Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec France Info le 4 juin 2018, sur la condamnation d'une djihadiste française en Irak, la politique du logement et sur la question migratoire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec France Info le 4 juin 2018, sur la condamnation d'une djihadiste française en Irak, la politique du logement et sur la question migratoire.

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires;

ti :

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Jacques MEZARD.

JACQUES MEZARD
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous allons parler de la loi ELAN, une loi sur le logement que vous présentez actuellement à l'Assemblée nationale. Vous y avez passé le week-end et ce n'est pas tout à fait terminé. Mais auparavant, vous avez été avocat dans votre première vie - quand on est avocat un jour, on est avocat toujours - et nous regardons avec attention, parce qu'il fait débat, le dossier de Mélina BOUGHEDIR, la jeune femme française de vingt-sept ans qui a été condamnée hier à la prison à perpétuité, ramené à vingt ans par la justice irakienne pour avoir combattu, dit la justice irakienne, dans les rangs de l'Etat islamique, ce que dénie vigoureusement Mélina BOUGHEDIR. Un procès inéquitable ont dit trois avocats français qui l'assistaient hier à Bagdad. Le procès, disent-ils, a duré soixante minutes, le délibéré a pris cinq minutes. Ce procès n'en était pas un disent-ils. Déjà sur le plan des principes, ça vous choque qu'une justice puisse condamner à vingt ans une personne de manière aussi expéditive ?

JACQUES MEZARD
Comme vous l'avez rappelé, j'ai exercé la profession d'avocat pendant trente-huit ans, donc je suis très sensible à ces sujets. Effectivement, quand on voit les méthodes, et il faut dire par rapport aux droits de la défense, nous sommes dans notre pays et heureusement dans un niveau de respect des droits de la défense qui a toujours été prioritaire. Ça ne fonctionne pas partout de la même manière effectivement. Et lorsqu'on voit certains de nos ressortissants qui sont jugés à l'étranger avec une autre procédure, je comprends que cela puisse choquer. Ceci étant, c'est toujours un drame que des familles, que des Françaises et des Français soient partis en Irak, en Syrie pour rejoindre l'Etat islamique. Ils ont pris des responsabilités, des responsabilités graves en participant à des faits que l'on ne peut ni tolérer ni cautionner. Alors, vous savez, le gouvernement, tel que ç'a toujours été d'ailleurs le cas des gouvernements français, c'est de suivre quand même la situation de ses ressortissants là-bas. Mais la justice, cette personne a été…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils ont été jugés. Le quai d'Orsay a dit : « Nous respectons la sentence de la justice irakienne. » Ce qui fait polémique, c'est la déclaration qui a précédé la décision de la justice irakienne, celle de votre collègue Jean-Yves LE DRIAN, ministre de la Défense - des Affaires étrangères, pardon – qui, jeudi soir, était l'invité de LCI. Et donc, avant même le procès, trois jours avant le procès, a décrété que madame BOUGHEDIR était coupable. On écoute Jean-Yves LE DRIAN.

JEAN-YVES LE DRIAN, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES – DOCUMENT LCI
Madame BOUGHEDIR est une combattante. Quand on va à Mossoul en 2016, c'est pour combattre. Et donc, elle est jugée sur les lieux de ses exactions. C'est la logique normale. Elle a combattu contre les unités irakiennes, elle est jugée en Irak.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors combattante, elle dit qu'elle ne l'a pas fait et visiblement les preuves n'existent pas parce que savoir qui a fait quoi dans cette région du monde à ce moment-là, c'est très difficile. Est-ce que le ministre des Affaires étrangères n'a pas été trop loin en la déclarant pratiquement coupable avant qu'elle ne soit jugée par la justice irakienne ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, je crois qu'il faut non pas relativiser les choses parce que c'est toujours important, mais je pense que le ministre des Affaires étrangères a des éléments sur ce qui s'est passé dans ce type d'affaires que je n'ai pas. Moi, je constate…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'est pas sûr qu'il en ait sur elle-même parce que visiblement, elle a été jugée au mois de mars par la justice irakienne qui, à l'époque, ne l'avait pas qualifiée de combattante.

