Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à BFM Business le 29 mai 2018, sur le projet de loi sur le marché de l'emploi et la croissance économique intitulé la "bataille des compétences" et la formation professionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à BFM Business le 29 mai 2018, sur le projet de loi sur le marché de l'emploi et la croissance économique intitulé la "bataille des compétences" et la formation professionnelle.

Personnalité, fonction : PENICAUD Muriel, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre du travail;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour à tous, bonjour madame PENICAUD…

MURIEL PENICAUD
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Ministre du Travail, vous êtes celle qui s'est fait connaître il y a un an avec la réforme du Code du travail, la première réforme d'Emmanuel MACRON, aujourd'hui vous venez nous parler de votre nouveau projet de loi qui comprend la formation professionnelle, l'apprentissage, l'assurance chômage, l'égalité homme-femme, l'emploi des travailleurs handicapés, quitte à se faire critiquer autant groupe les réformes ?

MURIEL PENICAUD
C'est l'inverse, c'est que tout ça est porté par la même idée, c'est pour ça que la loi s'appelle, un titre magnifique, projet de loi Pour la liberté de choisir son avenir professionnel, parce que voilà je crois que tout le monde est conscient que le monde change - on le voit encore avec RENAULT qui évolue vers des nouvelles technologies - et pour ça la meilleure aide qu'on peut donner à chacun finalement c'est ne plus avoir besoin d'aide c'est de pouvoir par le travail, par la formation, ce qu'on appelle l'émancipation par le travail, avoir une dignité, un revenu, tout cela ça irrigue le texte, parce que pour l'apprentissage c'est pour le jeune, la formation pour les salariés et les demandeurs d'emploi et puis pour les femmes et pour les travailleurs handicapés qui aujourd'hui n'ont pas du tout les mêmes égalités des chances, c'est donner l'égalité des chances réelles.

AUDREY CRESPO-MARA
Ce projet de loi il est arrivé en début de semaine à l'Assemblée nationale, cette fois-ci vous pensez pouvoir vous passer des ordonnances pour imposer votre réforme ?

MURIEL PENICAUD
Mais on n'a jamais prévu de passer cette réforme par ordonnance, contrairement à…

AUDREY CRESPO-MARA
Contrairement à la première.

MURIEL PENICAUD
La première ça avait été annoncé dans la campagne présidentielle dans un contexte particulier il fallait vite…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, là, par d'ordonnance.

MURIEL PENICAUD
Pour avoir des effets économiques et sociaux positif et maintenant, là, on prend le temps, on a un débat de fond sur tous ces sujets qui sont très importants, on n'en fait pas la une des journaux - parce qu'il n'y a pas forcément que du conflit sur des sujets comme ça - mais je crois que c'est super important parce que c'est ce qui va faire que les jeunes, nos enfants, on en train de dresser l'avenir dans lequel vont pouvoir s'épanouir professionnellement dans 10, 20 ou 30 ans.

AUDREY CRESPO-MARA
Avec cette triple réforme de l'apprentissage, de la formation, de l'assurance chômage vous entendez protéger les salariés, de quoi, de la flexibilisation du travail que vous avez mise en place il y a un an ?

MURIEL PENICAUD
Non. La protection c'est vraiment contre le chômage, parce qu'aujourd'hui on voit que ceux qui ont une qualification ont un taux de chômage très bas et ceux qui n'ont pas de qualification ont quatre ou cinq fois plus de risques d'être au chômage et d'y rester, ou d'être dans les emplois précaires mal rémunérés…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc ceux qui n'ont pas de travail c'est parce qu'ils sont incompétents ou parce qu'il n'y a pas de travail ?

MURIEL PENICAUD
Non, ce n'est pas du tout ça. C'est qu'ils n'ont pas eu la chance de pouvoir se former, beaucoup de gens ont eu, soit au moment de la formation initiale, soit plus tard, n'ont pas eu les chances et, aujourd'hui, on a un système très injuste c'est que déjà vous n'avez pas pu faire d'études ou moins d'études au niveau de la formation initiale, de l'école, aujourd'hui notre système il prolonge les inégalités puisque les ouvriers et les employés, les salariés de petites et moyennes entreprises ont deux fois moins de chances d'accès que les autres et les demandeurs d'emploi qui ont tellement besoin de se former aux métiers-là qui se créent – et on crée plein d'emplois - souvent ils ne peuvent pas les prendre parce qu'ils n'ont pas les compétences, aujourd'hui on en forme que 1 sur 10. Donc, c'est pour ça qu'il faut vraiment donner à chacun le droit à la formation, la capacité à prendre les opportunités.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais l'idée c'est quand même aussi de responsabiliser ceux qui n'ont pas de travail, pour travailler il faut devenir meilleur ?

