Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à LCI le 7 juin 2018, sur le projet d'interdiction du téléphone portable en milieu scolaire et l'orientation scolaire (Parcoursup). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à LCI le 7 juin 2018, sur le projet d'interdiction du téléphone portable en milieu scolaire et l'orientation scolaire (Parcoursup).

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Ministre de l'Education nationale. Avant de parler d'éducation, perquisition hier à Bercy après l'ouverture d'une enquête du Parquet national financier visant le secrétaire général de l'Elysée, Alexis KOHLER, soupçonné de conflit d'intérêts entre ses postes dans la Fonction publique et ses liens avec l'armateur MCS, l'armateur italo-suisse, qui est un client important des Chantiers navals de Saint-Nazaire, un armateur ayant été fondé et dirigé par les cousins de sa mère. Alors, vous allez me dire qu'il n'y a pas d'affaire Kohler, il n'y a peut-être pas d'affaire, mais c'est quand même toujours embarrassant, non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça prouve surtout que personne n'est à l'abri de rien dans notre République, et donc ça montre bien que nous sommes une vraie démocratie, mais en même temps Alexis KOHLER n'a rien à se reprocher, donc on est très serein de ce point de vue-là.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous en êtes persuadé ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ce que je vois c'est qu'en ce moment on cherche à tout prix même à revoir des choses qui ont été clairement faites, en l'occurrence il a déclaré devant une commission de déontologie qu'à chacune des étapes de sa carrière, ce qu'il faisait, moi je le connais bien Alexis KOHLER, il est droit, c'est un homme intègre, c'est l'intérêt général personnifié, je sais très bien qu'il n'y a rien derrière ça, mais bon ! Au moins on voit bien qu'il n'y a pas de protection particulière, c'est même, je dirais l'inverse, aujourd'hui on cherche à tout prix à chercher des problèmes même quand il n'y en n'a pas.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous dites je le connais bien, il est affecté ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, je n'ai pas parlé de ça avec lui, il reste le même parce qu'il est à son travail et il ne se laisse pas distraire par ces choses-là.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors aujourd'hui le texte sur l'interdiction du téléphone portable commence à être discuté à l'Assemblée nationale, et sera peut-être voté dans la journée. Vous pensez que les enseignants vont accepter de se transformer en police du portable, ou, faute de temps et d'envie, ils vont raccrocher ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je pense que les enseignants sont ravis de cette nouvelle disposition, parce que c'est eux qui vivent au premier plan les problèmes que pose le téléphone portable au quotidien, à l'école ou au collège. Le fait d'avoir désormais une règle juridique très claire va évidemment être quelque chose de bénéfique pour eux, et je pense que de temps en temps ils auront à fait respecter la règle, mais elle sera respectée.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, il y a un amendement qui demande à ce que le portable soit également interdit aux enseignants par mesure d'exemplarité, vous y êtes favorable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, a priori je n'y suis pas favorable, parce que d'abord les règles qui s'appliquent aux adultes ne sont pas les mêmes que celles qui s'appliquent aux enfants et aux adolescents, c'est justement un principe clair, que les professeurs ont suffisamment de conscience pour ne pas utiliser trop fortement le téléphone portable, et voilà, donc je pense que ce n'est pas nécessaire d'inclure cette dimension.

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que vous pensez que c'est une mesure qui ne va pas être aussi difficile pour les parents, qui étaient rassurés d'avoir un lien avec leurs enfants à travers ce téléphone ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, on me dit beaucoup ça. d'abord, le téléphone portable n'a pas toujours existé dans l'histoire de l'Humanité et on arrivait bien à vivre sans cela auparavant, ceci étant je comprends ce besoin, qui est né dans nos sociétés, nous sommes entrés dans un monde de plus en plus technologique et nous sommes devenus maintenant, parfois, accrochés à ce monde technologique, on doit en tenir compte. Mais moi, la grande question que je me pose, c'est comment est-ce que ce monde, de plus en plus technologique, peut être quand même un monde de plus en plus humain. Et donc, cette mesure-là c'est aussi une mesure, je dirais, j'oserais le mot de « désaddiction » si vous voulez, parce que les familles se plaignent aussi beaucoup de ce qui se passe avec le téléphone portable à la maison, mais au moins on envoie un signal clair, un signal, oui, très net, dans la société, qui est que le téléphone portable c'est évidemment un progrès technologique qui a apporté beaucoup, mais en même temps ce n'est pas censé coloniser toutes nos vies.

