Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Public Sénat le 4 juin 2018, sur la réforme de la SNCF et la mise en oeuvre d'aides sociales favorisant le retour au travail et la politique de l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Public Sénat le 4 juin 2018, sur la réforme de la SNCF et la mise en oeuvre d'aides sociales favorisant le retour au travail et la politique de l'immigration.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, VIGUIER Cyril.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : CYRIL VIGUIER
L'invité politique de Territoires d'Infos, deuxième partie de cette émission avec la presse quotidienne régionale, les Indéradios – 130 radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français – les télés locales de France qui nous rediffusent et TV5 Monde, aujourd'hui notre invité politique c'est Christophe CASTANER, bonjour, merci d'être avec nous…

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes le secrétaire d'Etat des Relations avec le Parlement et délégué général de La République en Marche. Pour vous interroger ce matin, à mes côtés : Marcelo WESFREID, du Figaro, pour Public Sénat…

MARCELO WESFREID
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Bonjour Marcello et Fabrice VEYSSEYRE-REDON du groupe Ebra, qui représente Le Dauphiné ce matin sur ce plateau…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
C'est-à-dire des neuf journaux du groupe Ebra. Christophe CASTANER, le Sénat va adopter demain le texte sur la SNCF avec des garanties sociales nouvelles et la garantie que la SNCF restera publique, la balle est maintenant dans le camp des syndicats, est-ce qu‘il faut arrêter cette grève clairement ce matin ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, je pense. Je pense, parce que notre objectif partagé avec les salariés, avec les syndicats, c'est de sauver la SNCF. La SNCF elle est dans le mur, ça fait 30 ans que nous le savions, ça fait 30 ans qu'il y a eu à la fois des mauvais choix qui ont été faits sur l'équilibre même de la SNCF mais aussi sur la priorisation sur les grandes infrastructures et pas sur les trains du quotidien et, en même temps, l'absence de courage politique qui fait qu'on n'a pas traité ce sujet. Donc nous l'avons traité, nous ouvrons un débat parlementaire, il se poursuit, il y a des négociations, le débat parlementaire va se terminer dans quelques jours par ce vote dont je pense comme vous qu'il sera favorable demain au Sénat, il faut sortir de la grève, il faut se mettre autour de la table chacun dans ses fonctions pour mettre en oeuvre ce plan de réformes, de transformations en profondeur de la SNCF. L'Etat a fait ses efforts, importants – notamment la reprise de la dette de 35 milliards par l'ensemble des Français – il est maintenant nécessaire de se remettre sur les meilleures rails.

MARCELO WESFREID
Justement puisqu'on parle la CFDT aujourd'hui tient son congrès et les syndicats ont l'impression d'avoir été beaucoup court-circuités par le pouvoir, qu'en gros Emmanuel MACRON n'aime pas les corps intermédiaires, qu'est-ce que vous répondez à ça ?

CHRISTOPHE CASTANER
Toute la difficulté est de rentrer dans la négociation et de penser que la bonne façon d'en sortir c'est de dire oui, si nous étions rentrés comme ça dans la négociation pour la SNCF je crains que nous n'ayons pas fait grand-chose, donc il y a la volonté à un moment donné d'ouvrir le dialogue, de discuter des ordonnances Travail, par exemple à l'automne près de 300 heures de discussion, puis un gouvernement qui décide et qui met en oeuvre ce pourquoi il a été élu : réformer, transformer chaque fois que c‘est nécessaire. Ca change pour certains partenaires sociaux qui avaient l'habitude d'une oreille à la fois attentive mais peut-être un peu trop exécutante, des fois il y a des tensions, mais en même temps moi j'ai un vrai respect pour les partenaires sociaux et en particulier - c'est ma culture personnelle, mon engagement presque personnel – la CFDT qui est en congrès aujourd'hui.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Réformer, ça, ça fait partie de votre activité du moment. Moi je voudrais vous parler de l'aspect mouvement politique et puis aussi parlementaire, vous êtes un homme clé du dispositif, à la fois ministre en charge des Relations avec les parlementaires, vous êtes à la tête du mouvement En Marche, La République En Marche, ces temps derniers pas mal de députés ont déposé des amendements contre l'avis du gouvernement - vous êtes un peu entre les deux là - comment vous expliquez ça ? Est-ce que vos députés – et je pense notamment sur la loi Agriculture et Alimentation, le glyphosate, l'étiquetage du vin, le miel, etc., aujourd'hui comment vous analysez ça ? Vos députés ne sont pas en train de reprendre un petit peu leur autonomie ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ils ne reprennent pas leur autonomie, mais c'est bien, c'est le propre du débat parlementaire avec les députés, les sénateurs, je ne suis pas seulement propriétaire avec le possessif de tel ou tel groupe, je pense que tout le monde est dans son rôle et, ensuite, il y a une liberté, il n'y a pas de mandat impératif dans ce pays, il faut de la discussion et il faut du dialogue. La difficulté c‘est quand l'accessoire, c'est-à-dire un débat sur un amendement qui n'est pas retenu – on pourrait reparler du glyphosate – vous fait oublier l‘essentiel. L'essentiel c'est quoi ? C'est cette loi qui remet le juste prix pour le monde agricole, c'est cette loi qui de toute façon confirme la volonté de sortir du glyphosate à cinq ans, à trois ans, et, si la France n'avait pas été là ça aurait été à 15 ans – ce que voulait l'Europe – on a obtenu cinq du côté de l'Europe et on s'est engagé à trois, tout cela nous allons le faire. Mais il y a un débat…

