Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à Radio Classique le 15 juin 2018, sur la SNCF et Air France, le dispositif des aides sociales, les relations entre la France et l'Italie et l'accueil par l'Espagne du navire humanitaire Aquarius. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à Radio Classique le 15 juin 2018, sur la SNCF et Air France, le dispositif des aides sociales, les relations entre la France et l'Italie et l'accueil par l'Espagne du navire humanitaire Aquarius.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, DURAND Guillaume.

FRANCE. Premier ministre;

ti : vez été peut-il se mettre à la place des syndicalistes qui finalement se disent : « Au fond, Edouard PHILIPPE nous a déchiré le négatif de la bête humaine, de la bataille du rail, de René CLEMENT. Il a déchiré les textes du Conseil national de la résistance. »

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, non.

GUILLAUME DURAND
Bref : « C'est un inflexible. »

EDOUARD PHILIPPE
S'il s'agit de dire que je suis déterminé dans les réformes que je conduis oui bien sûr. Non seulement je l'admets mais en plus, je le revendique, donc je n'ai pas de problème là-dessus. En revanche, le plus intéressant ce n'est pas tellement mon attitude vis-à-vis de la réforme. Le plus intéressant, c'est la réforme et c'est ce qu'en attendent les Français.

GUILLAUME DURAND
Oui.

EDOUARD PHILIPPE
Et ça sur lequel il faut rester.

GUILLAUME DURAND
Oui. Les clients sont contents mais les syndicalistes peuvent considérer, même s'il y a un accord de branche qui va être négocié cet après-midi, qu'ils sont humiliés dans cette affaire-là.

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas qu'ils soient humiliés. D'abord, je ne vois pas ce qu'il y a d'humiliant à respecter la loi. Il y a eu un débat long, intense, riche même à l'Assemblée nationale et au Sénat et aujourd'hui il y a une loi. Cette loi, elle a été adoptée par 80 % des députés et un peu plus de 70 % des sénateurs. C'est énorme, c'est énorme.

GUILLAUME DURAND
Non mais ils sont violemment contre, ils continuent. Il y a toujours la grève.

EDOUARD PHILIPPE
Il y a un certain nombre de sujets qui restent à discuter à la fois dans la branche et dans l'entreprise et il y a une transformation du monde qui est là. Il y a l'ouverture à la concurrence qui d'ailleurs Guillaume DURAND, et vous le savez parfaitement et ils le savent parfaitement, a été organisée par ce gouvernement. Parce qu'il fallait l'organiser mais elle a été décidée des années auparavant par des gouvernements précédents. Simplement, dès lors qu'elle a été décidée, il faut la mettre en oeuvre dans de bonnes conditions. On a voulu que l'ouverture à la concurrence permette dans les années qui viennent la création d'offres plus variées de service ferroviaire : sur des lignes nouvelles, sur des petites lignes qui peuvent être menacées, avec des services qui aujourd'hui ne sont plus là. Vous savez comme moi, parce que vous prenez le train comme moi, que la qualité du service ferroviaire s'est dégradée au cours des années récentes. Ce n'est pas d'ailleurs du fait de tel ou tel cheminot. Ce n'est pas d'ailleurs du fait de tel ou tel syndicat. C'est simplement parce que pendant très longtemps, on n'a pas suffisamment investi et qu'on a eu en face…

GUILLAUME DURAND
Il n'y a pas de romantisme de la bataille du rail.

EDOUARD PHILIPPE
Et qu'on a eu en face une entreprise un peu rigidifiée.

GUILLAUME DURAND
Ce n'est pas un symbole de la gauche ? Parce que c'est quand même pour beaucoup de syndicalistes une sorte de symbole de l'histoire de la gauche. C'est pour ça que je faisais appel à votre jeunesse rocardienne.

EDOUARD PHILIPPE
Je ne méconnais pas la force des symboles. Elle est essentielle dans la vie et peut-être encore un peu plus dans la vie collective et dans la vie publique, mais il ne faut pas que le symbole prenne tellement d'importance qu'il empêche de voir la réalité. Il ne faut pas que le symbole devienne un totem. Il ne faut pas que le symbole devienne plus important que la réalité et que, d'une certaine façon, il devienne l'arbre qui cacherait la forêt. Moi ce qui m'intéresse plus encore que les symboles que je respecte, c'est est-ce qu'il y a des trains. C'est est-ce que…

GUILLAUME DURAND
Donc la satisfaction des clients.

