Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à Cnews le 5 juin 2018, sur la réforme de l'audiovisuel public, notamment pour France Télévisions et Radio France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à Cnews le 5 juin 2018, sur la réforme de l'audiovisuel public, notamment pour France Télévisions et Radio France.

Personnalité, fonction : NYSSEN Françoise, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de la culture;

ti :


JEAN-PIERRE ELKABBACH
La culture pour tous et par tous les moyens, y compris l'audiovisuel, qui en fait partie, merci d'être venue avec nous, soyez la bienvenue, vous qui êtes si rare dans les médias, Françoise NYSSEN bonjour.

FRANÇOISE NYSSEN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez donc lancé la réforme de l'audiovisuel public, en particulier FranceTélévisions et Radio France, en quoi cette réforme est-elle nécessaire aujourd'hui ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, on passe d'un paysage qui se cantonnait à quelques chaînes dans les années 2000, aujourd'hui à une explosion de chaînes, 27 chaînes gratuites, à travers la box Internet plus de 500 chaînes, les radios, 800 radios tout azimut, les usages ont changé, des gens regardent leur télévision, y sont attachés, mais aussi sur les tablettes, sur les téléphones portables, il y a vraiment une surabondance à la fois d'usages, d'offre et dans ce…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et donc il fallait s'adapter et éviter les retards, les audiences qui baissent, et aussi les jeunes, il leur faut maintenant des contenus qui répondent à ce qu'ils sont, et j'ai envie de dire sur tous les supports.

FRANÇOISE NYSSEN
Absolument, et les jeunes aujourd'hui se détournent effectivement de cette offre en linéaire, ils ont un petit peu envie de regarder quand ils veulent et comme ils veulent, et où ils veulent, donc il faut s'adapter, sinon ils désertent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sinon les déclins et peut-être la fin. C'est à la fois, de votre part, une ambition, un objectif, une stratégie, et vous promettez un audiovisuel d'audace qui anticipe et qui ose, c'est-à-dire il doit oser davantage ?

FRANÇOISE NYSSEN
Mais bien sûr, plutôt que de courir après une révolution technologique, il faut qu'il anticipe, il faut qu'il intègre complètement cette révolution numérique pour en faire une chance, un avantage, des nouveaux formats, des nouvelles écritures.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce qu'il n'a pas toujours fait ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ce qu'il n'a pas toujours fait, il suffit de voir, son investissement dans le numérique est extrêmement faible aujourd'hui, par rapport aux pays voisins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et là il faut donner un coup de fouet au numérique, à l'intelligence artificielle, à tout ce qui va arriver.

FRANÇOISE NYSSEN
Il faut investir à fond, il faut le prendre comme une chance et comme une possibilité justement de répondre, ou d'imaginer, ce que peuvent être les usages et les envies des jeunes demain. Aujourd'hui ils n'ont plus envie de regarder forcément des longs formats, ils ont envie de regarder des formats courts sur leur téléphone, ils ont envie de regarder…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et nous, ici, nous faisons même des séries de 10 minutes pour les Smartphones, les évolutions de consommation, comme vous le dites, et la concurrence féroce. Mais cette fois l'originalité elle ne va pas venir de Paris, elle vient, selon vous, des régions. Vous demandez à France 3 et France Bleu, la radio, de s'associer pour créer un média global régional. Qu'est-ce que vous en attendez ?

FRANÇOISE NYSSEN
Aujourd'hui la télévision elle concerne tout le monde, elle est partout, elle va dans les foyers, elle va dans les régions, mais est-ce qu'elle parle d'eux, est-ce qu'elle raconte ce qu'ils font, les gens aussi ont envie de voir et que soit proposé à l'ensemble des publics les formidables choses qu'ils vivent au plus près dans les territoires, et ça c'est le rôle de France 3 et de France Bleu. Ils sont chacun dans les régions, ils seront plus forts ensemble, on leur demande de coopérer, sur les événements ils sont souvent là ensemble, ils peuvent imaginer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire des réorganisations de chaque côté, éventuellement des économies de chaque côté, pour se mettre ensemble, être plus forts et créatifs.

FRANÇOISE NYSSEN
Plus forts ensemble par la coopération, et par exemple le matin faire un média global, conjuguer la radio, le web, la télévision.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne intention, mais la première expérience commence quand ?