AUDREY CRESPO-MARA
Et vous pensez que c'est aux députés de dire s'il faut interdire, ou non, le téléphone portable dans les établissements ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, c'était à la loi de le dire, c'était d'ailleurs un engagement du…

AUDREY CRESPO-MARA
Ce n'est pas aux chefs d'établissement plutôt de… ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est les deux. D'abord, le président de la République s'était engagé pendant la campagne, c'est un engagement de plus que nous accomplissons, premièrement. Deuxièmement, c'est tout à fait cohérent avec ce que je dis sur le discernement que nous devons avoir en matière technologique, sur le plan technologique nous avons bien des choses à faire, à l'école et au collège, avec les nouvelles technologies, et c'est d'ailleurs ce que nous faisons, pour être dans la modernité, mais en même temps nous devons évidemment être très attentifs à tous les usages négatifs des technologies qui peuvent exister, s'agissant du téléphone portable c'est le cyber harcèlement, c'est la consultation de sites pornographiques, c'est l'addiction. Savez-vous qu'à partir de la 6e on voit baisser deux choses en parallèle dans l'activité des enfants, l'activité physique et la lecture, et bien entendu tout ceci est lié en grande partie aux écrans, disons, et évidemment moi je souhaite à la fois qu'ils fassent plus de sport et aussi plus de lecture, et puis surtout qu'ils se parlent. Nous devons être des sociétés où on se parle, qui restent humaines, et ça commence à l'école.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors on parle beaucoup en ce moment, donc de l'interdiction du téléphone à l'école, du retour de l'uniforme, de la dictée, des fables de La Fontaine, du chant chorale, vous avez revu le film « Les choristes » récemment ou quoi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais d'ailleurs, par ailleurs, c'est un très bon film, donc quand on me dit ça je ne le prends absolument pas comme un problème…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, ministre de l'Education, il suffit d'appliquer au présent ce qui s'est fait dans le passé ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, parce que tout ce que je dis est totalement ancré dans le 21e siècle. Vous savez, vous ne pouvez pas bien vivre dans cette nouvelle civilisation technologique, dans laquelle nous entrons, si vous ne savez pas bien lire, écrire, compter et respecter autrui, c'est-à-dire travailler en équipe, comprendre les autres, etc., ces choses-là n'ont rien du passé. C'est toujours étonnant de voir qu'on considère que quelque chose qui a déjà eu lieu dans le passé est passéiste, ça voudrait dire qu'on devrait tout refaire, qu'on devrait, par exemple, ne plus jamais manger des choses qu'on mange depuis des siècles, non…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous assumez ce côté, quand même, école à l'ancienne, est-ce que vous croyez que c'est ce qui plaît aussi, dans vos mesures ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je ne le fais pas parce que je pense que ça plaît, je le fais parce que je pense que c'est bon, ce n'est pas la même chose. Je pense que nous ne devons jamais opposer passé et futur, que nous avons besoin de donner aux enfants des racines et des ailes. Plus ce monde change, et il change beaucoup, plus nous avons besoin de savoir d'où nous venons et où nous allons. Et donc l'école fait cela, elle fait ça en donnant une culture, c'est très important, en donnant le sens logique aussi, dans un monde où il y a beaucoup d'atteintes à la vérité, beaucoup d'anti-irrationalités, nous avons besoin de donner cela, ça n'a rien de passéiste, c'est tout le contraire, ce sont les outils de la modernité. Pour entrer dans ce monde nous avons besoin de donner des outils aux enfants, et bien sûr qu'une bonne partie des choses que nous faisons, dont on parle peut-être moins, sont aussi pour se projeter dans le futur. Par exemple, dans les nouveaux programmes du lycée, vous allez avoir pour la première fois en France, mais même dans le monde, c'est très rare, vous allez avoir pour la première fois un programme de sciences informatiques, qui va être, pour le coup, quelque chose de sérieux sur les sujets des technologies.

