Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à RTL le 18 juin 2018, sur l'orientation scolaire et Parcoursup. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à RTL le 18 juin 2018, sur l'orientation scolaire et Parcoursup.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :


YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX vous recevez donc ce matin la ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et l'Innovation…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et merci…

YVES CALVI
Frédérique VIDAL.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon, pardon Yves, et merci à vous Frédérique VIDAL d'être dans ce studio de RTL au matin des premières épreuves écrites du bac 2018. Vous vous souvenez, vous, de votre bac philo ?

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour. Oui je me rappelle de mon bac philo, je ne me rappelle pas du sujet, je me rappelle juste très bien cette salle avec ces tous petits bureaux installés, espacés les uns des autres, je me rappelle très bien par contre très bien de mon sujet de maths.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui... scientifique…

FREDERIQUE VIDAL
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça vous a plus marqué et vous vous en souvenez parce que, vous avez une bonne note en particulier ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, en fait je m'en rappelle parce qu'à peu près au milieu de l'épreuve je me suis rendue compte que je m'étais trompée depuis le début, donc j'ai refait l'épreuve en en deux heures.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ne pas hésiter à refaire l'épreuve, parce que vous l'avez eu votre bac au final ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est ça, c'est ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je disais tout à l'heure vous êtes la seule de la famille, même la première de la famille à avoir eu le bac et c'est donc un bon souvenir pour vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, c'est un très bon souvenir.

ELIZABETH MARTICHOUX
On dit que cet examen ne vaut plus rien, qu'il est quasiment donné, d'ailleurs le taux de réussites l'an dernier c'était - sauf erreur - 88 %, ça vous énerve qu'on dise ça ou c'est la réalité, c'est un bac, c'est un examen national dont la valeur diminue année après année ?

FREDERIQUE VIDAL
Non. Je crois que d'abord il y a une très forte charge émotionnelle sur le bac, comme vous le disiez forcément le meilleur bac c'est celui qu'on a passé - c'était le plus dur – et, comme on l'a réussi, on était bien meilleur. Plus sérieusement, je pense que le niveau d'éducation globalement a augmenté, ce que l'on voit c'est que grâce aux différentes formules du baccalauréat qui ont été mises en place progressivement avec le temps on a presque 80 % d'une classe d'âge qui a le baccalauréat aujourd'hui et c'est une très bonne nouvelle pour le pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça veut dire qu'un élève, un jeune de cette génération sur cinq n'a pas le bac, il faut le rappeler…

FREDERIQUE VIDAL
C‘est ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
20 % aujourd'hui ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et les lycées professionnels ce matin ne passent pas la philo, il faut en parler, vous parliez des différentes filiales, ils passent le français ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, ce matin c'est uniquement les bacs généraux…

ELIZABETH MARTICHOUX
On a une pensée pour eux.

FREDERIQUE VIDAL
Et les bacs technos pour la philo.

ELIZABETH MARTICHOUX
Frédérique VIDAL, les syndicats SNCF hostiles à la réforme maintiennent leur débrayage, la grève est un droit constitutionnel comme on dit, sont-ils pour autant responsables ou irresponsables des risques qu'ils font prendre aux élèves ce matin ?

FREDERIQUE VIDAL
Je pense que surtout ce qu'ils sont en train de faire c'est de rendre leurs revendications totalement incompréhensibles, la loi est maintenant votée, je pense que l'ensemble des gens sont très attachés au baccalauréat, moi je pense ce matin à toutes les familles et puis surtout à tous les lycéens qui doivent commencer à s'installer dans les salles, empêcher un jeune de passer son examen, de passer son bac c'est un petit peu irresponsable. Evidemment ils ont absolument le droit de faire grève, mais, parfois, il faut aussi se demander si on a le droit de mettre autant de stress sur les jeunes ce matin.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, vous leur dites quoi ?

FREDERIQUE VIDAL
Je leur dis que je comprends qu'ils aient envie de faire grève, une fois de plus c'est l'endroit le plus strict, ils auraient pu choisir d'autres dates ou en tout cas avoir une forme de trêve pendant le baccalauréat.