FRANÇOISE NYSSEN
La première expérience, on a décidé de lancer des expérimentations dès la rentrée, et déjà il y a des expérimentations… j'étais en Guyane récemment, et là les Guyane Première, les Outre-mer Première, s'adaptent à cette nécessité, ils font déjà ce média global.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ils peuvent être exemplaires, et on va le faire, mais dans quelles villes, ou dans quelles régions ?
FRANÇOISE NYSSEN
C'est aux chaînes à le définir, ce ne sera pas Paris, ce ne sera pas Marseille, on va couvrir des régions, à eux de les définir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est pour ce qui concerne France Bleu et France 3, ils vont donc se rapprocher. Vous insistez sur la proximité. France 3 diffuse 2 heures d'informations régionales par jour, vous trouvez, et vous avez raison, que c'est insuffisant, vous voulez multiplier par 3, mais pour quoi faire, pour faire des programmes nationaux diffusés régionalement ou des programmes des régions, que les gens voient le reflet de ce qu'ils sont ?

FRANÇOISE NYSSEN
C'est exactement ça. Aujourd'hui c'est 2 heures de décrochage régional pour les France 3, vous vous rendez compte qu'ils n'ont pas l'occasion en 2 heures de refléter ce qui se passe. Les France Bleu font déjà ça sur le terrain, ils se mettent ensemble, ils peuvent refléter. C'est considérer les gens dans ce qu'ils sont, dans ce qu'ils sont, les représenter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La radio et la télé, cette expérience, est-ce que ça peut être le laboratoire d'un futur modèle national qui rapprocherait FranceTélévisions de Radio France ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, sincèrement c'est déjà fait à travers France Info télé, ils ont déjà mis ensemble leurs forces, et vous voyez ce que ça donne, mais c'est le média de demain, le média global, le média qui pense en coopération, qui pense…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'objectif c'est ça, aujourd'hui les fiançailles, bientôt le mariage.

FRANÇOISE NYSSEN
On ne parle pas de mariage, on parle de coopération.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on ne parle pas de fusion, mais on parle de coopération…

FRANÇOISE NYSSEN
On ne parle pas de fusion.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On parle de synergies, mais ce sont des étapes qui peut-être préfigurent ce qui se produira. FranceTélévisions va donc se séparer de ses chaînes, de certaines de ses chaînes, qui n'ont trouvé ni âme, ni public, ni identité, France 4 va passer de l'hertzien au numérique. C'est-à-dire que vous supprimez, ou il faudrait supprimer une chaîne pour être encore plus fort ?

FRANÇOISE NYSSEN
Alors, on ne parle pas de suppression, on parle de bascule numérique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, de glissement, etc., on prend des gants.

FRANÇOISE NYSSEN
Deux choses à ce propos. Toute cette réforme est basée sur une réforme de l'offre, des orientations, et une attention toute particulière à la jeunesse, on pourra en reparler. En ce qui concerne notamment l'animation, qui est présente sur…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, il y a une inquiétude, qu'est-ce qu'on va faire des dessins animés et de l'animation, si forte en France.

FRANÇOISE NYSSEN
Je l'ai dit très précisément hier, et c'est un des axes forts de ce que j'ai annoncé, le budget de la création et du soutien à toute la filière, et en ce y compris l'animation, est sanctuarisé, ne sera pas bougé, donc pas d'inquiétude pour le secteur de l'animation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est 560 millions, et vous dites « touches pas à mes 560… »

FRANÇOISE NYSSEN
Voilà, on n'y touche pas, et là-dedans il y a une part pour l'animation, elle est préservée. Et, la bascule, ça veut dire qu'il y aura une présentation, sur le numérique, de tout ce qui existe, je vous signale qu'un certain nombre des émissions qui sont présentes sur France 4 ne sont pas forcément des émissions produites mais achetées, et puis les canaux hertziens existent par ailleurs, et présenteront en temps utile, le matin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on verra des dessins animés partout, il n'y a pas d'inquiétude.

