Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec RTL le 13 juin 2018, sur la baisse des dépenses publiques et sur les privatisations. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec RTL le 13 juin 2018, sur la baisse des dépenses publiques et sur les privatisations.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :


ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être sur RTL ce matin. Vous allez nous expliquer pourquoi l'Etat s'est décidé – fin du suspense – à vendre ses parts dans trois entreprises, mais d'abord, le président qui, hier, dans son bureau, se fait filmer en disant, à propos de la politique sociale : « on met trop de pognon, on déresponsabilise, et on est dans le curatif. » Bruno LE MAIRE, s'adresser comme ça aux Français, c'est de la provoc ?

BRUNO LE MAIRE
Il a raison d'abord, c'est vrai que sur le fond, je pense que, il a raison, on met beaucoup d'argent dans notre politique sociale, et tant mieux, parce que je pense que c'est ce qui fait justement le contrat social français, mais il faut que cet argent soit bien employé, c'est-à-dire qu'il permette à tous ceux qui en bénéficient de sortir de la pauvreté, de sortir du chômage, de sortir de l'inactivité. Et c'est là que le bât blesse, c'est là que notre politique sociale ne fonctionne pas, on met beaucoup d'argent, mais on n'a pas les résultats qu'on serait en droit d'attendre en termes de…

ELIZABETH MARTICHOUX
Trop d'argent ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne dis pas trop d'argent, beaucoup d'argent, mais on devrait avoir en retour des personnes qui reviennent plus facilement sur le marché du travail, qui retrouvent un emploi, qui retrouvent une activité, une formation, et ce n'est pas le cas. Et c'est exactement ce que le président de la République veut régler, et ce que nous voulons tous régler.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous dites : c'est de la provoc dans le style un peu ?

BRUNO LE MAIRE
Ah, pas du tout !

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas du tout ?

BRUNO LE MAIRE
Non, c'est une réunion de travail, il ne s'adresse pas aux Français…

ELIZABETH MARTICHOUX
Enfin, il se fait filmer exprès pour que tout le monde le sache…

BRUNO LE MAIRE
Enfin, Elizabeth MARTICHOUX, quand vous faites une réunion de travail dans les locaux de RTL, j'imagine que vous n'avez pas le même langage qu'à l'antenne…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je ne me fais pas filmer, je ne l'envoie pas sur les réseaux sociaux…

BRUNO LE MAIRE
C'est un langage de réunion de travail, où on se dit les choses librement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors Jupiter est effectivement, très cash quand il travaille. Est-ce qu'il ne risque pas, parce qu'on l'a un peu entendu aussi dans les réactions des auditeurs ce matin sur RTL, de stigmatiser ceux qui touchent le pognon, le pognon dingue, comme il dit en vidéo…

BRUNO LE MAIRE
Ce qu'il stigmatise aujourd'hui, en France, c'est la pauvreté, ce qu'il stigmatise, c'est le chômage, ce qu'il stigmatise, c‘est ces millions de Français à qui on se dit : on va vous donner un chèque, mais on ne va pas être capable de vous retrouver un emploi, une activité, une place dans la société, une utilité dans la société, et je crois que ce qui fait justement le coeur du contrat social, que nous tous, les membres du gouvernement, la majorité, le président de la République, nous avons conclu avec les Français, c'est que nous refusons ce statu quo dans lequel nous vivons depuis des années ; nous, nous voulons que chacun reprenne une activité en France.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, puisque le président parle cash – je le disais – allons-y, Bruno LE MAIRE, est-ce qu'on peut faire plusieurs dizaines de milliards d'économies de dépenses publiques sans toucher à la dépense sociale ? La réponse est ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, je me suis déjà exprimé là-dessus…

