Déclaration de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, en hommage au Grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk, à Neuilly-sur-Seine le 13 mai 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, en hommage au Grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk, à Neuilly-sur-Seine le 13 mai 2018.

Personnalité, fonction : GOURAULT Jacqueline.

FRANCE. Ministre auprès du ministre de l'intérieur

Circonstances : inauguration de la place Joseph Haïm Sitruk, à Neuilly-sur-Seine le 13 mai 2018

ti :

Monsieur le maire,
Madame la députée,
Madame l'ambassadeur,
Monsieur le Grand rabbin de France,
Messieurs les rabbins,
Monsieur le président du Consistoire central,
Monsieur le président du CRIF,
Monsieur le président du Fonds social juif unifié,
Monsieur le président du conseil des communautés juives des Hauts-de-Seine
Madame Sitruk,
Monsieur Sitruk,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,


Je suis très heureuse d'être présente parmi vous aujourd'hui, à Neuilly-sur-Seine, pour l'inauguration de cette place en hommage au Grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk.

A l'image du sage dans le livre de Qohélet, le grand rabbin Joseph Sitruk s'est attaché pendant tout son rabbinat à regarder le monde, et particulièrement notre société française, pour y rechercher l'ordre, le sens et l'art de vivre ; pour en dénoncer les illusions et les idoles sans pour autant se départir de son optimisme, de sa joie de vivre et de son humour. Sa capacité à rencontrer en vérité chacun de ses interlocuteurs lui permettait d'entrer en résonance avec eux et trouver toujours les mots justes. Il était toujours un homme attentif aux autres, tant à sa famille qu'à ceux dont il considérait avoir charge d'âme.

Grande conscience de notre nation, comme le sont d'autres autorités religieuses, philosophiques ou intellectuelles, Joseph Haïm Sitruk était un interlocuteur privilégié et reconnu de la République, que vous avez fidèlement accompagné, Monsieur le Grand rabbin de France, pendant deux décennies.
Il n'a jamais tu ses interrogations car la sagesse juive est le lieu d'une recherche permanente, d'une méthode de réflexion et d'une discussion ouverte, loin d'un verbe tiède qui nierait l'existence même de divergences ou de désaccords, sur l'évolution de nos sociétés, en particulier. Ce sont bien là des valeurs partagées et nécessaires dans toute démocratie.

Rendre un hommage républicain à un grand rabbin de France, en donnant son nom à un lieu public comme nous le faisons aujourd'hui, c'est reconnaître la place du judaïsme en France et celle, particulière, du grand rabbinat auprès des pouvoirs publics, dans l'héritage direct de l'ambition qui avait présidé à la création des consistoires et du consistoire central. Cette ambition n'a jamais été remise en cause, et la loi de 1905 l'a maintenue : il faut toujours rappeler que les juifs de France, qui ont connu, de manière unique en Europe, une émancipation par l'État, en droite ligne des Lumières, ont depuis lors servi et honoré sans faille la République.

Lors d'une réception à l'ambassade de France en Israël, le grand rabbin Sitruk avait souligné l'unité de ce qu'on appelle la « communauté » juive française, malgré sa pluralité, dans son choix historique et toujours renouvelé du rejet du communautarisme et du repli identitaire.

Cette unité dans la diversité, particularité des juifs de France, est aussi l'une des caractéristiques de notre nation. En effet la République française ne nie pas les particularités qui la traversent mais ces dernières ne sauraient affecter son unité et le vivre ensemble qui la caractérise si justement. Le Président de la République, Emmanuel Macron, dans ses voeux pour l'année 2018 aux représentants des cultes, rappelait son souhait de voir la France devenir « ce modèle de laïcité sachant écouter les voix du pays dans leur diversité, capable de construire sur cette diversité une grande nation réconciliée et ouverte sur l'avenir ». Les lois de la République qui s'imposent à chacun, par-delà la diversité des convictions sont un bien commun précieux. Car c'est bien la République qui seule garantit à chacun de pouvoir, en conscience, croire ou ne pas croire et de pouvoir, dans les limites de l'ordre public, librement pratiquer sa foi, l'exprimer, la partager, bref, la vivre, sans peur ni honte. Je pense ici à la prière pour la République, dite chaque semaine lors des offices du chabbat et à l'occasion de cérémonies officielles, et au sein de laquelle, Monsieur le Grand rabbin de France, comme vous l'avez rappelé il y a quelques minutes encore, vous avez ajouté il y a deux ans la bénédiction des forces de l'ordre et armées qui s'engagent pour la protection, au coeur-même de notre pays, des lieux de culte, juifs comme des autres cultes.

Le judaïsme, au même titre que les autres grandes traditions religieuses et philosophiques, a toute sa place dans la République. Cela rend d'autant plus inacceptable toute forme d'attaque de mépris et d'intolérance contre les différentes familles spirituelles présentes au sein de notre communauté nationale. Le Président de la République Jacques Chirac, par ailleurs ami du grand rabbin Sitruk, rappelait que « quand on s'attaque à un juif, il faut bien comprendre que c'est à la France tout entière qu'on s'attaque ».

L'antisémitisme, au même titre que le racisme, est malheureusement une réalité d'aujourd'hui. Une réalité dramatique, que personne ne doit plus ignorer ou minimiser comme elle l'a malheureusement été dans le passé. Le grand rabbin Sitruk était à Carpentras, en mai 1990, au lendemain de ces profanations qui avaient soulevé une juste indignation nationale, pour dire qu'il y aurait un avant et un après Carpentras. Nous l'avons peut-être trop rapidement collectivement oublié.

Car cette haine a provoqué depuis en France la mort de onze personnes, au seul fait de cette part juive de leur identité. Au-delà de ces victimes, ce sont encore quelque 300 actes antisémites qui sont recensés en une année dans notre pays. Je sais combien cette question est une préoccupation importante et légitime non seulement des responsables religieux et associatifs mais, de façon presque intime, de chaque juif de France... Soyez assuré qu'elle l'est aussi, à chaque instant, pour l'État. Le gouvernement met tout en oeuvre pour lutter contre ce mal qui ronge notre société, et contre ceux qui croient pouvoir impunément porter et relayer ces mots qui tuent. Cette lutte se fait, soyez-en convaincus, sans déni aucun. Car nous désirons ardemment que les juifs de France puissent continuer à dire, comme le père d'Emmanuel Lévinas alors qu'il vivait dans la Lituanie alors province de l'empire Russe, terre de pogroms, « heureux comme Dieu en France, […] un pays où l'on se déchire pour le sort d'un petit capitaine juif, est un pays où nous devons aller sans attendre ». La France continuera sans faiblir à protéger ses enfants, tous ses enfants.

C'est pour toutes ces valeurs, auxquelles le Grand Rabbin Joseph Haïm SITRUK était particulièrement attaché, que nous sommes aujourd'hui réunis, sur cette place qui portera dorénavant son nom.
Ce sont ces valeurs, qu'incarnait avec tant de conviction le Grand Rabbin Joseph Haïm SITRUK, décoré des plus hautes distinctions de la République française, que nous devons, chaque jour, à son image, défendre dans un esprit d'ouverture et de tolérance.


Je vous remercie.


Source http://www.crif.org, le 6 juin 2018

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