Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Inter le 4 juin 2018, sur le glyphosate, la loi Littoral, l'huile de palme et sur les produits plastiques à usage unique. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Inter le 4 juin 2018, sur le glyphosate, la loi Littoral, l'huile de palme et sur les produits plastiques à usage unique.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, SALAME Léa.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

LEA SALAME
Bonjour Brune POIRSON.

BRUNE POIRSON
Bonjour Léa SALAME.

LEA SALAME
Merci d'être avec nous ce matin. « MACRON, ce sont des grands discours et à la fin, ce sont les lobbies qui gagnent », c'est Yannick JADOT qui le dit, relayant les critiques d'une grande partie de l'opposition après la loi Agriculture et alimentation. Vous leur répondez quoi ? « Non, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas les lobbies qui gagnent en macronie » ?

BRUNE POIRSON
Je leur demande simplement de regarder clairement et concrètement la situation. En particulier, je demande à Yannick JADOT de se mettre à travailler au lieu de passer son temps à faire des grandes déclarations. Sur la question par exemple du glyphosate, vous savez, ça me rend furieuse. Ça me rend furieuse parce que la réalité, c'est que la question du glyphosate c'est nous qui l'avons mis à l'agenda. A l'agenda de l'opinion publique française mais aussi à l'agenda de l'opinion publique européenne.

LEA SALAME
C'est vrai.

BRUNE POIRSON
Absolument.

LEA SALAME
C'est vrai, Brune POIRSON, mais alors pourquoi vous n'allez pas jusqu'au bout ? Pourquoi vous n'inscrivez pas votre proposition dans la loi ?

BRUNE POIRSON
Mais nous allons jusqu'au bout. Vous savez ce qu'on a fait déjà ? On a négocié et, encore une fois, ç'aurait été bien plus facile de faire comme les gouvernements précédents, c'est-à-dire de se contenter de dire : « Oui, mais on est contre le glyphosate. » Sauf que dire ça, ça ne suffit pas. Derrière, il faut faire le petit travail de fourmi, de construction, de coalition au niveau européen. Et ça prend des semaines, ça se fait en dessous des radars et je peux vous le dire puisque c'est moi qui l'ai mené en grande partie. C'est comme ça qu'on a obtenu que la Commission européenne fasse à un tour de table à quinze ans, à dix ans et puis à cinq ans.

LEA SALAME
Ça, c'est au niveau de l'Union européenne.

BRUNE POIRSON
Et le président de la République a décidé d'aller même encore plus loin puisque, comme vous le savez, il a dit et il s'est engagé à sortir du glyphosate d'ici trois ans. Il ne l'a pas dit qu'une fois en novembre dernier, il l'a aussi rappelé avec courage au moment du Salon de l'Agriculture.

LEA SALAME
Pourquoi vous ne l'avez pas inscrit dans la loi ?

BRUNE POIRSON
Mais encore une fois, moi j'ai travaillé…

LEA SALAME
Ça n'aurait pas été plus simple, pardon, répondez simplement : ça n'aurait pas été plus simple…

BRUNE POIRSON
Je suis en train de vous répondre, Léa SALAME. J'ai travaillé dans le domaine du développement durable pendant quinze ans, parfois dans des endroits où c'était très difficile et où la lutte contre le changement climatique se faisait particulièrement sentir. Et je sais qu'inscrire des beaux objectifs dans la loi ou des beaux objectifs dans les stratégies d'entreprise, ça ne suffit pas. Parce que ce qu'il faut, c'est construire un mouvement, une dynamique concrètement sur le terrain, et c'est ça qu'on est en train de faire. Vous savez, moi dans mon ministère, des cadavres de promesses il y en a plein les placards. Il y en a plein les placards. Sauf que nous, ce qu'on s'occupe à faire, c'est à créer une vraie dynamique et on a déjà commencé à le faire. On a commencé sur la question du glyphosate.

LEA SALAME
Sur le glyphosate justement, s'il n'y a pas d'alternative d'ici deux ans, qu'est-ce qui empêchera le gouvernement, puisque ce n'est pas inscrit dans la loi donc ce n'est pas contraignant, qu'est-ce qui empêchera le gouvernement de dire : « Il nous faut, en fait, un délai encore de deux ans et peut-être encore un délai de deux ans » ?