ELIZABETH MARTICHOUX
De décence en tout cas, de réserve à l'égard des.... c'est une erreur de leur part pour vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui je pense que c'est une erreur, parce que cette grève devient extrêmement politique - on le voit - il n‘y a plus rien à revendiquer à partir du moment où la loi est votée, maintenant il faut travailler avec la SNCF, donc se met dans une posture déjà de grève sur une loi qui est déjà votée ça peut questionner et puis particulièrement cette semaine qui est quand même une semaine qui normalement est préservée et où vraiment tout le monde connaît quelqu'un qui passe le bac et se stresse pour lui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est une erreur, c'est une faute dites-vous. Par ailleurs, est-ce que vous craignez des blocages par les anti-Parcoursup dans les lieux d'examen, est-ce qu'il y a des indices qui vous font dire que ceux qui sont mobilisés -parfois violemment - contre votre réforme vont aussi essayer de bloquer les épreuves cette semaine ?

FREDERIQUE VIDAL
Ça vraiment c'est quelque chose qui aurait encore moins de sens si je puis dire, toutes les mesures de sécurité ont été prises, mais, comme d'habitude, vous savez le baccalauréat c'est quelque chose qui est comme je le disais c'est un monument national, donc c'est toujours extrêmement protégé, on emmène les copies et les sujets de manière extrêmement secrète, c'est enfermé dans des coffres forts. Donc voilà je pense que... je veux rassurer tout le monde, a priori il n'y a pas de raison que les choses se passent mal pour le bac cette année.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça vous choquerait. Dégâts dans les facs, on a connu le chiffre par exemple, le montant de la facture pour la fac de Grenoble c'est 1,6 million, je crois que c'est 600.000 euros pour Montpellier, il y aussi les dégâts considérables à Tolbiac, est-ce que vous connaissez le montant de la facture totale ?

FREDERIQUE VIDAL
On est à un eu plus de cinq millions d'euros.

ELIZABETH MARTICHOUX
Plus de cinq millions d'euros de dégâts dans les facs.

FREDERIQUE VIDAL
Oui de dégâts, absolument, et c'est vraiment quelque chose qui est incroyable et qui explique aussi pourquoi personne n'a compris ce qui se passait dans les universités, les présidents ont été désarmés, les personnels ont été désarmés, on n'avait jamais vu autant de violence et autant de volonté de casser ; et c'est pour ça que j'ai toujours dit d‘ailleurs que je ne nie pas qu'il y ait eu quelques étudiants au milieu, mais on était vraiment face à des mouvements extrêmement radicaux qui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Politisés ?

FREDERIQUE VIDAL
Très politisés, qui revendiquaient la fin de l'état de droit, enfin bon tout un tas de choses qui n'avaient d'ailleurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites rien à voir.

FREDERIQUE VIDAL
Rien à voir avec Parcoursup, c'est ce qu'on voit d'ailleurs à Grenoble quand on visite les 2.500 m² qui ont été totalement ravagés, je crois qu'il y a une fois le mot « Loi ORE » ou « Parcoursup » sur les milliers de tags...

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sont des tags politiques, ce ne sont pas des…

FREDERIQUE VIDAL
Ce sont des tags absolument politiques et on n'avait jamais vu de telles dégradations et de tels dégâts.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sont des mouvements radicaux, extra politiques au sens de partis ou les partis derrière sont manifestement assez offensifs, qu'est-ce que vous diriez, ça échappe à l'organisation partisane ou pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que ça échappé totalement, d'ailleurs ce que m'ont dit les présidents d'université quand je les ai vus c'est qu'il n'y avait pas d'interlocuteur, il n‘y avait personne avec qui parler, ce qui montre que ce n'était pas des choses qui étaient organisées si je puis dire au sens traditionnel d'un parti ou d'un syndicat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous n'accusez, puisqu'on avait parlé à un moment de la présence d'Eric COQUEREL – le député de France Insoumise…

FREDERIQUE VIDAL
Non, mais ça c'est autre chose, que la France Insoumise ait en ce sens soufflé sur les braises et essayer d'utiliser les universités ou les blocages d'examen comme une tribune ça c'est une évidence.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les cinq millions que vous nous annoncez ce matin c'est sur le budget général du ministère, c'est vous qui allez payer en gros, enfin nous au final ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, au final nous allons tous payer.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est le ministère de l'Enseignement supérieur ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, oui, oui, ce sera pris en charge par le ministère, je ne peux pas demander aux établissements de supporter ça directement par eux-mêmes - il y a des enquêtes qui sont en cours – bien sûr que, si on retrouve les auteurs et qu'on est capables de les identifier clairement, ils seront punis, mais en attendant…

ELIZABETH MARTICHOUX
On leur réclamera une partie de la somme des travaux ?

