Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, dans "Armées d'aujourd'hui" de juin 2018, sur la politique de défense. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, dans "Armées d'aujourd'hui" de juin 2018, sur la politique de défense.

Personnalité, fonction : PARLY Florence .

FRANCE. Ministre des armées

ti :
Q - Madame la ministre, un an après votre nomination et sur le plan personnel, vous attendiez-vous à vivre douze mois aussi denses ?

Je ne me suis jamais attendue à vivre douze mois de repos ! Si je suis devenue ministre des Armées, c'est pour me battre pour ce ministère, pour nos militaires qui risquent leur vie pour nous. Je suis arrivée avec une indéfectible volonté d'agir, d'améliorer les choses. Un budget en hausse de 1,8 milliard d'euros pour 2018, la réforme de Sentinelle, l'armement des drones, la loi de programmation militaire qui consacre le renouveau de nos armées, la réforme du MCO aéronautique, l'Europe de la défense... Il était hors de question d'attendre pour nos armées. Et je peux déjà vous dire une chose, ce n'est qu'un début.

Q - En ce qui concerne les opérations extérieures en cours, quelles sont les principales avancées ?

Tous les jours, nos militaires se battent partout dans le monde pour défendre la France, pour la sécurité et la liberté des Français. Ce combat, nos forces le mènent avec intensité et courage. Au Sahel et au Levant, évidemment, dans le cadre des opérations Barkhane et Chammal, mais aussi au Liban, sous mandat de l'ONU. Au Sahel, nos militaires font preuve d'un engagement remarquable dans leur lutte contre le terrorisme et en soutien aux forces locales. La France restera présente aussi longtemps que la situation sécuritaire l'imposera, mais nous gardons en tête un objectif clair : que le Sahel puisse assurer sa propre sécurité. Nous aidons aujourd'hui à la montée en puissance et à la formation de la force conjointe G5 Sahel. Cette force bénéficie d'un important soutien de la part de la communauté internationale et a d'ores et déjà mené plusieurs opérations. Barkhane leur apporte aide et soutien.

La France rassemble environ 1 200 militaires pour l'opération Chammal : aviateurs, artilleurs et formateurs. Ces militaires français participent, au sein de la coalition internationale, au combat incessant contre Daech. Des victoires décisives ont été obtenues. Le pseudo-Califat n'a quasiment plus de territoire, d'abris, de matériel, de logistique. Il est coupé de ses ressources financières... Mais si Daech est à terre, il n'a pas disparu pour autant. Il est passé à la clandestinité, ses modes opératoires changent et sa propagande se poursuit. Ce n'est donc pas terminé et la France adapte régulièrement son dispositif en fonction de l'évolution de la situation.

Q - En septembre dernier, lors de l'université d'été de la Défense, vous avez annoncé vouloir armer les drones, quelles seront les nouvelles perspectives opérationnelles liées à cette décision ?

Les informations récoltées par les drones de surveillance, essentielles pour décider et agir, doivent pouvoir être complétées par des actions de coercition, qui sont principalement conduites par voie aérienne - les avions de chasse ou les hélicoptères d'attaque. Le succès de l'action repose donc sur la disponibilité et la parfaite coordination de plusieurs moyens. Or, la moindre persistance en vol de ces vecteurs et la difficulté à coordonner dans le même temps tous ces éléments sont parfois incompatibles avec la fugacité de l'opportunité de pouvoir traiter une cible de haute valeur ou de protéger nos forces prises à partie au sol. La plus-value du drone armé est de juxtaposer en permanence la surveillance, l'endurance et la capacité de traitement immédiate.

En un mot : l'opportunité. Si un drone repère une cible et que les règles d'engagement sont validées, il peut l'atteindre beaucoup plus vite et facilement qu'un aéronef n'étant pas sur zone.