AUDREY CRESPO-MARA
64 % des Français sont favorables au retour de l'uniforme, et vous êtes vous-même favorable à cette mesure qui est censée lutter contre les différences sociales. Pourquoi ne pas rendre cette mesure obligatoire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que ce serait ce serait contreproductif. Je pense qu'il y a des gens qui sont pour, il y a des gens qui sont contre, comme vous dites, il y a probablement une grande majorité qui est pour, mais c'est établissement par établissement que l'on doit pouvoir le décider. Il y a des sujets qui relèvent d'une grande décision nationale, et puis il y a des sujets qui relèvent de décisions locales, celui-ci en fait partie, j'ai juste voulu envoyer un message qui était « si vous avez envie de le faire, faites-le, rien ne vous l'interdit. » De nouveau on va dire que c'est passéiste, alors ça veut dire que nous sommes le seul pays non passéiste du monde, puisqu'il y a une bonne partie des pays qui, en réalité, ont l'uniforme à l'école, et c'est un vecteur d'égalité. Alors, je ne sais pas si être pour l'égalité c'est passéiste, mais je pense qu'on retrouve des sujets connexes au sujet du téléphone portable. Aujourd'hui vous avez la domination des marques dans la vie des enfants, très tôt on les habitue à des espèces de compétitions matérialistes qui n'ont aucun intérêt, il est évident qu'avoir un vêtement commun peut être quelque chose qui enlève tous ces phénomènes négatifs.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre enjeu, plus important sans doute, vous voulez, à l'école, plus de mixité sociale, tous vos prédécesseurs l'espéraient, qu'allez-vous faire pour empêcher les parents, inquiets, qui mettent leurs enfants dans le privé ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un sujet très important, mais c'est un sujet de société, c'est un sujet sur notre République. La République ça commence à l'école, c'est notre capacité à être ensemble, quelles que soient nos origines, notre milieu social. Mais, une fois qu'on a dit ça, il faut voir concrètement ce qui se passe. Il faut lutter par exemple contre les phénomènes de violence qui peuvent exister autour des établissements, c'est un point sur lequel nous sommes très décidés en ce moment. Il faut avoir parfois des actions volontaristes pour rendre l'établissement attractif, c'est ce que j'ai fait en rétablissant les classes bi-langues, les sections européennes, les classes de latin/ grec, en privilégiant les établissements les plus défavorisés, pour que les classes moyennes retournent dans ces établissements. Ces mesures-là sont, à mon avis, les plus efficaces. De même les mesures consistant à avoir plus d'internats, permettant là aussi d'avoir une vision de la mixité sociale dans un établissement, tout ceci peut être très utile. Il y a aussi des expérimentations menées en ce moment pour élargir la carte scolaire et permettre de mélanger les élèves. Ça peut marcher, si on accompagne cela de manière très fine, pour que les parents soient rassurés, c'est ce que j'essaye de faire.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, la mixité elle pose aussi la question de la laïcité, il y un vadémécum que vous avez distribué aux enseignants et aux chefs d'établissement le 30 mai, exemple : pas d'absentéisme sélectif pour questions religieuses, impossibilité pour les jeunes filles de ne pas se montrer dénudées en cours de natation ou de sport au nom de leurs convictions religieuses. La laïcité ce n'est pas qu'un beau principe sur le papier, ce sont des cas concrets, clairement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, enfin, la laïcité est quelque chose de simple, la laïcité c'est la liberté de conscience, et c'est justement un principe républicain à ce titre, on a tous le droit d'avoir une croyance, une foi, ou de ne pas en avoir, et on a aussi tous le droit de ne pas avoir la pression d'autrui sur ces questions-là, et c'est particulièrement vrai à l'école, c'est pourquoi l'école fait l'objet de règles spécifiques. Donc c'est, en réalité, très simple. Mais, après il y a toute une série de choses qui se présentent dans la réalité, parce que, il faut bien le dire aussi, il y a des groupes de pression qui existent, qui essayent de tester la République, et donc les professeurs en particulier, mais tous les personnels, se trouvent parfois, ou même les autres élèves, se trouvent dans des situations parfois où ils se demandent quelle est la règle du jeu. Ce vadémécum a le mérite de dire ce que sont les règles du jeu, de manière très simple. Vous savez, je vais très souvent dans les établissements, de toutes sortes, je parle avec les élèves, ça m'est encore arrivé la semaine dernière dans les Hauts de Rouen, dans un collège où on a parlé de laïcité, il y avait des enfants de toutes confessions, eh bien quand on parle de ces sujets-là, en réalité, les enfants comprennent, mais parfaitement. C'est nous, dans notre monde adulte et médiatique, qui dramatisons des choses qui, en réalité, doivent être simples. C'est un peu comme l'interdiction du téléphone portable, si on pose des règles claires et simples, eh bien les enfants les comprennent, et en réalité les respectent pour l'essentiel.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous venez ici à quelques jours du bac, mais aussi à quelques jours du stress de Parcoursup, ce stress, écoutez-le.

