Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France 2 le 6 juin 2018, sur la politique du logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France 2 le 6 juin 2018, sur la politique du logement.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, ROUX Caroline.

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :

CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez ce matin Julien DENORMANDIE.

CAROLINE ROUX
Mais oui, secrétaire d'Etat à la Cohésion des Territoires. Il porte une réforme du logement qui a suscité des tensions et pas mal d'incompréhension.

- Jingle -

CAROLINE ROUX
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

CAROLINE ROUX
« Je ne veux plus de personnes en situation de handicap, qui soient sans solution, ce sera l'une des priorités de mon quinquennat ». C'est du MACRON, c'était pendant la campagne électorale. Aujourd'hui il y a beau nombre d'associations de handicapés qui s'insurgent contre le texte que vous défendez. Pourquoi ? Parce que vous avez décidé de faire passer de 100 à 10 % la part de quota obligatoire de logements neufs accessibles aux handicapés. Quelle est la logique, quelle est la cohérence politique ?

JULIEN DENORMANDIE
Si je peux me permettre, ce n'est pas ça qu'on fait. Aujourd'hui, vous avez 100 % de logements qui sont adaptés, et on va faire demain 100 % de logements que l'on appelle évolutifs. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en fait, le logement doit accompagner l'individu tout au long de sa vie. Concrètement, vous êtes un couple avec des enfants, tout le monde est en bonne santé, vous savez, aujourd'hui, vous avez souvent des salles de bain qui sont parfois plus grandes ou très grandes par rapport à la chambre des enfants. Ceci n'est pas logique. En revanche, vous avez un accident de la vie, vous avez un vieillissement, qui vous amène à avoir une mobilité, réduite. Et là, parce qu'on aura imaginé le logement dès le début, vous pourrez très facilement, simplement, déplacer des cloisons, simplement adapter votre logement, pour que ce dernier, en fait, vous suive tout au long de votre vie. Et j'insiste dessus, ce 100 % évolutif, ce n'est pas quelque chose qui vient de moi, ce n'est pas quelque chose qui vient de je ne sais qui, c'est quelque chose que nous avons travaillé avec des associations de personnes en situation de handicap

CAROLINE ROUX
Les associations disent que vous avez cédé à la pression de ceux qui demandent moins de règles, moins de normes.

JULIEN DENORMANDIE
Pas du tout, moi j'ai cédé simplement à ce que demandent les Français, et d'ailleurs je n'ai rien cédé du tout, j'ai construit, avec les Français, avec les associations de situation de handicap, les meilleures solutions. Encore une fois, quand vous êtes jeune, des enfants, vous n'avez pas besoin d'avoir une grande salle de bain. Quand vous êtes en mobilité réduite, à ce moment-là, il faut adapter votre logement.

CAROLINE ROUX
Ça a un coût d'adapter un logement, c'est plus simple s'il est prévu à l'origine, on imagine mal un propriétaire qui va devoir choisir entre deux locataires, un handicapé avec lequel il va devoir faire des travaux pour adapter, pour faire évoluer le logement, et un autre qui n'aura évidemment besoin d'aucuns travaux.

JULIEN DENORMANDIE
Mais, parce que ce qu'on fait, c'est à la fois ce type de logement, et en même temps on a mis beaucoup de financements, chaque année, et notamment en 2018, on va adapter 15 000 logements. C'est une agence, qui s'appelle l'Agence nationale de l'habitat, qui a cette mission-là. On a considérablement renforcé ses financements.

CAROLINE ROUX
Mais quelle était l'urgence ? Pourquoi changer cette règle-là qui donnait le sentiment que justement on construisait des logements neufs qui soient susceptibles d'accueillir les personnes en situation de handicap ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce que toutes celles et ceux qui nous écoutent, toutes celles et ceux qui savent que la chambre de leurs enfants, aujourd'hui, est très petite, notamment par rapport à la salle de bain, est-ce que ce n'est pas là, logique, de leur dire : eh bien écoutez, au début, quand vous n'avez pas besoin d'avoir une grande salle de bain, on vous apporte la solution. En revanche le jour où vous en avez besoin, à ce moment-là, et y compris parce qu'il y a des financements de l'Etat, on organise l'adaptation de votre logement.

CAROLINE ROUX
Donc vous considérez que les associations qui s'insurgent contre ces nouvelles règles-là, se trompent ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne veux pas être dans le jugement de valeur. Ce que je dis, c'est que j'ai beaucoup travaillé avec elles, vraiment beaucoup, que madame Sophie CLUZEL, la ministre en charge du Handicap, travaille elle aussi main dans la main avec elles. La société de l'inclusion, parce que ça ne concerne pas que l'handicap, c'est toute la société de l'inclusion, la société de l'inclusion, c'est un vrai modèle de société, c'est ce que nous poussons. Là on parle du logement, mais regardez tout ce que nous faisons aussi pour accompagner celles et ceux qui sont en handicape et qui ont peu de moyens. On a revalorisé leur allocation.