ELIZABETH MARTICHOUX
La réponse est ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai déjà dit que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui ou non ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai déjà dit que si nous voulions faire des économies, mais ce n'est pas le bon point d'entrée sur le sujet, si nous voulions faire des économies, il faudrait regarder toutes les dépenses publiques, les dépenses publiques des collectivités locales, les dépenses publiques de l'Etat, les dépenses publiques sociales, mais à chaque fois avec un objectif, que ça marche mieux. Si on réduit les dépenses dans l'Etat, c'est pour qu'il soit plus efficace, concentré sur ses missions de sécurité, de justice. Si on réduit les dépenses sur le social, ce n'est pas pour faire des économies, c'est pour que l'argent soit mieux employé pour l'activité des gens…

ELIZABETH MARTICHOUX
On a entendu ça, mais est-ce qu'on peut faire plusieurs dizaines de milliards d'économies de dépenses publiques, vous les recherchez en ce moment, là, ardemment, est-ce qu'on peut le faire sans toucher aux aides sociales, la réponse est non…

BRUNO LE MAIRE
Mais je vous redis, Elizabeth MARTICHOUX, que nous regarderons toutes les dépenses publiques, sans exception.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, à quelles aides sociales faut-il renoncer par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, ça demande…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais parce que, il y a une forme de flou, il y a une forme d'ambiguïté…

BRUNO LE MAIRE
Ça demande beaucoup de travail d'examen, prenez l'exemple des aides aux entreprises. Le Premier ministre m'a demandé de faire des économies sur les aides aux entreprises, nous les ferons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Cinq milliards d'ici à 2022…

BRUNO LE MAIRE
C'est cinq milliards qui m'a a été demandé. Donc j'ai l'habitude de respecter ce qui m'a été demandé par le Premier ministre ou par le président de la République. Mais ce qui compte, c'est la méthode. Hier, j'ai rencontré les représentants des PME avec leur président, François ASSELIN, je leur ai dit : mais venez travailler avec nous, regardez, vous, qui connaissez le mieux ce dont les entreprises ont besoin, venez examiner ces aides avec nous, et dites-nous ce qui est utile. Dites-nous ce qui est moins utile…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez toucher au taux de TVA réduit ?

BRUNO LE MAIRE
Mais pour l'instant, nous sommes dans la phase d'examen, et ce n'est pas forcément…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne l'excluez pas ?

BRUNO LE MAIRE
Je n'exclue aucune option, à une réserve près, tout ce qui pourrait affecter l'activité ou l'emploi en France sera écarté.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'excluez pas de toucher au taux de TVA réduit dans la restauration ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas la réponse que je vous ai faite, Elizabeth MARTICHOUX, je vous dis que nous regarderons chacune de ces aides, et qu'une aide qui produit de l'emploi et de l'activité, elle sera maintenue, une aide dont on s'aperçoit que c'est de l‘argent public dépensé à fonds perdus, mais qui ne permet pas de créer de l'activité ou de l'emploi pour les entrepreneurs et pour les Français, forcément, elle sera regardée avec moins de faveur.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et pour les Français, vous excluez de toucher la prime d'activité finalement ?

BRUNO LE MAIRE
Mais vous voulez absolument prendre chacune des prestations les unes après les autres…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, je prends celles qui ont déjà été mises sur la table du débat public, est-ce que ça, vous excluez ?

BRUNO LE MAIRE
Je voudrais vous dire simplement que nous regarderons chacune des politiques pour vérifier leur efficacité, et à la fin, quand nous aurons fait ce travail, qui demande du temps, nous prendrons les décisions, mais à la fin seulement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand ? Quel est le calendrier ?

BRUNO LE MAIRE
Pour les aides aux entreprises, ça prendra plusieurs mois, avant que nous puissions prendre des décisions. J'associe les PME…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et pour les aides sociales…

BRUNO LE MAIRE
J'ai demandé également aux autres patrons d'apporter leurs idées. Je souhaite que les représentants des syndicats eux aussi puissent apporter leur regard sur les aides aux entreprises, j'ai demandé aux parlementaires de se saisir de ce sujet, de prendre l'ensemble des aides aux entreprises et de me dire eux aussi quelle est leur évaluation ; c'est ce travail collectif qui permettra de prendre les bonnes décisions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Rendez-vous ? Et les décisions, rendez-vous quand ?