INTERVENANT
C'était le parcours du combattant, se connecter, matin, midi, soir, pour demander, pour regarder, sans louper d'informations.

INTERVENANTE
C'est une période qui est très stressante, pas forcément pour les résultats, mais pour tout le contexte qu'il y a autour, les révisions, la concentration, les résultats, ce qui fait que je pense que je ne suis pas la seule à être stressée par l'ambiance.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, à ces lycéens, qui passent le bac bientôt, est-ce que vous avez un petit message d'encouragement, de confiance, à faire passer, ou un petit message d'excuses pour ce stress imposé à quelques jours des épreuves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai deux messages. J'ai premièrement, en effet, un message d'encouragement, parce que ça va être le baccalauréat, il faut se concentrer sur l'épreuve, et le faire avec sérénité, et deuxièmement un message pour rassurer parce que, là aussi, c'est pareil, le monde médiatique, on va dire, a envoyé des messages d'angoisse là où ce n'était pas nécessaire. Au moment où nous parlons…

AUDREY CRESPO-MARA
Ça aurait dû quand même mieux se passer que ça ne s'est passé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous sommes le 7 juin aujourd'hui, l'année dernière APB a ouvert le 8 juin, donc le 7 juin, à la même date l'année dernière, il y avait zéro personne ayant une réponse. La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique VIDAL, avec qui nous avons travaillé sur ces questions, qui a élaboré ce système, avait promis qu'il y aurait au moins deux tiers des élèves qui auraient au moins une réponse avant les épreuves du baccalauréat, nous sommes largement avant et nous sommes à largement plus des deux tiers, nous sommes en train d'arriver vers 70 % des élèves ayant eu une réponse.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc là aussi vous dites il y a des gens qui jettent de l'huile sur le feu et qui politisent la chose, et qui manipulent les lycéens et les parents ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a deux catégories de choses. Il y a les lycéens comme ceux que nous venons d'entendre, qui sont évidemment de bonne foi, et j'entends parfaitement ce qu'ils disent, et je comprends très bien leur inquiétude, mais mon message c'est « à la fin vous allez avoir une place, donc ne soyez pas dans une inquiétude excessive. » Il y a toujours eu des processus d'inscription, il y a encore quelques années c'était même après le baccalauréat que ça se décidait, c'était beaucoup plus difficile, et le système nouveau est clairement une amélioration, parce qu'il n'y aura pas de tirage au sort à la fin, il y aura une affectation qui tienne compte réellement des volontés et des capacités des élèves, par rapport aux attendus l'établissement d'enseignement supérieur. C'est donc un système plus rationnel et plus humain, simplement il se passe en continuum, donc ça prend un certain temps, mais aujourd'hui, pour deux tiers des élèves c'est déjà une réussite, pour plus de 200.000 d'entre eux ils sont déjà inscrits, et donc d'ici à la fin du processus chacun aura eu une proposition.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, bac, Parcoursup, ce sont deux de vos réformes, ce ne sont pas les seules, vous avez voulu réformer le CP, les enseignements dans le primaire, vous êtes revenu sur la réforme du collège de votre prédécesseur Najat VALLAUD-BELKACEM, tout ça en moins d'1 an. Vous ne frisez pas le burn-out comme certains députés s'en plaignent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'espère qu'ils ne se plaignent pas de mon burn-out…

AUDREY CRESPO-MARA
Le leur.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je n'en n'ai pas, non, je pense que vous avons la passion d'aider la France, tout simplement, c'est le sens de toute l'action gouvernementale. Emmanuel MACRON a été élu pour cela, pour agir, lui aussi il ne compte pas son temps, son énergie, le Premier ministre non plus…

AUDREY CRESPO-MARA
Ils disent que le gouvernement les assomme de projets de lois et que finalement ne leur permet pas de bien légiférer, de ne plus retourner dans leur circonscription…
JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous prenez mon cas, ce n'est pas le cas, je n'ai fait passer aucun projet de loi jusqu'à présent, j'ai seulement encouragé des propositions de loi, comme la proposition de loi Gatel qui nous permet de mieux contrôler justement les dérives éventuellement de certains secteurs qui veulent créer des écoles privées hors contrat, ou cette proposition de loi sur le téléphone portable. Donc, non, non, je n'ai pas… je réponds aux questions des députés, je ne les ai pas trop assaillis, je crois.

