 qui eux ont le choix et sont en train de faire ces choix. Le système est très différent des autres années, il faut bien le comprendre, c'est un système qui est dynamique, où tous les jours des propositions sont faites, chaque jour c'est plusieurs dizaines de milliers de lycéens qui reçoivent des propositions.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors regardez ce tweet : comment ne pourrait-on pas être stressé quand on est comme ce lycéen, elle l'exprime sur ce tweet, 1.079 sur 1.079 et que chaque jour, on et obligé de surveiller son classement comme l'huile sur le feu finalement.

FREDERIQUE VIDAL
Alors d'abord, il faut bien comprendre qu'évidemment à partir du moment où il y a eu un classement, on peut être dernier de ce classement. Il faut bien se rendre compte que si la filière n'est pas en tension, j'ai déjà eu l'occasion de voir ce tweet, il n'est absolument pas informatif. Si c'est une filière qui est sélective, évidemment c'est compliqué, si c'est une filière qui est non sélective, peu importe le voeu puisqu'à la fin vraiment l'idée c'est que chacun puisse avoir une proposition. J'imagine que ce n'est pas la seule demande que ce lycéen a fait et puis…

AUDREY CRESPO-MARA
Même si ce n'est pas son choix numéro 1, ça peut être le choix numéro 2, c'est ce que vous nous dites.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument et puis surtout, si un autre lycéen à plusieurs choix et renonce, il faut bien comprendre, on en garde un à chaque fois, on renonce aux autres, c'est autant de choix qui sont proposés.

AUDREY CRESPO-MARA
Qui sont libérés. Alors même les parents témoignent ce stress, regardez : merci Parcoursup d'avoir fait pleurer ma fille ce soir et pour ses 8 voeux en attente, elle qui stressait déjà pour son bac, je ne vous raconte pas l'état psychologique maintenant. Les parents aussi vous en veulent un peu.

FREDERIQUE VIDAL
Oui mais là aussi, je crois qu'une fois de plus, la période du baccalauréat c'est une période qui est naturellement une période stressante…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ça rajoute du stress, c'est ce qu'ils disent.

FREDERIQUE VIDAL
En quoi ça ajoute du stress puisqu'une fois de plus l'année dernière à la même époque, personne ne savait où il irait dans l'enseignement supérieur. Donc cette réforme, elle a vraiment été travaillée tout l'été dernier, y compris avec des représentants de parents d'élèves.

AUDREY CRESPO-MARA
Le système n'a pas été fait un peu à la va-vite…

FREDERIQUE VIDAL
Qui venaient…

AUDREY CRESPO-MARA
Conçu à la va-vite, mis en place à la va-vite ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, je pense que c'est un système qui a été travaillé à la fois avec les parents d'élèves, les étudiants, les lycéens, les professeurs du secondaire, du supérieur, l'ensemble des organisations représentatives pendant 3 mois. Ce n'est pas un système à la va-vite, comme vous dites.

AUDREY CRESPO-MARA
Les enseignants qui vont corriger le bac ne seront pas forcément plus indulgent avec ces élèves qui ont été soumis à ce stress ?

FREDERIQUE VIDAL
Il n'y a pas de raison, une fois de plus là on est sur les diplômes et la valeur d'un diplôme, c'est effectivement très important à la fois pour celui qui le passe et pour celui qui le donne.

AUDREY CRESPO-MARA
On constate aussi de l'incompréhension sur le fonctionnement pratique, très pratique de Parcoursup. Regardez ce tweet : comment peut-on être en oui et à côté en attente, moi pas comprendre, vous quoi répondre ?

FREDERIQUE VIDAL
Là encore, je crois qu'il suffit de se brancher sur la plateforme, il y a les réponses qui sont clairement indiquées oui ; et puis ensuite il y a une rubrique en attente. Il faut cliquer sur cette rubrique qui s'appelle en attente et là, on voit que l'on est accepté en attente. Donc voilà ! Moi je veux bien que…

AUDREY CRESPO-MARA
Bon ! Vous trouvez qu'on en fait beaucoup et qu'on exagère les dysfonctionnements, c'est ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Je veux bien que personne ne comprenne rien, si cette plateforme était si compliquée à comprendre, les lycéens ne s'en seraient pas emparés, on ne serait pas passé…

AUDREY CRESPO-MARA
Ils n'ont pas le choix non plus !

