Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Europe 1 le 14 juin 2018, sur la politique migratoire dans l'Union européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec Europe 1 le 14 juin 2018, sur la politique migratoire dans l'Union européenne.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :

PATRICK COHEN
Bonjour Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
La France, d'une façon ou d'une autre, va-t-elle présenter des excuses à l'Italie ?

NATHALIE LOISEAU
Ça n'est pas la question, mais ce qui est…

PATRICK COHEN
Ah c'est la question posée par Matteo SALVINI, qui est l'homme fort du gouvernement italien.

NATHALIE LOISEAU
Cette nuit, en tout cas tard hier soir, le président de la République et le président du Conseil Giuseppe CONTE, se sont parlés au téléphone. La conversation a été cordiale. Il y a deux temps, le temps de l'émotion face à la situation des passagers de l'Aquarius, cette émotion était légitime, et puis il y a le temps du travail entre responsables politiques, pour traiter de sujets majeurs, la crise migratoire en est un. On est en train de préparer un Conseil européen, où on va aussi parler de l'avenir de la zone euro. On a beaucoup de choses à se dire avec l'Italie, avec le président du Conseil italien, il est invité à Paris, nous souhaitons qu'il vienne.

PATRICK COHEN
Conversation cordiale, qui va donc déboucher sur la venue, comme prévu, du président du Conseil italien, demain à Paris ?

NATHALIE LOISEAU
Nous le souhaitons.

PATRICK COHEN
Ce n'est pas fixé encore.

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, ça n'est ni confirmé, ni annulé, nous souhaitons qu'il vienne.

PATRICK COHEN
Cordiale, donc, cette conversation, mais pas suffisamment cordiale pour confirmer ce rendez-vous parisien demain.

NATHALIE LOISEAU
En tout cas, ils ne se sont pas fixés là-dessus, ils ont parlé de plusieurs sujets. On a besoin de se parler avec l'Italie, c'est un grand partenaire, c'est un grand voisin. La semaine prochaine on a un sommet franco-allemand par exemple pour préparer les grandes échéances européennes. Le président et Giuseppe CONTE se sont vus brièvement au G7 au Canada, ce serait intéressant, utile, qu'ils se voient plus longuement.

PATRICK COHEN
Vous trouvez que la France est bien placée, Nathalie LOISEAU, pour donner des leçons à l'Italie en matière d'accueil des réfugiés ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, personne ne donne de leçons à personne, simplement, la France…

PATRICK COHEN
C'est un peu le sens des premières paroles jugées inadmissibles par les Italiens, du président MACRON.

NATHALIE LOISEAU
Oh, il y a aussi les propos italiens sur la France, notamment hier, qui sont regrettables.

PATRICK COHEN
De Matteo SALVINI ?

NATHALIE LOISEAU
Mais, sortons de ces polémiques. La France, l'année dernière, est le pays qui a connu un nombre record de demandeurs d'asile, c'est le deuxième pays dans l'Union européenne, en accueil de demandeurs d'asile et notamment en relocalisations, depuis la Grèce et depuis l'Italie. Nous prenons notre part et nous travaillons étroitement avec l'Italie. Nous sommes en mer avec l'opération Sophia, nous travaillons à essayer de stabiliser la Libye, avec l'Italie, nous avons cherché au Niger et au Tchad, les demandeurs d'asile pour leur éviter la traversée de la Méditerranée et la traversée de la Libye. Nous faisons beaucoup, mais c'est vrai, l'Europe doit faire plus et doit faire mieux pour aider des pays comme l'Italie. Ça c'est vrai.

PATRICK COHEN
Oui. Je vais vous demander comment, juste un mot quand même sur les relocalisations de réfugiés depuis l'Italie. La France en a accueilli 640, 640 réfugiés exactement, le chiffre a été rappelé par Matteo SALVINI, ce chiffre est exact. L'objectif de la France, la promesse de la France c'était 7 000.

NATHALIE LOISEAU
Les quotas ont été fixés sans savoir quelle était la nationalité des gens qui arrivaient, notamment en Italie. Nous en avons reçu des milliers depuis la Grèce, parce qu'ils étaient en besoin manifeste de protection. Ce que nous faisons aujourd'hui, c'est que nous avons, nous nous sommes engagés à en recevoir 3 000 depuis le Niger et le Tchad. Faut-il se résigner à ce qu'ils traversent la Libye, avec tout ce que ça suppose comme souffrance, et à ce qu'ils risquent leur vie en Méditerranée, si ce sont des demandeurs d'asile qui ont une chance d'avoir le statut de réfugié ? Nous avons trouvé un mécanisme beaucoup plus protecteur pour eux, c'est ce que nous souhaitons.

PATRICK COHEN
Nathalie LOISEAU, qu'allez-vous proposer, qu'est-ce que la France va proposer à la fin du mois, lors du prochain Conseil européen ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, la France et d'autres, nous travaillons avec l'Allemagne. La Bulgarie avait fait une proposition qui nous paraissait de grande qualité, qui pour le moment est rejetée par certains pays de l'Est. Le problème aujourd'hui, il vient de là, il vient que certains pays dans l'Union européenne ne veulent personne, aucun réfugié…

PATRICK COHEN
Comme en 2015, le débat avait eu lieu déjà au Conseil européen.

NATHALIE LOISEAU
En 2015, la décision avait été prise, et certains pays ne l'ont pas appliquée…

PATRICK COHEN
Absolument.

NATHALIE LOISEAU
Il faut aujourd'hui qu'on trouve à beaucoup mieux aider les pays par lesquels entrent les demandeurs d'asile, Grèce, Italie, Espagne, et il faut être beaucoup plus solidaire. Nous sommes à un moment où nous avons divisé par dix le nombre d'arrivées de demandeurs d'asile et de migrants, par la Méditerranée centrale, donc en Italie. Nous ne sommes plus à un pic de la crise. C'est le moment de travailler, je dirais, intelligemment, la tête froide, pour faire en sorte qu'il y ait beaucoup plus d'aides pour des pays comme l'Italie, nous le leur devons, l'Europe n'a pas été assez présente et le résultat des élections italiennes, c'est ça qu'il dit, c'est que les Italiens se sont sentis abandonnés.

PATRICK COHEN
Un dernier mot : que pensez-vous de cet axe qui a été annoncé hier entre l'Allemagne et l'Autriche et l'Italie, axe, c'est le mot qui a été employé par le Premier ministre autrichien pour s'attaquer à l'immigration clandestine ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, nous sommes tous accord pour renforcer le contrôle des frontières extérieures, mais ce travail doit être fait à l'échelle de toute l'Union européenne, nous sommes un espace de libre-circulation, nous travaillons avec la chancelière MERKEL, et d'ailleurs le président la voit mardi prochain à côté de Berlin.

PATRICK COHEN
Merci Nathalie LOISEAU, ministre chargée des Affaires européennes, et donc on retient ce coup de téléphone hier soir entre Giuseppe CONTE et Emmanuel MACRON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2018

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