AUDREY CRESPO-MARA
Maltraités…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne les ai pas maltraités. Ce que j'essaye de dire dans le livre c'est…

AUDREY CRESPO-MARA
On y vient.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est justement que, si on est méthodique, si on a les idées claires…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous leur donnez des conseils pour être moins épuisés, non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ce n'est pas aux députés, c'est une sorte d'analyse pour notre action en ce moment au gouvernement. Dès lors qu'on a les principes clairs et qu'on est méthodique, en fait on n'est pas menacé par la fatigue.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous publiez « Construisons ensemble l'école de la confiance » chez Odile Jacob, la confiance entre qui et qui, les élèves et les professeurs, les parents et les professeurs, le ministre et les professeurs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La confiance de tous envers tous, c'est la définition du bonheur en République. La société française n'est pas assez une société de confiance, il y a beaucoup de phénomènes de défiance, pour toute une série de raisons, c'est justement ça que nous sommes en charge, je crois, de réparer, c'est de recréer ce système de confiance. Déjà, l'élection d'Emmanuel MACRON a créé cette atmosphère de confiance, par exemple des autres pays envers la France, c'est un phénomène majeur en ce moment, qu'il faut quand même souligner. Mais s'agissant du système scolaire, c'est d'abord la confiance que moi je donne aux acteurs, et je la donne notamment, ma confiance, aux professeurs, ce que je veux c'est réinstituer le professeur au centre de la société française, et je veux demander à la société française, et aux élèves bien sûr, de respecter les professeurs, c'est un point très important. Mais c'est aussi la confiance des professeurs dans les parents, la confiance des parents dans les professeurs, la confiance des professeurs dans leur institution, la confiance des professeurs dans les élèves et des élèves dans les professeurs, et à la fin, l'objectif final le plus important, c'est la confiance des élèves en eux-mêmes. Les enfants français ne sont pas habitués à prendre confiance en eux-mêmes, à s'exprimer, c'est le sens par exemple de l'instauration de l'oral au baccalauréat. Eh bien, tous ces éléments-là ne se décrètent pas, ne se créent pas du jour au lendemain, mais si vous prenez chacune des mesures, elles sont faites pour ça.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, pour restaurer cette confiance, vous avez mené de nombreuses réformes, vous avez effacé celles de Najat VALLAUD-BELKACEM. Est-ce qu'il y en a certaines que vous avez conservées, ou tout était à jeter ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, bien sûr, bien des choses ont été conservées, qui pouvaient avoir été faites par ma prédécesseur ou précédemment, il faut avoir évidemment le sens du temps long. On insiste toujours sur ce que l'on change, mais il y a évidemment des choses que l'on ne change pas, c'est normal. Ma doctrine est assez simple, c'est on ne change pas ce qui marche bien et on change ce qui ne va pas bien, c'est aussi simple que ça. Il y a malheureusement beaucoup de choses qui n'allaient pas bien, que j'ai donc dû changer.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors quand verrons-nous l'effet de vos réformes ? Pas maintenant apparemment. Ecoutez l'un de vos prédécesseurs, Luc FERRY.

LUC FERRY, ANCIEN MINISTRE, PHILOSOPHE
On ne peut pas changer les choses en 1 an, c'est techniquement impossible, donc on peut changer le cap, ce que Jean-Michel BLANQUER a très heureusement fait, on peut changer le cap, mais on ne peut pas changer les choses. Ne jugez pas son action avant au moins 3 ans, il faut 3 ans pour planter vraiment quelque chose dans ce ministère.

