Déclaration de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, sur la politique agricole, à Lourdes le 7 juin 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, sur la politique agricole, à Lourdes le 7 juin 2018.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

Circonstances : Congrès des jeunes agriculteurs, à Lourdes le 7 juin 2018

ti :

Monsieur le Président, Cher Jérémy Decerle,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,


(Élection de Jéremy Decerle et des nouveaux membres du conseil d'administration)

Avant toute chose, je souhaite vous dire le plaisir que j'ai d'être parmi vous une nouvelle fois, après Terre de Jim, le Salon international de l'Agriculture et d'autres temps d'échanges.

Votre congrès a cette année une particularité, c'est un congrès électif. Je tiens à féliciter Jérémy Decerle pour sa réélection, ainsi que vos nouveaux administrateurs. Je souhaite aussi remercier les membres sortants de votre conseil d'administration pour leur engagement tout au long de leur mandat au service de l'agriculture française.

En m'adressant à vous aujourd'hui, je parle à deux publics, différents mais aux attentes similaires.

D'abord, aux membres du syndicat Jeunes agriculteurs. Vous avez souhaité consacrer une table ronde ce matin au rôle du syndicalisme, thème particulièrement pertinent à quelques mois des élections de chambres d'agriculture. La France a la chance d'avoir des syndicats agricoles actifs et constructifs et il faut s'en réjouir car c'est l'un des moteurs de notre démocratie, qui permet aux professionnels que vous représentez d'être entendus.

Je souhaite que la participation aux élections soit la plus élevée possible pour donner la plus grande légitimité aux élus.

Votre syndicat occupe une place à part dans la représentation syndicale, puisqu'il est, comme vous le dites, le seul syndicat « dédié à la cause des jeunes ». Ceci ne vous empêche nullement de défendre vos positions sur l'ensemble des sujets agricoles, au-delà des thèmes de la transmission et de l'installation. Et vous le faites avec force et conviction !

En m'adressant à vous, je parle aussi aux « jeunes agriculteurs », à ceux qui font le pari de ce métier, le pari de s'installer en agriculture, parce que loin des caricatures et au-delà des « crises agricoles » qui ont plus la faveur de la presse que les réussites, ils croient en la richesse de l'agriculture française, en ses forces et en son potentiel de croissance. Ils croient en la diversité de l'agriculture française et en la qualité de l'alimentation, sans pour autant nier les exigences et les contraintes de cette profession.

Ils ont raison, et j'y crois aussi. C'est le sens de ma présence aujourd'hui et le sens de mon action au ministère de l'agriculture et de l'alimentation. Ils ont raison parce que ce sont eux qui, demain, vont nourrir les Français, leur apporter les produits de qualité qu'ils souhaitent consommer. Ce sont donc eux qui, plus que les autres, vont être le moteur de la transformation de l'agriculture française. Ce sont eux qui demain vont façonner nos territoires par leurs pratiques, toujours plus respectueuses de l'environnement, toujours plus à l'écoute du consommateur et de la société civile, et qui vont participer à la dynamique du monde rural.

Entendons-nous bien, leurs préoccupations, vos préoccupations, ne sont en rien « plus » ou « moins » légitimes que celles des autres exploitants agricoles ou des autres syndicats mais elle nous oblige à une mise en perspective peut-être plus poussée ou plus profonde : nous devons penser sur le long terme car nous devons donner de la visibilité, des garanties aux jeunes qui s'installent. C'est ce que je m'attache à faire dans les travaux que je mène.


(Un 52éme congrès à un moment clef)

Votre congrès se tient à un moment charnière pour notre agriculture : un moment où l'actualité communautaire et internationale est dense avec, je le sais, des sujets qui vous préoccupent. Un moment aussi en forme d'étape, à mi-chemin entre l'Assemblée nationale et le Sénat dans la discussion du projet de loi issu des États généraux de l'alimentation - j'y viendrai tout à l'heure.