L'armement du Reaper fera peser une menace permanente sur les groupes armés terroristes grâce à sa discrétion et son endurance. Il permettra aux forces armées, en laissant toujours l'homme au coeur de la boucle et en conservant les chaînes de commandement opérationnel actuelles, de disposer d'un nouveau moyen, complémentaire des moyens existants, pour procéder à une frappe. Il s'agit d'être en mesure de saisir les opportunités de tir lorsqu'elles se présentent. Cela crée une boucle de réaction courte qui augmentera l'efficacité de nos tirs, notamment face à des cibles souvent fugaces et dispersées sur de vastes étendues. Une boucle de réaction dans laquelle, je le répète, l'humain sera toujours présent sur le théâtre d'opérations.

La protection de nos forces se trouvera aussi renforcée par la disponibilité de cette capacité d'appui. Enfin, le potentiel des avions de chasse ou des hélicoptères d'attaque pourra être préservé pour d'autres missions nécessitant un spectre de capacités plus large ou plus exigeant.

Q - Vous avez aussi décidé de lancer l'opération Sentinelle rénovée, que dire du nouveau dispositif ?

Depuis 2015, Sentinelle a beaucoup évolué : hébergement, primes, nature et répartition géographique des missions. Nous avons su nous adapter en permanence aux circonstances avec un seul objectif : assurer la protection des Français. Sentinelle n'a cessé de montrer son efficacité et son utilité et je voulais souligner la qualité de l'engagement des soldats impliqués dans l'opération.

Il y a quelques mois, j'ai accentué cette dynamique avec Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, pour donner à cette opération de protection des Français et de dissuasion contre de potentiels agresseurs, encore plus de dynamisme, de réactivité, de flexibilité sur l'ensemble du territoire national. Finies les patrouilles statiques, finis les lieux connus à l'avance.

Si Sentinelle continue de protéger certains lieux définis comme les gares, les sites cultuels, ou certains événements importants, une plus grande partie des militaires concentre aujourd'hui ses efforts là où c'est nécessaire en fonction des circonstances : être là au bon endroit et au bon moment, à Paris comme en province.

Q - Concernant le plan famille, vous vous êtes engagée à obtenir des résultats concrets et visibles pour les militaires afin d'améliorer leurs conditions de vie. Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Quand je suis arrivée en fonction, je me suis rendue dans les régiments, les bases aériennes et les bases maritimes. J'ai rencontré nos militaires déployés en opex. Aller à la rencontre de chacun, leur parler, partager avec eux un peu de leur quotidien, comprendre leurs aspirations et leurs difficultés, voilà ma méthode. Et, au cours de ces déplacements, je me suis forgé une conviction : il n'y a pas de soldats forts, sans familles heureuses. Il fallait donc agir et agir vite, c'est ce que j'ai fait en présentant fin octobre 2017 un Plan d'accompagnement des familles et d'amélioration des conditions de vie des militaires.

Il a été le fruit d'une large concertation et c'est un plan moderne et ambitieux. Ce plan est ambitieux parce qu'il touche tous les militaires, dans la diversité de leurs âges, de leurs situations et de leurs parcours. Il n'oublie pas les civils, qui sont concernés par la moitié des mesures. Il est ambitieux, aussi, par les moyens qui lui sont affectés. Sur cinq ans, 300 millions d'euros de crédits nouveaux sont destinés à donner vie à ces mesures et à changer le quotidien de nos forces et de leurs familles.

C'est un plan moderne parce qu'il prend en compte les évolutions de notre société. La famille a changé, nos armées aussi. Ce plan considère tous les types de familles, il tient compte des célibataires, des séparations, des divorces. Il intègre la volonté des deux conjoints de travailler, les évolutions concernant la garde des enfants ou encore l'équilibre croissant des rôles familiaux.

Il s'agit, d'abord, de mieux prendre en compte les absences opérationnelles, notamment en offrant des places supplémentaires en crèche, en déployant le wifi partout et tout le temps, en garnison comme en opérations, ou encore en garantissant aux familles de n'avoir à avancer aucun fonds lors des déplacements en mission. Avec la question de la mobilité vient naturellement celle du logement et de l'hébergement. Là encore, le Plan famille apporte des réponses concrètes en accroissant et en améliorant l'offre de logements. Ainsi, celle-ci augmentera de 660 logements entre 2018 et 2020 et les dispositifs de déménagement seront améliorés. Ce plan permettra aux familles de vivre mieux au sein de la communauté militaire, d'y être plus intégrées et plus épanouies. Enfin, ce plan accorde une attention toute particulière aux familles les plus fragiles et à l'accompagnement des militaires blessés.