BRUNE POIRSON
Ça, c'est une méthode qui fonctionnait et qui aurait pu fonctionner au niveau européen. Mais nous on l'a dit dès le début et on a commencé à le faire. Dès le début, on a dit : « On fait confiance aux acteurs mais on les contrôlera. » Je peux vous dire, par exemple, que dès le mois de juillet là, le ministre de l'Agriculture Stéphane TRAVERT va rencontrer et va continuer de rencontrer les filières agricoles pour revoir en détails quels sont leurs engagements et s'ils sont suffisamment ambitieux en matière de sortie du glyphosate. Il y a déjà un travail qui a été fait…

LEA SALAME
… les alternatives aujourd'hui ?

BRUNE POIRSON
Il y a plusieurs projets d'alternatives. Il faut continuer à travailler mais vous savez aussi, pour beaucoup il s'agit de changer les comportements. Parce que l'objectif, ce n'est pas de remplacer un produit nocif par un autre ; l'objectif, c'est une démarche plus globale aussi. C'est-à-dire qu'on parle du glyphosate parce qu'aujourd'hui, on a un nom qui symbolise cette utilisation parfois excessive des produits phytosanitaires. Mais c'est pour ça aussi que le gouvernement a présenté récemment un plan de sortie des produits phytosanitaires qui vise à accélérer et de baisser la dépendance aux herbicides, aux pesticides en tous genres, parce que c'est un mouvement plus global qu'on veut enclencher.

LEA SALAME
Brune POIRSON, ce qui caractérise Emmanuel MACRON, c'est son volontarisme. On l'a vu avec la loi Travail, avec la SNCF, avec la suppression de l'ISF pour les plus riches, il n'hésite pas à inverser la logique des choses. Alors comment expliquer qu'il soit si timide, si timoré, si empêché quand il s'agit de la modernité alimentaire et des questions écologiques ? Où est le volontarisme d'Emmanuel MACRON ? Où est le reversement des logiques ?

BRUNE POIRSON
Mais je vais vous répondre. C'est très simple, elle est dans la loi EGalim, dans cette loi qui a été débattue, là, à l'Assemblée. Vous savez que ça fait des années et des années que les agriculteurs et les consommateurs français attendent un changement. Ils attendent justement cette inversion de logique et c'est exactement ce qu'il y a dans cette loi-là. Vous savez qu'en France…

LEA SALAME
Alors pourquoi tout le monde n'applaudit pas ? Pourquoi les ONG ne sont contentes ?

BRUNE POIRSON
Mais parce que c'est bien plus facile de voir le verre à moitié vide. Vous savez dans cette loi, en France, il faut se dire une chose et il faut bien l'avoir en tête. Il y a un tiers des agriculteurs qui vivent avec moins de trois cent cinquante euros par mois. Ça, ce n'est pas tolérable. Ils font un travail qui est essentiel : ils nous nourrissent, ils font la beauté de nos paysages. Il faut qu'ils arrivent à vivre dignement. Et dans cette loi EGalim, on inverse la logique. Maintenant, on va fixer le prix, le coût, à partir des prix pour le producteur. C'est ça, on a inversé cette logique-là. Et pour les consommateurs, c'est pareil. Il y a des avancées qui sont absolument majeures en termes d'alimentation. Vous savez que d'ici 2022, il y aura 50 % de produits issus des circuits courts ou de bio dans les cantines. Il y aura aussi – on en parle depuis longtemps et ça, personne ne le salue suffisamment – vous savez, les produits néonicotinoïdes, ces fameux produits qui tuent les abeilles, ils vont être supprimés.

LEA SALAME
On l'a dit, il y a des avancées. Mais pour beaucoup, ça aurait pu aller beaucoup plus loin.

BRUNE POIRSON
Mais il y a plus que des avancées.

LEA SALAME
Par exemple sur la philosophie, j'essaye de comprendre comment vous fonctionnez au gouvernement face à ces sujets écologiques. Par exemple quand vous préparez les dossiers, tenez : la loi Littoral. Là, c'est la loi qui est dans la loi Logement, la loi ELAN. Vous vous dites ensemble : « On va casser cette loi historique qui remonte à 86 que ni Nicolas SARKOZY ni Jacques CHIRAC n'avaient touchée, qui interdit de construire en bord de mer. » Vous vous dites : « Nous, on va la changer » ?

BRUNE POIRSON
Non, absolument pas. On ne se dit pas ça du tout. Ce qu'on veut aussi, vous le savez et c'est toujours un équilibre. On veut favoriser aussi le développement par exemple du logement en France, mais surtout, et là on voit toute l'importance du débat à l'Assemblée. Il y avait des spécificités très locales que nous ont remontées les députés et au terme du débat, nous avons fait ressortir…

LEA SALAME
A trancher complètement.