MURIEL PENICAUD
Voilà ! Aujourd'hui on a est en plein actualité du foot, est-ce que vous diriez qu'un joueur de foot quand il se forme c'est évident que lui il progresse mais toute l'équipe, donc, quand on se forme on se forme pour soi, pour la réussite collective aussi et on se forme pour la société. Moi j'aspire vraiment à une société où la connaissance, l'intelligence, la compétence c'est pour tout le monde et ça changera les rapports sociaux, ça changera le sentiment de fierté individuel et collectif – et je crois qu'on peut le faire – la France a innové dans les années 70, on a perdu du retard, on a eu du retard, maintenant on s'est un peu assoupis sur le sujet de la formation, c'est le moment vraiment parce que c'est un sujet essentiel pour les années qui viennent.

AUDREY CRESPO-MARA
Il s'agit d'une loi d'importance qui va notamment décider du sort des chômeurs, de l'avenir des jeunes vous l'avez dit et plus globalement donc de la courbe du chômage, faire autant de sujets dans une même loi qui doit être votée en cinq jours c'est vraiment possible ?

MURIEL PENICAUD
Cinq jours pour la première lecture à l'Assemblée, puis le Sénat, cinq jours et cette nuit, vous savez que les députés travaillent beaucoup, donc…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est ça, vous ne dormez plus…

MURIEL PENICAUD
Si un peu quand même.

AUDREY CRESPO-MARA
Et les députés non plus, vous voulez les achever, vous savez qu'ils se plaignent déjà de trop de travail...

MURIEL PENICAUD
Non, non, mais ça c'est le rythme qui est prévu par l'Assemblée. Mais pourquoi c'est important de le lier ? Parce qu'imaginez que voilà on fasse quelque chose sur la formation professionnelle mais on ne traite pas le fait que les... si on ne traitait pas le fait qu'aujourd'hui - et c'est scandaleux - depuis 45 ans les femmes n'ont pas le même salaire à travail égal, comment voulez-vous prendre les opportunités ? Vous faites des efforts, les femmes aujourd'hui sont plus diplômées, elles sont moins rémunérées, elles ont des postes moins qualifiés, donc il faut bien traiter tout…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais je parlais du rythme, c'est-à-dire…

MURIEL PENICAUD
... les travailleurs handicapés, alors aujourd'hui ils ont moins accès à la formation, si on ne le traite pas en même temps ça veut dire qu'on laisserait quelqu'un au bord du chemin, moi je ne veux laisser personne au bord du chemin dans ce projet de loi qui est vraiment quelque chose qui est à la fois une protection et puis aussi un espoir pour chacun.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais je parlais du rythme des cinq jours en sachant qu'il y a plus de 2.000 amendements qui ont été déposés par les différents groupes…

MURIEL PENICAUD
Il y a 1.900 amendements, je veux dire c'est un rythme classique…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, l'accouchement va se faire aux forceps quand même ?

MURIEL PENICAUD
Non, mais vous savez il y a beaucoup d'amendements c'est les mêmes, comme on dit quand on en vote un, quand l'Assemblée en vote, il y en a qui tombent…

AUDREY CRESPO-MARA
Par exemple un même amendement qui peut venir de la droite et de la France Insoumise ?

MURIEL PENICAUD
Ça peut arriver, mais il y a aussi des choses qui sont votées quasiment à l'unanimité, et j'espère qu'il n'y en aura sur les femmes et sur les handicapés seront votées à l'unanimité, mais en même temps il peut être très large sur certains sujets.

AUDREY CRESPO-MARA
Un an après la réforme du travail c'est l'acte deux, est-ce que vous pensez qu'il passera aussi bien que le premier 1er auprès des syndicats ?

MURIEL PENICAUD
Il y a beaucoup des mesures qui sont là qui viennent des accords nationaux interprofessionnelle qui ont eu lieu, c'est-à-dire le dialogue entre les syndicats et le patronat, le droit par exemple pour que chacun ait un conseil en évolution professionnelle gratuit payé par la mutualisation et chacun des 26 millions de salariés, de demandeurs d'emploi, va avoir le droit à un conseil en évolution professionnelle gratuit, ça, ça vient des syndicats qui l'ont voulu plus fort.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, ce n'est pas conflictuel avec les syndicats aujourd'hui sur cette réforme ?