JACQUES MEZARD
C'est exact, mais enfin je crois que là-dessus il faut aussi être clair. Ceux qui partent dans ces conditions, en toute connaissance de cause quand même sur ce qui s'y passe, en prenant des risques pour eux-mêmes mais en en faisant prendre à d'autres, doivent assumer des responsabilités. Moi, autant je suis très respectueux, bien évidemment, d'avoir une procédure conforme aux droits de la défense, autant ceux qui y vont dans ces conditions, en pleine période de guerre en sachant ce qui s'y passe quand même, prennent des risques pour eux, pour leurs familles et aussi pour les autres.

JEAN-MICHEL APHATIE
Si elle demande un rapatriement en France, que faut-il faire ?

JACQUES MEZARD
Que faut-il faire ? Moi, je constate que nous avons une tradition dans notre pays : c'est quand même de suivre la situation de nos ressortissants lorsqu'ils sont à l'étranger. Mais là, on ne peut pas à la fois, je dirais, avoir une politique respectant la manière dont sont jugés les gens ailleurs parce qu'on ne va pas, nous, expliquer aux Irakiens comment ils doivent juger. On peut suivre nos ressortissants, mais je crois que là, encore une fois, cette personne et d'autres - et il y a plusieurs centaines de Français - sont partis là-bas en toute connaissance de cause. Il y a eu une condamnation. Je ne doute pas que la France, parce que c'est son habitude, suivra ensuite, mais il faut aussi assumer les conséquences de ses actes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous présentez donc actuellement, Jacques MEZARD, à l'Assemblée nationale la loi ELAN : Evolution du Logement et Aménagement Numérique. Cette loi suscite beaucoup de débats, nous allons les évoquer. Des lois sur le logement, il y en a une part quinquennat. C'est un secteur qui n'est pas stabilisé juridiquement, on change tout le temps les règles. Pourquoi ? Il faut que chaque ministre ait sa loi ? Qu'est-ce qui se passe ?

JACQUES MEZARD
Vous avez remarqué que cette loi ne porte pas mon nom. Non, je crois qu'il y a un changement fondamental dans la loi que je suis en train de présenter à l'Assemblée nationale. C'est que, contrairement aux lois précédentes, l'objectif numéro un c'est de simplifier les procédures. C'est de simplifier l'acte de construire, c'est de ne pas rajouter de normes nouvelles, de procédures nouvelles au contraire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Permis de construire plus facilement par exemple.

JACQUES MEZARD
Oui. Simplifier la procédure permis de construire, lutter contre les recours, accélérer les procédures quand il y a des recours. Par exemple, nous avons aujourd'hui pratiquement trente mille logements, la construction de trente mille logements qui sont bloqués par des recours. Certains sont justifiés mais avec des délais de procédure qui sont extrêmement longs - ça peut aller jusqu'à huit, dix ans dans certains dossiers – et avec aussi.des recours qui sont portés par des gens qui veulent tirer un avantage financier de ces recours. Donc nous avons-là la volonté très forte de simplifier, d'accélérer la procédure, ce qui est un changement fondamental.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous conservez l'encadrement des loyers, l'expérimentation de l'encadrement des loyers qu'avait instauré votre « prédécetrice » Cécile DUFLOT ?

JACQUES MEZARD
C'est-à-dire que nous sommes dans le cas… Enfin, nous sommes dans le cas d'une expérimentation. Là-dessus, nous avons dit depuis le début de manière très claire qu'il ne fallait pas que ça soit systématique. Il y a aujourd'hui deux villes qui ont lancé l'encadrement des loyers : Lille et Paris, avec deux procédures qui ont été menées contre cela et les tribunaux administratifs ont annulé. Après consultation avec les maires, j'ai décidé de faire appel, mais le système qui avait été voté antérieurement est un système compliqué. Ce que nous proposons, nous, c'est de faire confiance aux collectivités locales. Il y a des collectivités qui veulent s'engager dans cette voie-là.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un système qui pourrait être étendu alors à ce moment-là ? Qui pourrait concerner d'autres villes que Lille et Paris ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, aujourd'hui très simplement, on ne peut pas faire un bilan sur moins de deux ans d'application à Paris et moins d'un an d'application à Lille Donc, on va voir ce qui se passe. Nous laissons la possibilité d'enclencher cette procédure et puis nous en tirerons les conséquences. Mais là-dessus, je crois qu'il faut être pragmatique. Je ne suis pas convaincu du résultat mais laissons voir.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord. (…) Dans le cadre de la loi Elan, que vous présentez, Jacques MEZARD, à l'Assemblée nationale, il y a une discussion, une polémique même, autour de l'accessibilité des handicapés dans les logements neufs. La loi disait, ça semblait assez théorique, peu appliqué, que 100 % des logements neufs devaient être accessibles aux handicapés, ce n'était pas le cas. Votre loi réduit cette obligation à 10 %, que vous voulez effective, on va en parler, mais ceci, évidemment, met en colère beaucoup d'associations d'handicapés, qui y voient un recul, et on écoute Prosper TEBOUL qui est directeur général d'APF France Handicap.

