Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées à RTL le 4 juin 2018, sur la construction le logements neufs accessibles aux personnes handicapées (loi Elan). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées à RTL le 4 juin 2018, sur la construction le logements neufs accessibles aux personnes handicapées (loi Elan).

Personnalité, fonction : CLUZEL Sophie, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées;

ti :


ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'être avec nous ce matin. On a évidemment et surtout nos auditeurs qui sont scandalisés depuis le début de la matinée sur l'antenne, on a besoin de vos explications sur un article de loi dans une loi fleuve, celle… la loi dite Elan qui a été votée vendredi. De quoi s'agit-il, du passage de 100 % à 10 % de logements accessibles aux personnes handicapées dans la construction neuve. Vous avez conscience de l'effet désastreux de cette décision ?

SOPHIE CLUZEL
Alors vous avez raison, c'est une loi fleuve, donc c'est vrai que c'est compliqué à comprendre pour les personnes handicapées. Moi je tiens à les rassurer, c'est surtout… ce qu'il faut regarder c'est surtout le 100 % évolutif, qu'est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire tout simplement qu'on va pouvoir construire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors attendez parce que là déjà, on a perdu nos éditeurs, ceux qui ne sont pas concernés directement parce que les autres sont très au courant. Vous dites 100 % évolutif, c'est-à-dire, on parle de 100 % et ce 100 % obligatoire il transformé en 10 % obligatoire.

SOPHIE CLUZEL
Totalement accessibles, oui, c'est que 10 %. Mais la loi, qu'est-ce qu'elle prévoit ? Elle prévoit que justement, nous allons travailler – et nous avons travaillé avec les associations des personnes handicapées – à créer cette notion d'évolutif. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire tout simplement qu'une personne peut être visitée par quelqu'un en fauteuil roulant, que les parties communes sont totalement accessibles, je tiens à rassurer nos auditeurs, on ne revient pas en arrière là-dessus, les parties communes sont accessibles, on peut venir en fauteuil roulant, on peut rendre visite à une personne handicapée. Donc il n'y a pas d'isolement social comme j'en ai entendu parler, il n'y a vraiment… les WC, les toilettes seront accessibles. En revanche, on module la possibilité de déplacer une cloison facilement si vous avez envie de rester chez vous plus tard, que vous vieillissez, que vous avez besoin de plus de place. C'est ça l'évolutif.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors attendez, au lieu du tout accessible dans les immeubles de 4 étages et plus, on passe à 10 % obligatoire et 90 % de l'immeuble en évolutif, c'est beaucoup trop flou disent les associations. Je vous dis exactement ce qu'on lit dans l'article de loi : 90 % accessibles en grande partie et pouvant être rendus accessibles totalement par des travaux simples.

SOPHIE CLUZEL
Ce n'est pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est très vague en effet.

SOPHIE CLUZEL
Non, ce n'est pas flou, c'est déjà prévu dans la loi, on L'a précisé. Et justement pour rassurer les associations, nous sommes autour de la table pour préciser par décret, parce que ce n'est… moi je suis quelqu'un de pragmatique, ce n'est pas législatif toutes ses décisions. Donc nous nous mettons autour de la table, nous allons travailler, nous travaillons en ce moment à préciser ce décret pour rassurer les personnes handicapées, sur qu'est-ce que ça veut dire un évolutif, un appartement évolutif ? Ca veut dire tout simplement que les travaux pourront être faits très facilement à moindre coût ; et ça ne sera pas au coût des personnes handicapées pour tout ce qui ressort des logements sociaux, parce que ça sera le bailleur. Donc je tiens aussi à rassurer les personnes handicapées que ce vers quoi on va n'est pas du tout une régression.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors vous nous dit plusieurs choses, d'abord un décret, vous nous l'annoncez, un décret est en cours de rédaction pour préciser ce qu'il y aura dans cette notion de flou, 1. Deuxièmement, vous dites à moindre coût, ça veut dire quoi, que l'Etat va prendre en charge une partie…

SOPHIE CLUZEL
Les bailleurs prennent en charge sur le logement social…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors tout ou partie les…

SOPHIE CLUZEL
Partout, tout, tout. Et justement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Tout, tout, alors dans le logement social, tout sera pris en charge ?