(PAC et orientation souhaitée)

L'actualité est marquée par les propositions récentes de la Commission concernant les règlements de la future Politique agricole commune.

Avant d'évoquer ce sujet, un mot sur la PAC actuelle, pour rappeler que, conformément aux engagements pris, 2018 sera l'année du retour à la normale du calendrier des paiements. Le fait que, pour la première fois depuis 2014, la date de fin de la télédéclaration n'ait pas été repoussée en constitue le premier signal. Les chiffres de télédéclaration pour 2018 constituent d'ailleurs un succès et un record qu'il faut saluer.

S'agissant de la future PAC, qui entrera en vigueur après 2020, la France a formulé des propositions, dont un grand nombre a été retenu par la Commission.

Nous nous sommes préparés depuis plusieurs mois à l'échéance de début juin, notamment grâce à la conférence du 19 décembre dernier. J'en retiens un impérieux besoin de simplification et de lisibilité de la PAC, tant pour les bénéficiaires que pour tous nos concitoyens.

En termes d'orientations, la nouvelle PAC doit accompagner la transformation de l'agriculture française et européenne afin de fournir une alimentation de qualité, durable, mais aussi l'énergie et les matériaux de demain.

Tout cela ne sera possible que si les agriculteurs et, au premier chef, les nouveaux installés, peuvent se prémunir contre la volatilité des prix, les aléas climatiques ou sanitaires, car ces aléas sont nombreux et de plus en plus violents. On l'a vu récemment avec les terribles orages qui se sont abattus sur plusieurs régions françaises notamment le sud-ouest et ont partiellement détruit les récoltes à venir.

Pour cette raison, je souhaite que les outils de gestion des risques soient au coeur de la future PAC, en complément des aides directes du premier pilier, découplées et couplées, qui constituent le premier filet de sécurité pour les agriculteurs.

La réserve de crise doit absolument évoluer, être d'utilisation plus souple et plus réactive pour permettre de faire face aux aléas de grande ampleur. La Commission a entendu cette demande en revoyant complètement le financement de cette réserve de crise, même s'il faudra rester vigilant sur les modalités d'activation. Il faut aussi que la PAC accompagne les agriculteurs pour faire face aux autres urgences et, notamment, à celle du changement climatique.


(Environnement)

Plus globalement, les préoccupations environnementales doivent être pleinement intégrées dans la PAC : c'est une attente européenne forte car l'agriculture fait partie des solutions notamment dans la lutte contre le dérèglement climatique. La préoccupation environnementale n'est pas une lubie. Beaucoup a déjà été fait. Il faut continuer, amplifier ce mouvement. Agir en faveur de la biodiversité, participer à l'amélioration de la qualité des eaux, de l'air, du bien-être animal, tout cela contribue à faire de notre agriculture européenne l'agriculture ayant les plus hauts standards au monde.

Nous devons en être fiers et aller encore plus loin. Nous devons favoriser les démarches de qualité, l'agriculture biologique et les autres dispositifs de certification permettant d'apporter une valeur ajoutée à la qualité nutritionnelle et sanitaire des produits ou en matière environnementale. La valeur ajoutée environnementale doit pouvoir être rémunérée comme création de bien commun, c'est, là encore, une attente forte au niveau européen et français, c'est aussi un élément clé de lien entre les agriculteurs et les citoyens.


(Négociation à venir)

Est-ce que les propositions que la Commission a publiées le 1er juin nous permettront d'atteindre ces objectifs ambitieux ? La nouvelle PAC permettra-t-elle d'innover, de moderniser les systèmes de production, de pérenniser nos exploitations familiales dans une économie mondialisée ? Il est encore trop tôt pour le dire, nous n'en sommes qu'au début d'une négociation qui durera longtemps et qui, n'en doutez pas, sera âpre. Nous devrons nous accorder à 27, avec des logiques parfois différentes. Il faudra prendre en compte la position du Parlement européen, l'autre colégislateur.

