Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Radio Classique le 12 juin 2018, sur le militantisme islamique à l'université et Parcoursup. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Radio Classique le 12 juin 2018, sur le militantisme islamique à l'université et Parcoursup.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :

GUILLAUME DURAND
Nous sommes en direct avec Frédérique VIDAL. Bonjour madame, donc, bienvenue. Les sujets ne manquent pas ce matin. Un mot sur ce rappeur dont on parle beaucoup dans la Presse ce matin. « Contreproductif de l'interdire », disait il y a quelques instants, Guillaume TABARD, même s'il s'insurgeait évidemment sur cette programmation, mais en même temps c'est ce qu'avait fait Manuel VALLS à l'époque de Dieudonné. Est-ce que vous, à titre personnel vous regrettez cette programmation et vous pensez qu'à un moment le gouvernement devrait songer peut-être à interdire ces concerts ?

FREDERIQUE VIDAL
Moi, je pense que ce n'est pas le rôle du gouvernement de s'immiscer dans la programmation que le Bataclan décide de faire. Par contre, ce qui est finalement réconfortant, c'est que la présence de ce rapport au Bataclan, questionne la société et questionne l'opinion publique.

GUILLAUME DURAND
Guillaume TABARD disait : on attend toujours un discours cohérent et conséquent, j'allais dire, du président de la République. Le Figaro en parle ce matin, justement, sur la façon de voir, de concevoir et peut-être même de gérer l'islam de France. Est-ce qu'on a une date et est-ce que vous avez de ce point de vue là, des informations ?

FREDERIQUE VIDAL
On n'a pas de date précise. Je crois que ce qui est important c'est de bien comprendre la complexité du sujet, et le fait que c'est aussi à l'islam de France, d'être en capacité de faire des propositions pour savoir comment il peut y avoir, en France, un islam, comme il y a un protestantisme, un catholicisme. Voilà.

GUILLAUME DURAND
Et est-ce qu'il existe à l'université, comme ça été le cas par exemple, ça a été dénoncé par un proviseur de Marseille, justement, un militantisme islamique, qui refuse les lois de la République ? Je parle des universités françaises dont vous avez la charge.

FREDERIQUE VIDAL
On ne voit pas de cas particuliers à l'université, en tout cas de généralisation. Lorsqu'il y a, évidemment, prosélytisme ou trouble à l'ordre public, il y a intervention des présidents ou des doyens, mais il n'y a pas de phénomène massif observé dans les universités.

GUILLAUME DURAND
Alors, dans les universités, on a vu des mouvements de contestation. Faisons un point sur Parcoursup. Il y a encore quelques jours, on disait : 75 % des dossiers bouclés. Ce matin, vous êtes en direct avec nous, il st 08h22, vous voyez, j'essaie d'être précis, est-ce que vous pouvez nous donner un chiffre précis pour savoir exactement combien de jeunes lycéens qui ont obtenus le bac, ont obtenu une réponse positive pour un positionnement dans une université précise ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, sur l'ensemble des candidats, on est à 77,3 % des candidats qui ont eu une proposition, et concernant spécifiquement les lycéens, on a dépassé les 80 %.

GUILLAUME DURAND
Et est-ce qu'on sait, puisque ça a été aussi l'un des reproches qui a été fait par un certain nombre de responsables politiques des quartiers, si effectivement il y a une homogénéisation sociale ou est-ce que finalement, ceux qui sont en Seine-Saint-Denis resteront en Seine-Saint-Denis, parce que la question de la mixité sociale est une des questions qui a été traitée au cours de la campagne par Emmanuel MACRON ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, les propos que l'on entend, sont vraiment des propos qui me heurtent profondément, parce que je voudrais bien que l'on se rappelle…

GUILLAUME DURAND
Mais qui vous heurte ?

FREDERIQUE VIDAL
Les propos que l'on entend sur le fait que la loi telle qu'elle a été mise en place est une loi d'exclusion. Je voudrais juste rappeler que, auparavant, la priorité académique était l'un des critères qui permettait l'affectation, et que ce que nous avons autorisé cette année, c'est justement la possibilité de changer d'académie. Donc ça, déjà, je voudrais vraiment le rappeler, et on voit déjà les résultats, puisque l'an dernier, en fin de processus, c'était à peu près un jeune sur cinq, de Créteil ou de Versailles, qui pouvait étudier à Paris, cette année on est déjà plus d'un tiers. Ceci dit, la deuxième chose qui…