FREDERIQUE VIDAL
On ne serait pas passé de 400 à 600.000 lycéens avec des propositions et qui les acceptent tous les jours. Je crois qu'il y a aussi… il faut arrêter de faire de Parcoursup l'origine de tous les maux et l'origine de toutes les contestations.

AUDREY CRESPO-MARA
Et alors en plus de l'incertitude, c'est de l'injustice qu'éprouvent les élèves de Seine-Saint-Denis, ils se sentent discriminés en raison de la localisation de leur établissement qui entre en compte dans la validation des voeux. Ecoutez.

ELEVE
Je pense que c'est parce que déjà je viens de la banlieue et que les gens de banlieue sont un peu mis sur le côté. Et donc voilà !

ELEVE
Il y a beaucoup de… on va dire d'injustice au niveau de ce site, APB ce n'était pas du tout la même chose, là il y a beaucoup de personnes qui sont toujours en attente, sachant que ça devait être une meilleure plateforme pour augmenter nos chances d'intégrer une école, là c'est tout à fait le contraire en fait, c'est contreproductif.

AUDREY CRESPO-MARA
Ils estiment que pour ceux qui vivent dans les quartiers difficiles, c'est la double peine.

FREDERIQUE VIDAL
Voilà ! C'est encore un exemple de Parcoursup bouc-émissaire de toutes les contestations politiques. Je vais vous donner un exemple très simple…

AUDREY CRESPO-MARA
Ils ont tort de ressentir ça ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est un ressenti et on n'a jamais tort de ressentir quoi que ce soit. Par contre moi ce que je peux vous dire, c'est ce qui se passe concrètement. APB n'autorisait pas le changement d'académie, donc les jeunes qui étaient à Créteil dans APB a priori étaient priés de rester à Créteil. Parcoursup autorise le changement d'académie, ce qui fait que si on compare… même si les choses sont tellement difficilement comparables, que ça n'a pas beaucoup de sens, au final l'année dernière c'est 1 jeune sur 5 de Créteil qui a pu étudier à Paris ; aujourd'hui à l'heure où je vous parle, dans un système qui est encore en train de fonctionner, c'est déjà 1 jeune sur 4 de Créteil qui a des propositions à Paris. Donc je comprends tout à fait la question du ressenti mais là aussi, cette question du ressenti elle est alimentée par des débats qui n'ont rien à voir avec ce qu'est en train de faire cette plateforme…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est-à-dire, vous pensez que l'opposition politique se sert de ces dysfonctionnements pour faire monter d'autres thématiques ?

FREDERIQUE VIDAL
Je pense que le sujet c'est qu'effectivement, cette plateforme est devenue le bouc-émissaire de combats politiques qui n'ont rien à voir. Je comprends une fois de plus, tout à fait individuellement, le stress des lycéens, ce que je ne comprends pas du tout c'est que l'on joue avec ce stress…

AUDREY CRESPO-MARA
Qui joue avec ce stress ?

FREDERIQUE VIDAL
Toutes les personnes qui, par définition, estiment que tout ce que nous sommes en train de faire est fait en défaveur des lycéens et en défaveur des étudiants. La plateforme ne devait pas marcher…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc vous pensez du coup à la gauche, à Jean-Luc MELENCHON…

FREDERIQUE VIDAL
La plateforme ne devait pas marcher…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous ne me répondez pas…

FREDERIQUE VIDAL
Les profs principaux ne feraient pas leur travail, les universités ne feraient pas leur travail, la plateforme ne fonctionnerait pas, on laisserait la moitié des lycéens sur le carreau. Et maintenant, c'est cette question d'injustice sociale, cette plateforme elle est beaucoup plus juste que la plateforme APB de ce point de vue-là, il y a des boursiers…

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que vous nous dites en gros…

FREDERIQUE VIDAL
Dans toutes les formations…

AUDREY CRESPO-MARA
On l'a entendu.