Des points positifs figurent d'ores et déjà dans les propositions de la Commission. Mais certaines orientations méritent d'être éclaircies et approfondies. En particulier, la France n'autorisera pas que la mise en place des plans stratégiques, ces programmes qui doivent décrire la façon dont les États mettent en oeuvre à la fois le premier et le second pilier, se traduise par un risque de distorsion de concurrence entre les États membres de l'Union.

La PAC doit rester une politique européenne et les obligations, telles que celles issues de la conditionnalité par exemple, doivent être les mêmes pour tous les agriculteurs européens.


(Cadre financier pluriannuel)

En outre, accompagner cette grande transformation de l'agriculture européenne ne se fera pas sans financement. C'est une question de cohérence.

Le 2 mai dernier, la Commission européenne a proposé un budget global pour l'Union européenne à 27 en augmentation malgré le Brexit. Mais la PAC y est traitée comme la variable d'ajustement face à la somme des contraintes qui pèsent sur le budget communautaire, notamment le départ du Royaume-Uni, État membre par ailleurs opposé historique de la PAC. Je l'ai dit dès le premier jour et je le redis : c'est inacceptable !

Je consulte l'ensemble de mes partenaires européens. La semaine dernière, j'ai rencontré mes homologues espagnol, portugais, irlandais, finlandais et grec. Nous avons créé le « groupe de Madrid ». Nous avons adopté une position commune que j'ai transmise immédiatement au Commissaire Phil Hogan et au Commissaire Oettinger.

Cette semaine, j'étais à Sofia pour le Conseil informel des ministres de l'agriculture où je n'ai eu de cesse de chercher une alliance toujours plus large. D'autres États membres vont nous rejoindre lors du Conseil de juin à Luxembourg.

Et contrairement à ce que j'ai pu lire ou entendre, il n'y a aucune ambiguïté sur le sujet au sein du Gouvernement : la proposition de budget est inacceptable pas uniquement pour moi parce que je suis ministre de l'agriculture. Elle l'est pour tout le Gouvernement, la PAC n'est pas une politique du passé mais bien une politique d'avenir qui doit évoluer pour faire face aux nouveaux enjeux mais qui a besoin, précisément, d'un budget à la hauteur de ces enjeux. C'est de notre souveraineté alimentaire et donc rien de moins que de notre sécurité qu'il s'agit !

Dès maintenant et dans les mois à venir, nous allons être pleinement mobilisés. Vous pouvez compter sur ma combativité et la force de mes convictions pour faire entendre la voix de la France, une voix forte et qui porte, à Bruxelles. Mais j'ai aussi besoin de vous, de l'ensemble des organisations professionnelles agricoles et de tous les agriculteurs pour faire connaître et partager la vision française de la PAC.

Je saisirai toutes les opportunités pour défendre cette ambition qui est la nôtre : un budget stable pour une PAC renouvelée, simple et efficace.


(Suites des Etats Généraux de l'Alimentation)

Dans un contexte difficile et incertain, la tentation du repli et de l'immobilité existe. Mais elle est mauvaise conseillère. C'est, au contraire, dans le mouvement et avec un cap clair, fermement tenu, que nous arriverons à inscrire notre agriculture dans une dynamique positive, pour vous et pour les consommateurs. C'est pour cela que le Président de la République a souhaité que se tiennent, dès le début de son mandat, des Etats Généraux de l'Alimentation.

Notre cap commun, c'est celui de la feuille de route de la politique nationale de l'alimentation 2018-2022 présentée lors de la clôture des EGA le 21 décembre dernier. C'est un cap exigeant, puisqu'il doit nous permettre à la fois de restaurer la capacité des agriculteurs à tirer un revenu décent de leur travail et de mieux répondre aux attentes des consommateurs et des citoyens en proposant à tous une alimentation saine, sûre et durable.

Aujourd'hui, où en sommes-nous ?