GUILLAUME DURAND
Donc vous nous dites : il y a un tiers des gens pour qui la mixité, enfin les changements de région, en fonction de leur désir, sont satisfaits par Parcoursup.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, ont déjà été satisfaits. Il n'empêche qu'il faut qu'on regarde les chiffres, et on le fera lorsque le processus sera terminé, et que l'on fera évidemment en sorte que les choses s'améliorent. Mais, je voudrais vraiment aussi souligner une deuxième chose, c'est que je ne peux pas entendre qu'il y a les bonnes universités à l'intérieur du périphérique et les mauvaises universités à l'extérieur du périphérique. La qualité de la formation dans le premier cycle universitaire est vraiment excellente sur l'ensemble du territoire, et ça me parait un peu facile de penser que l'on ne peut faire de bonnes études qu'à Paris. Ça c'est aussi quelque chose qui me gêne dans le discours. Mais ceci dit, effectivement la question de la mixité sociale est une question importante. Effectivement, Parcoursup permet de donner déjà des outils de mesure et permet déjà d'apporter un certain nombre de solutions. Tout n'est pas parfait, nous continuerons à travailler en ce sens, mais il ne faut pas accuser Parcoursup de tous les maux en l'occurrence, puisque le problème des quartiers, ce n'est pas un problème qui date de l'année dernière.

GUILLAUME DURAND
Et puis, ce que vous avez déploré, le fait que par exemple quelqu'un comme Eric COQUEREL fasse partie justement de ceux qui barraient l'accès à l'université, donc à ceux qui voulaient travailler pendant les grèves.

FREDERIQUE VIDAL
Ah il a fait bien pire que ça, pour moi, il a empêché des étudiants de passer leurs examens. Quand on sait l'importance qu'ont les examens, pour valider une année…

GUILLAUME DURAND
Donc député de la France Insoumise.

FREDERIQUE VIDAL
... notamment pour les étudiants qui ont été obligés de travailler pendant toute l'année, à côté de leurs études, pour présenter leurs examens, je trouve que c'est vraiment extrêmement incroyable que des députés se permettent de bloquer des examens.

GUILLAUME DURAND
Question, elle est importante, il y a quelque chose qui parait assez invraisemblable, c'est de voir des gens à Normal Sup, donc qui est le sommet de l'élitisme à la française, protester contre la sélection. Alors, qu'est-ce que c'est que ce système, qu'est-ce que c'est que cette culture française, qui est en train de réémerger et qui au fond se prononce contre une sélection qui est présente dans tous les pays ?

FREDERIQUE VIDAL
Eh bien c'est une excellente question que vous posez, et ce que vous aurez probablement remarqué, c'est que durant tous les évènements qui se sont déroulés dans les semaines passées, finalement c'était relativement peu les étudiants qui étaient au front, mais c'était l'usage finalement de Parcoursup, pour d'autres combats politiques.

GUILLAUME DURAND
Ce qui a été le cas à l'université de Montpellier et Caen, par exemple.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, à l'université de Montpellier, de Grenoble, de Nantes. Ce qui s'est passé, c'est vraiment une tentative de récupération. Personne…

GUILLAUME DURAND
Une sorte de mini 68, donc, vous nous dites.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, enfin en tout cas une tentative de faire quelque chose qui ressemble à 68, ce qui d'ailleurs dénote une méconnaissance complète de l'histoire, parce que 68, ça n'est pas 2018.

GUILLAUME DURAND
Nous sommes en direct avec vous, madame VIDAL. Vous connaissez évidemment, puisque vous êtes universitaire, particulièrement bien ce paysage. En France, il y a les grandes écoles. Actuellement, il y a les admissions à Polytechnique et à Normale et on sait très bien – il suffit de voir la composition du gouvernement où même la majorité d'Emmanuel MACRON – qu'ils viennent tous de ces grandes écoles. Donc est-ce qu'on n'est pas aussi dans une sorte de gigantesque illusion où, effectivement, des gens vont obtenir via Parcoursup des postes universitaires ? Mais qui dirige la France ? Les énarques, les HEC, les polytechniciens, et même maintenant des gens qui vont à Londres ou qui font des MBA aux Etats-Unis, à Harvard ?

FREDERIQUE VIDAL
Il y a aussi des docteurs en sciences. Nous sommes quatre membres du gouvernement à avoir un doctorat, donc je crois que là aussi, les choses sont probablement en train de changer. Moi, je voudrais vraiment que l'on explique qu'il n'y a pas d'opposition à faire entre ce qui se passe dans les écoles et ce qui se passe à l'université. Ce sont des formes d'enseignement qui sont différentes et, évidemment, c'est très important de revaloriser tous les diplômes universitaires et notamment le diplôme de doctorat. Ça, c'est un véritable sujet et c'est vrai qu'en France, c'est un diplôme qui est encore mal reconnu en dehors du monde académique et nous avons déjà travaillé sur ce sujet puisque nous avons fait reconnaître le doctorat au répertoire national des compétences, parce que figurez-vous qu'il n'y était pas.