BRUNE POIRSON
Si, absolument. On a tranché. La loi Littoral, nous n'y toucherons pas.

LEA SALAME
Les élus locaux vont quand même pouvoir adopter la loi Littoral et vont pouvoir interpréter de manière plus ou moins laxiste la loi.

BRUNE POIRSON
Non, on ne va pas changer du tout cette loi Littoral. Elle reste, elle est importante, elle fait partie presqu'intégrante de l'ADN français.

LEA SALAME
Deux petites questions d'actualité, si vous le voulez bien. D'abord une question du porte-parole de Greenpeace qui vous interpelle, Clément SENECHAL sur Twitter : « Brune POIRSON, après avoir autorisé TOTAL à importer massivement de l'huile de palme pour son usine de La Mède, la France va-t-elle continuer à bloquer les négociations européennes actuelles sur une sortie progressive des agrocarburants ? »

BRUNE POIRSON
La France ne bloque pas. Moi, vous savez, encore une fois je mène des négociations au niveau européen. Je peux vous dire qu'on est très volontariste. Là, sur cette question spécifique du projet de La Mède, on touche du doigt la difficulté de la transition écologique, c'est-à-dire qu'on doit aller d'un point A à un point B. On doit faire en sorte qu'il y ait le moins de perdants possible. Encore une fois, ce n'est pas nous qui avons pris cette décision. C'était une décision, concernant cette raffinerie de TOTAL à La Mède, c'était une décision qui a été prise par le gouvernement précédent et on aurait pu… Là, nous avons maintenu cette décision parce que nous voulions et sauver les emplois et, en même temps aussi, transformer cette usine qui, je le rappelle, était fondée et visait à nourrir un modèle économique du passé. Et aujourd'hui, on a voulu changer ça et on a d'ailleurs aussi travaillé et on continue avec TOTAL de travailler pour qu'ils intègrent dans leur production, dans leur bioraffinerie, le plus d'agro-carburants possibles qui sont produits en France et qui sont aussi, par exemple, issus d'huiles usagées.

LEA SALAME
Le temps presse et je veux absolument vous poser cette question-là. La Commission européenne veut bannir les produits plastiques à usage unique qui représentent 70 % des déchets marins. Elle vise dix produits comme les bâtonnets cotons-tiges, les assiettes en plastique, les pailles. Elle veut les interdire. Est-ce que la France est pour ? Est-ce que vous êtes pour ?

BRUNE POIRSON
Mais bien sûr, et c'est déjà d'ailleurs inscrit dans la loi et on a lancé cette feuille de route de l'économie circulaire qui vise à aller même encore plus loin que la Commission européenne.

LEA SALAME
Pour finir, rassurez-nous Brune POIRSON, comment il va ?

BRUNE POIRSON
Nicolas HULOT ?

LEA SALAME
Oui.

BRUNE POIRSON
Très bien !

LEA SALAME
Il va bien ?

BRUNE POIRSON
Je lui ai parlé encore hier. Il va très bien.

LEA SALAME
Il est en forme ?

BRUNE POIRSON
Il est en forme.

LEA SALAME
Il faut lui remonter le moral tous les quelques temps quand il ne va pas bien ?

BRUNE POIRSON
Vous savez, Nicolas HULOT ce n'est pas un enfant. Nicolas HULOT, c'est l'inverse d'un enfant. C'est quelqu'un qui a profondément conscience de l'urgence et de l'importance des sujets, et donc il est habité par ça. Et quand vous pensez au changement climatique toute la journée, il y a de quoi ne pas dormir et être inquiet.

LEA SALAME
Merci Brune POIRSON. Si je vous dis : « Merci ma poule », vous me dites quoi ?

BRUNE POIRSON
Maintenant, je vous connais un peu mais je vous dirais surtout que…

LEA SALAME
Ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est un député. Parce que pour les gens qui sursautent, là, derrière leur poste. C'est un député apparenté PS, Christian HUTIN pour ne pas le citer, qui vous a dit : « Merci ma poule », ou je ne sais plus quoi à l'Assemblée nationale.

BRUNE POIRSON
Déjà, je ne connais pas ce monsieur, je ne le connais pas bien. Je ne suis certainement pas sa poule, et je crois que c'est assez humiliant et qu'il faut que ce genre de pratiques cesse.

LEA SALAME
Il s'est excusé ?

BRUNE POIRSON
Il s'est excusé.

LEA SALAME
Merci Brune POIRSON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2018

Rechercher