MARCELO WESFREID
Il y a quand même une évolution, Christophe CASTANER, dans les attitudes…

CHRISTOPHE CASTANER
Vous avez raison, vous avez raison.

MARCELO WESFREID
Au début c'était un groupe qui était quand mme le petit doigt sur la couture du pantalon comme on dit et, là, il est plus libre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et vous nous le reprochiez et vous disiez... et certains les insultaient même, en disant : « ce sont des godillots ». Il a fallu quelques mois pour trouver ses marques, aujourd'hui il y a un débat, ce débat il est sain. Ce qui me rassure c'est qu'on n'est pas le schéma politique que j'ai connu quand j'étais dans la majorité précédente avec le Parti socialiste et les Frondeurs, c'est-à-dire que vous aviez un groupe qui de toute façon systématiquement était là pour s'opposer au gouvernement pour faire tomber le gouvernement, là vous avez des gens qui par leur parcours personnel, par leur culture, par leur spécialité sur tel ou tel sujet portent un amendement sur la loi Littoral, vont porter un amendement sur la biodiversité, tout ça fait un ensemble qui ressemble à ce que nous sommes La République En Marche avec des femmes et des hommes qui viennent de tous les horizons politiques et qui ne sont pas membres d'un seul mouvement idéologique mais qui correspond à un étalage large. Mais au bout du compte l'essentiel pour moi c'est que les lois soient votées, soient mises en oeuvre et soient améliorées dans la discussion parlementaire, y compris d'ailleurs par nos oppositions – ça été le cas ici au Sénat – par le travail fait par l'opposition et la majorité sénatoriale sur la loi SNCF.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Il est reproché notamment à certains parlementaires d'avoir repris in extenso des amendements venant des lobbies, est-ce que - pour prendre des expressions qui sont un peu à la mode – ce n'est pas l'ancien monde qui rejoint le nouveau ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si ces amendements avaient été votés oui ça serait l'ancien monde, mais je n'aime pas l'expression ancien monde, mais si c'était le cas ensuite non, moi je ne les rappelle pas à l'ordre mais je les rappelle à la prudence, effectivement quelquefois les lobbies…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Donc, vous avez vu le danger quand même ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, mais il n'est pas nouveau…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bien sûr qu'il n'est pas nouveau.

CHRISTOPHE CASTANER
Tous les parlementaires qui ne font pas attention reçoivent quelque chose, les lobbies peuvent vous convaincre que... vous savez moi je pense qu'il faut écouter, pas les lobbies, mais de toute façon les représentants des différents intérêts, et, quand on est parlementaire, on est censé avoir un libre arbitre qui fait qu'on évite de prendre pour argent comptant tel ou tel sujet, mais il faut dialoguer, ce que j'ai entendu sur la loi Alimentation par exemple est purement scandaleux, on dit : « oui vous avez écouté les lobbies, pardon c'est quoi les lobbies ? Oui c'est la profession agricole », eh bien excusez-moi ce n'est pas non plus un problème que de discuter avec la profession agricole, je pense que c'est plutôt bien, que Stéphane TRAVERT a raison de faire confiance aussi dans le monde agricole quand le monde agricole s'engage.

CYRIL VIGUIER
Marcelo WESFREID, le chantier des retraites.