MURIEL PENICAUD
La démocratie sociale c'est qu'il y a des sujets où on est d'accord, des sujets où on n'est pas d'accord, c'est très bien on est en démocratie, mais il y a beaucoup de choses qui viennent d'eux. Renforcer aussi le fait que chacun puisse avoir un droit réel à la formation ça aussi ça vient du dialogue social, donc il y a beaucoup de choses qui en viennent.

AUDREY CRESPO-MARA
Il n'y a-t-il pas un double enjeu à cette loi, protéger les Français dans leur travail et aussi protéger Emmanuel MACRON qui selon les Français jusque-là manquait un peu de compétences sur le plan social ?

MURIEL PENICAUD
Le président de la République avait annoncé dès l'année dernière qu'il y aurait un acte 1 qui serait le Code du travail - que j'ai eu l'honneur de porter l'année dernière - et d'un acte 2 qui serait cette grande loi sur l'apprentissage, la formation professionnelle, donc on est dans cet acte 2, on a commencé les concertations, on a fait 7 mois de concertation, deux accords interprofessionnels, des centaines d'heures, des centaines de réunions, plein de visites de terrain, donc ce n'est pas un…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous entendez, les Français disent : « Emmanuel MACRON, on ne peut pas dire qu'il soit social ».

MURIEL PENICAUD
Non, mais vous sous-entendez que c'est un peu de com., c'est tout l'inverse, quelque chose de profond et sociétale.

AUDREY CRESPO-MARA
Le coup de com., on y vient. Avant-hier est sortie de l'Elysée cette vidéo qui a fait beaucoup parler…

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
On met un pognon dingue dans les minimas sociaux, les gens ils sont quand même pauvres, on n'en sort pas, les gens qui naissent pauvres et restent pauvres, ceux qui tombent pauvres ils restent pauvres, on doit avoir un truc qui permet aux gens de s'en sortir.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, ce n'est pas un discours formaté avez-vous dit mais c'est quand même un discours de communication-là, on sait que c'est l'Elysée qui filme et qui diffuse l'image ?

MURIEL PENICAUD
Déjà le président de la République il a un langage aussi parler direct, on le sait - et je pense que ça fait partie aussi de son style - mais sur le fond qu'est-ce qu'il a dit ? Il a dit-il quand même qu'il vaut mieux prévenir que guérir et, ça, je pense que c'est très important. Vous savez…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est l'idée aussi de votre réforme, c'est, il vaut mieux donner du travail que de l'argent, c'est ça ?

MURIEL PENICAUD
Non, il faut donner de l'argent, la solidarité pour vraiment les plus vulnérables, mais on ne faut pas donner que de l'argent, il faut donner de l'espoir, si vous êtes condamné à la pauvreté même avec de l'aide sociale toute votre vie ce n'est pas un avenir, vous avez aussi envie d'avoir une dignité, un travail, du lien social, une fierté de ce que vous faites. Donc, il faut faire les deux, il faut faire de la solidarité financière pour les plus vulnérables et de l'accompagnement, et de l'émancipation, et que chacun puisse dire : « Ah ! Mais la croissance repart-là, encore ce trimestre on a créé 48.000 emplois en France, est-ce que moi qui suis demandeur d'emploi, qui suit jeune, qui suit une femme senior, qui suit handicapé, est-ce que j'ai une chance de montrer dans le train de la croissance et l'emploi ? ». C'est ça qu'il faut faire, c'est ça protéger aussi, c'est une protection active, ce n'est pas juste de...

AUDREY CRESPO-MARA
Ce n'est pas juste une protection par l'emploi plus que par les aides sociales, en même temps ça tombe bien vous voulez les diminuer, non ?

MURIEL PENICAUD
Mais pas plus, les gens ne sont pas coupés en deux, pourquoi vous voulez qu'ils se disent : « Moi je veux une aide sociale, ça c'est bien » et d'autres... enfin tout le monde aspire à la fois d'avoir une vie digne - et pour ceux des plus vulnérables de la société c'est la collectivité, c'est le modèle social français, il y a une solidarité - moi je crois qu'elle est absolument indispensable et, en même temps, il faut donner la capacité à chacun de se projeter dans l'avenir, pas juste d'attendre, de se projeter, d'avoir un avenir et un espoir. Vous savez c'est le vieux proverbe chinois…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ces aides sociales ne seront pas diminuées pour autant ?