EDOUARD PHILIPPE
Evidemment. C'est est-ce que, alors qu'on met vingt minutes de plus aujourd'hui pour faire Paris-Le Havre qu'il y a trente ans, est-ce qu'on est capable de faire en sorte que les trains roulent plus vite, qu'ils arrivent à l'heure, qu'il y ait à l'intérieur de ces trains un service qualité ? Voilà, c'est ça la question que je pose. Et en vérité, c'est la seule question qui compte.

GUILLAUME DURAND
Mais à partir du moment où c'est ouvert à la concurrence, à partir du moment où c'est une société anonyme, la SNCF, à partir du moment où on abandonne le statut des cheminots à l'entrée pour ceux qui seront engagés, est-ce que le gouvernement dans ces conditions-là pourra garantir une baisse des prix ? Non, puisque finalement les privés sont dans l'affaire donc vous n'aurez plus la possibilité de dire entre Le Havre et, je ne sais pas quoi, Dunkerque…

EDOUARD PHILIPPE
Mais je fais entièrement confiance à la SNCF dont je rappelle en passant – mais enfin, je préférerais ne pas le faire en passant parce que ce n'est pas totalement négligeable – que l'Etat va reprendre trente-cinq milliards de la dette de la SNCF, ce qui va lui permettre d'aborder cette nouvelle phase dans une situation financière, dans une agilité bien plus grande que celle dont elle pouvait se prévaloir jusqu'à présent. J'ai parfaitement confiance dans la SNCF et dans les autres entreprises du secteur ferroviaire pour formuler des offres qui seront attractives. Parce que les gens les attendent et c'est comme ça qu'elles se battront. Je suis très confiant. Et pourquoi je suis confiant ? Pas par une espèce de foi naïve ou pas par idéologie : je suis confiant parce que ça a marché. Je suis confiant parce que lorsqu'en Allemagne le système a été réorganisé sur des bases qui sont finalement assez proches de ce que nous allons faire, on a obtenu quoi ? On a obtenu une amélioration de la qualité du service avec plus de trains…

GUILLAUME DURAND
Avec parfois une hausse des prix.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, mais pas sur toutes les lignes. Avec plus de trains, avec des offres régionales…

GUILLAUME DURAND
C'est ce qu'on voit en Grande-Bretagne.

EDOUARD PHILIPPE
Guillaume DURAND, avec des offres régionales beaucoup plus denses, beaucoup plus denses, beaucoup plus intéressantes. C'est notre objectif. Je sais que parfois on évoque l'exemple anglais et nous n'avons pas choisi les principes de la réforme britannique. Je l'ai dit dès le début et vous pourrez reconnaître, je crois, qu'en la matière, ce que nous avons dit au début, nous l'avons fait tout au long. Et un dernier mot peut-être si vous m'y autorisez sur la réforme ferroviaire, parce que vous avez parlé de l'inflexibilité du gouvernement, vous avez parlé des syndicats, je voudrais quand même dire un mot sur les Français. Parce que les Français depuis quelques mois, ils vivent avec un service ferroviaire qui est incroyablement contraint et chamboulé et grevé, si j'ose dire par le mouvement social que portent les organisations syndicales. Ils ont accepté avec une endurance, et peut-être même à certains égards une résilience, ce mouvement parce que je crois qu'ils savent très bien qu'il faut changer très largement la donne si on veut améliorer le fonctionnement des chemins de fer français.

GUILLAUME DURAND
20 minutes, la Une : « Faire grève contre une loi, c'est curieux ». Est-ce que ça veut dire que puisque l'intersyndicale veut encore la grève, ils sont hors la loi ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, ce n'est pas ça que ça veut dire. Vous savez que je suis attaché au respect des droits, au respect de la loi. Le droit de grève, c'est un droit constitutionnel, il ne s'agit pas de revenir dessus en aucune façon. Je défendrai le droit de grève, on a le droit de grève en France. C'est une vraie conquête, c'est une vraie liberté. C'est une liberté. Simplement ce que j'observe, c'est que c'est une liberté dans un système démocratique et dans un système démocratique, on applique la loi. Et la loi, elle a été encore une fois discutée, votée, elle va être promulguée, elle a vocation à s'appliquer partout sur le territoire et pour tous. Je trouve curieux, c'est le moins qu'on puisse dire, un mouvement qui serait exclusivement dirigé contre la non-application de quelque chose qui avait été voté par les représentants de la République.