En moins d'un an, un tiers des mesures prévues ont été appliquées. Ce sont des mesures très concrètes. Je pense aux places en crèche, je pense aux crédits supplémentaires confiés au commandement local afin de faciliter l'accueil et l'intégration des familles au sein des unités et des garnisons. Je pense à une des mesures emblématiques de ce plan : que 80 % des affectations soient désormais connues au moins cinq mois à l'avance pour faciliter la mobilité. Je suis fière de pouvoir dire que cet objectif est presque atteint.

Q - À l'automne 2017 et en début d'année 2018, la Revue stratégique et la loi de programmation militaire ont consacré la remontée en puissance de notre outil militaire. Au-delà des chiffres, peut-on dire que la France a réaffirmé sa place au sein de la communauté internationale ?

L'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République, les décisions qu'il a prises et les positions de la communauté internationale le prouvent : la France est de retour. Depuis un an, la voix de notre pays porte et je suis frappée, à chaque fois que je me rends en déplacement à l'étranger, par les attentes et les espoirs que notre pays suscite. La Revue stratégique a été l'occasion de faire une analyse fine et détaillée de la situation internationale et de la place que la France doit y occuper. Le monde est aujourd'hui plus violent, plus imprévisible. Les menaces qui pèsent sur nous sont toujours aussi fortes alors que le terrorisme frappe encore et que les grandes puissances cherchent à s'affirmer par tous les moyens. Les conflits aussi prennent des visages nouveaux : le cyberespace ou l'espace exo-atmosphérique sont aujourd'hui devenus des zones de confrontation à part entière.

Dans ce contexte, la France doit tenir sa place. Elle doit devancer les évolutions sous peine de les subir. Nous devons donc disposer d'un modèle d'armée complet et équilibré et être capables d'intervenir et de l'emporter, quel que soit le terrain, quel que soit l'ennemi, quel que soit le mode d'action.

Alors, vous me demandez franchement si je pense qu'avec l'impulsion du président de la République et la remontée en puissance exceptionnelle de son outil de défense la France a réaffirmé fortement sa place au sein de la communauté internationale : ma réponse est oui, sans aucun doute.

Q - L'un des moments forts de cette année a justement résidé dans l'adoption à l'Assemblée nationale et au Sénat du projet de loi de programmation militaire 2019-2025. Que va changer ce projet pour nos armées ?

Le projet de loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 est extrêmement important pour nos armées et il est attendu par nos militaires. Cette LPM n'est pas comme les autres. Il s'agit de la première LPM en expansion depuis la fin de la guerre froide. Elle vient réparer le grand écart intenable que l'on demandait à nos armées depuis bien trop longtemps : d'un côté moins de moyens, moins d'effectifs, des matériels toujours plus vieux et de l'autre plus d'engagements opérationnels. Les armées ont remarquablement tenu bon mais cela ne pouvait plus durer. La LPM 2019-2025 envoie donc un signal clair : le temps des restrictions est révolu, le renouveau de nos armées commence. Nous avions un cap, fixé très clairement par le président de la République : 2 % de notre PIB sera consacré à la Défense d'ici 2025. La LPM 2019-2025 permet donc une remontée en puissance exceptionnelle de nos moyens puisque 295 milliards d'euros seront accordés aux armées d'ici 2025 et que 6 000 nouveaux postes seront créés.

