Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 11 juin 2018, sur la question des biocarburants, l'exploitation minière aurifére et la déforestation, l'EPR de Flammanville et la centrale de Fessenheim, les permis de chasse et sur la politique sociale du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 11 juin 2018, sur la question des biocarburants, l'exploitation minière aurifére et la déforestation, l'EPR de Flammanville et la centrale de Fessenheim, les permis de chasse et sur la politique sociale du gouvernement.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, COHEN Patrick.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

JULIE LECLERC
Patrick COHEN, vous recevez ce matin le Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas HULOT.

PATRICK COHEN
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Quel sens cela a d'importer de l'huile de palme de l'autre bout du monde pour produire des biocarburants ?

SEBASTIEN LECORNU
Cela a probablement de moins en moins de sens et c'est bien d'ailleurs l'enjeu que nous avons face à nous, à l'échelle européenne et à l'échelle française. C'est de diminuer la part de ces produits importés. Il faut savoir aujourd'hui qu'il y a deux filières.

PATRICK COHEN
Là, on fait le contraire.

SEBASTIEN LECORNU
Non. Je vous explique. Vraiment, c'est très compliqué à comprendre cette question des biocarburants parce qu'il y a deux filières. Il y a la filière pétrochimique, on parle beaucoup de La Mède et de TOTAL, mas il y a aussi la filière agricole. Quel est leur point commun ? Dans les deux cas, on importe aujourd'hui de l'huile de palme et même parfois du colza pour la filière agricole. Et donc, le gouvernement va s'engager dans un plafonnement justement de ces importations. C'est long, ça prend du temps. Premier plafonnement à La Mède puisque nous imposons à TOTAL un plafond à ne pas dépasser d'importation d'huile de palme, 50 % avec le reste en huile recyclée. Et nous allons nous engager à l'échelle européenne, parce qu'il n'y a pas de solution qui ne soit pas européenne sur le sujet, à plafonner à geler pour l'année 2017 en prenant les totaux de l'année 2017, le volume d'importation d'huile importée pour la diminuer petit à petit sur une pente dans les prochaines années. C'est un combat de longue haleine, ça n'a jamais été fait, c'est nouveau.

PATRICK COHEN
Mais la bioraffinerie de la Mède, elle va être mis en service cet été donc, avec un fort contingent d'huile de palme qui n'existait pas auparavant. Des importations nouvelles, trois cent mille tonnes maximales a dit TOTAL.

SEBASTIEN LECORNU
Ça peut paraître un peu hallucinant pour les personnes qui nous écoutent ce matin, mais sachez qu'aujourd'hui 50 % des biocarburants consommés en France sont déjà importés. Pas produit en France : importés, déjà raffinés. Et dans ces 50 %, on est parfois sur des taux à 75 % d'huile de palme. Ça veut dire que le biocarburant qui va être produit à La Mède aura moins d'huile de palme dans ses composantes, 50% maximum, que ce que nous importons. Donc effectivement, il y a un argument de bons sens à avoir sur ces affaires de biocarburants. On doit diminuer la part liée à la déforestation donc l'importation.

PATRICK COHEN
Donc ce que vous nous dites, c'est que le projet de La Mède, il a moins d'impact écologique que la situation actuelle.

SEBASTIEN LECORNU
Le Ministre d'Etat Nicolas HULOT l'a dit, et ce n'est pas de gaieté de coeur, mais il y est une étape dans la transition. C'est mieux qu'avant et il faut que ce soit moins pire que demain. Voilà. Et ça, c'est véritablement l'enjeu majeur, ça va prendre du temps et, une fois de plus, la solution est européenne. En tout cas, moi je me tiens à la disposition de l'ensemble du monde agricole pour les rassurer sur le sujet, comme Stéphane TRAVERT va le faire dans les jours qui vont venir. Il faut qu'on puisse davantage remettre le monde de l'agriculture au coeur de cette affaire de biocarburants, notamment autour de la question du colza, puisqu'aujourd'hui on importe du colza en France pour la filière agricole, pour produire des biocarburants. Et ça, ce n'est pas TOTAL qui le fait.