GUILLAUME DURAND
Vous allez demander à la direction de la SNCF de garantir les transports pour le bac, notamment en offrant les taxis en alternative ?

EDOUARD PHILIPPE
Je me félicite en la matière parce qu'il y a une énorme responsabilité. A partir de lundi, il va y avoir les épreuves du bac. Ça stresse, si vous me passez l'expression, un certain nombre de Français qui vont passer le bac, leurs parents souvent qui sont parfois plus stressés qu'eux. Donc, c'est un moment important de la vie collective, il ne faut pas le prendre à la légère et, croyez-moi, je ne le prends pas à la légère. J'ai trouvé que les organisations syndicales qui disaient : « Circulez, il n'y a rien à voir » ou plus exactement : « Ne circulez pas, il n'y a rien à voir » s'agissant du bac allaient un peu loin. Et je me réjouis qu'un certain nombre d'organisations syndicales aient indiqué que, s'agissant de cette période, il fallait évidemment prendre les dispositions qui s'imposent. Nous l'avons fait de notre côté en travaillant avec la SNCF, avec l'Education nationale, pour faire en sorte que les choses se passent bien et que personne ne subisse les effets de cette grève dans les épreuves du baccalauréat.

GUILLAUME DURAND
Souvent dans la définition de votre poste de Premier ministre, on a entendu pour François FILLON que c'était le collaborateur, ça ne lui a pas beaucoup plu ; le concurrent pour Manuel VALLS, ça ne lui a pas beaucoup plu. On a l'impression quand même que cette réforme de la SNCF, c'est un peu votre victoire et aussi, d'une certaine manière, votre identité par rapport au président de la République.

EDOUARD PHILIPPE
Moi, je ne prétends à aucune espèce…

GUILLAUME DURAND
Parce qu'on dit : « Madame BORNE, madame BORNE, madame BORNE », mais enfin c'est Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
D'abord c'est madame BORNE parce qu'elle est ministre des Transports.

GUILLAUME DURAND
Enfin, vous êtes différents.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, c'est vrai, je vous le confirme. Mais elle a remarquablement piloté cette opération. Moi, je suis très heureux et très fier d'avoir travaillé avec elle.

GUILLAUME DURAND
Ce n'est pas une victoire personnelle pour vous.

EDOUARD PHILIPPE
Je vais vous surprendre : il n'y a pas de victoire personnelle en politique. C'est d'ailleurs une des choses qui est assez fascinante. C'est que c'est un métier… Pardon, parce que ce n'est pas un métier : c'est une vocation, la politique, qui rassemble des gens qui ont des ego qui sont parfois un peu surdimensionnés et qui sont souvent des individualistes. Et pourtant, il n'y a aucun succès autre que collectif. Et moi, vous avez parlé de la façon dont se définissait un certain nombre de mes prédécesseurs, moi j'ai toujours dit que j'étais…

GUILLAUME DURAND
Ou on les a définis.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, voilà. Moi, je me vois plus comme quelque chose qui relèverait du chef d'orchestre qui essaye de faire en sorte qu'un groupe, en l'occurrence le gouvernement, puisse produire le meilleur de lui-même.

GUILLAUME DURAND
Il y a beaucoup de sujets. Je parle justement du couple exécutif. Le moins que l'on puisse dire, c'est que pour l'instant la droite est inaudible, la gauche est pulvérisée et on a un peu l'impression donc que l'exécutif est dirigé par un président qu'on a qualifié de président des riches, par un Premier ministre qui serait assez inflexible, même si vous vous êtes expliqué là-dessus, mais en tout cas un président désinhibé. Il y a la fameuse phrase qui circule partout, qui est à la Une de Libération ce matin : « Le pognon de dingue » sur les aides. Alors c'est voulu ? C'est une provocation qui a une utilité pédagogique ? Vous allez réexaminer cas par cas les aides en France ? Suivant quel calendrier ? Qu'est-ce qui va se passer en fait par-delà cette phrase ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais le président de la République l'a indiqué et je l'ai moi-même indiqué soit en réponse à des questions posées par des parlementaires, soit à l'occasion d'entretiens. Notre objectif, c'est de nous poser la question de l'efficacité des aides. Pas simplement des aides sociales, il faut se poser la question de l'efficacité de ces aides…

GUILLAUME DURAND
De cette manière ? Avec cette vidéo et ce vocabulaire ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, mais… Pardon, vous pouvez commenter telle ou telle vidéo. Le président de la République a fait à Montpellier un discours long, structuré, incroyablement ambitieux à mon sens sur justement ce que c'est que la protection sociale dans le monde qui est le nôtre, ses enjeux. Les enjeux d'efficacité des aides sociales, moi, je vais vous dire, d'une certaine façon je suis fasciné qu'on ne se pose pas la question, qu'on ne se soit pas posé la question avant ou qu'on ne se la pose pas de façon encore plus nette.