C'est donc une LPM qui répare les carences du passé et qui prépare l'avenir. Une LPM qui répare, une LPM qui pré-pare : voilà ce que pourrait être finale-ment la devise de ce texte qui présente quatre grands axes :

- placer les femmes et les hommes de la Défense au coeur de nos priorités, avec des nouvelles mesures pour la protection des soldats, pour leurs petits équipements, pour leurs conditions de vie, pour leurs familles ;
- renouveler les matériels qui étaient vieillissants, parfois inadaptés, voire dangereux, tout en renforçant certaines capacités stratégiques ;
- assurer notre autonomie stratégique en investissant dans le renseignement, dans le combat dans le cyberespace, en misant sur les coopérations et sur l'Europe de la défense ;
- enfin, construire des armées résolument modernes en investissant massivement dans la recherche et dans l'innovation. Ce texte est une réponse à l'appel de nos armées. C'est une réponse aux enjeux et aux menaces qui pèsent sur la France.

Q - Vous avez pointé les améliorations nécessaires aux conditions d'une meilleure disponibilité des aéronefs, puis vous annonciez la création de la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé). Où en est-on ?

En décembre 2017, j'ai annoncé à Évreux un plan de modernisation de notre MCO aéronautique. Ce plan était absolument nécessaire, car, en dépit de l'excellent travail des équipes en charge de la maintenance aéronautique, la disponibilité de nos aéronefs stagnait à un niveau trop faible depuis des années tandis que le coût de la maintenance ne cessait d'augmenter.

Pour mettre fin à cette situation, j'ai donc souhaité changer profondément l'organisation du MCO aéronautique. D'abord, sur le plan des organisations, la DMAé a été créée. Elle dépend directement du chef d'état-major des Armées et garantit ainsi la cohérence globale entre les différentes armées, qui sont toutes parties prenantes du MCO aéronautique.

Ensuite, au niveau des contrats, nous allons, à compter de l'été, renouveler un certain nombre de flottes, ce qui donnera l'occasion de mettre en place notre nouvelle stratégie, basée sur des contrats longs, globaux et responsabilisants. Nous avons plusieurs flottes prioritaires à traiter : l'A400M, l'Atlantique 2, le Dauphin, le Panther, le Caracal, le Cougar et le Fennec. Ce dernier, en particulier, représentera pour moi une flotte test de notre nouvelle stratégie.

Q - Vous avez fait de l'innovation l'un des objectifs majeurs pour le ministère. Que diriez-vous de la dynamique qui s'est enclenchée ?

L'innovation comprend deux grandes dynamiques : l'innovation de rupture, qui anticipe nos besoins de demain, et l'innovation de terrain, qui permet de faire face à des adversaires de plus en plus agiles à adopter les dernières technologies disponibles. On parle donc d'innovation pour des grands programmes d'équipement comme les satellites, les drones sous-marins ou le programme Scorpion. Mais on en parle aussi pour l'invention d'un garrot intégré à l'uniforme permettant plus de flexibilité en cas de blessure ou bien le développement d'une messagerie instantanée afin que les militaires de Sentinelle communiquent mieux entre eux.

Certains de nos ennemis maîtrisent très bien cette adaptation innovante » du terrain avec des moyens basiques qui se trouvent dans le commerce. Daech, par exemple, transforme des drones disponibles dans des grands magasins en des machines à tuer en les armant d'une manière ou d'une autre.

Pour répondre à ces nouveaux types de menaces, il nous faut donc être capables d'innover aussi vite que possible, de réagir en boucle plus courte que l'horizon de développement d'un nouveau sous-marin. Il en va de notre supériorité stratégique et opérationnelle. J'ai donc décidé d'agir par tous les moyens possibles. Nous allons donner des moyens à l'innovation, en portant le budget de la recherche et des études à 1 milliard d'euros par an dès 2022, en allant vers les PME et les start-up dans le cadre du Plan Action PME que j'ai présenté fin mai, en confortant les dispositifs existants comme Rapid et en créant de nouveaux modes d'intervention en faveur des entreprises. Je pense ainsi au lancement de Definvest, le premier fonds de capital-risque dans les PME de défense, géré par la Direction générale de l'armement et Bpifrance, dont j'ai annoncé la création en novembre 2017.

