Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Sud Radio le 12 juin 2018, sur le bateau de migrants refusé par l'Italie et la politique d'immigration, la rencontre entre le président américain et le leader nord coréen et sur les tensions commerciales avec les Etats-Unis . | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Sud Radio le 12 juin 2018, sur le bateau de migrants refusé par l'Italie et la politique d'immigration, la rencontre entre le président américain et le leader nord coréen et sur les tensions commerciales avec les Etats-Unis .

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste, ROGER Patrick.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :

PATRICK ROGER
Bonjour Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

PATRICK ROGER
La France doit-elle accueillir « l'Aquarius », ce bateau de 629 migrants affrété par une ONG française, refusé par l'Italie et Malte ? C'est trop loin pour aller en Espagne, il ne resterait pas assez de vivres à bord, la Corse par la voie de Jean-Guy TALAMONI propose l'accueil, quelle est votre position Jean-Baptiste LEMOYNE ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
La position c'est qu'au-delà de ce cas particulier, mais j'y reviendrai, c'est que cette question-là on le voit il faut qu'elle soit gérée de façon européenne avec des vraies réponses et surtout avec une gestion le plus en amont possible, c'est d'ailleurs vous le savez le sens de la proposition et non pas seulement de la proposition mais de l'action d'Emmanuel MACRON puisque la France a mis en place avec le Haut-commissariat aux réfugiés au Niger par exemple un certain nombre de missions pour identifier les personnes qui sont effectivement éligibles au droit d'asile pour leur éviter cette traversée de la mort. Après il y a l'immigration économique, c'est autre chose - et il faut y apporter une réponse – de ce point de vue-là le président est aussi au rendez-vous avec un... comment dire, une aide accrue en matière d'aide au développement pour créer des entreprises, des auto-entrepreneurs, de la formation dans les pays je veux dire subsaharien, mais c'est comme ça qu'il faut gérer ce type de situation…

PATRICK ROGER
Non, mais c'est vrai Jean-Baptiste LEMOYNE, sauf que vous voyez il y a quasiment tous les jours des bateaux comme ça en perdition, pas tous les jours, mais il y en a énormément qui sont secourus par des ONG, enfin en tout cas des migrants. Qu'est-ce qu'il faut faire dans ce cas précis ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Mais ce que je veux dire c'est que dans le cas précis encore une fois la France elle est à la manoeuvre, vous l‘avez vu il y a quelques jours stabiliser la situation en Libye, nous avons accueilli il y a quelques jours tous les protagonistes du... pas du conflit, parce que les choses sont un peu différentes, mais de la scène libyenne, pour pouvoir enfin avoir des élections, avoir un pays stable, parce qu'aujourd'hui ce qui se passe dans la Méditerranée est le fruit d'une Libye déstabilisée, donc on s'y emploie, le président de la République les a tous mis autour de la table - ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps - et donc tout ça pour vous dire que nous sommes en initiative pour régler les problèmes, les situations à la racine, aux causes... Voilà !

PATRICK ROGER
Et dans le cas précis de « l'Aquarius » qu'est-ce qu'on fait ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Dans le cas précis de...

PATRICK ROGER
Parce que, là, il y a urgence quand même ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui. Mais il y a une proposition qui a été faite par l'Espagne, elle est en cours d'expertise d'un point de vue météorologique et de capacité du bateau à se rendre dans le port de Valence…

PATRICK ROGER
On dit que c'est trop loin ou alors qu'il faudrait acheminer des vivres.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez, c'est vraiment en cours d'expertise, donc voilà affaire à suivre.

PATRICK ROGER
Et l'initiative de Jean-Guy TALAMONI, l'accueillir en Corse ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, enfin c'est... comment dire, il prend une position n'étant pas aux responsabilités qui est facile.