GUILLAUME DURAND
Je vous lis un petit passage du livre de Yann MOIX dont on parle beaucoup et qui parle justement non pas des migrants mais des exilés et qui cite tous les exilés célèbres comme, par exemple, EINSTEIN ou de très grands écrivains. Il s'adresse au président de la République : « Vous nous abreuvez de leçons d'humanisme et vos discours hypocrites sont saturés de vaines saillies sur la montée des extrêmes, l'accroissement du racisme, l'aggravation des xénophobies. Mais dans le même temps, ou de tribune en tribune, d'envolée en envolée, vous faites concurrence à vos propres platitudes. Ce sont des populations entières et des démunis et les plus abîmés qui sont rejetés, ostracisés, stigmatisés, martyrisés. » Nous avons ce matin, et ce sera ma dernière question, l'affaire de l'Aquarius. La France est muette sur cette affaire-là, sauf les Corses.

FREDERIQUE VIDAL
L'affaire de l'Aquarius, c'est, j'allais dire, le sommet de l'iceberg. On a affaire à quelque chose qui est abominable, ces gens qui sont abandonnés en pleine mer. Il y a des règles internationales, elles n'ont pas été respectées. Peu importe. Le vrai sujet, c'est qu'est-ce qu'on fait pour faire en sorte que, pour lutter contre ces trafics d'individus, qu'est-ce qu'on fait…

GUILLAUME DURAND
Mais pourquoi le président est-il silencieux ce matin ? Enfin, ce matin… Pourquoi on ne l'entend pas sur ce sujet ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que ce qui est important, c'est l'action. Là évidemment, il y a un coup de projecteur médiatique, mais des bateaux comme ça, il y en a tous les jours en Méditerranée.

GUILLAUME DURAND
Mais il va y en avoir d'autres. C'est pour ça que ce silence est bizarre.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument. L'important, c'est donc bien de travailler avec les pays d'origine, de travailler avec les pays de transit et de regarder comment on fait en sorte qu'il puisse y avoir une prise en charge de ces personnes bien en amont et qu'on ne les retrouve pas en train de mourir sur des bateaux.

GUILLAUME DURAND
Donc ce n'est pas un silence hypocrite.

FREDERIQUE VIDAL
Dans le cadre de l'enseignement supérieur, nous avons annoncé la semaine dernière un doublement du programme d'accueil des scientifiques en exil pour justement être en capacité d'avoir un accueil particulier pour tous les scientifiques et pour tous les étudiants qui se trouvent en situation d'être réfugié politique.

GUILLAUME DURAND
Dernière question, madame VIDAL. Elle est aussi importante. Il y a un discours devant la Mutualité française du président demain. Vous appartenez à ce gouvernement. Des économistes réclament un infléchissement à gauche, d'autres considèrent que cet infléchissement à gauche, je parle des responsables politiques et même dans la presse ce matin, le Figaro, serait une catastrophe. Vous, vous le souhaitez cet infléchissement à gauche du quinquennat ou pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Moi, je trouve que ce qui est important, c'est de ne pas séparer le libéré et le protégé. Les gens ont l'impression que soit on libère, soit on protège. En fait, toute l'action du gouvernement c'est de faire en sorte de libérer pour protéger et de protéger pour que les gens soient plus libres.

GUILLAUME DURAND
Ce sont des mots, ça.

FREDERIQUE VIDAL
Non, non, ce n'est pas des mots. Justement, lorsque l'on dit qu'il doit y avoir des étudiants boursiers dans toutes les filières y compris les filières les plus sélectives, ce qu'on fait c'est qu'on protège pour qu'il puisse y avoir ensuite expression de tout ce que ces jeunes ont à apporter au système. Donc il ne faut pas séparer ces deux mots, les choses se font en même temps et c'est vraiment…

GUILLAUME DURAND
Donc il n'y aura pas d'infléchissement. Il n'y aura pas d'infléchissement demain dans le discours.

FREDERIQUE VIDAL
Ce qui est important, c'est la façon dont on regarde ce qui est fait et on a décidé de regarder ce qui est fait uniquement par un côté de la lorgnette.

GUILLAUME DURAND
Merci. Frédérique VIDAL, chargée de l'Enseignement supérieur, était l'invitée politique de la matinale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2018

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