Il faut encourager l'innovation par tous les moyens possibles, lui donner réellement les moyens de réussir et de se développer. C'est précisément le rôle de l'Agence pour l'innovation de défense, qui sera bientôt créée. Cette entité offrira une porte d'entrée unique pour les professionnels cherchant une aide ou un accompagnement de la part du ministère. Elle abritera tous les dispositifs existants aujourd'hui. Elle nous donnera une aide et une visibilité tant en France qu'à l'international. Enfin, elle favorisera les expérimentations et sera résolument tournée vers l'économie civile et vers l'Europe.

Q - Le numérique représente aussi l'une de vos priorités, à quoi peut-il servir pour les opérations et au sein de l'administration ?

Regardons les choses très simplement autour de nous. Ceux qui nous liront seront peut-être dans leur bureau, voire — sait-on jamais ? — dans une salle d'attente. Que voient-ils autour d'eux ? Des ordinateurs, des tablettes, des téléphones portables, peut-être des montres connectées... Le numérique est aujourd'hui présent partout dans notre quotidien, dans celui de nos militaires. Il est présent partout, sur le champ de bataille comme chez nos ennemis. À l'heure où un téléphone se change en mouchard en quelques secondes, où les attaques cyber peuvent bloquer des économies entières, plus personne ne peut ignorer la nécessité d'agir pleinement pour le numérique.

Il fallait une réponse tranchée et ambitieuse, la loi de programmation militaire prévoit donc qu'entre 2019 et 2025, les armées consacreront 1,6 milliard d'euros à la lutte dans l'espace numérique. Et, d'ici 2025, le ministère des Armées comptera 4000 cybercombattants, soit un millier de plus qu'aujourd'hui.

Nous consoliderons les missions de protection, de défense et d'actions offensives. Nous créerons un outil de cybercombat, pour pouvoir répondre à chaque instant à toute attaque sur nos intérêts nationaux. Nous mettrons en place une posture permanente de cyberdéfense autour du commandement cyber. Cette posture permanente montre notre détermination et envoie un signal à nos adversaires. Elle affirme aussi, fortement, que la France a compris que nos souverainetés nationale, opérationnelle et numérique sont intimement liées.

Vous m'interrogez aussi sur le numérique dans notre ministère. Le numérique induit des procédures plus faciles, un ministère plus accessible, plus attractif. Et, là encore, je suis fière de pouvoir dire que le ministère est à la pointe de ce mouvement puisque nous avons été le premier ministère à dévoiler notre plan de transformation numérique et que nous avons créé la DGNum, la Direction générale des systèmes d'information et du numérique, qui aura l'importante mission de mettre en musique au sein du ministère les savoirs, les projets et les compétences numériques.

Q - L'Europe de la défense représente un axe fort de la politique menée par la France. Comment cela se concrétisera-t-il sur le plan opérationnel et capacitaire ? N'existe-t-il pas un risque que la France perde de son autonomie ?

Aucun risque, bien au contraire. Regardons les choses comme elles sont : nous sommes confrontés aux mêmes défis, nous connaissons les mêmes menaces, nous avons les mêmes ennemis. Nous voulons peser dans nos décisions, montrer notre capacité à agir vite et efficacement. Nous voulons que nos industries rayonnent et gagnent des marchés. Il n'est pas question de renoncer à notre autonomie stratégique. Mais pourquoi, alors, se priver de coopérations ? Pourquoi se priver d'être plus forts ensemble ? L'Europe de la défense représente un défi que nous devons relever, j'en suis convaincue. Et en un an, nous avons réalisé d'immenses progrès pour l'Europe de la défense. La coopération structurée permanente a prouvé la volonté des Européens de s'unir et donne déjà des résultats prometteurs. La Commission européenne travaille actuellement sur un budget accordant des moyens exceptionnels à la défense.