PATRICK ROGER
Oui, mais secours en mer, personnes en détresse.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui. Mais que dit justement, que dit spécifiquement le droit international ? C'est qu'il faut aller vers le port le plus sûr, le plus proche - et on voit bien d'ailleurs que la Corse n'est pas le port le plus sûr, le plus proche - vu la situation du bateau c'est entre l'Italie et Malte et, de ce point de vue-là, c'est d'ailleurs le contrôle italien qui avait ris en charge le bateau, donc voilà c'est de ce côté-là qu'il faut regarder.

PATRICK ROGER
Oui, du côté de l'Italie, ce qui veut dire que vous remettez la pression sur l'Italie ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, du côté... ce que je veux dire c'est qu'on parle de la règle…

PATRICK ROGER
Je ne comprends pas bien, Jean-Baptiste LEMOYNE…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Si, si, c'est très simple, c'est très simple, c'est la règle du port le plus proche, le plus sûr, puisque de deux choses l'une soit le bateau est capable d'aller jusqu'à l'Espagne – puisqu'il y a une proposition de l'Espagne qui a été faite – et donc c'est en cours d'expertise…

PATRICK ROGER
Oui, pour aller à Valence.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Soit il n'est pas capable et, à ce moment-là, je veux dire il faut lui trouver le port le plus proche, le plus sûr et de ce point de vue-là ça se joue entre l'Italie et Malte, voilà à peu près à équivalence.

PATRICK ROGER
Oui, et la France pourrait intervenir quand même ou pas, non ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais la France si vous voulez, encore une fois, elle intervient sur le dispositif Frontex, on a un certain nombre dans le dispositif Frontex dans la Méditerranée de navires, etc., qui sont là pour s'assurer du bon fonctionnement d'un certain nombre de choses, mais encore une fois la Corse n'est pas le port le plus proche – il faut dire les choses – et donc de deux choses l'une, soit le navire est capacité de faire une longue traversée et il y a cette proposition espagnole qui est sur table, soit il n'est pas en mesure et à ce moment-là le port le plus proche c'est entre Malte et l'Italie.

PATRICK ROGER
Oui. Donc, ça ne sera pas la France en tout cas. Est-ce que c'est inenvisageable de renvoyer les migrants en Libye, comme le réclame aussi Nicolas DUPONT-AIGNAN ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais vous l'avez vu en fait il faut pour tout ça, parce que là tout le monde réagit à chaud, etc., c'est le concours Lépine, mais la vérité c'est que justement…

PATRICK ROGER
C'est une situation un peu de détresse quand même.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais oui, mais nous on s'emploie – c'est la marque de fabrique d'Emmanuel MACRON – justement à être dans tout simplement le traitement je veux dire des problèmes à leur racine, et le problème c'est quoi ? C'est la déstabilisation d'un certain nombre de pays qui jettent des réfugiés et ces réfugiés lorsqu'ils sont éligibles à l'asile on doit leur éviter cette traversée de la mort – c'est ce qu'on fait à travers des missions qui sont menées avec le Haut-commissariat aux réfugiés – et par ailleurs c'est quoi ? C'est également des jeunes femmes et des jeunes hommes qui ne se voient pas d'avenir économique dans leur pays et pour lesquels il faut qu'on crée les conditions justement de cet avenir, et c'est le discours très fort de Ouagadougou du président de la République qui dit sur l'aspect de l'école, de la formation on doit mettre le paquet parce qu'il faut aider ces pays, il y a un démographie qui est telle qu'il faut former des bataillons d'enseignants, faire en sorte que la formation professionnelle également nous puissions les accompagner et tout simplement créer des opportunités. Parce que vous savez, je veux dire moi je suis souvent en Afrique subsaharienne, beaucoup se jettent sur ces routes qui sont les routes vers l'Europe mais pas dans le cadre d'un esprit de liberté mais par nécessité et, donc, il faut qu'on arrive à apporter des vraies réponses à…