GUILLAUME DURAND
Simplifiez tout ! Une seule aide par exemple. Vous avez des projets. Par exemple, il y a Gaspard KOENIG qui dit : « Au fond, réinstallons le revenu universel et mettons la flat tax… »

EDOUARD PHILIPPE
Avant de poser la question des moyens et des instruments, je pense que l'aide sociale unique qui a été évoquée pendant la campagne électorale et qui est une piste intéressante, c'est d'abord et avant tout un instrument. Avant de se poser la question du niveau de moyens et des instruments, est-ce qu'on ne peut pas avant poser la balle sur le terrain, si vous me permettez cette expression footballistique, et se demander si ce qu'on fait fonctionne ? La vérité, c'est que quand on regarde dans le détail…

GUILLAUME DURAND
Mais alors, c'est quoi le calendrier ?

EDOUARD PHILIPPE
J'y viens. Quand on regarde dans le détail, on voit que ce qu'on fait, donc dont on est fier parce qu'on est fier du système de solidarité français, on n'est pas contre le système de solidarité français mais enfin, au lieu de se dire…

GUILLAUME DURAND
« Il y a autant de pauvres » a dit Emmanuel MACRON. On en est peut-être fier mais ça ne marche pas.

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, non, non, il y en a plus. Au lieu de se dire : « On a un vrai effort de solidarité et on en est fier, c'est le modèle social français », est-ce qu'on ne peut pas regarder dans le détail si les instruments qu'on a créés, si les objectifs qu'on s'est fixés sont atteints ? Et la vérité, c'est qu'ils ne le sont pas beaucoup plus.

GUILLAUME DURAND
D'accord.

EDOUARD PHILIPPE
J'en prends un exemple qui est fascinant. Qui est fascinant parce qu'il dit finalement énormément de choses sur notre capacité là encore à plus regarder le totem que regarder la réalité. On a créé, et c'est un instrument dont je comprends parfaitement la philosophie…

GUILLAUME DURAND
Le RSA, vous allez me dire.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, et dont je partage la philosophie. Le RSA : l'idée de dire qu'il ne peut pas y avoir simplement un accompagnement monétaire des personnes qui en ont besoin, mais il doit y avoir un versement monétaire et un processus d'accompagnement qui doit permettre de retourner vers l'activité. C'est une bonne idée. C'est une bonne idée sans doute. Est-ce que ça marche ?

GUILLAUME DURAND
Non.

EDOUARD PHILIPPE
Non. Est-ce que c'est fait ? Pas vraiment. Le nombre des, entre guillemets, bénéficiaires – je n'aime pas tellement cette expression, mais enfin passons - des bénéficiaires du RSA qui effectivement est accompagné, coaché comme on dit parfois aujourd'hui en excellent français, c'est à peine la moitié à peine la moitié. A peine la moitié.

GUILLAUME DURAND
C'est ce qu'appelait WAUQUIEZ : « Le cancer de l'assistanat ».

EDOUARD PHILIPPE
Non, ce n'est pas ça. C'est simplement le fait qu'on a des systèmes qui effectivement coûtent beaucoup d'argent, qui ne produisent pas les effets qu'on aimerait et on préfère parfois s'interroger sur le niveau de moyens ou le totem plutôt que se dire : « OK, on va essayer de régler ça. » C'est ça notre objectif.

GUILLAUME DURAND
D'accord, mais le calendrier ? Déjà l'allocation unique, est-ce que vous pouvez y réfléchir ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, bien sûr. Bien sûr.

GUILLAUME DURAND
D'accord. Le calendrier ? Parce qu'il va falloir quand même… Il y a tellement d'aides.

EDOUARD PHILIPPE
On fait le constat, on fait le constat. J'ai parfaitement conscience qu'on ne peut pas, d'un coup de baguette magique ou d'un coup d'une décision, transformer la totalité du système parce qu'il faut faire attention aux transitions, parce qu'il faut faire attention à ne laisser personne sur le côté de la route. Mais se poser la question comme nous avons commencé à le faire, regarder dans quel domaine les résultats sont les moins bons et ensuite, progressivement dans les mois qui viennent, dans les années qui viennent, transformer profondément notre système pour passer du versement monétaire et du droit, parce qu'on déclare des droits…

GUILLAUME DURAND
Donc avant la fin du quinquennat.