PROSPER TEBOUL
L'ensemble de la population française aspire à vivre à domicile le plus longtemps possible. Aujourd'hui, en matière de politique de santé, on va de plus en plus vers ce qu'on appelle l'ambulatoire, l'hospitalisation à domicile, je ne vous le souhaite pas, mais vous pouvez vous cassez une jambe demain, vous serez très contente d'avoir un logement accessible.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pourquoi avoir réduit autant l'accessibilité des appartements aux handicapés ?

JACQUES MEZARD
Mais ce n'est pas du tout ça. Tous les logements neufs sont accessibles à des personnes qui ont des problèmes de mobilité, qui sont en situation de handicap, quand je dis accessibles, c'est-à-dire jusqu'à l'appartement, et à l'intérieur de l'appartement, au salon, aux toilettes, aux chambres. Ce que nous disons et ce que proposons dans cette loi c'est d'avoir 100 % de logements évolutifs, dont 10 % totalement accessibles.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour le moins, les associations d'handicapés ne vous ont pas compris pour le moment alors !

JACQUES MEZARD
Vous savez, nous avons eu…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ou alors il y a quelque chose qui cloche.

JACQUES MEZARD
Voilà. Nous avons eu beaucoup de concertations là-dessus, nous avons aussi beaucoup travaillé avec la ministre en charge du dossier, madame CLUZEL, non, ils ont parfaitement compris.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils sont de mauvaise foi alors ?

JACQUES MEZARD
Non, je ne dis pas qu'ils sont…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils dénoncent un recul, ils disent avant c'était 100 % des logements neufs qui devaient être accessibles, maintenant il n'y en n'a plus que 10 %.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, il s'agit du logement neuf, ce que je viens de dire, je crois, est assez clair, 100 % des appartements seront évolutifs, c'est quoi évolutifs ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, ils ne sont pas accessibles, ils pourront l'être.

JACQUES MEZARD
Il y a une confusion sur le mot accessibilité. Ce que je viens de vous dire, on devrait mieux, d'ailleurs, utiliser le mot adaptables, tous les logements qui seront construits en application de cette loi seront accessibles à des personnes en situation de handicap, qui viendraient dans l'appartement, à l'appartement, au salon, aux toilettes. Quand vous recevez, une personne en situation de handicap qui reçoit un ami, cet ami ne va pas aller dans la salle de bains. Ce que nous voulons c'est que tous les appartements puissent évoluer en fonction aussi de l'évolution de l'état de santé de la personne. Il n'y a pas de conflit là-dessus.

BRUCE TOUSSAINT
Ça crée une confusion, une incompréhension, est-ce qu'il ne serait pas plus simple, à ce moment-là, de changer, de satisfaire les associations en effet ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, je crois que là-dessus nous sommes parfaitement clairs, et d'ailleurs la concertation que j'ai menée, depuis 7 ou 8 mois, je crois que c'était parfaitement compris, mais vous savez, nous avons vécu l'application de la loi 2005, nombre de majorités ont reculé l'échéance parce que l'application sur le terrain était extrêmement difficile. Quelle est la conséquence aujourd'hui, de la loi telle qu'elle est actuellement ? c'est qu'il y a perte, 5, 6, 7 mètres carré, au détriment du quotidien, parce que les mesures qui sont prises obligent à réduire la taille du salon, la taille de la chambre, ça c'est la réalité, et ce que nous proposons c'est que le logement puisse, avec un des travaux extrêmement légers, sur les cloisons, sur le passage, la transformation d'une baignoire en douche, suivre l'évolution de la personne.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'où vient la polémique alors ?