FRANÇOISE NYSSEN
Mais bien sûr, on n'oublie pas toute cette population.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
France 4 va libérer le canal 14, qui va succéder ? parce que vous dites dans votre entretien au Monde « France Info est handicapée sur le canal 27 », est-ce qu'il faut remonter, et pourquoi bousculer ce qui existe déjà, comme une sorte de provocation pour d'autres chaînes, qui fonctionnent et qui ont trouvé leur chemin ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, tout ça n'est pas de mon ressort, vous savez bien que c'est du ressort du CSA et ce n'est pas à nous à déterminer cela. Tout ce qu'on dit aujourd'hui, moi je m'occupe et je parle de la transformation de FranceTélévisions, de l'audiovisuel…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez une préférence peut-être, non ?

FRANÇOISE NYSSEN
Aujourd'hui, ce que je regarde, c'est le soutien à la création, l'attention à l'offre pour la jeunesse, ce sont ça les axes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors il y a aussi l'autre chaîne qui est France Ô, la chaîne des Outre-mer, elle va probablement disparaître, mais si c'est le cas, est-ce que les médias d'Outre-mer, qui marchent déjà bien, avec beaucoup de succès et de présence locale, est-ce qu'elles auront des crédits pour se renforcer ?

FRANÇOISE NYSSEN
Alors aujourd'hui, effectivement, vous avez raison de le dire, ce sont des médias qui marchent bien et qui ont mis ensemble leurs forces pour exister et proposer. On parle de France Ô, mais on n'a rien arrêté, vous savez que j'ai nommé un comité de concertation, auprès de moi, qui va travailler pour justement creuser ces pistes-là, prendre le temps de la réflexion, pour interroger l'ensemble des professionnels, pour creuser ces pistes par rapport notamment à la présence des émissions de France ԅ

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai vu que vous défendez bec et ongles, et vous l'avez répété à l'instant, le budget de la création, qui finance les fictions, les séries, les documentaires, face à toutes les concurrences qui viennent de l'extérieur et ces fictions qui font souvent la gloire de FranceTélévisions. Vous voulez qu'on révèle des talents qui sont en France, partout, dans toute la diversité, dans les banlieues, partout, et qu'on ne voit pas, et en même temps qu'on libère les imaginations, mais il faut de l'argent pour ça. Alors, je rappelle que le budget global de Françoise NYSSEN, ministre de la Culture, c'est 10 milliards, et le budget du service public de l'audiovisuel c'est 3,8 milliards, plus du tiers, est-ce que vous allez augmenter cette somme ?

FRANÇOISE NYSSEN
Aujourd'hui, ce dont on parle, c'est une réforme de l'offre, ce n'est pas une réforme budgétaire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais ça, je veux dire, au moment où on est en train de faire des économies, vous dites il ne faut pas rêver, c'est ça ?

FRANÇOISE NYSSEN
Il ne faut pas rêver, je ne pense pas que le budget de la culture va être multiplié par deux, quoi que, je pense que ce serait intelligent. Pour autant, effectivement vous avez raison de dire c'est 4 milliards ce budget, mais on ne parle pas, ce n'est pas une réforme budgétaire, aujourd'hui on parle de l'offre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors on va voir, parce qu'il faut donner des moyens, il ne suffit pas de faire des…

FRANÇOISE NYSSEN
Alors, les moyens, vous avez raison, les moyens, de quoi on parle ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attendez, par exemple, est-ce que vous allez augmenter la part de la publicité ?

FRANÇOISE NYSSEN
Non, ce n'est pas un sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que la redevance va augmenter d'ores et déjà ?

FRANÇOISE NYSSEN
Non, très précisément non, c'est un sujet pour plus tard, aujourd'hui on n'y touche pas, on parle de l'offre, ce n'est pas une réforme de gouvernance, au-delà de la contribution à l'audiovisuel public.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au début Bercy vous réclamait 1 milliard pour 4 ans, d'économies, je crois savoir que vous vous êtes beaucoup battue pour que ce chiffre fonde, j'ai envie de vous dire que vous considériez que ces économies étaient excessives et même dangereuses socialement. Comment vous avez fait, vous avez tapé sur la table ?