MURIEL PENICAUD
C'est le vieux proverbe chinois : « il vaut mieux apprendre à pêcher que uniquement donner les poissons », il faut du poisson quand on en a besoin mais il faut aussi que tout le monde puisse aussi avoir un espoir d'une vie…

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, est-ce que vous allez diminuer le poisson, est-ce que vous allez diminuer les aides sociales ?

MURIEL PENICAUD
Mais non, ce n'est pas du tout comme ça, vous savez bien ce n'est pas comme ça qu'on se posait question, c'est : est-ce que, quand on fait de l'aide sociale, est-ce que c'est utile pour la solidarité - c'est-à-dire ceux qui en ont vraiment besoin, les plus vulnérables, est-ce que ça les aide ? Est-ce qu'ils le touchent, parce qu'il y en a qui n'ont pas accès aux droits alors qu'ils ont été faits pour eux ? Et puis est-ce que tout ce qui doit aider au retour à l'emploi aide bien au retour à l'emploi ? Surtout encore une fois on est en croissance, l'emploi repart, c'est le moment de donner plus d'espoir à beaucoup.

AUDREY CRESPO-MARA
Là vous êtes plus sévère qu'avant, c'est au sujet des radiations prolongées pour les demandeurs d'emploi qui ne cherchent pas assez des emplois, en d'autres termes vous traquez les fainéants ?

MURIEL PENICAUD
Mais il n'y a pas de fainéants, ce n'est pas le sujet, on a des règles qui aujourd'hui n'aident pas toujours... parfois si vous voulez si vous perdez de l'argent en prenant un emploi c'est un peu logique que vous ne soyez pas très motivé pour aller trouver un emploi, donc il faut modifier les règles ; et même les règles de sanctions sont très bizarres aujourd'hui, par exemple vous pouvez être sanctionné et radié, ça c'est depuis des années, parce que vous n'êtes pas allé un entretien à Pole emploi, par contre pour d'autres choses vous ne pouvez pas être radié, il faut que ce soit juste, il faut que ce soit efficace, il faut que tout le monde comprenne que si on a une qualification, qu'on est mobile, que près de chez soi il y a de l'emploi qui correspond à votre domaine, là c'est normal que vous preniez l'emploi parce que sinon c'est la collectivité qui paye pour vous, par contre si vous avez des difficultés, si ce n'est pas possible, à ce moment-là il faut... c'est pour ça qu'il faut j'allais dire une appréciation humaine qui soit compréhensive, qui soit bienveillante, bienveillante et exigeante pour les devoirs, c'est la société.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez décidé de faire tenir un journal de bord aux chômeurs, indignation de Jean-Luc MELENCHON qui l'a dit à l'Assemblée nationale.

JEAN-LUC MELENCHON, PRESIDENT DU GROUPE FI A L'ASSEMBLEE NATIONALE
Qu'est-ce que c'est que ce journal de bord ? Qui est-ce qui a pu avoir une idée pareille, un journal de bord. Voici le travailleur chômeur équipé d'un petit carnet comme un enfant qui va à l'école et on va vérifier dans le carnet s'il a bien fait son travail, s'il a bien téléphoné, s'il a bien répondu au mail – que d'ailleurs il ne peut pas recevoir parce qu'il n'a plus d'abonnement – ou au coup de téléphone qu'il n'a pas entendu parce qu'il faisait autre chose, etc., etc., etc.

AUDREY CRESPO-MARA
Voilà, il y voit une infantilisation des chômeurs, voire une humiliation des chômeurs.

MURIEL PENICAUD
Je pense que Jean-Luc MELENCHON, qui est très brillant par ailleurs, il ne regarde pas toujours les choses dans le détail, n'a pas regardé ce que c'était…

AUDREY CRESPO-MARA
Il a l'air de bien connaître le journal de bord-là ?

MURIEL PENICAUD
Non, justement…

AUDREY CRESPO-MARA
Ah bon !