EDOUARD PHILIPPE
Evidemment, évidemment.

GUILLAUME DURAND
2019 ?

EDOUARD PHILIPPE
A partir de maintenant jusqu'à la fin du quinquennat. Oui, évidemment. Qu'est-ce que vous voulez ? Je ne vais pas vous dire : « Vous savez, moi, je suis un Premier ministre qui a pour ambition de faire en sorte que les problèmes soient réglés après moi. Qu'on commence à les régler après moi. » Non, non, non, il faut y aller maintenant ! Il y a urgence.

GUILLAUME DURAND
D'accord.

EDOUARD PHILIPPE
Et vous savez pourquoi il y a urgence ? Parce qu'on est probablement…

GUILLAUME DURAND
J'ai beaucoup de questions.

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien oui, mais je suis désolé, j'essaie de répondre.

GUILLAUME DURAND
Non non, mais vous avez raison.

EDOUARD PHILIPPE
Pourquoi est-ce que c'est le bon moment ? C'est le bon moment, d'abord parce qu'il y a ce débat qui est posé, et ensuite parce qu'il se trouve que depuis quelques mois on a un niveau de croissance qui n'est pas folichon, 1,7, qui est moindre que la moyenne de l'Union européenne à certains égards, mais enfin qui est là, sur lequel on peut s'appuyer pour justement dire : quand on accompagne et quand on forme les gens, ils ont vocation à trouver un emploi. Donc c'est maintenant qu'il faut le faire.

GUILLAUME DURAND
Vous lisez les journaux, comme nous tous, ceux qui nous écoutent. Des économistes aussi brillants que Nicolas BOUZOU, disent : s'il n'y a pas de patron à AIR FRANCE, si on ne règle pas le problème avant cet été, et si on ne lance pas un appel aux Français pour qu'ils utilisent AIR FRANCE cet été, la compagnie va être morte à la rentrée. Il a raison ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas, non, enfin, entendons-nous…

GUILLAUME DURAND
C'est un secteur hyper concurrentiel.

EDOUARD PHILIPPE
Il a évidemment raison quand il dit que c'est un secteur hyper concurrentiel. Il a évidemment raison quand il dit que la priorité, la première priorité de l'entreprise à ce stade, c'est de trouver une incarnation, un chef…

GUILLAUME DURAND
Un patron.

EDOUARD PHILIPPE
Un patron, qui soit capable de redéfinir une stratégie…

GUILLAUME DURAND
Anne-Marie COUDERC dit dans Les Echos ce matin : d'ici le 15 juillet ce sera fait. Vrai ou faux ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est la première priorité que nous lui avons fixée, l'Etat étant actionnaire de l'entreprise, en disant : il faut trouver un patron…

GUILLAUME DURAND
Et pourquoi pas elle, puisqu'elle y est ?

EDOUARD PHILIPPE
Parce qu'on veut trouver, elle a accepté et c'est…

GUILLAUME DURAND
La mission.

EDOUARD PHILIPPE
Il faut la remercier, d'assurer la transition pour que l'entreprise puisse être managée ou gérée pendant cette période de transition, mais il faut trouver un nouveau patron pour l'entreprise, il faut qu'il ait une réflexion opérationnelle et industrielle sur AIR FRANCE, pour permettre à l'entreprise…

GUILLAUME DURAND
Mais ils réclament toujours des augmentations de salaires.

EDOUARD PHILIPPE
Je sais. Mais permettre à l'entreprise de repartir, et ensuite, mais simplement ensuite, on se posera la question capitalistique, de, éventuellement, cession ou modification.

GUILLAUME DURAND
Ce n'est pas tabou ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien il ne vous a pas échappé qu'il y avait peu de sujets totalement tabous dans mon esprit, et que quand je ne voulais pas qu'un sujet soit sur la table parce que je considérais que ce n'était ni le moment, ni le sens de l'action je le disais façon explicite.

GUILLAUME DURAND
Mais, est-ce par exemple ce matin, vous lanceriez un appel symbolique, puisque vous aimez les symboles, pour que les Français utilisent AIR FRANCE, pendant les vacances ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien écoutez, moi j'essaie dans toute la mesure.

GUILLAUME DURAND
Pendant les vacances, parce que c'est très important.