JACQUES MEZARD
Il y a toujours un rapport de force pour essayer d'aller dans tel ou tel sens. Il y a un débat par exemple sur les ascenseurs, aujourd'hui l'ascenseur n'est obligatoire qu'à partir de R+4, il y a des demandes pour que nous puissions, dans l'avenir, diminuer cela et que l'ascenseur devienne obligatoire à R+3, voire R+2, on n'est pas forcément fermés, c'est ce que nous verrons. Il y a toujours eu ce type de discussion, mais je tiens à dire très clairement, parce que nous sommes très attentif à la question des personnes en situation de handicap, c'est même une des priorités de ce gouvernement, donc cette polémique… vous savez, comme la polémique sur la loi littoral, on a enclenché une politique sur la loi littoral, on a dit que j'avais reculé, alors qu'on a obtenu à l'Assemblée nationale un vote correspondant à ce que j'avais toujours dit.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est-à-dire vous ne toucherez pas à la loi littoral.

JACQUES MEZARD
C'est-à-dire que ce qui a été voté par l'Assemblée nationale, permettant, sur les dents creuses, quelques constructions, a été reconnu comme une bonne évolution par tout le monde parce que nous avons conservé l'ossature, les principes de la loi littoral, ce qui était, ce que je souhaitais depuis le début, tout en considérant que quelques adaptations mineures, demandées par une majorité d'élus et d'habitants, étaient possibles, et je constate que… c'est ce que j'avais annoncé dès le début…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous touchez marginalement à la loi littoral, c'est ça ?

JACQUES MEZARD
Voilà, ce sont des adaptations mineurs qui sont considérés, et ce que je l'ai lu dans la presse ces derniers jours, me permet de dire que nous avons trouvé une solution, reconnue très majoritairement, très très majoritairement, comme la bonne solution.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'elle satisfait aussi Nicolas HULOT ?

JACQUES MEZARD
Oui, tout à fait.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'est pas en colère, il ne va pas dire « oh, on touche à la loi littoral, je ne suis pas content » ?

JACQUES MEZARD
Du tout, écoutez, il m'a même envoyé un message de remerciement.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord, au moins ça, ça rend sa vie ministérielle…

JACQUES MEZARD
De ce côté-là il n'y a pas de problème.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, parce que d'autres aspects sont plus inconfortables pour lui. On vous reproche aussi de vendre, ou de vouloir vendre, une fois que cette loi sera votée, beaucoup d'appartements HLM. Alors, actuellement il s'en vend 8000 par an, et vous voudriez, vous, disent en tout cas ceux qui critiquent votre volonté, en vendre jusqu'à 40.000 par an.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, les critiques que je reçois par rapport cette loi ce sont tous ceux qui ne veulent que rien ne bouge. Si la situation du logement en France elle était positive, ça se saurait, or il y a des totems qui deviendraient strictement intouchables, qui seraient gravés dans le marbre. En ce qui concerne la vente des logements HLM, qu'est ce que je constate ? C'est que ça existe aujourd'hui…

JEAN-MICHEL APHATIE
8000 par an…

JACQUES MEZARD
Oui, mais combien de logements sont mis en vente par les organismes HLM ? 100.000. Combien arrivent-ils à en vendre ? 8000. Pourquoi ? parce que le système est beaucoup trop compliqué, et ce que nous avons mis en place, ce que nous voulons mettre en place, c'est un système qui permette aux organismes HLM d'arriver à vendre, et quand on a un objectif de passer de 8000 à 40.000 logements, c'est 1 % du parc, et c'est vertueux parce que, d'abord ça facilite l'accession sociale à la propriété, puisqu'on préserve les droits des locataires et on leur facilite l'accession, et puis ça permet aussi, pour les organismes HLM, de tirer un financement pour construire à chaque fois 2 ou 3 logements nouveaux par rapport à 1 vendu, donc c'est totalement vertueux. Mais, les critiques systématiques, contre cela, je constate aujourd'hui que ça existe, depuis longtemps, que jusqu'ici les gouvernements successifs ne sont pas arrivés à trouver la solution pour atteindre cet objectif, qui avait déjà été fixé, celui de 40.000 logements, par plusieurs gouvernements antérieurs, mais qui n'y étaient pas arrivé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous, vous espérez le faire, c'est une faute historique selon le député communiste Stéphane PEU, qui est élu à Saint-Denis, et qui, quand il parle de HLM, doit savoir de quoi il parle.