MARCELO WESFREID
Sur le chantier des retraites, gros, énorme chantier et très risqué, il y a 42 régimes spéciaux à unifier, vous avez décidé le gouvernement de lancer une consultation pour que les français s‘expriment, est-ce que ce n'est pas un peu gadget sachant que c'est le gouvernement évidemment qui a déjà les grandes lignes de la réforme en tête ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ah ! Mais ce sont les Français qui ont la réforme en tête, parce qu'au fond là encore nous faisons exactement à la fois sur le tempo comme sur le fond ce qu'Emmanuel MACRON candidat à la Présidentielle avait annoncé, il avait dit : « un an et demi - deux ans de discussion avec cet objectif de faire en sorte qu'un euro cotisé quelque soit le métier d'où je cotise génère les mêmes droits pour ma retraite », ça c'est la règle, c'est effectivement celle sur laquelle nous avons été élus.

MARCELO WESFREID
Sur quoi il y a une marge de discussion possible avec les français ?

CHRISTOPHE CASTANER
Par exemple la prise en compte de pénibilité, la prise en compte de certains métiers particuliers, les retraites de l'armée peuvent avoir un régime particulier – ça été présenté par le Haut commissaire – donc ça fait partie des sujets dont il faut qu'on discute, la question de la pénibilité, vous parliez des partenaires sociaux, nous ne voulons pas supprimer la pénibilité, il y a des métiers plus difficiles que d'autres, il faut l'entendre et il faut le prendre en compte, ça fait partie des sujets qui vont être ouverts ; et puis on fait une réforme là encore dans la durée, Emmanuel MACRON candidat l'avait dit, avec une montée en puissance sur 10 ans. Donc, il vaut mieux prendre le temps de discuter, d'échanger, de partager sur un sujet aussi complexe et aussi personnel parce qu'il touche chacune et chacun d'entre nous et puis, ensuite, on la mettra en oeuvre : une méthode, une volonté, plus d'équité, plus de liberté aussi dans le choix pour les moments où on veut partir.

MARCELO WESFREID
Sur un timing beaucoup plus resserré vous avez annoncé, enfin le gouvernement va présenter un plan Pauvreté d'ici au 15 juillet, très concrètement Christophe CASTANER qu'est-ce que vous aimeriez voir dans ce plan ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, moi vous savez je ne veux pas faire des préannonces au travail d'Agnès BUZYN et de celles et ceux qui l'entourent…

MARCELO WESFREID
Vous avez bien un avis, qu'est-ce que vous…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais d'abord je fais un constat…

MARCELO WESFREID
L'équilibre politique de ce plan ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je fais un constat globalement sur les aides sociales qui contribuent à la lutte contre la pauvreté, parce qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. On voit bien qu'on est sur l'un des plus hauts niveaux d'aides sociales de l'OCDE et pourtant ça ne marche pas, neuf millions de pauvres aujourd'hui en France et une pauvreté qui évolue, qui porte sur les plus jeunes, qui portent sur les mères isolées et leurs enfants, donc effectivement je vois qu'on a des sujets sur lesquels il faut assumer de remettre sur la table non pas avec une vision d'économie budgétaire mais avec une vision de plus grande efficacité, je pense que les aides elles doivent toujours se fixer un seul objectif : ramener la personne vers le travail, c'est vers cette société du travail que nous devons orienter tous nos dispositifs.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est une ligne politique, on sent bien que les électeurs de gauche – vous-même vous venez du Parti socialiste – les électeurs de gauche quand on regarde les derniers sondages sont un peu perdus par rapport à Emmanuel MACRON qu'ils trouvent un peu trop à droite à leur goût, pour vous c'est un sujet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, d'abord c'est un sujet parce qu'il faut entendre ceux qui aujourd'hui ont voté pour Emmanuel MACRON et sont critiques comme il faut entendre ceux qui n'ont pas voté pour lui. Mais moi mon sentiment est qu'aujourd'hui notre électorat, les Français, ne cherche plus à se positionner dans ce discours de droite et de gauche, il trouve que certaines mesures sont bonnes, que d'autres sont mauvaises, mais il ne raisonne pas comme nous raisonnons un peu trop mécaniquement - toutes les études le montrent d'ailleurs – mais je vous assure que dans la rue on va me dire : « ça ce n'est pas bien, ça c'est bien » mais on ne me dit pas : « ça c'est de droite ou ça c'est de gauche ». Moi je crois que c'est vraiment un référentiel qui n'est plus perçu aujourd'hui, quand on est élu local – je suis ici au Sénat – on le sait, moi les derniers grands investissements à l'échelle de ma commune que j'ai faits quand j'étais maire c'est la rénovation d'une tour médiévale et le lancement d'un pôle enfance, j'ai du mal à les positionner sur le curseur de droite et de gauche, pourtant je sais que les deux étaient importants.