FREDERIQUE VIDAL
Je ne sais pas comment ça se passera au niveau de la justice, mais en tout cas il y aura des sanctions qui seront prises, mais en attendant oui bien sûr c'est le ministère qui va payer - c'est-à-dire nous tous qui allons payer – et, croyez-moi, j'aurais préféré utiliser cet argent à ouvrir plus de places qu'à racheter des ordinateurs dérobés ou fracassés.

ELIZABETH MARTICHOUX
La rentrée va pouvoir se faire compte tenu des travaux que vous avez vous-même constatés dans certains endroits, il y aura une rentrée en septembre à Grenoble, à Montpellier, à Tolbiac ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, parce qu'une fois de plus il s'agit de bâtiments isolés et ce n'est pas l'ensemble des universités qui a été saccagé. En ce qui concerne Grenoble spécifiquement c'est le centre de langues qui a été entièrement saccagé, c'est-à-dire l'endroit où…

ELIZABETH MARTICHOUX
Très technique en fait.

FREDERIQUE VIDAL
Où les étudiants avaient la possibilité de se former en langues - y compris de se former seul – et ça ne sera pas avant janvier 2019 là par contre c'est trop dégradé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Parcoursup, le système fait une pause Frédérique VIDAL jusqu'au 26 juin je crois, hier soir à l'arrêt des compteurs combien d'élèves inscrits sur Parcoursup avaient reçu une affectation ferme ?

FREDERIQUE VIDAL
638.000, c'est-à-dire presque 80 % qui ont reçu au moins trois propositions, ce qui prouve que le système a bien fonctionné, que les lycéens s'en sont emparés, sur les bacs généraux on est à plus de 90 % qui ont une proposition ce matin, donc voilà le système dans sa dynamique a fonctionné. Il faut savoir qu'on attend encore les résultats d'un certain nombre de concours qui ne sont pas dans Parcoursup et qui représentent à peu près 10 % des places, donc conformément à ce que nous avions dit nous serons en capacité d'accueillir chaque bachelier - puisque qu'évidemment il faut réussir le bac avant tout – qui le souhaite dans l'enseignement supérieur, notamment dans les filières non sélectives ; pour les filières sélectives rien n'a changé, on entend parfois des gens dire : « mais je n'ai pas été pris, c'est la faute de Parcoursup », non ça tous les ans si on ne demande que des filières sélectives on prend le risque d'avoir des « non » partout, ce qui a changé c'est qu'au lieu d'attendre septembre pour s'occuper de ces jeunes depuis le 22 mai les recteurs s'en occupent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Pour ceux qui ont des « non », parce qu'il y a des élèves qui se sont pris le mur si je puis dire, ils ont fait des demandes, ils n'ont que des « non »…

FREDERIQUE VIDAL
Oui, que des filières sélectives.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est très stressant, c'est très dur pour le moral d'aller passer le bac quand on n'a rien derrière, qu'est-ce qu'il doit faire ?

FREDERIQUE VIDAL
Le principe c'est que quand on demande des filières sélectives comme je le disais on prend le risque d'avoir que des « non »…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire qu'on a surévalué ses compétences ?

FREDERIQUE VIDAL
On n'a pas des chiffres qui sont supérieurs à ceux des années précédentes de ce point de vue-là, on a toujours à peu près le même nombre d'élèves qui ne demandent que des filières sélectives, ce qui se passe cette année c'est que les commissions rectorales sont saisies par ces élèves directement sur la plateforme – il y a un bouton contact – et travaillent avec eux et leur proposent quelque chose, l'an dernier on avait fait ça mais seulement au début du mois de septembre.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernier mot, vous allez passer un grand oral en juillet devant le Premier ministre – c'est l'évaluation nationale – vous vous donnez quelle note pour l'année ?

FREDERIQUE VIDAL
Par définition on ne se note pas soi-même.

ELIZABETH MARTICHOUX
La modestie et la prudence sans doute de Frédérique VIDAL ce matin sur RTL, merci à vous.

YVES CALVI
Il y a une très forte charge émotionnelle autour du bac et en maintenant leur grève les syndicats rendent incompréhensibles leurs revendications, vient de nous dire la ministre, ministre de l'Enseignement supérieur qui confirme cinq millions de casse dans les différentes facultés occupées ces dernières semaines : « on n'avait jamais vu ça » vient de nous dire Frédérique VIDAL et à Grenoble certaines salles de langues ne seront pas rouvertes avant janvier 2019 à cause de ces déprédations. L'intégralité de l'entretien est à retrouver sur le site rtl.fr et, dans un instant, nous serons nous-mêmes avec Cyprien SIDI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juin 2018

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