Depuis la conclusion des EGA, du chemin a été parcouru : projet de loi, plans de filière, plan d'action bioéconomie, feuille de route pour une agriculture moins dépendante des pesticides, concertation sur le programme Ambition Bio 2022, volet agricole du grand plan d'investissement, chantier fiscal… Je souhaite évoquer plus en détail certaines de ces actions, essentielles pour la transformation de l'agriculture française.


(Projet de loi)

D'abord, la plus visible actuellement : le projet de loi « pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable ».

Je sais que vous avez suivi la première étape parlementaire, l'examen à l'Assemblée Nationale, qui vient de s'achever, avec la plus grande attention.

Je crois sincèrement que ce texte de loi doit constituer pour vous une fierté. La fierté de voir se concrétiser ce pour quoi vous vous êtes battus et ce que vous avez débattu dans le cadre des EGA avec les entreprises de l'agroalimentaire, les distributeurs, les élus et le monde associatif : la fin de la guerre des prix qui a laminé vos marges, la fin de la destruction de la valeur de la ferme France qui vous empêche d'investir, d'innover et d'embaucher.

Assurer la souveraineté alimentaire passe notamment par la préservation de la capacité de production agricole et la juste rémunération des agriculteurs. C'est tout l'objet du titre Ier de cette loi :

- construction du prix à partir de l'amont et de vos coûts de production ;
- clause de renégociation plus opérationnelle, pour faciliter la réouverture des négociations commerciales en cas d'évolution des coûts de production ;
- lutte contre les prix abusivement bas ;
- contrôles et sanctions ;
- rôle accru de la médiation ;
- renforcement des interprofessions ;
- travail sur le statut et le rôle de la coopération agricole ;
- encadrement des promotions ;
- seuil de revente à perte fixé à 10% ;
- lutte contre la concentration des centrales d'achat : c'est une avancée majeure obtenue à l'Assemblée Nationale, fruit d'une concertation efficace entre parlementaires et gouvernement.

Vous le voyez, l'édifice du titre I de la loi est un tout : c'est un ensemble cohérent de mesures qui repositionne chaque acteur sur ses compétences.


(Indicateurs)

J'ai bien entendu vos préoccupations concernant les indicateurs et notamment ceux des coûts de production. Je crois que tout le monde se rejoint pour estimer que les interprofessions constituent l'instance pertinente pour élaborer les indicateurs les plus adaptés aux filières. Il ne faut pas les déstabiliser, mais au contraire les conforter.

A cette fin, le projet de loi apporte des avancées notables car il permet le recours au médiateur et la saisine de l'OfPM, afin d'éviter toute situation de blocage au sein des interprofessions. Au contraire, un recours systématique à un organisme public viendrait fragiliser les interprofessions et les déresponsabiliser. Il nous faut trouver le juste équilibre.


(Attentes sociétales)

Par ailleurs, vous le savez, le projet de loi ne se limite pas au seul champ économique. Il vise également à proposer une alimentation saine, de qualité et durable, accessible à tous. Dans son titre II, le texte traduit la volonté du Gouvernement de porter une politique alimentaire favorisant des choix qui préservent le capital-santé de chacun et le capital environnement de tous.

Je souhaite revenir avec vous sur certaines de ces dispositions.

1. Assurer l'approvisionnement de la restauration collective publique avec au moins 50% de produits issus de l'agriculture biologique, locaux ou sous signes de qualité en 2022. Il s'agit d'une disposition phare du projet de loi. Elle créée des nouveaux débouchés pour les agriculteurs français et constitue un levier de transformation. Rater ce virage serait faire la part belle aux importations. Il vous faut donc vous organiser en organisations de producteurs, en plateformes afin d'offrir la régularité d'approvisionnement dont les acheteurs ont besoin.