PATRICK ROGER
Oui. L'arrivée au pouvoir quand même des populistes en Italie change un peu la donne ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Surtout on voit bien qu'on est à un moment de vérité pour l'Union européenne, parce qu'on a un certain nombre de politiques sur lesquelles il n'y avait pas suffisamment je crois de résultat, d'efficacité et de ce point de vue-là le budget par exemple qui est mis sur la table par la commission européenne nous en conteste le volet agricole mais par exemple il apporte des bonnes réponses en matière justement de gestion des frontières, en matière de politique migratoire parce que des moyens sont mis sur la table pour enfin rendre opérationnelles des agences comme Frontex, pour avoir une vraie gestion, parce que c'est ensemble qu'on peut apporter des réponses, ce n'est pas seul chacun dans son coin au coup par coup.

PATRICK ROGER
Oui. La Corée, vous saluez la poignée de mains historique cette nuit entre Donald TRUMP et le coréen du nord Kim JON-UN, on ne sait pas ce qu'il y a précisément dans l'accord aussi ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je suis bien d'accord avec vous, donc on attend de voir le contenu pour pouvoir avoir une analyse de fond et naturellement vous en dire plus, tout ce qui va dans le sens d'une dénucléarisation, de la lutte contre la prolifération nucléaire, naturellement va dans le bon sens, c'est d'ailleurs dans cet esprit que la France a toujours défendu l'accord qui avait été signé avec l'Iran pour éviter que l'Iran aille dans cette course-là. Donc aujourd'hui il faut être vigilant sur ce qui sera évoqué, c'est sûrement peut-être une première étape, mais encore une fois…

PATRICK ROGER
C'est une bonne chance quand même cette poignée de mains ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendez ! Tout ce qui va dans le sens encore une fois je dirais d'un apaisement. Mais surtout il faut que les engagements soient vérifiables, soient irréversibles, parce qu'on le voit bien quelque part il y a peut-être une asymétrie entre les deux présidents, il y en a un qui a peut-être déjà obtenu ce qu'il voulait : la photo – je parle de Kim JON-UN, et en attendant la communauté internationale elle ce qu'elle souhaite c'est avoir des engagements qui soient tangibles, crédibles et qui puissent être vérifiés, parce que ce sont des matières naturellement très inquiétantes.

PATRICK ROGER
Oui. A propos de TRUMP et puis la suite du G7, ce qui s'est passé ce week-end, complique un peu les choses un peu pour vous, notamment pour le commerce extérieur - aujourd'hui vous allez être avec les PME qui réclament effectivement plus de moyens pour pouvoir être en mesure d'exporter - ça complique un petit peu les difficultés avec ces taxes et ces barrières qui vont être imposées ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr c'est qu'on voit qu'il y a un regain de tension commerciale internationale qu'on n'avait jamais vu depuis très longtemps. Nous là aussi nous considérons qu'il faut apporter des réponses à la racine des problèmes, le président TRUMP « sanctionne » ses alliés Européens en mettant des taxes sur notre acier et notre aluminium en disant qu'on met en péril sa sécurité nationale, c'est un peu risible puisque nous ne sommes pas... nous sommes des alliés... Voilà ! Et, par ailleurs, nous ne sommes pas à la cause de ses surcapacités d'acier et d'aluminium qui inondent le marché américain, la cause elle est plutôt à aller chercher du côté de la Chine et donc la vraie réponse c'est d'aller lutter contre les surcapacités chinoises et de ce point de vue là ça veut dire travailler en multilatéral, apporter des réponses avec l'OMC, avec l'OCDE et avec le G20 et, là, on a besoin que ces outils soient peut-être plus opérationnels et, nous, on veut travailler à ça.

PATRICK ROGER
Oui. Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, invité ce matin de Sud radio. Question politique encore avec Christophe BORDET.