CYRIL VIGUIER
Christophe CASTANER, le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement et délégué général de La République En Marche, est notre invité ce matin. On va passer au dossier des migrants, le nouveau gouvernement italien a durci le ton, vous avez proposé hier qu'on lance une Agence européenne des migrations, à quoi ressemblerait cette agence très concrètement ?

CHRISTOPHE CASTANER
D' abord un constat, je pense que le résultat électoral en Italie - que je n‘ai pas à commenter même si les idées notamment de la droite extrême ont toujours été les idées que j'ai combattues – le résultat est aussi la conséquence je crois de l'abandon par l'Europe du sujet des migrants et de l'abandon de l'Italie en particulier qui par la proximité avec la Libye s'est retrouvée à gérer énormément de migrants sans en avoir les moyens, sans avoir la solidarité, résultat le peuple vote…

CYRIL VIGUIER
Avec l'exaspération.

CHRISTOPHE CASTANER
Et, donc, il faut l'entendre - quelquefois l'Europe est critiquée parce qu'elle est impuissante, là je considère qu'elle a été coupable - et donc j'ai fait une proposition, celle d'avoir une Agence européenne qui gère la question des migrants à la fois sur l'entrée à la frontière de l'Europe, avec un renforcement de Frontex intégré dans cette agence, Emmanuel MACRON avait porté et porte encore la volonté de renforcer de 15.000 hommes l'efficacité de ce dispositif, mais aussi ensuite sur le juste équilibre de la place des réfugiés - et je fais différence entre les migrants et les réfugiés - sur la place des réfugiés partout en Europe sur l'intégration, et par exemple cette agence je fais une proposition simple qu'aujourd'hui elle puisse contribuer à l'installation dans les communes, dans les village , dans les villes de réfugiés politiques et qu'en même temps on ait un dispositif de boni qu'on connaît bien sur notre territoire, si j'accueille, si je contractualise avec l'agence, j'aurais un doublement des aides pour faire les infrastructures nécessaires. Voilà des choses très concrètes dont les Français ont besoin, dont les Européens ont besoin pour casser cette image d'une Europe totalement technocratique et éloignée de nous.

MARCELO WESFREID
On apprend ce matin Christophe CASTANER que deux camps de réfugiés ont été évacués à Paris, un Porte de la Chapelle et un autre sur le canal Saint-Martin, est-ce que les relations entre le ministre de l'Intérieur et Anne HIDALGO - la maire de Paris - sont maintenant au beau fixe ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne sais pas, il faut leur poser la question aux deux. Mais c'est vrai qu'on a changé notre façon de procéder, précédemment quand il y avait des camps on évacuait et ont régularisait, personne n'ose vraiment le dire mais c'était comme ça, c'était organisé comme ça, aujourd'hui ce n'est plus le cas, nous considérons que ceux qui doivent être évacués doivent voir leur dossier examiné selon le droit commun, ceux qui peuvent rester en France et dont on reconnaîtra le statut de réfugié pourront rester en France, ceux qui parce qu'ils sont dubilinés (phon) et beaucoup - pardon je ne veux pas dire dubliné, c'est un peu technique - mais ceux qui étaient en Allemagne dont on n'a pas reconnu le statut de réfugié et qu'on retrouve sur les berges du canal Saint-Martin par exemple n'ont pas vocation à rester en France devront être reconduits à la frontière.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous évoquiez à l'instant le rôle de l'Europe, l'évolution de l'Europe, vous parlez d'Europe, vous avez vous avez créé la Grande marche de l'Europe, c'est même difficile de parler d'Europe aujourd'hui surtout que les Français ont l'impression qu'elle s'est faite à marche forcée, comment vous faites ? Vous allez présenter les résultats formels, vous allez vous-même en Italie dans quelques jours, quel bilan vous en tirez de cette Grande marche ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous ai raison c'est compliqué de parler d'Europe et, pourtant, nous savons que en avons besoin. D'abord, puisque vous évoquez la Grande marche, moi je voudrais saluer la mobilisation de notre mouvement politiques, aucun mouvement politique ou partis en France n'a cette capacité-là aujourd'hui, j'ai lancé la Grande marche, 40.000 Marcheurs étaient présents partout en France, y compris dans les territoires ruraux, nous avons frappé plus de 230.000 portes pour aller parler Europe. Il y a un indicateur intéressant, dans trois cas sur quatre, dans trois portes sur quatre nous sommes venus, nous avons toqué, on a dit : « bonjour, nous sommes Marcheurs, on vient vous parler Europe », les gens nous ont dit : « Ah oui, OK, rentrez » et on a fait des questionnaires, on a passé 10 minutes en moyenne avec les Français qui nous accueillaient, comme quoi l'ambiance est plutôt bonne, mais on a un discours d'exigence, d'une Europe qui ne satisfait pas, qui a perdu son empreinte, son sens d'origine, on a ses exigences-là ; Et puis il y a une dimension mondiale, les décisions du président TRUMP, le résultat des élections en Italie, le Brexit sont autant de sujets qui bousculent l'Europe. Qu'est-ce qu'on fait, on baisse les bras parce qu'on se dit que c'est trop compliqué ou, au contraire, on porte le projet européen, on le change ? Moi je ne suis pas un Européen béat, mais parce que j'aime l'Europe je veux la changer et ce sera tout le sens de la campagne que nous allons mener.