MURIEL PENICAUD
D'abord ce n'est pas un carnet et, d'autre part, c'est venu des... ça va être expérimental et l'idée est venue des équipes de Pôle emploi. Pourquoi ? Parce que les conseillers de Pôle emploi, ils disent : « on perd beaucoup de temps, qu'on est face au demandeur d'emploi dans un rendez-vous juste à vérifier qu'est-ce qu'il a fait, qu'est-ce qu'il n'a pas fait », ça c'est du temps j‘allais dire qui n'est pas utile en termes de conseil, mais il est nécessaire pour pouvoir le conseiller. L'expérimentation c'est quoi ? C'est que le demandeur d'emploi, sur Internet, pourra dire : « Voilà j'avais prévu, j'ai une sorte de contrat entre Pole emploi et chaque demandeur d'emploi, j'avais prévu de faire telle, telle démarche, ça donné ça chômeur », ils le disent avant - d'ailleurs quand ils commencent l'entretien ils savent où il en est – et du coup le temps de l'humain, parce que ce qui importe c'est l'humain entre le conseiller Pole emploi et le demandeur d'emploi, ça va être pour pouvoir affiner la stratégie, c'est peut-être un entretien…

AUDREY CRESPO-MARA
Ça peut être vu aussi comme une surveillance supplémentaire, donc Jean-Luc MELENCHON n'a rien compris ?

MURIEL PENICAUD
Ça se fait dès le premier mois, c'est justement pour pouvoir aider plus vite, aujourd'hui vous savez qu'en moyenne un demandeur d'emploi il entre en formation que sept mois plus tard, il faut qu'on aide Pole emploi à mieux aider les demandeurs d'emploi et pour aller plus vite - donc je pense que c'est une fausse polémique - mais je pense que quand il verra comment ça marche concrètement il changera d'avis.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc la France Insoumise qui a déposé 98 amendements sur cette réforme…

MURIEL PENICAUD
Oui, c'est normal.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça ne vous intéresse pas plus que ça ?

MURIEL PENICAUD
Non, mais c'est normal la démocratie politique c'est aussi... tous les groupes ont déposé des amendements et c'est très bien.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous dites qu'il y a 14 % de fraudeurs, c'est un chiffre qui est contesté, mais même si on reste sur ce chiffre de 14 % les mesures pour les traquer ne vont-elles pas compter plus cher que…

MURIEL PENICAUD
Mais alors vous avez une vision du monde, traquer, mais moi je ne traque…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous ne traquez pas les fraudeurs ?

MURIEL PENICAUD
Non, je traque le chômage.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais les fraudeurs, vous faites quoi ?

MURIEL PENICAUD
Non, je ne traque pas les chômeurs. Moi mon combat c'est la lutte contre le chômage, on s'est résignés dans ce pays à un chômage de masse massif, au chômage des jeunes, ça c'est mon combat de tous les jours.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais la fraude on la traque, non ?

MURIEL PENICAUD
Mais à la Sécurité sociale et au fisc vous ne trouvez pas ça normal de frauder ?

AUDREY CRESPO-MARA
Ah non ! Mais moi je dis le mot traquer, c'est pour ça quand on parle de fraude on parle de traque en général.

MURIEL PENICAUD
Oui, mais je ne traque pas les gens, les systèmes de fraude oui, et les rares personnes qui fraudent il n'y a pas raison que la collectivité – c'est-à-dire tout le monde – paie pour eux pour qu'ils soient au chômage alors qu'ils n'ont aucune difficulté et qu'ils ne prennent pas - mais c'est une toute petite minorité – mais cela il faut le faire, c'est une question... Vous savez pour l'entrepreneur qui travaille ou pour le salarié qui travaille et qui voit quelqu'un qui fraude, parce que tout le monde le sait dans l'environnement quand quelqu'un fraude, je vais vous dire c'est un sentiment d'injustice, donc en fait c'est à la justice... Mais c'est une petite minorité, il ne faut pas sur-focaliser là-dessus, c'est comme dans les autres domaines.

AUDREY CRESPO-MARA
Je n'ai pas dit l'inverse.

MURIEL PENICAUD
Voilà.

AUDREY CRESPO-MARA
Surveiller, traquer…

MURIEL PENICAUD
Je ne traque personne moi.

AUDREY CRESPO-MARA
Oui. N'est-ce pas une goutte d'eau quand même par rapport à la fraude fiscale, la fraude sociale c'est quoi, c'est deux milliards et la fraude fiscale c'est 60 à 80 milliards ?

MURIEL PENICAUD
Il n'y a aucun enjeu…

AUDREY CRESPO-MARA
Le pognon dingue il est dans la fraude fiscale quand même ?