PATRICK COHEN
En tout cas, le gouvernement n'avait pas les moyens de remettre en cause ce projet de bioraffinerie ou de demander à TOTAL de rééquilibrer ses approvisionnements ?

SEBASTIEN LECORNU
Alors rééquilibrage, on l'a fait, puisqu'on a même imposé une part d'huile recyclée. C'est l'intérêt aussi de la filière pétrochimique : c'est qu'elle permet de récupérer des huiles qui sont recyclables, ce que ne permet pas la filière agricole. En revanche effectivement, il y a un héritage du gouvernement précédent qu'on ne renie pas puisqu'il s'agissait aussi de sauver des emplois sur le site de La Mède. Une fois plus le dossier de la Mède est peut-être un prétexte aujourd'hui pour parler de la question plus globale des biocarburants, mais ayons ce débat et moi je prône justement, comme Nicolas HULOT, à ce que l'on puisse diminuer la part d'importation dans notre pays et en Europe.

PATRICK COHEN
La Mède, c'est un héritage du gouvernement précédent que vous n'avez pas pu remettre en cause. C'est ça ? Je vous ai bien compris ?

SEBASTIEN LECORNU
Qu'on n'a pas pu remettre en cause mais qu'on a quand même néanmoins amélioré, puisque dans la maquette initiale, dans l'accord initial avec TOTAL, on était plutôt sur 75 % d'huile de palme importée ; là, on arrive à 50 %, et on est en obligation d'huile recyclée. Dernier point, Patrick COHEN, l'huile qui sera produite à La Mède ne rentre pas en concurrence avec l'huile qui est produite par les agriculteurs. Ce n'est pas la même technologie. Elle sera deux fois plus chère, elle n'aura pas les mêmes applications et elle n'a même pas la même qualité.

PATRICK COHEN
Puisqu'on parle de déforestation, il y a un autre projet qui fait hurler tous les défenseurs de l'environnement, celui de la montagne d'Or en Guyane, énorme exploitation minière aurifère qui fait l'objet d'un débat public sur place. Quelle est la position du gouvernement ?

SEBASTIEN LECORNU
Comme vous le savez, comme il y a un débat public, les ministres n'ont pas le droit de parler du dossier en tant que tel.

PATRICK COHEN
Il se trouve qu'Emmanuel MACRON, quand il était ministre, a dit qu'il était pour et Nicolas HULOT a dit qu'il était contre.

SEBASTIEN LECORNU
Mais vous savez, moi je suis assez basique : j'aime bien respecter la loi, je pense que c'est pas mal quand on est ministre, donc je ne peux pas m'exprimer sur le sujet. Néanmoins, je l'ai déjà fait publiquement là-bas sur place et je serai amené de nouveau à me rendre en Guyane au mois de juillet prochain pour, justement, regarder les conclusions du débat public sur lequel il est évident que la question de l'empreinte environnementale du projet est à questionner, mais l'empreinte économique et sociale aussi. Puisque si les élus de Guyane portent ce projet et le soutiennent, c'est qu'ils en attendent un retour en matière de fiscalité et d'emploi. Et même sur ces questions de fiscalité et d'emploi, il faudra être vigilant.

PATRICK COHEN
Encore un dossier, celui de la fermeture de Fessenheim. La mise en service de l'EPR de Flamanville devrait encore avoir du retard, on parle de l'été 2019 au plus tôt. Ça va encore retarder la fermeture de Fessenheim ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est automatique. Dès lors que l'EPR de Flamanville, dit Flamanville 3, se déclenche, cela entraîne la fermeture de la centrale de Fessenheim. Aujourd'hui, c'est à EDF et à l'Autorité de sûreté nucléaire de clarifier le calendrier. Cela a déjà été fait avec un horizon pointé à l'été 2019. Moi, je n'en sais pas davantage ce matin. Une fois de plus, le calendrier est plutôt tenu en tout cas sur Fessenheim pour ma partie, puisque ce qui compte aussi c'est le projet de revitalisation autour du territoire. C'est faire monter les acteurs alsaciens autour d'un devenir commun pour demain, et ça pour le coup, ça avance. Après, il y a le volet industriel sur lequel, là pour le coup, le calendrier a pris du retard.