JACQUES MEZARD
Il sait très bien de quoi il parle, c'est un député…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il dit que c'est une faute historique.

JACQUES MEZARD
Oui, enfin, écoutez, il y a des postures qui sont historiques aussi.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est juste une posture ?

JACQUES MEZARD
Il a beaucoup de convictions, et c'est un sujet qu'il connaît très bien, Stéphane PEU a aussi une posture politique, que je connais, que je respecte, et qui n'a jamais changé, et c'est tout à son honneur. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc la loi que vous présentez à l'Assemblée nationale est discutée depuis mercredi jusqu'à mercredi prochain, c'est-ce que vous pensez. On entendu Jean-Luc MELENCHON à la tribune de l'Assemblée nationale, c'était jeudi, je crois, qui disait : vraiment, on travaille dans des conditions qui sont extrêmement mauvaises, jusqu'à 5h du matin, on est étudie tout ça à la va-vite ; le travail parlementaire n'est pas bon, disait-il, à l'Assemblée nationale. Il a tort ou il a raison de votre point de vue ?

JACQUES MEZARD
Non, je crois qu'il a raison…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez travaillé tout le week-end…

JACQUES MEZARD
Oui, tout le week-end, et tard dans la nuit. Mais vous savez, bon, j'ai été sénateur, président d'un groupe au Sénat, le fait que le Parlement travaille, je pense que les Français ne peuvent pas le reprocher…

JEAN-MICHEL APHATIE
On peut travailler mal ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, on peut améliorer les choses…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous savez combien de lois ont été votées dans le quinquennat précédent ? 424 ! 80 par mois (sic), par an…

JACQUES MEZARD
Nous avons dans ce pays une habitude de trop légiférer, de trop réglementer. Et d'ailleurs, la loi que je porte a pour vocation de moins réglementer et de simplifier les choses, mais le travail parlementaire, c'est vrai qu'il y a une habitude dans ce pays du débat parlementaire, nous avons sur la loi Elan plus de 3.000 amendements, mais, moi, je ne vais pas contester cela comme parlementaire, j'ai déposé et soutenu beaucoup d'amendements, il est bon qu'il y ait ce débat, ceci étant, c'est le calendrier parlementaire qui, je pense, mérite d'être amélioré, parce qu'il y a des moments où il n'y a pas énormément de lois et où il y a plus de temps, et puis, il y a des moments où manifestement il y a un engorgement de la procédure parlementaire, et là, ça devient difficile pour les députés, pour les ministres, c'est normal, mais pour les députés qui sont sur la brèche et qui suivent ces dossiers avec beaucoup de d'intérêt, effectivement, c'est difficile.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc le vote mercredi. Et l'Assemblée nationale avance comme elle peut, surchargée de travail. Nous allons parler d'une actualité assez particulière, Mamoudou GASSAMA va être naturalisé français après l'acte héroïque qu'il a accompli à Paris, il a sauvé un petit garçon en escaladant un immeuble de quatre étages, et il y a une autre histoire qui retient l'attention ce matin dans l'actualité, c'est celle d'Aymen, qui est arrivé de Tunisie en 2013, il est clandestin, le 10 avril 2015, un incendie se déclare dans la commune du Val-d'Oise où il est, la commune s'appelle Fosses, il sauve trois enfants, trois petits enfants, trois enfants en bas âge de cet incendie, il reçoit la médaille de la ville, et on apprend ces jours-ci que étant clandestin, il est réputé désormais expulsable, ce qui déçoit et met en colère le maire de Fosses, que l'on écoute.

PIERRE BARROS, MAIRE DE FOSSES
On a l'impression que quand c'est médiatisé, ça prend une valeur plus importante, et là, ce jeune garçon, qui a fait un acte de bravoure qui est incontestable, eh bien, les services de l'Etat aujourd'hui se posent encore la question si c‘est aussi un acte de bravoure que ça, quoi, et c‘est un peu dur.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, le maire s'appelle Pierre BARROS. Et Aymen a sauvé quatre enfants, il y a trois ans, et puis, il peut être expulsé. Donc deux poids, deux mesures. C'est dommage, non ?