2. Séparer les activités de vente et de conseil ; sécuriser le dispositif des certificats d'économies des produits phytopharmaceutiques, interdire les rabais, ristournes et remises lors de la vente des produits phytosanitaires. L'objectif est de réduire la dépendance de l'agriculture aux produits phytosanitaires. Ce sont les mesures législatives de la feuille de route présentée le 25 avril par Nicolas Hulot, Agnès Buzyn, Frédérique Vidal et moi-même ;

3. Renforcer les pouvoirs d'enquête et de contrôle des agents chargés de la protection de la santé, de la protection animale et de la sécurité sanitaire des aliments.

4. Etendre le délit de maltraitance animale et renforcer les sanctions ; permettre aux associations de protection animale de se porter partie civile en cas de délit constaté par un contrôle officiel.

Ces dispositions sont tout aussi importantes que le premier titre. J'entends que certaines sont vécues comme des contraintes supplémentaires. Je peux le comprendre, même si certains argumentaires me paraissent excessifs.

Mais ces évolutions sont essentielles car elles participent au contrat social entre l'agriculture, l'industrie agro-alimentaire et la société. Méconnaître ces nouvelles attentes, c'est se couper des consommateurs. Y répondre, c'est également participer à une production alimentaire de qualité, plus rémunératrice pour les producteurs.


(Des limites de toute loi)

Le travail législatif va se poursuivre mais nous devons faire attention à ne pas tomber dans un double travers bien français :

1. Vouloir tout mettre dans la loi et ignorer ce qui n'y est pas ;
2. Considérer que dès lors que la loi est votée, la réforme est faite.

Combien de lois sont mal appliquées parce que les acteurs concernés ne les comprennent pas ou ne se les approprient pas ?

La loi ne sera efficace que si vous vous emparez, si tous les agriculteurs s'emparent du cadre et des outils qu'elle met en place. Je pense tout particulièrement à tous les jeunes agriculteurs : vous avez vocation à être le ferment dans la pâte. N'attendez pas pour vous regrouper dans des organisations de producteurs. Incitez vos interprofessions à s'atteler à la définition des indicateurs de coûts. Agissez pour développer la contractualisation. Soyez forces de proposition au sein de vos filières sur la réponse aux attentes sociétales, sur la qualité des produits, sur le bien-être animal, sur la réduction de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques.


(Plans de filière)

Parce que le portage de la transformation par toute une filière est l'une des clefs de la réussite pour le monde agricole et agro-alimentaire, le Président de la République a confié aux interprofessions, à l'automne dernier, le soin d'élaborer des plans de filière. Elles ont su se mobiliser dans des délais très courts et m'ont remis leurs plans à la mi-décembre.

Je serai particulièrement vigilant quant à leur mise en oeuvre. Ils sont importants à deux titres : d'abord parce qu'ils lient les acteurs entre eux dans des engagements réciproques, de l'amont à l'aval des filières, ensuite parce qu'ils sont les leviers d'appropriation par les acteurs des outils créés par la loi.

Au plan législatif, nous sommes actuellement dans un entre deux, entre la séance plénière de l'Assemblée nationale et celle du Sénat. Nous devons mettre à profit ce temps pour aider les filières à entrer dans la logique de la loi.

Pendant ce mois de juin, les interprofessions seront donc une nouvelle fois reçues dans mon ministère, afin de faire un point sur la mise en oeuvre des plans de filière, en particulier :

- l'élaboration des indicateurs et des clauses types de contrats pour les négociations à venir ;
- les engagements sociétaux, en matière notamment de bien-être animal et de réduction de la consommation de produits phytopharmaceutiques.

Enfin, au-delà, il me semble particulièrement utile que nous puissions avoir une réflexion transversale, avec l'expertise et l'appui de FranceAgriMer, sur des sujets qui intéressent plusieurs filières : je pense par exemple à l'alimentation animale et au renforcement de l'autonomie protéique.


Voilà, pour les EGA, ce que je tenais à vous dire. Vous l'avez constaté, les choses avancent. Mais le travail est loin d'être fini et il reste encore beaucoup à faire.