FREDERIQUE VIDAL
Même les formations sélectives, il y a la possibilité de changer d'académie et bien sûr, je recevrai toutes les personnes qui sincèrement s'inquiètent pour leurs concitoyens, je parle des élus locaux notamment. Bien sûr on en parlera, bien sûr chaque fois qu'il faudra améliorer des choses, on les améliorera, mais qu'on ne dise pas que cette plateforme est la source des problèmes que l'on constate depuis des décennies, au contraire elle porte…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais qui est censée résoudre ces problèmes-là.

FREDERIQUE VIDAL
Elle porte en elle…

AUDREY CRESPO-MARA
Sinon, à quoi sert la réforme.

FREDERIQUE VIDAL
Des solutions, elle porte en elle des solutions.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors est-ce que vous me dites aujourd'hui que Jean-Luc MELENCHON, la France Insoumise notamment, que les oppositions politiques se servent des dysfonctionnements et manipulent les étudiants, c'est ça que vous me dites ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors d'abord ce que je dis…

AUDREY CRESPO-MARA
Les lycéens !

FREDERIQUE VIDAL
C'est qu'il n'y a pas de dysfonctionnement et ensuite, puisque s'il y avait un dysfonctionnement vous imaginez bien qu'on n'aurait pas les résultats qu'on observe aujourd'hui. Par contre oui, ils regardent chaque fois qu'un lycéen est stressé, chaque fois qu'un faux tweet est publié, y compris d'ailleurs quand ce faux tweet est démenti…

AUDREY CRESPO-MARA
Faux tweet, c'est-à-dire vous pensez que les politiques…

FREDERIQUE VIDAL
Non, non, ce que je veux dire c'est que…

AUDREY CRESPO-MARA
Que des élus sont derrière…

FREDERIQUE VIDAL
On a des lycéens qui ont publié des tweets dans lesquels par exemple ils disaient « je suis classé millionième sur liste d'attente ». Et puis ils ont eux-mêmes démenti ce tweet en disant que c'était une fausse capture d'écran. Ça n'empêche pas les politiques dont vous parlez de retweeter et de ne jamais retweeter le fait que c'était une fake news.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est quoi, c'est de la malhonnêteté, c'est de la méconnaissance, c'est quoi ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est le fait de se servir de tous les arguments pour essayer de mettre en place une vision qui est fausse, de ce que nous sommes en train de faire pour l'accès à l'enseignement supérieur qui est pour la première fois… regardez la réalité démographique que l'on n'a pas découverte cette année ni l'année dernière, et qu'on aurait pu éventuellement anticiper, ce qui n'a pas été fait. Et pour la première fois aussi, remettre de l'humain, remettre de l'humain ça veut dire qu'on est en train de s'occuper des jeunes aujourd'hui et on n'attend pas le mois de septembre. Ça veut dire que… j'entends ce jeune homme qui me dit « c'est plus injuste que l'an dernier », l'an dernier je lui rappelle qu'il y avait du tirage au sort, donc c'est ça qu'on est en train d'essayer de faire et moi, je ne souhaite pas qu'on en fasse un combat politique, idéologique contre l'ensemble du gouvernement. Cette réforme, elle concerne des lycéens, leurs familles, le bac est dans 15 jours, donc maintenant je voudrais bien qu'on laisse les lycéens préparer leur bac tranquillement.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça vous agace ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous êtes agacée des manipulations, fatiguée…

FREDERIQUE VIDAL
Je suis… non, non, je suis vraiment… ça n'a rien à voir avec… moi je ne suis pas plus fatiguée ou plus agacée par rapport à moi. C'est vraiment les élèves, les étudiants, j'y ai consacré une très grande partie de ma vie, c'est très important pour moi…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous étiez professeur d'université !