CAROLINE ROUX
Mais c'est un mauvais procès que l'on fait au texte selon vous ? C'est un mauvais procès ? C'est la Une de Libération ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, je pense que c'est un mauvais procès, après je peux toujours comprendre les interrogations et je suis ravi que vous m'invitiez pour que je puisse les s'expliquer, mais moi, mon seul objectif, mon seul objectif c'est de faire en sorte que le logement, il vous accompagne tout au long de votre vie et qu'encore une fois, quand vous avez besoin d'un logement adapté, vous puissiez l'avoir tout de suite, mais que lorsque vous n'en avez pas besoin, vous puissiez avoir une chambre des enfants plus grande, parce la suroccupation, comme on dit, c'est aussi un vrai problème de société.

CAROLINE ROUX
Alors, juste, c'était une demande de qui, de faire évoluer cette règle-là ?

JULIEN DENORMANDIE
Quand on a construit la loi, on a interrogé 25 000 Français. 25 000.

CAROLINE ROUX
C'était une demande des Français eux-mêmes ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est une demande des Français.

CAROLINE ROUX
Pas de ceux qui construisent des logements neufs ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est une demande des Français, mais encore une fois, toutes celles et ceux qui nous écoutent voient ces cas de figures où les chambres sont trop petites. Ce n'est pas du tout, pas du tout, quelque chose qui permet de faire diminuer le coût des logements. Pas du tout.

CAROLINE ROUX
Voilà, c'était la question.

JULIEN DENORMANDIE
C'est quelque chose qui permet de mieux utiliser l'espace dans les logements.

CAROLINE ROUX
D'autres mesures de cette loi, vous instaurer un bail mobilité pour les personnes, notamment en situation de formation, un bail de 1 à 10 mois pour les meublés. La gauche dit : c'est un bail précarité. Alors la nouveauté, on va dire, c'est qu'il n'y a pas de dépôt de garantie. Est-ce que ce bail court ne va pas devenir la norme ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, pas du tout. Ce bail, et la loi le dit très clairement, il ne vise que les personnes qui sont en mobilité, les étudiants de longue durée, quelqu'un en formation professionnelle, les saisonniers, par exemple. Et là aussi, lorsqu'on interroge les Français, beaucoup d'entre eux nous ont dit : nous on cherche un logement pour 6 mois, pour 8 mois, et on a un mal fou à le trouver. Et donc, par la loi, on crée ce bail. Ce bail il est protecteur des locataires, il est aussi protecteur des propriétaires, et ce bail, il permet à toutes celles et ceux qui sont en mobilité, d'avoir accès à un logement sans dépôt de garantie. Le dépôt de garantie, vous savez, c'est ce mois que vous devez verser, et c'est souvent une grande barrière à l'entrée.

CAROLINE ROUX
Pourquoi ça ne deviendrait pas la norme ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que le bail, dans la loi, n'est pas reconductible.

CAROLINE ROUX
D'accord.

JULIEN DENORMANDIE
Il ne peut pas être reconductible.

CAROLINE ROUX
Autre mesure, qui a été beaucoup commentée : pour les HLM, vous proposez un réexamen de la situation des locataires, tous les 3 ans, en zones tendues, comme on dit. Pourquoi tous les 3 ans, en fonction de quels critères ? Là aussi, il y avait une urgence, une demande des Français ?

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, il y a énormément de Français qui attendent un logement social, énormément, et en même temps on se rend compte qu'il y a beaucoup de Français qui vivent dans des logements sociaux et qui ont parfois des logements plus grands, parce qu'ils sont rentrés dans le logement avec des enfants et les enfants ont quitté ce logement. Et donc, ce qu'on fait par la loi, c'est qu'on n'a acte le fait que tous les 3 ans, les parlementaires ont voté cela, tous les 3 ans, les bailleurs sociaux proposeront, mais c'est vraiment sur la base de la proposition, proposeront les logements les plus adaptés à celles et ceux qui vivent dans le logement social. J'insiste, c'est sur la base de la proposition. C'est aussi un avantage pour ceux qui habitent dans le logement social, qui peuvent se dire : eh bien c'est vrai, moi j'avais 3 chambres, j'en ai besoin que de une aujourd'hui, eh bien si je vais dans un appartement plus petit, je paierai un loyer plus faible.

CAROLINE ROUX
Alors, les chiffres qu'on a commentés dans le journal à l'instant, ce mardi l'INSEE a publié un chiffre qui montre que la proportion de Français qui deviennent propriétaires chute de 4 points. Est-ce que votre objectif c'est d'inverser la tendance, est-ce que vous voulez une France de propriétaires ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi, vraiment, et je pense que c'est l'un des points dans lequel, pour lequel je suis le plus fier dans cette loi, c'est que c'est une loi qui n'oppose ni les propriétaires, ni les locataires. Souvent, vous savez, on avait dit : vous êtes un ministre de droite, vous faites une loi pour les propriétaires. Vous êtes un ministre de gauche, vous faites une loi pour les locataires. Moi je fais une loi pour tous les Français, c'est très bien que certains deviennent propriétaires…

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas l'objectif…

JULIEN DENORMANDIE
C'est très bien aussi que d'autres deviennent locataires.

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas l'objectif ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, pour moi ça n'est pas un objectif en soi, il faut qu'il y ait, et des propriétaires et des locataires. Mon seul objectif c'est d'apporter les solutions concrètes, attendues par les Français.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE. C'est à vous Laurent.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

LAURENT BIGNOLAS
Merci Caroline, bonne journée à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 juin 2018

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