JACQUES MEZARD
Bon écoutez, j'espère qu'il ne sera pas expulsé…

JEAN-MICHEL APHATIE
Si les policiers le contrôlent, il y a des chances puisque l'arrêté d'expulsion est pris.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, je pense que le préfet regardera cela, et c'est un dossier que je n'ai pas suivi, mais je crois qu'il peut…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il faudrait qu'un ministre lui passe un coup de fil au préfet, vous le ferez ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, je vais me renseigner, et je vous assure que ce n'est pas dans mon champ de compétences, mais par rapport à ce type de situation, je crois que vous savez, c'est aussi mon vieux réflexe d'avocat, il faut tenir compte de la réalité de la situation, et si ça correspond à la réalité, ce que je pense manifestement, je pense qu'il est opportun de rétablir les choses.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que votre sensibilité manque au gouvernement, on dit quelquefois que Gérard COLLOMB, dans le traitement de ces questions-là, est un peu dur ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, la charge de ministre de l'Intérieur aujourd'hui, c'est quelque chose de très difficile…

JEAN-MICHEL APHATIE
Tout le monde en est conscient ?

JACQUES MEZARD
Oui…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ce n'est pas tout à fait ma question…

JACQUES MEZARD
Oui, mais regardez ce qui s'est passé en Italie, par rapport à l'évolution politique, je pense que les questions migratoires sont aujourd'hui beaucoup au coeur des préoccupations, à la fois de ceux qui viennent chercher un moyen de mieux vivre et aussi de ceux qui vivent en Europe. Ce dont je suis convaincu aujourd'hui, c'est que, bien sûr, il y a besoin de prendre des règles claires, il y a besoin de le faire avec humanité, il y a besoin aussi d'avoir une réponse à l'échelle européenne, parce que ce sujet ne va pas cesser dans les années qui viennent.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, nous suivrons ensemble le dossier de ce jeune Tunisien qui est donc dans la commune de Fosses, dans le Val-d' Oise. Pour en terminer, Jacques MEZARD, vous venez de la gauche, c'est ça, vous l'assumez comme ça ?

JACQUES MEZARD
Oh, du centre gauche, je l'assume…

JEAN-MICHEL APHATIE
Centre gauche…

JACQUES MEZARD
Je suis un radical.

JEAN-MICHEL APHATIE
Cacophonie sur les aides sociales au gouvernement, on va entendre Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, puis, Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement.

BRUNO LE MAIRE, MINISTRE DE L'ECONOMIE
Expliquer qu'on va réduire la dépense publique sans rien toucher aux aides sociales, ce ne serait pas cohérent et ce ne serait pas juste ni lucide vis-à-vis des Français.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Les aides sociales ne vont pas baisser, Bruno LE MAIRE le sait parfaitement, dans la loi de Finances qui a été votée, elles ont augmenté, regardez, le minimum vieillesse a augmenté le 1er avril dernier. L'allocation adulte handicapé, elle va augmenter. Donc les aides sociales individuelles dans notre pays ne baisseront pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
On ne sait pas qui a raison, Bruno LE MAIRE qui dit : ah, ça devrait baisser, Benjamin GRIVEAUX qui dit : ça ne baissera pas, et puis, on ne sait pas non plus, vous, par exemple, lequel des deux vous soutiendriez dans cette histoire ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, e ne vais pas m'engager dans un choix entre deux collègues du gouvernement. Ce que souhaitent…

JEAN-MICHEL APHATIE
Cacophonie quand même ?

JACQUES MEZARD
Ce n'est pas de la cacophonie. Le sujet qui est un sujet important, c'est, là aussi, de simplifier le fonctionnement de notre République, y compris sur les aides sociales, parce que c'est devenu un maquis, avec aussi des gens qui ne savent même pas que certaines aides existent. Donc nous avons l'impérieuse nécessité de simplifier les choses, donc il y a des gens là-dessus qui manifestement en auront moins, et d'autres qui en auront plus, je l'ai vécu, vous savez, sur les questions d'APL. Là, de ce côté-là, j'ai été servi…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez donné !

JACQUES MEZARD
J'ai donné.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Jacques MEZARD. Très bonne journée.

JACQUES MEZARD
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2018

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