EDOUARD PHILIPPE
Mais, c'est sans doute très important.

GUILLAUME DURAND
On est attaché à AIR FRANCE, en fait.

EDOUARD PHILIPPE
La grève a fait perdre beaucoup d'argent à AIR FRANCE, c'est vrai, c'est incontestable.

GUILLAUME DURAND
350 millions.

EDOUARD PHILIPPE
C'est incontestable, et elle a privé probablement AIR FRANCE de ce surcroît d'activité, parce qu'en réalité, l'année 2017 et l'année 2018 sont assez bonnes dans le transport aérien, de ce surcroît d'activité qui aurait permis à l'entreprise d'aborder la suite de l'année, et probablement les années suivantes, dans de meilleures conditions. C'est un fait. Est-ce que ça veut dire que l'année est perdue, je ne crois pas. Est-ce que ça veut dire que chacun doit là encore prendre ses responsabilités ? J'en suis certain. Est-ce que ça veut dire que si les Français considèrent qu'il y a là un enjeu qui est un enjeu qui serait plus qu'un enjeu économique ou un enjeu de service, une forme d'enjeu national, ils veulent en tirer les conséquences, je les y invite.

GUILLAUME DURAND
L'appel, il est bon quand même, l'idée de dire ce matin aux Français : prenez AIR FRANCE pour l'aider.

EDOUARD PHILIPPE
Mais, en toute matière…

GUILLAUME DURAND
Ce n'est pas l'appel de Guillaume DURAND, c'est une question que je vous pose.

EDOUARD PHILIPPE
En toute matière, je pense qu'il est toujours bon lorsqu'on peut, de consommer français.

GUILLAUME DURAND
Qu'est-ce que je veux dire… Ce que je veux dire c'est justement qu'il y a beaucoup de réflexion concernant une cession d'une partie du patrimoine de l'Etat, alors d'abord, est-ce que AIR FRANCE ACCOR ça pourrait marcher, une partie, parce qu'après il y a la FRANÇAISE DES JEUX, après il y a AEROPORTS DE PARIS.

EDOUARD PHILIPPE
C'est trois sujets qui me paraissent assez différents. D'abord, AIR FRANCE je l'ai dit…

GUILLAUME DURAND
Pas dans le calendrier.

EDOUARD PHILIPPE
AIR FRANCE, un patron, une stratégie et ensuite on en tire les conséquences capitalistiques, on ne fait pas les choses à l'envers, ça c'est la première chose. Sur d'autres entreprises, les cessions d'actifs n'ont jamais été tabou, j'observe d'ailleurs qu'elles ne l'ont pas été pour les gouvernements précédents, en 2013 le gouvernement, quand François HOLLANDE était président et quand Jean-Marc AYRAULT était Premier ministre, il y a eu des cessions d'actifs et pas des petites, et pas des petites, pour plus, pour des valeurs de plus d'un milliard d'euros, il y a eu des cessions d'actifs, donc c'est pas tabou. Ensuite, dans la loi Pacte, qui sera présentée au Conseil des ministres la semaine prochaine, et qui viendra au Parlement à la rentrée, il y a un certain nombre de dispositions qui en effet permettent, après un débat devant le Parlement et après le vote d'une loi, de céder les actifs d'un certain nombre d'entreprises, il s'agit de AEROPORTS DE PARIS, il s'agit de FRANÇAISE DES JEUX et il s'agira d'ENGIE. Pourquoi ? Parce qu'on pense qu'il faut faire vivre le patrimoine économique. Moi je suis tout à fait…

GUILLAUME DURAND
Mais ça c'est quand ? C'est année ou c'est l'année prochaine ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien d'abord il faut qu'une loi soit votée, je ne peux pas faire les choses avant la musique, il se trouve que, s'agissant de ces trois entreprises, compte tenu des seuils, compte tenu de tout ce que nous voulons faire, il faut que la loi l'autorise, donc on ne va pas aller plus vite que la musique. Si la loi l'autorise, nous pourrons le faire, si la loi ne l'autorise pas, eh bien, nous ne pourrons pas le faire, et tant que la loi ne l'a pas autorisé, on ne peut pas le faire.

GUILLAUME DURAND
D'accord…

EDOUARD PHILIPPE
Il faut d'abord que le Parlement se prononce et moi je ne peux pas préempter les décisions du Parlement, je ne peux pas préempter l'application d'une loi qui n'a pas été votée, ça c'est clair.