PATRICK COHEN
Oui. Sur Flamanville, ce n'est pas du tout tenu. On ne peut pas le dire. La réforme de la chasse, vous avez annoncé une baisse du prix des permis de chasse. Nicolas HULOT a dit : « Non, non, non, pas du tout. Rien n'est arbitré. » Qui dit vrai ?

SEBASTIEN LECORNU
Le Ministre d'Etat par définition dit vrai. C'est ça qu'il a dit Nicolas HULOT sur une matinale concurrente la semaine dernière, en disant qu'à ce stade on est en train de réfléchir. Effectivement, le président de la République m'a demandé de mener une réflexion complètement opérationnelle sur la question de la chasse dans notre pays. Aujourd'hui, rien n'est satisfaisant ni pour les associations de protection de la nature, ni pour les chasseurs, ni pour les services de l'Etat d'ailleurs. C'est très compliqué, il y a une dizaine de types de permis différents, les missions de police sont éclatées entre plusieurs établissements publics de l'Etat, c'est extraordinairement complexe. Donc je mène actuellement des concertations nombreuses avec tout ce monde, y compris d'ailleurs les agriculteurs, les forestiers, les élus locaux, enfin tout le monde de la ruralité. C'est l'occasion aussi d'aller au contact bien évidemment de tous ces acteurs de la ruralité, pour faire un certain nombre de propositions au président de la République, au Premier ministre et à Nicolas HULOT pour faire évoluer le modèle de la chasse française, tant sur la question effectivement de la validation du permis. La question de la baisse du prix de ce permis est évidemment au coeur des attentes du monde de la chasse, et je le reprendrai en proposition dans mon rapport, que sur la question de la gestion végétative des espèces qui permet de mieux approcher la biodiversité, de mieux protéger des espèces qui sont en voie de disparition, qu'également les missions de police en mieux rural. C'est un beau chantier, un grand chantier qu'on va mener.

PATRICK COHEN
Donc vous proposerez bel et bien une baisse du prix du permis de chasse.

SEBASTIEN LECORNU
En fait, je proposerai une simplification du permis de chasse qui conduira probablement, on va dire ça comme cela, à une diminution de celui-ci, parce qu'en échange et en retour, nous allons demander des choses aux chasseurs, notamment en matière de protection de la biodiversité ou de restauration des milieux naturels parce que les chasseurs, notamment le président Willy SCHRAEN, y est prêt.

PATRICK COHEN
Ça vous agace, Sébastien LECORNU, quand on vous demande quelle est l'ambition écologique de ce gouvernement ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, pas mal, oui, je dois bien vous avouer que quand on bosse un peu et que ça fait un an qu'on est complètement engagé sur la libération des énergies renouvelables, sur le projet de loi portant interdiction sur les hydrocarbures, enfin, exploitation, exploration des hydrocarbures, que l'on engage la fermeture irréversible de Fessenheim, là où beaucoup en ont parlé pendant des années, mais personne ne s'est rendu sur place pour le faire, là où même sur les biocarburants, on tente de faire évoluer le modèle, même si ce n'est pas simple, et ça ne se fait pas en une seule fois. Oui, je trouve que la critique est parfois un peu injuste et un peu facile, mais je la laisse à celles et ceux qui la portent.

PATRICK COHEN
Hélène JOUAN, la chef du service politique d'Europe 1.

HELENE JOUAN
Ce week-end, Sébastien LECORNU, trois économistes, qui ont participé à la campagne d'Emmanuel MACRON, ont réclamé au président un rééquilibrage social de sa politique, alors, vous qui venez des Républicains, qui êtes un proche d'Edouard PHILIPPE, un proche du duo de Bercy, Bruno Le MAIRE et Gérald DARMANIN, est-ce que vous trouvez quelque chose à redire à cette politique ? Est-ce que finalement, ce n'est pas celle que vous auriez mise en place avec un président issu de vos rangs ?