SOPHIE CLUZEL
Et comme on l'a prévu avant dans la construction, les coûts seront moindres, donc on va pouvoir construire beaucoup plus de logements et c'est ça que les personnes handicapées souhaitent, parce qu'elles sont aussi sur les listes d'attente comme tout un chacun. Donc on va construire plus, plus, moins cher et avec une qualité d'usage, c'est-à-dire que la personne pourra avoir la surface qu'elle voudra, pourra moduler selon ses besoins. Aujourd'hui vous êtes une famille nombreuse, vous avez besoin d'un peu plus de place dans votre chambre que dans votre salle de bains. En revanche si demain, il arrive quoi que ce soit dans cette famille, qu'il y a un accident, on pourra moduler, on pourra rester chez soi ; pour les personnes âgées on pourra vivre chez soi longtemps. C'est ça qui est important, c'est de pouvoir construire une société qui est beaucoup plus accessible pour tous, selon l'usage que tous veulent en faire. Donc là, le handicap permet justement d'avoir une société, cette fameuse société inclusive qu'on attend, c'est que la personne handicapée elle fait bouger les lignes au bénéfice de tous, du plus grand nombre. C'est ça qui est important, c'est qu'enfin le handicap sert à tous aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
On pourra donc entreprendre ces travaux avec une aide de l'Etat, et ce sera pris en charge en totalité dans le logement social. Vous savez, les symboles c'est important, dans une France qui vieillit en effet, il y aura de plus en plus de personnes dépendantes et aujourd'hui, est-ce qu'il y a… combien de personnes qui sont en fauteuil roulant ?

SOPHIE CLUZEL
Aujourd'hui, c'est à peu près 800.000 personnes qui sont à mobilité dite réduite. Mais seulement là, ça va pouvoir servir tous les types de handicap. J'étais encore hier avec une personne de petite taille qui me dit : comment je fais pour abaisser moi, ce n'est pas la place qui m'importe, c'est l'abaissement par exemple des interrupteurs. Donc cette notion d'évolutif, elle est très importante, elle va servir le plus grand nombre de personnes handicapées et de Français surtout, au sens large.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'impression que vous donnez par cet article Madame CLUZEL, c'est que vous cédez aux promoteurs, c'est exactement ce que nous disait tout à l'heure une épouse de handicapé, le gouvernement a cédé aux promoteurs.

SOPHIE CLUZEL
Non, le gouvernement il répond à l'urgence de pouvoir mieux se loger et plus rapidement, y compris pour les personnes handicapées, c'est leur demande.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça n'est pas la démarche par exemple d'Emmanuel MACRON quand il a assumé totalement cette mesure. Je voudrais qu'on l'écoute, c'était en septembre dernier.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Le système est bloqué comme beaucoup d'autres par la sur-réglementation. Il faut là avoir un discours de vérité parce que c'est ce qui entrave complètement le système. Vous en entendrez parler, il y aura énormément de boucliers qui se lèveront contre cela, je vous l'annonce tout de suite. Et on me dira que je ne respecte pas l'environnement, parfois le handicap, parfois ceci ou cela. Simplement, il faut beaucoup de pragmatisme et d'ambition collective, donc on devra le porter ensemble.

ELIZABETH MARTICHOUX
Madame CLUZEL, ce n'est pas pour aider les handicapés qu'Emmanuel MACRON annonçait cette mesure qui allait faire beaucoup parler. C'est pour réduire ce qu'il appelle la sur-réglementation, parce qu'il estime qu'il y a trop de normes qui sont imposées aux constructeurs, c'est ça sa démarche.

SOPHIE CLUZEL
Mais il y a trop de normes, c'est vrai, ce qu'on veut justement c'est baisser le coût pour les personnes handicapées, c'est ça qui est en…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, c'est baisser le coût de la construction, c'est ça l'idée première…

SOPHIE CLUZEL
Oui et à qui ça va servir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans cette loi logement.

SOPHIE CLUZEL
La personne handicapée, c'est un citoyen avant tout, ça va lui servir. Et grâce à cette notion qui est consensuelle auprès des associations qui, depuis un an, sont autour de la table, on ne l'a pas sorti du chapeau aujourd'hui, ça sert à tous, c'est ça que je veux dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous voulez dire que les associations qu'on entend aujourd'hui, elles sont au courant et elles font semblant d'être scandalisées ?

SOPHIE CLUZEL
Elles sont tout à fait au courant puisqu'elles ont travaillé, elles sont aujourd'hui autour de la table pour préciser le décret. Ça fait un consensus cette notion d'évolutif, c'est ça que je voudrais dire, c'est que vraiment ça va servir aux personnes handicapées afin de pouvoir tout à fait circuler dans la cité, c'est ça notre société inclusive. Les associations, elles sont avec nous dans la co-construction et elles seront avec nous aussi parce que leur revendication première aussi, c'est peut-être de réfléchir à un ascenseur qui soit un petit peu plus bas, qu'aujourd'hui au 4ème étage…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que ça veut dire ça, aujourd'hui l'ascenseur est obligatoire à partir de 4 étages.