GUILLAUME DURAND
Sur le plan international, est-ce que vous considérez que le président de la République a été un peu roulé dans la farine par Donald TRUMP ces derniers temps, voire même pas franchement reçu tout le temps agréablement par madame MERKEL, je parle par exemple du budget de la zone euro du ministre de la zone euro. Et puis il y a ce rendez-vous avec les Italiens d'aujourd'hui, donc on a un peu l'impression qu'Emmanuel MACRON, qui voulait diriger la nouvelle politique mondiale multilatérale, est un petit peu le dindon de la farce. C'est vrai ou c'est faux ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça n'est absolument pas la lecture que j'ai. La lecture que j'ai, c'est qu'on vit dans un monde compliqué et qui est assez dangereux, qui, à bien des égards est marqué par des personnalités qui souvent sont imprévisibles, qui renversent…

GUILLAUME DURAND
Ça c'est TRUMP.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, notamment, qui renversent des lignes d'alliance qui sont anciennes et établies, qui donnent le sentiment de rompre avec par exemple le choix constant du multilatéralisme…

GUILLAUME DURAND
Et pourquoi lui faire des sourires ? Pourquoi le voir tout le temps ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais, parce que, Guillaume DURAND, vous pouvez rentrer dans un splendide isolement, en disant : j'ai raison, les autres ont tort et ça ne m'intéresse pas. Ou vous considérez que les relations internationales et la diplomatie c'est au contraire de parler à tout le monde, de parler à tout le monde. Parler à tout le monde ça ne veut pas dire être d'accord avec tout le monde. Et parler à tout le monde…

GUILLAUME DURAND
C'est ce qui va se passer lors du déjeuner avec le président du Conseil italien.

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, et parler à tout le monde, ça ne veut pas dire que systématiquement on fera valoir ou on fera prévaloir nos vues, ça veut dire qu'on défend nos intérêts, notre vision, nos objectifs, qu'on le fait respectueusement, qu'on le fait poliment évidemment, mais qu'on le fait fermement. Et j'ai la conviction, parce que je le vois, parce que je vois ce que me disent mes interlocuteurs étrangers, j'ai la conviction qu'en la matière, le président de la République joue un rôle essentiel.

GUILLAUME DURAND
… affaiblit la parole française.

EDOUARD PHILIPPE
Mais enfin, qui peut penser une seconde…

GUILLAUME DURAND
C'est une question, la radio n'entend pas les points d'interrogation.

EDOUARD PHILIPPE
Mais qui peut penser une seconde que ce soit le cas ? Le président de la République, par son talent personnel, mais aussi avec la force avec laquelle il fixe des objectifs, par l'intensité diplomatique qu'il met dans ses contacts, est là pour essayer de faire prévaloir les intérêts de la France, et des visions communes, celle du multilatéralisme, celle de l'Europe, qui sont aujourd'hui, reconnaissons-le, incroyablement contestées.

GUILLAUME DURAND
Absolument.

EDOUARD PHILIPPE
Voilà. C'est pas parce que c'est difficile qu'il ne faut pas jouer notre partition, au contraire, au contraire.

GUILLAUME DURAND
Quand je dis absolument, ça n'est pas une approbation mais il y a un cas précis aujourd'hui c'est le déjeuner le président du Conseil italien qui ne devait pas venir, cynique pour les uns, disait Emmanuel MACRON, hypocrite pour les autres, répond l'Italie, Matteo SALVINI qui vous demande d'ailleurs de présenter des excuses. Vous les présentez ou vous ne les présentez pas ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, l'Italie c'est… l'histoire et la géographie commandent que nous ayons avec l'Italie des relations qui sont le plus souvent incroyablement amicales et de toute façon, d'une très grande densité. On a des coopérations dans tous les sens avec les Italiens, politiques, culturels, industriels, économiques, on a des sujets d'intérêt qui sont évidemment comme des voisins amis depuis, pfiou, ont des sujets d'intérêts communs. Donc il y a eu des transformations démocratiques en Italie, la démocratie a parlé en Italie, les options politiques qui sont tenues par le nouveau gouvernement italien ne sont pas exactement identiques aux nôtres, ça ne vous a pas échappé, il n'est donc pas anormal qu'il y ait des échanges, qu'il y ait des désaccords, ils sont formulés, mais je sais qu'il y aura aujourd'hui des échanges qui seront, j'en suis certain d'une grande densité avec les Italiens, et je me réjouis, parce qu'il n'y a pas d'autre solution. Mais là encore, ça ne veut pas dire que l'on doit être d'accord sur tout, ça veut dire qu'on doit se parler de tout.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que le bateau qui actuellement est en difficultés au large de la Sardaigne parce que le temps est mauvais, pourrait aller en Corse, l'Aquarius ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, il va en Espagne, les Espagnols se préparent à l'accueillir, ont réitéré le fait…

GUILLAUME DURAND
C'est le rêve de Libé ce matin, que la Corse s'ouvre ses ports au bateau.