FRANÇOISE NYSSEN
Je n'ai pas tapé sur la table, on a pensé cette réforme d'abord au niveau de l'offre, ce n'est pas une réforme budgétaire, et ces chiffre sont objectivement totalement fantaisistes par rapport à ce que nous voulons faire. Par contre, ce qui est important, c'est l'investissement dans le numérique. Il est important de préciser qu'aujourd'hui on va passer de quelque 50 millions d'euros dans le numérique… parce que, aujourd'hui, FranceTélévisions, l'audiovisuel public, c'est 30 % d'investissement dans l'audiovisuel, dans le numérique, là où par exemple le Canada, la Grande-Bretagne, c'est 7 ou 12 %, donc on va augmenter de 150 millions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le milliard qu'on vous demandait, il a fondu, on dit 400, 500 millions, d'économies.

FRANÇOISE NYSSEN
On ne dit pas, on dit une réforme…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais est-ce que c'est de l'ordre de 400, 500 millions ?

FRANÇOISE NYSSEN
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est trop ou pas assez ?

FRANÇOISE NYSSEN
Non, c'est trop comme…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites c'est trop.

FRANÇOISE NYSSEN
C'est trop.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'à force de taire les chiffres, etc., le gouvernement risque de voir augmenter les peurs et les fantasmes, on est en train de se dire il va y avoir, pour chaque entreprise, des économies démesurées. Est-ce que c'est plus près de 300 millions que de 400 %

FRANÇOISE NYSSEN
C'est pour ça qu'on reprend les choses dans l'ordre, on parle d'abord de l'offre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais dites-moi, c'est plus près de 300 ou de 400 %. Il vaut mieux le dire.

FRANÇOISE NYSSEN
C'est plus près de 300.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est déjà ça.

FRANÇOISE NYSSEN
Mais ce n'est pas 300.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et c'est peut-être même moins. Delphine ERNOTTE, la PDG de FranceTélévisions, qui joue le jeu, a dit « nos ressources vont diminuer », on a l'impression que vous demandez de creuser, de gratter, de redéployer, et que les trésors sont dans les entreprises elles-mêmes, ce sont les économies.

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, dans toute entreprise il y a toujours des possibilités, des marges de manoeuvre, des possibilités… on demande aussi de la réorganisation, de l'efficience, donc il y a des possibilités, et ça c'est aux patrons des sociétés, maintenant, de faire le travail, de retourner dans leur société, de consulter leurs équipes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce qu'ils font en ce moment d'ailleurs.

FRANÇOISE NYSSEN
Et de travailler avec ceux qui font au quotidien, et je tiens à saluer l'ensemble des personnels qui font ce travail au quotidien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand vous avez vu les droits sportifs, et en particulier sur le foot, augmenter de près de 60 %, est-ce que vous vous êtes dit c'est normal, ou c'est excessif, ou si on pouvait en prendre un peu pour le théâtre, la culture, la littérature ?

FRANÇOISE NYSSEN
On peut rêver, oui, c'est énorme, on parle de plus d'1 milliard, c'est énorme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est trop.

FRANÇOISE NYSSEN
Ces enchères vont vers l'excès. Moi j'ai connu ça dans le milieu où je travaillais avant, la notion d'enchères, qui est déconnectée d'une réalité et d'une possibilité, fausse le jeu, et c'est dommage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donnez-nous un peu d'argent pour la culture. Deux questions sur l'architecture du prochain système. Pour ce nouvel ensemble, est-ce qu'il y a en perspective une gouvernance commune, comme le demandent d'ailleurs « les Marcheurs » ?

FRANÇOISE NYSSEN
Alors aujourd'hui je reviens et je vous dis que c'est une réforme de l'offre, ce n'est pas encore… on n'est pas sur la gouvernance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on peut aller vers un président, ou une présidente, unique, avec des directeurs exécutifs ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ce qui est certain c'est que, avoir des dirigeants responsables devant leur conseil d'administration et d'avoir une harmonisation à travers un harmonisateur, ça peut être un président exécutif, d'un exécutif, voilà, mais ce n'est pas arrêté, on n'est pas sur une réforme…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous, vous dites que pour faire marcher l'ensemble… d'ailleurs, dans votre discours vous avez dit « c'est une équipe de France unie », eh bien il faut un sélectionneur et un entraîneur.

FRANÇOISE NYSSEN
C'est comme ça qu'on a travaillé depuis le début…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut un sélectionneur et un entraîneur.