SOPHIE CLUZEL
A partir du 4ème étage. Elles nous demandent – et nous allons nous remettre autour de la table – de pouvoir réfléchir à abaisser nos niveaux de construction, le niveau de l'ascenseur peut-être au 3ème étage, au second étage et là, nous aurions vraiment une société accessible. Donc tout est ouvert, chaque fois qu'elles nous demandent de co-construire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc là, vous discutez… elle en est où la discussion, alors là ce serait une nouvelle norme imposée à la construction, on baisserait de 4 à 3 étages l'obligation de mettre un ascenseur !

SOPHIE CLUZEL
3, pourquoi même pas 2, dans tous les pays d'Europe, nous avons une société beaucoup plus accessible. C'est ça l'intérêt, c'est de pouvoir réfléchir, chaque fois le handicap nous fait réfléchir à une société encore plus accessible. Donc nous finissons le décret, c'est une des priorités pour enlever le flou justement. Et vos auditeurs, je pense qu'ils ne comprennent pas du tout ce que ça veut dire évolutif, adaptable, accessible, c'est bien pour ça qu'il faut qu'on leur précise ce que ça veut dire. Vous pourrez rendre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous admettez vous à ce stade, l'article de loi est trop vague pour que les personnes concernées le comprennent, vous l'admettez ça !

SOPHIE CLUZEL
Seuls les initiés le comprennent aujourd'hui, donc il faut qu'on rassure les Français pour leur dire : vous aurez un appartement dans lequel on pourra venir vous rendre visite en fauteuil roulant, rien n'est revenu en arrière sur ce sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand le président de la République disait tout à l'heure « on va baisser les normes, vous en entendrez parler, les normes y compris dans le handicap ». Il voulait dire quoi, qu'il y a aussi des lobbies dans le handicap ?

SOPHIE CLUZEL
Non, il veut tout simplement dire que notre société est souvent bloquée par des normes qui doivent servir à tous. Aujourd'hui on le voit bien, par exemple sur les résidences étudiantes, il faut absolument avoir une proposition pour les étudiants qui serve le plus grand nombre, qu'on puisse bouger une cloison s'il a besoin d'une plus grande salle de bains ou d'une plus grande chambre. Donc c'est ça en fait la problématique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais est-ce que le pragmatisme du président, ce n'est pas un nouveau dogmatisme finalement ?

SOPHIE CLUZEL
Au contraire, c'est totalement pragmatique, on n'a jamais entendu parler autant du handicap. Vous pourrez me réinviter en fin de semaine prochaine, nous allons avoir des mesures sur l'emploi des personnes handicapées. C'est une cohérence complète du gouvernement pour travailler collectivement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui…

SOPHIE CLUZEL
Sur la place des personnes handicapées au sein de notre société, leur faciliter la vie de déplacement, de logement, de travail, de scolarisation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Madame CLUZEL, à chaque arbitrage Emmanuel MACRON donne le sentiment de pencher systématiquement du côté des intérêts économiques. C'est sa conviction profonde qu'il faut d'abord effectivement booster l'économie, que le reste suivra, le reste c'est le social ?

SOPHIE CLUZEL
Non…

ELIZABETH MARTICHOUX
On a le sentiment que vraiment systématiquement, c'est sa pente !

SOPHIE CLUZEL
Je ne pense pas, il le réaffirme sans arrêt que la société inclusive, c'est la place de tous. Là, le handicap va servir à tous parce qu'encore une fois, quand vous parlez de pouvoir rester chez soi, est-ce que ce n'est pas ça… si vous, moi demain nous avons un accident, nous pourrons grâce à cette loi pouvoir moduler vraiment notre besoin selon nos aspirations. Donc au contraire, à chaque fois on replace le handicap au coeur de la société et on en fait une force et un atout pour notre société.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne demandez pas aux sénateurs qui, maintenant, vont examiner cette loi de voter contre l'article 18 !

SOPHIE CLUZEL
Non puisque nous précisons par décret exactement ce que ça veut dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous confirmez cet article !

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr, c'est loger plus, plus vite et moins cher.

ELIZABETH MARTICHOUX
On verra si vous avez convaincu. Merci Sophie CLUZEL…

SOPHIE CLUZEL
Merci.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'être venue plaider en faveur de cet article très controversé sur RTL ce matin.

YVES CALVI
Je tiens à rassurer les personnes handicapées, vient de nous dire la secrétaire d'Etat. On va construire plus, pour tout le monde et pour moins cher, ce dont vont profiter tous les Français dont les handicapés. Le gouvernement répond à l'urgence de se loger qui touche tous les Français.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2018

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