EDOUARD PHILIPPE
Le bateau va en Espagne, et nous avons dit aux Espagnols que nous étions prêts à les aider, s'ils le souhaitaient. Dans cette histoire, la seule chose que j'observe, c'est que, vous savez, le droit international maritime, ce n'est pas une option, ce n'est pas quelque chose pour faire joli, c'est un ensemble de règles qui, en général d'ailleurs, ont pour objet d'organiser la solidarité notamment vis-à-vis des bateaux qui sont soit en détresse, soit qui recueillent à leur bord des gens qui sont en détresse. L'Italie a décidé, c'est une décision qui lui appartient, a décidé de ne pas respecter les obligations que le droit international met à sa charge. C'est elle qui a décidé ça.

GUILLAUME DURAND
La Bavière aussi, Orban aussi, maintenant tout le monde est en train d'exposer.

EDOUARD PHILIPPE
Non mais là on parle, on parle encore une fois d'obligation de secours à des personnes qui se trouvent sur un bateau en mer. Bon. On l'a pointé, je pense qu'il fallait le faire, je pense qu'il fallait le faire. Le bateau va partir, part, est en route vers l'Espagne, les Espagnols veulent l'accueillir, nous serons aux côtés des Espagnols s'ils en ont besoin, à la fois pour l'analyse individuelle des situations et si un certain nombre de personnes à bord de ce bateau peuvent bénéficier du statut de réfugié, évidemment leur situation sera examinée au regard du droit, et c'est très bien ainsi.

GUILLAUME DURAND
J'ai une dernière question pour vous qui, comment peut-on dire, qui fait hurler beaucoup de gens sur les réseaux sociaux, c'est l'affaire de Médine, vous connaissez très bien des héros du Havre, qui est un garçon qui a monté un groupe de rock il y a des années, Little Bob Story c'est la culture populaire, on en est fier, les Anglais, même SPRINGSTEEN considère que c'est un grand chanteur, et là maintenant avec la génération du rap, les choses changent, la tonalité change et le fameux Médine, qui lui aussi est originaire du Havre, considèrent que ce concert au Bataclan est absolument scandaleux. Alors, est-ce qu'il faut l'interdire ? Ce sera ma dernière question. Est-ce qu'il faut l'interdire ?

EDOUARD PHILIPPE
J'essaie, et c'est difficile en la matière de me tenir, non pas au rôle de commentateur, mais au rôle de chef de gouvernement, et donc de rappeler ce qu'est la loi.

GUILLAUME DURAND
Crucifier les laïcards comme…

EDOUARD PHILIPPE
La question n'est pas savoir si… vraiment je prends cette question au sérieux, Guillaume DURAND, la question n'est pas de savoir si j'aime ou si je n'aime pas, si j'approuve ou si je n'approuve pas les textes d'une chanson. La question c'est de savoir si le chef du gouvernement peut rappeler la loi en la matière. La loi…

GUILLAUME DURAND
Mais il y aura trouble à l'ordre public.

EDOUARD PHILIPPE
La loi en la matière est simple : s'il y a incitation à la haine raciale ou s'il y a, au moment du concert, qui est en octobre, un trouble à l'ordre public, alors l'autorité publique peut prendre la décision d'annuler.

GUILLAUME DURAND
Donc vous y réfléchissez ce matin.

EDOUARD PHILIPPE
Mais uniquement, uniquement dans ce cas-là, uniquement dans ce quartier. Je me contente de rappeler la loi. Je ne dis pas : j'aime ou je n'aime pas, je comprends parfaitement qu'on puisse être choqué, mais parfaitement, alors ça je comprends…

GUILLAUME DURAND
Eh bien ça, regardez, les réseaux sociaux, ils sont plein de ça.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, ça je comprends parfaitement, mais encore une fois, si la loi est là c'est pour être appliquée et ce n'est pas pour qu'on mette, en plus de son sens, ce qui est parfois complexe à saisir, en plus de son sens, d'autres considérations.

GUILLAUME DURAND
Merci mille fois.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2018

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