FRANÇOISE NYSSEN
Ce comité stratégique que j'ai mis en place depuis l'année dernière, c'est comme ça, c'est une équipe, et on embarque, et on travaille ensemble, en coopération.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un jour il y aura donc un entraîneur et un sélectionneur. Renforcer le service public, le rendre plus audacieux, plus original, et je note que vous répétez beaucoup « il faut oser », etc., mais est-ce que c'est pour faire la guerre aux télévisions, aux groupes de télévision privés français ?

FRANÇOISE NYSSEN
Il n'est pas question de faire la guerre, ce n'est pas en faisant la guerre qu'on avance, c'est justement en coopérant et en essayant de mettre les forces ensemble. Aujourd'hui, dans un environnement mondialisé, avec l'apparition des nouveaux moyens d'information et de diffusion, que sont notamment les réseaux sociaux, on a plus avantage, intérêt, et l'intelligence…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on peut imaginer des opérations, des initiatives communes, etc., et sans désavantager le privé par rapport au public qui reçoit des aides et des subventions.

FRANÇOISE NYSSEN
Voilà, c'est un métier, une passion du métier qui est partagée par l'ensemble des sociétés, après, il y a l'audiovisuel public avec ses réfrences, avec ses singularités, avec ses missions, sur lesquelles on demande vraiment de se resserrer, et cette audace aussi, qu'on appelle de tous nos voeux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On entend, l'audace, anticiper, oser, etc. Après-demain l'Assemblée nationale va débattre, puis voter la loi contre la manipulation de l'information et les fausses nouvelles, cette loi ne s'appliquera qu'en période électorale, et le reste du temps, dans l'intervalle, on peut tricher alors ?

FRANÇOISE NYSSEN
Non, c'est une loi pour protéger notre démocratie, et particulièrement quand elle est attaquée, c'est-à-dire en période électorale, où aujourd'hui, vous le savez, à travers les réseaux sociaux, notamment tous les réseaux sociaux, il y a des tentatives de déstabilisation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On l'a vu avec Donald TRUMP, les accusations, les soupçons, venant de Russie, pour MERKEL en Europe…

FRANÇOISE NYSSEN
Ou encore, regardez cette information absolument incroyable, qui est parue, comme quoi le Pape François soutenait Donald TRUMP, ça c'est de nature à déstabiliser les intentions, et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais pourquoi c'est le juge des référés qui va décider si une information est bonne ou mauvaise, vraie ou fausse, quelles compétences aura-t-il ?

FRANÇOISE NYSSEN
D'abord c'est le juge des libertés individuelles, et c'est le juge de… c'est son job, il sait faire. Justement, c'est ça qui est intéressant dans cette proposition de loi, c'est que ce n'est pas une loi où nous déterminons quoi que ce soit, la fausse nouvelle elle a toujours existé, je vous rappelle la loi de 1880, et elle était déjà passible de sanction quand il y avait un risque de déstabilisation de l'ordre public. Aujourd'hui, le mode de diffusion a complètement changé, une nouvelle peut en quelques secondes, quelques minutes, quelques heurtes, être diffusée à des millions d'exemplaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Absolument, on l'a vu, donc vous dites pendant les élections, il y aura les élections européennes, ça s'appliquera ?

FRANÇOISE NYSSEN
Les élections européennes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les élections présidentielles, évidemment 2022…

FRANÇOISE NYSSEN
Des référendums, et les législatives.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi pas les municipales, on ne peut pas torpiller la vie d'un maire avec des fausses nouvelles ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ça peut arriver, mais ça ne déstabilise pas de la même façon la vie démocratique et, en plus de cela, c'est une régulation qui doit être acceptée par le droit constitutionnel…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous savez que le principe de la loi est controversé, vous allez l'entendre pendant le débat, beaucoup y voient un encouragement et un contrôle des informations qui déplairait au pouvoir et qui ressemblerait à de la censure, Madame la ministre de la Culture, ça ne serait pas bien ça !

FRANÇOISE NYSSEN
Il n'y a aucune censure, il n'y a aucun contrôle, au contraire. Qu'est-ce qui est prévu dans cette loi : en période électorale, un devoir de transparence des plateformes, au contraire, c'est, je dirais éveiller, donner la possibilité aux citoyens de savoir qu'une nouvelle est fabriquée, diffusée artificiellement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'où elle vient, l'origine.