FREDERIQUE VIDAL
Oui, et je souhaite que l'on arrête de manipuler le stress des jeunes.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors avec les débuts chaotiques de Parcoursup, on ne parle plus des blocages d'universités. Quand je vous ai reçue il y a un mois, sur les 15 universités bloquées il en restait 3, on en est où ?

FREDERIQUE VIDAL
Aujourd'hui, la très grande majorité des examens sont terminés, il n'y a plus de blocages signalés dans les établissements, donc les choses sont revenues à la normale. Il faut qu'on prépare la rentrée, il faut qu'on répare… il y en a pour plusieurs millions d'euros de dégâts, donc il faut qu'on fasse maintenant en sorte que les amphis soient remis en état, je pense notamment à Montpellier, je pense à Nantes, à Rennes, à Grenoble, voilà.

AUDREY CRESPO-MARA
Et pour les examens qui ont dû être annulés, c'est quoi, c'est en septembre ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, aucun examen n'a été annulé, ils ont été…

AUDREY CRESPO-MARA
Quand il y a eu des blocages !

FREDERIQUE VIDAL
Oui, il y a eu des blocages, ils ont été reportés et ils ont eu lieu.

AUDREY CRESPO-MARA
La colère des étudiants à votre avis va s'éteindre avec l'arrivée de l'été, on s'éloigne d'un mai 68, clairement ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors la colère des étudiants… la colère qui s'est exprimée dans les établissements, je fois de plus et je l'ai toujours dit, ne ressemble pas à une colère étudiante. Les étudiants ne cassent pas leur université…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc là, vous dites encore…

FREDERIQUE VIDAL
Ce qu'on a observé…

AUDREY CRESPO-MARA
Que c'est des manipulations politiques…

FREDERIQUE VIDAL
Mais ce n'est pas moi qui le dis…

AUDREY CRESPO-MARA
Non, non…

FREDERIQUE VIDAL
Lorsqu'on a des députés de la France Insoumise qui vont haranguer les jeunes, qui vont les inciter à bloquer des examens, qui tiennent des meetings dans des sites universitaires, est-ce qu'on est en train de parler d'étudiants qui s'inquiètent, qui débattent et qui parlent avec leurs profs ? Ou est-ce qu'on est en train de parler de gens qui, volontairement, utilisent les sites universitaires pour faire de la mise en scène ? Je prends toujours l'exemple de Rennes 2 notamment, qui est traditionnellement une université dans laquelle le débat et la contestation étudiante est parfois très fort, pour que le président de Rennes 2 décide qu'il n'est plus en capacité de discuter avec les gens qui occupent les amphis, c'est que croyez-moi ce ne sont plus des étudiants.

AUDREY CRESPO-MARA
Regardez les Unes du Parisien et de Libération ce matin, Le Parisien : mouvements sociaux, MACRON a-t-il plié le match ? Libération : mouvement social et à la fin, c'est lui qui gagne ? Grève qui s'essouffle à la SNCF, mobilisation étudiante qui ne prend pas, manifestations décevantes. Emmanuel MACRON a-t-il plié le match, est-ce qu'à la fin c'est lui qui gagne Frédérique VIDAL ?