MARCELO WESFREID
Qu'est-ce que vous allez faire sur la PAC , la Politique Agricole Commune, pour la première fois le budget va descendre, or quasiment tous les agriculteurs en France perçoivent des aides de cette Politique Agricole Commune, la France dit : « on va aller à Bruxelles, on va discuter » mais la France apparaît très isolée sur le sujet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Pas tout à fait et pas pour la première fois, je dirais presque comme d'habitude, la première maquette présentée par Bruxelles diminue la PAC, chaque fois qu'on a eu à négocier avec la PAC…

MARCELO WESFREID
Des prêts entre 5 et 15 %, c'est énorme.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est énorme, mais je dis au début de la discussion Bruxelles commence toujours par dire : « la PAC ça ne va pas, on la baisse », puis il y a des tensions, il y a des discussions et c'est le rôle du ministre de l'Agriculture. Vous avez pu noter qu'au lendemain de l'adoption et de la fin de la discussion de la loi Alimentation Stéphane TRAVERT s'est rendu à Madrid et a rencontré cinq des plus grands partenaires de la politique agricole pour justement faire un pack pour négocier avec Bruxelles, donc nous ne baisserons pas les bras et nous avons besoin de cette PAC non pas pour ce soit un complément de rémunération mais parce que notre agriculture française en particulier a besoin de se transformer en profondeur, le réchauffement climatique - si je ne prenais qu'un exemple - implique des investissements massifs, nous avons besoin d'une PAC forte pour aider notre agriculture et nos agriculteurs.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Les Européennes vont être un marqueur important dans la vie politique française, c'est l'année prochaine, juste derrière il y aura les Municipales, parlons un petit peu de vous, vous êtes toujours intéressé par Marseille ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je ne suis pas candidat à la mairie de Marseille, je sais que mon nom circule, je regarde à Marseille comme toutes les villes de France parce que je suis le patron…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous ne l'excluez pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne l'exclus pas, mais je ne suis pas candidat, et aujourd'hui je vais peut à Marseille parce que j'ai d'autres responsabilités, il y a d'autres profils qui pourront porter les valeurs de La République En Marche, ça n'est pas un sujet pour moi.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Par contre les Municipales vont en être un en terme de structuration, de recomposition politique si l'on veut reprendre le terme du moment, vous avez des villes où il y aura certainement des têtes de liste Républicain avec probablement derrière des candidats de chez vous dans cette liste-là, vous êtes en mesure de soutenir demain une liste menée par un Républicain ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, bien sûr, parce que La République En Marche nous ne sommes pas un mouvement classique qui considère que tous ceux qui sont en place sont nuls et que nous parce qu'on arrive on est meilleurs, ça je l'ai tellement vécu dans le jeu politique traditionnel, il y a des endroits où vous avez des maires élus avec une étiquette du Parti socialiste, avec une étiquette des LR qu'on fait un super boulot…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Par exemple à Toulouse ça pourrait être le cas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ca pourrait être le cas à Toulouse, mais les discussions…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
A Bordeaux ça pourrait être le cas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ah ! A Bordeaux je ne sais pas si Alain JUPPE sera à nouveau candidat ou pas, mais ça peut être le cas partout, je n'exclue rien, et je l'ai dit à tous les Marcheurs : « vous faites d'abord un diagnostic de situation, vous allez à la rencontre des habitants, vous sentez la perception, est-ce que ce maire joue le jeu de la démocratie, est-ce que ce maire a transformé sa ville », si c'est le cas je me fiche de savoir s'il a été un jour Républicain ou pas, je lui ferai une proposition de travail, je proposerai un socle de valeurs communes, un engagement commun, je demanderai à des Marcheurs de l'accompagner si le maire le souhaite et je pourrai parfaitement soutenir - le jeu étant La République En Marche - soutenir un maire quelle que soit l'origine de son engagement. Moi je ne crois pas au déterminisme politique, la preuve Emmanuel MACRON et ce que nous faisons autour de lui, le premier geste politique d'Emmanuel MACRON ça été le dépassement politique, eh bien on va le poursuivre au moment des Européennes et au moment des Municipales.