MURIEL PENICAUD
Vous me parliez de la fraude à l'assurance chômage, financièrement je dois dire je m'en fiche complètement, ce n'est pas le sujet, mon sujet c'est la justice…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc les mesures justement pour empêcher cette fraude est-ce qu'elles ne vont pas coûter plus cher que ce que ça coûte aujourd'hui ?

MURIEL PENICAUD
Non, parce que ce qu'on a vu quand on fait des contrôles c'est qu'en fait quand on... chez Pole emploi on fait du contrôle, on trouve trois types de gens : ceux qui sont en pleine dynamique de recherche et on trouve 20 % des gens, 1 sur 5, qui s'est découragé, qui a fait plein de démarches, qui est allé partout, qui a frappé à toutes les portes, qui a arrêté de faire des démarches actives…

AUDREY CRESPO-MARA
Qui ne touche même pas l'assurance chômage ?

MURIEL PENICAUD
Si qui touche l'assurance chômage.

AUDREY CRESPO-MARA
Quand même, mais qui ne fraude pas ?

MURIEL PENICAUD
Non, mais qui ne fraude pas, c'est juste les bras sont tombés et on peut le comprendre et, à ce moment-là, on s'est aperçus que le contrôle il redynamise et tout d'un coup le conseiller de Pole emploi et le demandeur d'emploi ils rediscutent, ils recherchent, donc même le contrôle il a un côté préventif ; et puis après il y a toute petite minorité qu'il faut sanctionner parce qu'ils trichent, voilà.

AUDREY CRESPO-MARA
Les 14 %.

MURIEL PENICAUD
Est-ce que vous avez chiffré l'impact potentiel de ces réformes sur le niveau de chômage, sur le taux de chômage en France ?

MURIEL PENICAUD
Ce que l'on sait c'est qu'on a environ 200, 300, je ne sais pas, 400.000 emplois aujourd'hui qu'on n‘arrive pas à pourvoir parce qu'il n'y a pas les compétences, vous pouvez rencontrer n'importe quel entrepreneur en France, n'importe quelle entreprise, n'importe quel secteur, 3 sur 4 vont vous dire : « j'ai du mal à recruter parce que je ne trouve pas de la compétence ».

AUDREY CREPO MARA
Il y a un problème de formation.

MURIEL PENICAUD
Voilà. Donc il y a un problème de formation. Donc, si on… déjà si on résout ça, c'est pour ça aussi que j'ai lancé le grand plan d'investissements dans les compétences, on va former un millions de jeunes et un million de demandeurs d'emploi, eh bien ça peut créer 300 000 emplois. Parce qu'il y a des emplois que l'on n'arrive pas à créer, parce qu'il n'y a pas les compétences.

AUDREY CREPO MARA
Et quand verra-t-on vraiment les premiers effets de la réforme du Code du travail ?

MURIEL PENICAUD
Alors, il y a un premier effet qui est visible depuis l'automne, c'est le sentiment de confiance et de ne plus avoir peur d'embaucher des demandeurs d'emploi. Les petites et moyennes entreprises avaient peur d'embaucher, là elles le disent partout, c'était encore vrai au forum des CPME cette semaine, ça leur a redonné confiance, dans un contexte aussi où les marchés se développent, et donc transformer la croissance en emploi et qu'elle soit inclusive de chacun, c'est ça que ça permet. Ensuite, on fait une évaluation, parce que c'est progressif. Le coeur de la réforme, qui est de donner beaucoup plus de dialogue social dans l'entreprise, pour que le chef d'entreprise, les syndicats, puissent discuter, ce qui permet à la fois la performance de l'entreprise et le progrès social, ça, ça se met en place progressivement, il y en a pour deux ans, mais on fera un point d'étape à l'automne.

AUDREY CREPO MARA
A l'automne. L'actualité ce matin c'est aussi RENAULT qui annonce dans Le Figaro, investir dans la voiture électrique, investissement d'un milliard dans des sites français, embauche 5 000 CDI à la clef, un plan de formation de 235 millions d'euros. J'imagine que l'Etat français qui détient 15 % du capital, applaudit.