FREDERIQUE VIDAL
La question n'est pas de savoir qui gagne ou qui ne gagne pas. La question est de savoir : est-ce qu'on est décidé tous ensemble à transformer la France pour que les choses fonctionnent mieux dans notre pays, qu'on retrouve notre fierté d'être Français, qu'on retrouve notre place au sein de l'Europe et à l'international. Et moi, je crois que c'est le souhait profond de la population française et je crois que c'est ça qu'on est en train d'observer, c'est qu'effectivement…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est pour cette raison que les mouvements sociaux s'essoufflent ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est pour cette raison probablement que l'idée d'agir est plus forte que l'idée de ne rien faire. Je crois que c'est EINSTEIN qui disait : la vraie folie, c'est de continuer à faire la même chose et de penser que les résultats vont être différents. Je crois que le mandat que nous avons reçus, c'est un mandat de transformation.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre sujet, on parle de plus en plus d'un retour de l'uniforme à l'école, alors là c'est chez les plus petits. Ce week-end, les parents d'élèves des 6 écoles publiques élémentaires de Provins, en Seine-et-Marne, ont voté à 62 % pour le retour à l'uniforme. Vous personnellement, vous y êtes favorable ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors je pense que… enfin le retour à l'uniforme c'est finalement le retour à une certaine idée de ce qu'était ou de ce que devrait être l'école, un lieu d'égalité, un lieu où l'on construit sa personnalité, etc. Je crois que l'uniforme, ça peut être un des symboles de ce creuset de la République que doit être l'école, j'y suis ni favorable ni défavorable, je pense que c'est… comme ça a été dit, c'est à chaque école de décider de ce qu'elle a envie de faire ou pas, est-ce que c'est important pour elle…

AUDREY CRESPO-MARA
Jean-Michel BLANQUER…

FREDERIQUE VIDAL
Est-ce que c'est moins important. La vraie égalité…

AUDREY CRESPO-MARA
Jean-Michel BLANQUER y est favorable, le ministre de l'Education nationale. Vous, vous êtes plus mitigée ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, oui, moi je dis que la vraie égalité et là encore, ce qu'on est en train d'essayer de refaire, c'est que tout le monde sache lire, écrire, compter, respecter autrui, c'est ça la vraie égalité, c'est ça la vraie chance qui doit être donnée à tous les enfants. Si pour certaines écoles ça passe par l'uniforme et l'uniforme aide…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est aussi le retour d'une certaine forme d'autorité, vous dites égalité sociale d'apparence et certains…

FREDERIQUE VIDAL
Je pense que tous les enfants ont besoin d'autorité, je pense que c'est très important, c'est comme ça qu'on se construit. On se construit en réaction à des règles, tous les enfants testent en permanence les règles. Et je pense que si les règles sont claires et si les gens qui font appliquer ces règles sont à l'aise avec ces règles, l'autorité devient naturelle et voilà.

AUDREY CRESPO-MARA
Et vous dites : les problèmes à l'école ne sont pas forcément en priorité les problèmes vestimentaires !

FREDERIQUE VIDAL
Non, moi je pense que les enseignants du primaire ont l'habitude et savent ce qui peut contribuer ou moins contribuer à faire en sorte que dans leur classe, l'atmosphère soit à l'étude, l'atmosphère soit au respect. C'est pour ça que c'est très bien que ce soit chaque école qui décide.

AUDREY CRESPO-MARA
Tous les matins je pose une question récurrente, la question off mais devant les caméras.
C'est off, entre nous.

FREDERIQUE VIDAL
Parfaitement, entre nous.

AUDREY CRESPO-MARA
Le physicien Fabrice MORTESSAGNE, professeur à l'université de Nice que vous dirigiez, a longtemps travaillé avec vous. Voici ce qu'il dit de vous : c'est un rouleau compresseur, mais un rouleau compresseur sage et avisé. Qu'est-ce qui pourrait vous arrêter aujourd'hui ?

FREDERIQUE VIDAL
D'abord, je salue Fabrice, j'espère qu'il écoute ma réponse ; Qu'est-ce qui pourrait m'arrêter aujourd'hui ? C'est vrai que je suis extrêmement tenace, voilà, donc ce qui pourrait m'arrêter c'est… je ne sais pas, honnêtement je n'ai pas idée de ce qui pourrait m'arrêter. L'idée c'est vraiment de faire toujours plus et mieux pour l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation, c'est juste toute ma vie.

AUDREY CRESPO-MARA
Les critiques ne vous atteignent pas tant que ça finalement !

FREDERIQUE VIDAL
C'est-à-dire que moi, je suis tout à fait prête à entendre lorsque des choses peuvent être améliorées, par contre la critique pour la critique ça ce n'est pas scientifique, non.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Frédérique VIDAL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2018

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