BRUNO LE MAIRE
Rendez-vous dans plusieurs mois.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans plusieurs mois…

BRUNO LE MAIRE
Je ne peux pas vous donner de calendrier précis…

ELIZABETH MARTICHOUX
A la rentrée, en septembre ?

BRUNO LE MAIRE
Et nous avons une trajectoire budgétaire qui est bien tenue, nous tenons bien les comptes publics avec Gérald DARMANIN, maintenant, il faut préparer la fin du quinquennat sur ces dépenses publiques, ça nous donne du temps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bruno LE MAIRE, ça y est, vous lancez le programme de privatisations, ça a été confirmé hier, ce sera au Conseil des ministres dans la loi Pacte lundi.

BRUNO LE MAIRE
Le 18 juin.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça concerne ADP, ex-AEROPORTS DE PARIS, c'est une porte d'entrée en France, c'est comme une frontière, ça concerne la FDJ qui tient le monopole des jeux de loterie, dans les deux cas, ce ne sont pas des entreprises de yaourts, si je peux dire, ce sont des entreprises stratégiques, comme l'avait dit…

BRUNO LE MAIRE
… Je n'ai rien contre les entreprises de yaourts…

ELIZABETH MARTICHOUX
Moi non plus…

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, le yaourt aussi, c'est stratégique, bien manger, c'est très important…

ELIZABETH MARTICHOUX
Moins sans doute que ADP et FDJ, vous voyez ce que je veux dire, vous aviez vous-même employé ce mot de stratégique. C'était indispensable de céder des parts de ces deux entreprises, et il y a ENGIE aussi, dans le lot ?

BRUNO LE MAIRE
C'est indispensable de redéfinir la place de l'Etat dans notre économie, c'est ce qu'on veut un Etat qui se contente de toucher des dividendes ou est-ce qu'on veut un Etat qui prépare l'avenir des Français, un Etat stratège. Nous, nous voulons un Etat stratège, c'est un Etat qui au lieu d'avoir, prenez l'exemple d'ADP, 9 milliards d'euros environ immobilisés sur ses infrastructures, et qui touche des dividendes chaque année, récupère ces 9 milliards d'euros, les met sur le fonds pour l'innovation de rupture et investit pour l'avenir de nos enfants, moi, je préfère que cet argent-là, celui d'ADP, celui de la FDJ, celui d'ENGIE, soit employé pour développer des programmes sur l'intelligence artificielle, sur le stockage de l'énergie renouvelable, pour garantir notre souveraineté technologique et garantir que la France reste leader en matière d'innovation et d'investissement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera donc de l'argent très utile, pour financer le fonds d'investissement…

BRUNO LE MAIRE
Très utile, bien sûr !

ELIZABETH MARTICHOUX
La vraie raison, c‘est que pour ce fonds d'investissement, évidemment, l'Etat a besoin d'argent, en tout, les trois entreprises pour 15 milliards ?

BRUNO LE MAIRE
On verra quelles seront les conditions de marché. Là, on se donne la possibilité de faire cette opération, on les fera dès que la loi sera votée et dès que les conditions de marché seront réunies.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il va falloir convaincre les Français qui sont assez rétifs face à la perspective de privatisations, ils ont en tête l'exemple des Autoroutes qui ont été cédées par l'Etat en 2006, ce qui a entraîné des forte hausse de péages. En fait, c'était un joli cadeau qui avait été fait au privé, c'est ça la réalité, comment vous faites pour instaurer un rapport de force différent ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, il n'est pas question de faire de cadeau à qui que ce soit, et je comprends parfaitement la préoccupation des Français qui nous disent : attendez, sur les Autoroutes, les tarifs, vous ne les avez pas régulés, nous aurons, dans le cas d'ADP, un contrat de régulation, dans lequel, les tarifs seront révisés tous les cinq ans et où l'Etat gardera la possibilité, s'il estime que les tarifs proposés par la société ne sont pas satisfaisants, de reprendre la main. Si l'Etat estime…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aurez le final cut, comme on dit au cinéma !