Le Fonds européen de défense représente une étape majeure pour l'innovation, pour l'émergence d'équipements européens pleinement performants. Ce fonds est le symbole du début d'une base industrielle et technologique de défense européenne. Celle-ci est nécessaire si nous voulons peser face à la concurrence internationale, nécessaire si nous voulons qu'il soit, demain, évident pour les pays européens d'acheter des équipements européens.

Quand je parle de coopération industrielle, ce n'est pas un vain mot. Il y a quelques semaines à peine, mon homologue allemande, Ursula von der Leyen, et moi-même avons signé un accord historique par lequel nous décidons de travailler ensemble, non pas seulement sur un drone ou un avion, mais sur tout le système de combat aérien du futur, le Scaf.

Sur le plan des opérations, l'Initiative européenne d'intervention (1E1), lancée par le président de la République en septembre, est en train de voir le jour. L'IEI a besoin de souplesse et de pragmatisme, c'est pour cela qu'elle sort du cadre des institutions. Elle permettra aux pays qui le peuvent et qui le veulent d'agir plus vite et plus efficacement quand une crise survient. Cela permettra aussi de façonner directement avec nos alliés cette autonomie stratégique européenne nécessaire à notre succès collectif. Là encore, nous avançons vite et, ce mois-ci, mes homologues et moi-même signerons une lettre d'intention qui donnera le point de départ formel de l'IEI.

Q - En un an, beaucoup a été fait, quels sont les enjeux des prochains mois pour nos armées ?

D'abord, la lutte contre le terrorisme ne cessera pas. La France est déterminée et je peux vous assurer que nous n'abandonnerons jamais ce combat.

Ensuite, je crois qu'il est essentiel aujourd'hui de bâtir des armées modernes, de bâtir les armées du XXIe siècle. C'est le seul moyen de répondre au défi des nouvelles menaces, de répondre au défi d'armées de plus en plus techniques, de répondre au défi de l'attractivité de nos armées. Des armées modernes, cela signifie des armées innovantes. Nous créons l'Agence pour l'innovation de défense et nous renforçons actuellement nos dispositifs d'aides aux PME et aux start-up. Nous continuerons aussi à réformer le ministère pour le rendre plus accessible, plus attractif. Parmi les enjeux que je vois, je pense aussi à l'Europe. Je vous le disais, nous avons effectué des progrès immenses pour l'Europe de la défense. Il faut continuer dans cette voie, accentuer nos coopérations, planter les germes d'une base d'industrie de technologie et de défense européenne. Nous ne céderons jamais rien sur notre autonomie stratégique, mais, pour être plus forts, pour pouvoir peser pleinement et intervenir plus efficacement, nous devons faire le pari de l'Europe de la défense.

Un autre point sur lequel je souhaite insister n'est peut-être pas le plus reluisant à première vue, mais est l'un des plus importants à mon sens : il s'agit de l'exécution des réformes et de la LPM. Le lien qui unissait les Français à leurs dirigeants a été éprouvé par les promesses qui n'ont été suivies d'aucun fait. J'ai annoncé un Plan famille, je veille extrêmement scrupuleusement à son application. J'ai lancé la réforme du MCO aéronautique, car la disponibilité de nos aéronefs doit augmenter. Quant à la LPM, bien sûr, elle suscite des espoirs et des attentes. Une augmentation telle de nos crédits, un renouvellement si massif de nos équipements : comment pourrait-il en être autrement ? Ces espoirs, il est hors de question de les décevoir. S'assurer du parfait suivi de l'application de la loi de programmation militaire fera partie des grands enjeux de cette année.

Enfin, j'aimerais insister sur ce qui sera l'un des thèmes clés sur lequel je m'investis, l'un des marqueurs de mon action, l'un des marqueurs de l'action collective de notre ministère : la mixité. Nos armées doivent rester attractives, elles doivent sentir le pouls de la société et accompagner ses évolutions. Il faut donc créer des armées au coeur de la cité, mixtes, adaptées aux changements. Nous devons promouvoir tous les profils, veiller à l'égalité des chances, s'assurer que, du militaire du rang à l'officier général, seuls la valeur et le talent comptent.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 14 juin 2018

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