MARCELO WESFREID
Emmanuel MACRON va s'exprimer à nouveau devant le Congrès à Versailles, d'abord est-ce que vous pouvez nous confirmer la date, c'est le 9 juillet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je ne confirme pas l'agenda du président, mais vous semblez... bloquez votre agenda.

MARCELO WESFREID
Donc le 9 juillet, partons sur le 9 juillet, merci de cette info.

CHRISTOPHE CASTANER
Moi j'ai bloqué le mien le cas où.

MARCELO WESFREID
Qu'est-ce que vous en attendez et quel type de message vous pensez qu'il va délivrer à ce moment-là ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord rappeler que c'est un engagement qu'il avait pris devant les Français de venir chaque année s'adresser aux parlementaires, certains en font un élément du cirque médiatique pour dénoncer et pour critiquer, déjà tenir son engagement c'est toujours du bon sens ; Ensuite ce rendez-vous est important pour tracer les perspectives qui sont nécessaires au changement de la France, il le fera tous les ans dans ce dialogue qu'il a institutionnellement entre le président et les parlementaires, c'est aussi un signe de respect pour les parlementaires.

CYRIL VIGUIER
Christophe CASTANER, les dirigeants des différents médias de service public audiovisuel se retrouvent ce matin autour de la ministre de la Culture pour parler de cette loi audiovisuelle qui arrive, est-ce que vous vous êtes partisan d'une diminution du périmètre, moins de chaînes mais mieux dotées ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez bien que si je répondais à cette question ça apparaîtrait comme une information et je veux laisser Françoise NYSSEN et les responsables du pôle audiovisuel en parler tout à l'heure et, donc, je ne va rien annoncer sur ce sujet, mais ce que je constate c'est que le sens de l'audiovisuel public s'est pour certains de nos médias perdu et qu'il est nécessaire de remettre à plat cela, de réorienter, de retrouver de l'ambition d'éduquer, de cultiver, de divertir et surtout qu'il y ait une vraie différence entre l'audiovisuel public et l'audiovisuel privé, quand quelquefois je regarde la télé et que je ne vois pas cette différence je me dis que les Français peuvent douter des raisons de donner 139 euros par an pour l'audiovisuel public.

CYRIL VIGUIER
On vient d'apprendre une nouvelle, ANTICOR vient de... soupçon de corruption sur le secrétaire général de l'Elysée, est-ce que vous êtes au courant de cette affaire, l'association ANTICOR porte plainte, est-ce que vous pouvez réagir à ça ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne qualifie pas d'affaire le fait qu'une structure ANTICOR qui est habituée à cela multiplie des initiatives et les perd souvent, donc ne qualifions pas d'affaire cela, si ANTICOR a un doute sur un quelconque sujet il est normal qu'elle puisse saisir la justice, il est normal que la justice puisse regarder ça…

CYRIL VIGUIER
Vous étiez informé de cette affaire, du tout, entre guillemets ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et je ne sais pas…

CYRIL VIGUIER
... de cette information ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne sais pas quel est l'objet de la plainte d'ANTICOR, mais donc voilà il est normal dans ce pays qu'on puisse enquêter, examiner sur tous les sujets, mais attention à ce qu'une plainte déposée sur des sujets qu'on ne connaît pas ne devienne pas une affaire, une affaire politique.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup Christophe CASTANER, vous êtes secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, délégué général de La République En Marche, merci d'avoir été notre invité politique. On passe maintenant au debrief de votre propos dans un instant, merci messieurs, au revoir.

MARCELO WESFREID ET FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Au revoir.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2018

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