SEBASTIEN LECORNU
Moi, déjà, si j'ai accepté de rentrer au gouvernement et de répondre à la philosophie du président de la République et d'Emmanuel MACRON, c'est justement parce que je ne crois plus du tout à ce clivage gauche-droite, enfin, je rappelle quand même que sur les questions sociales, entre Dominique STRAUSS-KAHN et Philippe SEGUIN, pour prendre deux personnalités, plutôt une venant de la gauche et une venant de la droite, l'un était sûrement plus social et plus protecteur que l'autre. Donc je pense que les clivages gauche-droite, il faut s'en méfier sur le sujet. Moi, je considère qu'on a un enjeu de communication et de pédagogie, quand on augmente le minimum vieillesse, quand on augmente l'allocation adulte handicapé, lorsqu'on augmente le complément familial, lorsqu'on va procéder au dégrèvement de la taxe d'habitation pour 80 %…

HELENE JOUAN
Ça suffit ça pour faire une politique sociale ?

SEBASTIEN LECORNU
Ce n'est pas que ça suffit, c'est que, il ne faut pas que ça passe inaperçu, et évidemment le risque, bien évidemment, c'est que toutes ces mesures qui, d'ailleurs, doivent trouver leur place dans un budget, qui est contraint, qui est difficile, sur lequel Gérald DARMANIN d'ailleurs s'emploie à ce que les objectifs soient tenus avec Bruno LE MAIRE, eh bien, il ne faut pas qu'évidemment tous ces mécanismes de protection, que nous mettons en place, passent inaperçus. Et c'est vrai qu'il y a un enjeu de pédagogie majeur, moi, je ne pense pas qu'il faille un rééquilibrage, ça voudrait dire qu'on aurait tort sur le fond, je ne pense pas que nous ayons tort sur le fond, après, il est évident que dans la mise en scène de notre communication gouvernementale, pardonnez-moi pour l'expression mise en scène, le propos est peut-être mal choisi, pour la pédagogie, pour l'explication de ce que nous faisons, il faut autant montrer le protégé que le libéré, il est vrai que le libéré se voit beaucoup, parce qu'il est souvent spectaculaire, les ordonnances du droit du Travail par exemple sont quelque chose qui font beaucoup parler, l'augmentation du minimum vieillesse est quelque chose bien sûr qui passe plus inaperçu, pour autant, croyez-moi, celles et ceux qui le perçoivent, eux, le voient bien et le perçoivent bien.

HELENE JOUAN
Oui, c'est vrai que la suppression de l'ISF, c'est plus spectaculaire que la hausse de certains minima sociaux…

SEBASTIEN LECORNU
Ah, je crois qu'en volume, le dégrèvement de la taxe d'habitation sera surtout plus spectaculaire que l'ISF, et ça, pour le coup, rendez-vous en octobre. Voilà, ce sont des enjeux majeurs, il faut les montrer.

PATRICK COHEN
Donc la politique sociale du gouvernement, vous ne la trouvez pas déséquilibrée, Sébastien LECORNU…

SEBASTIEN LECORNU
Ecoutez, moi, qui suis Séguiniste à la base, je me sens à l'aise avec ça, oui.

PATRICK COHEN
Et le discours de Laurent WAUQUIEZ vous le trouvez équilibré ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, ça, je crois qu'il est de plus en plus dans une solitude dans son discours qui est assez… j'écoutais Jean-François COPE samedi, je crois, qui parlait vraiment de l'homme seul…

PATRICK COHEN
Hier matin, oui…

SEBASTIEN LECORNU
Hier matin, pardonnez-moi, qui parlait justement de la solitude de Laurent WAUQUIEZ, je trouve que c'était bien vu de la part de Jean-François COPE.

PATRICK COHEN
Eh bien, voilà, Sébastien LECORNU qui rend hommage à Jean-François COPE. Très bien, merci…

SEBASTIEN LECORNU
Ça prouve mon esprit libre, monsieur COHEN…

PATRICK COHEN
Merci d'être venu en direct au micro d'Europe 1.

SEBASTIEN LECORNU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juin 2018

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