Au-delà des chantiers que j'ai mentionnés, il y en a bien d'autres qui découlent des EGA. Ce n'est pas le lieu ici de tous les lister. Nous nous y emploierons lors des réunions de suivi des EGA, en juillet et décembre prochains puis, une fois par an, à partir de 2019.


A ce stade de mon propos, je souhaite évoquer une filière particulière, la filière colza, et le projet de la Mède.


(Huile de palme / Raffinerie de La Mède)

La reconversion de la raffinerie TOTAL de La Mède, afin d'y créer une bioraffinerie de production de biodiesel, a été autorisée le 16 mai 2018 par le Préfet des Bouches-du-Rhône.

Ce projet a été décidé en 2015, à la demande du gouvernement précédent, pour proposer une solution de reconversion à un site pétrolier, avec le maintien de 250 emplois.

Vous prévoyez une mobilisation à compter de dimanche contre la mise en production de cette usine. Je comprends la préoccupation qui est la vôtre. La filière colza contribue à la production de biocarburants ; elle fournit aussi des huiles alimentaires de qualité et des tourteaux qui concourent à l'augmentation de l'autonomie protéique de la France. Nous sommes là dans le droit fil des conclusions des EGA.

J'en appelle néanmoins à votre esprit de responsabilité pour éviter de pénaliser nos concitoyens, mais aussi le monde agricole qui souffre déjà des difficultés actuelles de transport par le rail.

Je souhaite que l'approvisionnement de l'usine de la Mède puisse évoluer au fil du temps pour intégrer davantage de matières agricoles françaises. Les contrats qui pourraient être conclus sur la durée avec les filières agricoles françaises seraient créateurs de valeur et sources d'emploi sur le territoire national.


Bien que les sujets déjà abordés soient particulièrement denses, je ne peux conclure sans évoquer spécifiquement la problématique de l'installation, qui a d'ailleurs été le thème du conseil informel des ministres de l'agriculture cette semaine à Sofia, et de la transmission et ce, d'autant plus qu'il y a un sujet sur lequel vous m'avez alerté, celui de la déchéance de la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA).


(Renouvellement des générations et installation)

Lors de ses voeux à l'agriculture le 25 janvier 2018 à Saint-Genès-Champanelle, le Président de la République a rappelé l'importance qu'il accorde au renouvellement des générations et à l'installation des jeunes agriculteurs.

Deux dossiers mis en oeuvre récemment par mes services illustrent la volonté du Gouvernement de faciliter ce passage d'une génération à la suivante. Ils sont le fruit d'un travail en concertation avec les jeunes agriculteurs :

- la mise en place de la nouvelle modulation de la DJA, qui s'accompagne d'une revalorisation significative ;
- le nouveau dispositif d'accompagnement à l'installation-transmission en agriculture (AITA), désormais pleinement opérationnel.


(Déchéance DJA)

Vous m'avez également alerté sur les difficultés que rencontrent certains jeunes lors du contrôle réalisé à la fin de leur plan de développement d'exploitation, notamment lorsqu'ils dépassent le seuil de revenu de 3 SMIC en moyenne sur les 5 années de ce plan mais qu'ensuite leur situation s'est dégradée.

Le seuil de 3 SMIC est légitime car les aides doivent être ciblées sur les projets pour lesquels l'aide est nécessaire au développement de l'exploitation. Je sais que vous y êtes également attachés.

Pour autant, il est apparu nécessaire de prendre en compte certaines situations particulières. C'est pourquoi, à l'instar de ce qui existe déjà pour les déchéances pour non atteinte du revenu minimum de 1 SMIC, j'ai souhaité que les préfets puissent, dans leur décision de déchéance pour dépassement du seuil de 3 SMIC, prendre en compte d'éventuelles crises conjoncturelles ou circonstances exceptionnelles.