AUDREY CRESPO-MARA
Trois ans, c'est long.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous voulez, il y a des choses, de court-terme, de moyen-terme et de long-terme. Si on prend la division des classes de cours préparatoire par deux, c'est une mesure que l'on a pris rapidement, et je crois efficacement en septembre dernier, c'est une mesure de long terme, ses grands effets seront dans les années 2030 et 2040 quand vous aurez des élèves issus de milieux sociaux défavorisés qui en réalité auront bien démarré dans la vie…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais le baccalauréat que les élèves passent là en ce moment, ce n'est pas le vôtre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait. Si je termine sur cet exemple, mais ça déjà un effet à court terme, parce que vous avez des familles qui sont beaucoup plus en confiance, il faut aller sur le terrain, voir ce que ça donne chez les familles concernées, l'atmosphère que ça crée dans les écoles. Dès ce mois de juin nous évaluerons ce que ça a donné, et donc vous avez quand même des premiers bourgeons, je dirais, même si effectivement il faut savoir attendre les fleurs et ce n'est pas en tirant sur la plante qu'on la fait fleurir. Donc il y a, il faut avoir ce sens du temps long mais on peut avoir des premiers résultats qui installent cet esprit de confiance. L'interdiction des téléphones portables, c'est quelque chose d'effectif, dès la rentrée prochaine, ce que j'ai fait sur la laïcité, c'est des choses qui ont vocation à s'appliquer dès maintenant, et notamment à partir de la rentrée prochaine, donc il y a des choses quand même, immédiatement faisables, et s'agissant du baccalauréat, les premiers grands effets se verront à la rentrée 2019 pour les élèves de 1ère en particulier, qui verront la fin des séries en particulier, il y aura plus S,ES et L, et puis vous aurez, ça sera pleinement mûr en juin 2021 avec le nouveau baccalauréat.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors le problème, c'est qu'un ministre de l'éducation, en moyenne, reste 2 ans à la tête de son ministère, est-ce que vous espérez, est-ce que vous voulez rester 5 ans, histoire d'installer les choses quand même ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, je ne suis pas le seul décideur sur un sujet comme celui-là, donc je reste humble par rapport à cette question, mais mon désir c'est celui-là, en effet, je l'ai dit dès que je suis arrivé, c'est que je pense que cette moyenne à laquelle vous venez de faire référence de 2 ans, n'est pas bonne, qu'elle est un des facteurs explicatifs de certaines difficultés de notre système scolaire, et que nous avons besoin au contraire de durée, et donc en effet, il faut être là plusieurs années, et c'est mon voeu, je ne cherche pas quoi que ce soit d'autre, le but c'est de creuser un sillon, qui n'est pas un sillon personnel, c'est un sillon collectif, d'où cette notion de confiance, c'est aussi pour ça que j'ai écrit ce livre, c'est pour que les gens comprennent finalement la cohérence des différentes pièces du puzzle et comment ce puzzle se construit aussi avec une Nation, avec une société, parce qu'il faut avoir une vision de ce que l'on veut pour la France à long terme, justement, si on veut construire l'école.

AUDREY CRESPO-MARA
Tous les matins je pose une question récurrente, la question off, mais devant les caméras.

- Jingle -

AUDREY CRESPO-MARA
C'est off, entre nous.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça se voit.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça se voit. Vous avez annoncé que tous les élèves de CM2 allaient recevoir en cadeau pour les vacances une édition des Fables de La Fontaine illustrées par Joann SFAR. Votre fable préférée, c'est laquelle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ma fable préférée, alors, la plus connue, c'est Le Corbeau et le Renard et comme toutes les Fables que tout le monde connait, on mériterait de la redécouvrir.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça donne quoi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage, Maître Renard par l'odeur alléché, lui tint à peu près ce langage. Vous voulez que je continue ?

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, si vous voulez avoir une bonne note, vous continuez.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Hey, bonjour Monsieur du Corbeau, que vous êtes joli, que vous semblez beau, sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.

AUDREY CRESPO-MARA
Parfait 20/20.

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout cas je tiens à souligner que j'accorde de l'importance à ça.

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, ce sont des classiques qu'il faut apprendre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. J'étais il y a deux jours à Versailles pour distribuer à des enfants de toute l'Ile-de-France ces Fables de La Fontaine, avec Joann SFAR, que je remercie, parce que c'est avec grande générosité qu'il a accepté d'illustrer ces fables, qui sont magnifiques, il fallait voir le bonheur des enfants et en effet tous les élèves de CM2 de France vont avoir les Fables de La Fontaine.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juin 2018

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