MURIEL PENICAUD
Alors, non seulement applaudit mais c'est exactement ce que je disais tout à l'heure. Aujourd'hui les métiers se transforment. La voiture électrique, eh bien ce qui est intéressant, c'est que non seulement RENAULT investit financièrement dans la technologie, mais embauche 5 000 CDI et effectivement, depuis plusieurs trimestres, pour la première fois depuis 15 ans, le nombre de CDI augmente dans les recrutements, donc ça c'est quand même, même si c'est un signal qui n'est pas encore massif, il est très positif, et puis surtout, ils vont former massivement. Et on voit bien que la formation c'est la clef, puisque grâce à la formation, eh bien il y a plein de salariés qui vont avoir un avenir dans les nouvelles technologies. Il n'y a pas de fatalité, il ne faut pas qu'on ait peur du monde qui change. Il ne faut pas que l'intelligence artificielle … l'intelligence humaine, c'est là-dessus qu'on investit, c'est là-dessus qu'on mise, c'est un bon exemple qu'en le faisant ça va créer plein d'emplois et ça va permettre de sauvegarder de l'emploi aussi.

AUDREY CREPO MARA
Alors, chez RENAULT, c'est un jour d'assemblée générale. Son PDG Carlos GHOSN doit-il toucher 7,4 millions d'euros en 2017 ? C'est le niveau proposé par le Conseil d'administration, l'Etat s'y oppose, l'Etat est contre.

MURIEL PENICAUD
Oui, parce que je pense qu'au niveau de l'Etat, notre rôle c'est aussi de veiller à l'équilibre. C'est pour ça d'ailleurs l'équilibre sur le partage de la valeur, c'est normal que les chefs d'entreprise qui prennent beaucoup de risques, qui ont des responsabilités importante, aient une rémunération à la hauteur, mais il y a des proportions, et en même temps c'est très important…

AUDREY CREPO MARA
Et là c'est exagéré ?

MURIEL PENICAUD
On considère que c'est excessif, effectivement, et en même temps… mais c'est le Conseil d'administration qui décide. Et en même temps c'est très important, c'est que le partage de la valeur, ça ne soit pas juste pour quelques-uns, c'est pour ça qu'avec Bruno LE MAIRE, dans la loi Pacte, on va aussi élargir l'intéressement, la participation, pour que plus de salariés y aient droit. Parce que quand on crée de la valeur, ce n'est pas un homme tout seul, c'est toute l'entreprise, et donc il faut que tout le monde ait un retour du partage de la valeur qui est créée.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc l'Etat peut s'opposer à cette rémunération ou n'a pas le pouvoir de s'y opposer réellement ou de la bloquer ?

MURIEL PENICAUD
Non, il n'en a pas le pouvoir mais il peut peser dans son influence. Il n'est pas actionnaire majoritaire mais il a son mot à dire.

AUDREY CRESPO-MARA
Tous les matins, je pose une question récurrente : la question off mais devant les caméras. C'est off, entre nous.

MURIEL PENICAUD
(rires) Off entre nous ! C'est drôle !

AUDREY CRESPO-MARA
Si je vous dis : « Il ne faut pas respirer par le nez, il faut respirer par la bouche », ça vous rappelle quelqu'un ?

MURIEL PENICAUD
Non. Mais en fait, il faut respirer par le ventre.

AUDREY CRESPO-MARA
Ah bon ? Mais alors votre coach vocal, le baryton Jean-Philippe LAFONT qui a été celui d'Emmanuel MACRON pendant la campagne présidentielle, vous faites appel à lui pour vous aider à poser votre voix et avoir une élocution moins rapide. C'est ça ?

MURIEL PENICAUD
Je l'ai vu effectivement deux, trois fois parce que ça ne vous a pas échappé que je parle…

AUDREY CRESPO-MARA
Vite.

MURIEL PENICAUD
Vite, oui. Et je pense que tout le monde doit se former et s'améliorer et c'est vrai pour les ministres aussi. Voilà. Poser ma voix pour que… Je pense que c'est un progrès que je dois à mes concitoyens pour que ce ne soit pas à deux cents à l'heure.

AUDREY CRESPO-MARA
Et c'est compliqué de changer une élocution comme ça, non ? Enfin, quand on est habitué à parler vite.

MURIEL PENICAUD
Non. Moi, j'adore me développer toute ma vie et donc je trouve ça très bien. Non, non, c'est un plaisir.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors votre voix porte-t-elle désormais davantage auprès des syndicats du coup ?

MURIEL PENICAUD
Là, avec les syndicats, on a un dialogue de fond qui est exigeant de part et d'autre, mais je crois qu'il est profond, il est sincère et c'est pour ça qu'il y a du respect mutuel.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup, Muriel PENICAUD.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juin 2018

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