FRANÇOISE NYSSEN
Et d'où elle vient, surtout qui l'a construit, et qui paye pour la diffuser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Peu à peu, parce que vous vous occupez d'autre chose, vous cherchez à imposer les couleurs, les parfums de la culture, j'ai vu, les bibliothèques, les musées, encore plus de l'école à l'entreprise en passant par les quartiers défavorisés, vous avez un rêve personnel, et peut-être collectif, de culture. Vous défendez les monuments, les places, les fontaines, les châteaux, les phares, du patrimoine, et en particulier vous allez le montrer avec le Loto de Stéphane BERN. La culture, vous ne voulez pas qu'elle vienne seulement de Paris. Je vois que dans les prochains jours il y a 500 oeuvres que vous allez, avec des spécialistes, mettre en route, venus de tous les musées nationaux, et qui vont aller à la porte de chez nous.

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, aujourd'hui la France, et grâce à mes prédécesseurs, qui ont fait une politique absolument extraordinaire et dynamique, la France est maillée de propositions culturelles, et évidemment Paris et l'Ile-de-France sont les champions, et d'ailleurs, d'une certaine façon, le budget de la culture est très déséquilibré, il suffit de regarder les chiffres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous parlez de vos prédécesseurs, lequel vous inspire le plus ?

FRANÇOISE NYSSEN
En fait c'est une histoire qui s'inscrit et qui se continue, je ne peux pas ne pas être émue en pensant à André MALRAUX, qui a eu le premier ministère de la Culture et qui a considéré la culture comme essentielle, dans la vie des gens, face à la mort, face à l'absolutisme, face au terrorisme, face à tout, donc il a déployé une culture et il a commencé le maillage, d'ailleurs, de la France…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
MALRAUX, un autre ?

FRANÇOISE NYSSEN
Jack LANG, qui a mis en place un nombre de choses extraordinaires, et notamment, de là où je viens, je ne peux que lui rendre hommage, la régulation sur le livre a permis qu'aujourd'hui le maillage de la France en librairie, et l'existence d'éditeurs en France…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On lui doit, donc vous, de votre côté, il faut des axes fondateurs. Il y a la Fête de la musique aussi, inventée par Jack LANG, vous allez y participer, les festivals, etc., et puis il y a d'autres décisions dont on pourra parler peut-être un jour sur la culture elle-même. Donc, vous luttez, et nous luttons tous contre les fausses nouvelles. La rumeur de votre départ du ministère de la Culture c'est une fausse nouvelle ?

FRANÇOISE NYSSEN
C'est vous qui devez me le dire, moi je n'en sais rien, en tout cas je suis là, je suis là face à vous. Hier j'ai présenté ce plan de transformation de l'offre, audacieux, pour l'audiovisuel public, dans quelques jours…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais vous vous sentez bien là où vous êtes ?

FRANÇOISE NYSSEN
J'ai toujours aimé faire, et je crois, je suis fondée par la culture, pour moi c'est essentiel, et j'ai des convictions, et j'aime bien… et je suis investie d'une mission, je veux tenir cette mission.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et puis, au début, les critiques, elles peuvent blesser, puis peu à peu on devient indifférent, elles glissent, et puis quand on voit d'où elles viennent, les convoitises de ceux qui les formulent…

FRANÇOISE NYSSEN
Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nietzsche. Vous êtes un des symboles de la société civile, vous découvrez la politique, est-ce que vous y prenez un peu goût ?

FRANÇOISE NYSSEN
Faire de la politique c'est important, j'ai toujours considéré que je faisais de la politique en faisant de l'animation culturelle, là sur le territoire, là où j'étais, c'était une politique, c'est se préoccuper de la cité. On ne peut pas ne pas être concerné par la cité et la vie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la politique, moins la cruauté, moins les coups, etc., ou avec les coups, mais on finit par s'en fiche. Merci d'être venue, c'est un premier exercice, je sais que vous n'aimez pas tellement les médias, c'est intéressant de voir ce que vous faites en matière de culture. Françoise NYSSEN, merci. Demain je recevrai Christian ESTROSI, et pas seulement parce qu'il vient de dire que la culture est la meilleure arme contre le populisme et le nationalisme, il a d'autres choses à dire…

FRANÇOISE NYSSEN
Je suis d'accord.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lui, plus politiques. Merci d'être venue.

FRANÇOISE NYSSEN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juin 2018

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