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, c'est exactement ça…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est vous qui, en dernier ressort, aurez la main…

BRUNO LE MAIRE
Nous aurons le final cut, parce que nous voulons éviter une dérive des tarifs, et parce que nous voulons, effectivement, tirer les leçons de ce qui s'est passé sur les Autoroutes. S'il n'y a pas assez d'investissement, comme c'est, et comme vous le dites très bien, une infrastructure qui est stratégique, nous aurons la possibilité, nous, l'Etat, de dire à l'entreprise : vous ne faites pas assez d'investissement, vous ne mettez pas suffisamment en valeur cet investissement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle ne vous dira pas dans ces cas-là, vous me rallongez la concession ?

BRUNO LE MAIRE
Nous aurons la possibilité d'imposer des investissements si nous estimons que ces investissements…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous imposez au privé des investissements pour construire telle ou telle piste…

BRUNO LE MAIRE
Mais parce que c'est une concession, parce que le mot exact, c'est une concession de long terme, sur 70 ans, où l'Etat garde la main par la régulation, et vous voyez bien que cette fonction de l'Etat est beaucoup plus efficace, un Etat qui régule fermement plutôt qu'un Etat présent au capital qui a un vague droit de regard mais qu'il n'exerce pas suffisamment.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un débat, ça, vous auriez pu d'ailleurs en appeler au débat public, mais ADP, c'est une frontière, je le disais tout à l'heure, il y a quand même des enjeux de sécurité nationale qui sont très, très importants. Comment vous faites pour que les Français soient un peu à peu près sûrs que vous maintenez la sécurité comme aujourd'hui ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il n'y aura pas moins de douaniers, il n'y aura pas moins de policiers, il n'y aura pas moins de contrôles aux frontières. Toutes ces activités de souveraineté nationale resteront strictement dans la main de l'Etat, bien entendu. Et prenez même, si on va encore un peu plus loin, d'une certaine façon, l'Etat renforce la capacité qu'il a à contrôler cette activité stratégique, puisque 70 ans plus tard, au terme de la concession, l'Etat reprend la propriété de tous les actifs d'ADP, donc, voyez que nous avons fait très attention à ce que les intérêts des Français soient protégés, à ce que nos intérêts stratégiques soient protégés, et à ce que, surtout, nous puissions, avec ces opérations, préparer l'avenir et investir dans l'avenir.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est quasiment terminé, un mot d'AIR FRANCE-KLM, est-ce que la compagnie ne se porterait pas mieux sans la présence de l'Etat dans le capital ?

BRUNO LE MAIRE
Elle se portera mieux quand il y aura une nouvelle direction qui redonnera à ce fleuron français de la compétitivité et du dialogue social, et je souhaite…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et quand la nouvelle direction ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, le plus tôt sera le mieux.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
Le plus tôt sera le mieux, je préférerais que ce soit une affaire de semaines plutôt qu'une affaire de mois…

ELIZABETH MARTICHOUX
Avant le 14 juillet ?

BRUNO LE MAIRE
Une affaire de semaines.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE, d'avoir été avec nous ce matin sur RTL…

BRUNO LE MAIRE
Merci Elizabeth MARTICHOUX.

YVES CALVI
Merci à tous les deux. L'intégralité de l'entretien est à retrouver sur le site « rtl.fr ». ADP, FDJ, ENGIE, ce sera de l'argent pour notre fonds d'investissement vient de dire le ministre avec capacité pour l'Etat de reprendre la main par la régulation.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 juin 2018

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