CHRISTOPHE BORDET
Oui. Revenons un instant sur « l'Aquarius », je n'ai pas très bien compris une chose, pourquoi la France ne dit pas : « puisque les italiens n'en veulent pas, puisque Malte n'en veut pas, nous on va accueillir ces migrants », pourquoi la France ne le dit pas, ne le fait pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais parce que vous avez bien que la situation est en train d'être expertisée pour voir si le navire peut se rendre en Espagne ou pas…

CHRISTOPHE BORDET
Non, mais d'accord, ça on a compris.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais attendez…

CHRISTOPHE BORDET
Mais pourquoi on ne fait pas ce geste ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais parce que, prenez tout simplement une carte, vous verrez que le trajet jusqu'à la Corse il est également assez long et que par conséquent si le navire n'est pas capable de faire le trajet jusqu'à Valence, l'est-il pour autant voilà d'aller jusqu'à la Corse ? Donc, ce que je veux dire c'est qu'il faut prendre les choses de façon très rationnelle, il y a une situation naturellement qui interpelle et à cette situation-là il faut qu'il y ait encore une fois des réponses qui soient rationnelles, encore une fois…

CHRISTOPHE BORDET
Mais enfin on est quand même bien responsables de quelque chose, l'Italie a accueilli 700.000 migrants, on les a laissés seuls, l'Europe n'a pas fait son boulot, la France n'a pas fait son boulot, et ça continue ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendez, je ne peux pas vous laissez dire ça, la France elle prend plus que sa part au sens où elle est engagée sur le théâtre libyen pour stabiliser la situation, au sens où nous sommes engagés à accueillir sur trois ans 10.000 personnes éligibles au droit d'asile justement grâce à ces missions qui sont conduites avec le Haut-commissariat aux réfugiés directement dans des pays de transit pour leur éviter cette traversée de la mort, donc la France elle agit, elle n'est pas inerte. Mais encore une fois ça montre une chose, vous avez raison, au niveau européen on n'a peut-être pas été suffisamment efficaces – et je dis on... on n'a même pas à se mettre comptables parce que si vous voulez nous on est arrivés il y a quelques mois, il y a 9 mois – 1 an, et en réalité cette situation elle existe depuis plusieurs années – et donc il y a un besoin urgent effectivement de mettre de l'efficacité dans cette gestion de politique migratoire au niveau européen, vous avez raison.

CHRISTOPHE BORDET
Autre sujet. Vous allez rencontrer en quelques mois, vous allez rencontrer donc les patrons de TPE-PME aujourd'hui à Paris, ils sont en attente, ils trépignent, ils se disent « on a besoin d'aide », vous allez leur dire quoi à ces patrons aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez ces patrons de PME ce sont eux qui font la vitalité de nos territoires, notamment nos territoires ruraux, hier j'en visitais un certain nombre dans l'Yonne, ce que je peux vous dire c'est qu'on a fait beaucoup pour libérer les énergies, faire en sorte qu'ils puissent embaucher plus facilement en CDI sans avoir la crainte de se dire : « si un jour la conjoncture va moins bien, comment je fais pour ajuster.…

CHRISTOPHE BORDET
Et pourtant ils n'embauchent pas tant que ça.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ah, écoutez, la situation de l'emploi va quand même nettement mieux, les recrutements ont repris et même souvent le problème c'est qu‘ils ont des problèmes à recruter, donc on a aussi tout un travail sur l'orientation, sur la formation professionnelle – et ça c'est la loi qu'est en train d'être discutée aujourd'hui…

CHRISTOPHE BORDET
Allez une annonce, dix secondes.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais, mais... l'annonce c'est tout simplement qu'on va mettre aussi le paquet sur l'export, parce que vous l'avez vu il y a une enquête hier qui est parue la France est de retour sur la scène internationale en matière d'attractivité et donc on a besoin d'utiliser ça pour toujours mieux se projeter également à l'extérieur.

PATRICK ROGER
Merci Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, était l'invité ce matin de Sud radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2018

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