Cet assouplissement va s'opérer dans le respect du cadre réglementaire national et européen et sera limité à des cas particuliers. Cela permettra de trouver une issue favorable pour une part significative des cas de dépassement du seuil des 3 SMIC.


(Transmission, évolution de la fiscalité, réflexion sur le foncier)

C'est avec le même esprit d'ouverture que j'ai souhaité que soit mené le chantier sur la fiscalité agricole engagé le 16 février dernier. Des pistes d'évolution ont été identifiées et sont expertisées suite aux auditions qui ont associé une vingtaine de parlementaires et les organisations professionnelles agricoles. Elles trouveront leur traduction législative dans le PLF 2019.

Dans ce cadre, la facilitation de la transmission, eu égard au poids conséquent des actifs en agriculture, est apparue comme une de vos préoccupations. La simplification du pacte Dutreil, encore relativement peu utilisé en agriculture en dépit des exonérations importantes qu'il prévoit pour la transmission d'une entreprise, est à l'étude.

L'installation et la transmission sont aussi étroitement liées à la question du foncier. Comme je l'ai annoncé, nous travaillerons sur ce sujet dans les prochains mois, en nous appuyant sur le travail mené actuellement au sein de la mission d'information conduite par l'Assemblée nationale. Mon objectif est simple : faire en sorte que nos outils fonciers permettent de favoriser le développement d'une agriculture pourvoyeuse d'emplois, diversifiée dans ses modes de production, protectrice de son environnement et permettant aux nouveaux exploitants, jeunes ou moins jeunes, de s'installer dans les meilleures conditions.

Cet enjeu de l'installation et de la transmission sera aussi au coeur des discussions sur la future PAC. Le renouvellement des générations dans le domaine de l'agriculture est une question fondamentale en France mais aussi dans toute l'Europe. Le projet de la Commission prévoit d'imposer au moins 2% des crédits à l'installation et de cibler les aides pour assurer leur efficacité. A travers l'installation, c'est aussi la vitalité et l'avenir de nos territoires qui est en jeu et je défendrai ces enjeux avec force dans la négociation européenne.


(Conclusion)

Voilà Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais partager avec vous aujourd'hui.

Avec les EGA organisé en début de mandat, le gouvernement s'est fixé une ligne claire pour la politique de l'alimentation pour les années à venir. Vous l'avez noté, des chantiers importants sont engagés – ou vont l'être prochainement – et nous sommes pleinement mobilisés sur les négociations de la future PAC.

Je voudrais conclure par un message de confiance. D'abord, en vous parlant de nos concitoyens. Ils attendent beaucoup de vous, de tous les agriculteurs. Cela peut vous paraître trop, parfois. Mais ce n'est que la traduction de votre importance dans leur vie quotidienne : songez que tous les jours, vous entrez dans l'intimité de chaque famille au moment des repas. Songez que chacun d'entre nous vous confie une part de ce qu'il a de plus précieux, la santé et le bien-être de ses proches.

Message de confiance, ensuite, à votre génération. Le visage, les visages de notre agriculture vont changer dans les dix prochaines années. Beaucoup d'exploitants vont partir à la retraite. La relève est là, déjà à la tâche ou en cours de formation grâce à l'enseignement technique et supérieur agricole et agronomique. Les référentiels de formation se sont adaptés aux enjeux d'une agriculture en transition et aux pratiques à développer, au premier rang desquelles les pratiques agro-écologiques. La sensibilisation aux attentes des consommateurs et des citoyens s'opère dès la formation initiale. La recherche progresse.

C'est par la confiance, le contrat, l'information, la formation que nous pouvons construire les systèmes agricoles de demain, viables économiquement, respectueux de l'environnement et qui permettront d'offrir à tous nos concitoyens une alimentation savoureuse, saine, variée, riche de la diversité des terroirs français, et qui continuera à trouver des amoureux de la gastronomie partout dans le monde.


Je vous remercie pour votre attention.


Source http://www.lourdes-infos.com, le 13 juin 2018

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