Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les efforts du gouvernement en faveur des exportations et sur les tensions commerciales entre l'Union européenne et les Etats-Unis, à Servon-sur-Vilaine le 15 juin 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les efforts du gouvernement en faveur des exportations et sur les tensions commerciales entre l'Union européenne et les Etats-Unis, à Servon-sur-Vilaine le 15 juin 2018.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Circonstances : Déplacement en Ille-et-Vilaine pour les 30 ans de Bridor, le 15 juin 2018

ti :
Mon cher Louis le Duff
Monsieur le ministre, cher Jean-Baptiste Lemoyne
Monsieur le président de la Région, cher Loïg Chesnais-Girard
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les parlementaires ;
Monsieur le maire,
Monsieur le préfet,
Mesdames et Messieurs


Je suis très fier d'être là. Parce que cet engagement n'était pas facile à tenir pour moi, et finalement les aléas d'agenda m'ont permis d'être présent. Pour tout dire, puisque nous sommes un peu dans les enjeux internationaux, le premier ministre devait aller en Chine et cela a été repoussé, à la demande des autorités chinoises, mais on se retrouvera en Chine puisque je l'accompagnerai, pour Bridor encore ! Cela tombe bien, à tous égards.

C'est pour moi, avant de parler de Bridor, une bonne opportunité de faire un déplacement avec le secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne, qui est placé auprès de moi. En fait il fait l'essentiel et je fais ce qu'il me laisse ! Il fait un peu de mon travail sur un certain nombre de compétences. Il fallait lui trouver, il est bourguignon, il fallait qu'il y ait une forme d'initiation à la Bretagne, une forme d'immersion et j'ai pensé que ce jour était la meilleure occasion pour le faire et que le contact avec Louis Le Duff et avec ses équipes était la bonne opportunité pour s'accoutumer à la bretonitude. Je suis très heureux que Jean-Baptiste soit là aujourd'hui avec moi. Merci d'être là Jean-Baptiste.

C'est une fierté pour le ministre de l'Europe et des affaires étrangères d'être là pour saluer cette extraordinaire aventure qui a été décrite tout à l'heure, ce compagnonnage avec les meilleurs ouvriers de France que je suis heureux de rencontrer, pour saluer le chemin parcouru. Saluer les 30 ans de Bridor mais si on remonte en arrière, à la première "Brioche dorée" à Brest en 1976, que de chemin parcouru.

Mais sans doute aussi à la qualité, la ténacité, l'innovation, la flamboyance de Louis le Duff lui permettant de franchir les obstacles, lui permettant aussi, pour revenir à Bridor, à ce que ce nom évoque maintenant, partout dans le monde le savoir-faire français, la qualité, l'excellence, la qualité du goût, le bien manger comme on le disait tout à l'heure et donc il était opportun que je sois là pour le saluer.

Quand on regarde votre histoire, vous Louis Le Duff, mais aussi celle de vos collaborateurs, en particulier l'histoire Bridor, et que l'on essaye de rechercher les raisons du succès Bridor, la recette Bridor, est-ce qu'il y a une recette Bridor ? En dehors de la farine et du beurre et du talent des compagnons ?

Je vois 3 ingrédients dans cette recette. D'abord le premier ingrédient c'est l'ancrage dans le territoire. Loïg Chesnais-Girard l'a évoqué, Louis Le Duff aussi, l'ancrage dans le territoire cela veut dire être à la fois artisan et industriel, si j'ai bien compris ce qui a été dit il y a un instant, et c'est aussi la capacité à être à la fois Breton et mondial. A condition d'avoir l'ancrage dans le territoire. Cela démontre en permanence que l'on peut être industriel en Bretagne et champion du monde par ailleurs. Cela montre également, un chemin, je vais y revenir, pour les entrepreneurs français : la détermination industrielle peut se faire partout, sur tous les territoires, et quand on a un ancrage territorial on peut être champion du monde. C'est le premier ingrédient.

Le deuxième ingrédient que je vois c'est la culture de l'exportation. C'est à dire que le succès de Bridor, c'est être en permanence à considérer que les marchés dans les autres pays ne sont pas des marchés étrangers. Et qu'à chaque opportunité il y a une carte à jouer et qu'à chaque carte à jouer il peut y avoir un résultat positif. Et cela a été votre entreprise, cher Louis, dès le début, avec le succès technologique, de nouvelles expériences comme la plateforme "Gourming" que j'ai eu l'opportunité d'inaugurer à Paris en 2017. Et cet esprit-là, cette culture de l'exportation, le réflexe de l'exportation, l'impératif de l'exportation, est au coeur de la recette Bridor. Deuxième élément de la recette.

Le troisième élément de la recette, le plus fondamental, celui sur lequel Louis, vous êtes revenu tout à l'heure avec beaucoup de pertinence, c'est le collectif humain. Vous avez dit dans votre slogan, le petit film que nous avons vu, qu'il n'y a de force, de richesse que d'hommes. C'est une formule qui fait le fond de votre démarche, inspirée d'un théoricien politique de la renaissance, Jean Bodin qui est aussi d'ailleurs le fondateur du concept de souveraineté, j'y reviendrai tout à l'heure. Ce concept de mobilisation des hommes, vous avez su le déployer au cours de l'ensemble de votre itinéraire, en fertilisant les compétences, en faisant en sorte que l'innovation soit en permanence au rendez-vous avec en même temps le respect des uns et des autres. Voilà cette belle histoire, cette belle aventure et voilà pourquoi je tenais vraiment à être là.

Je suis là en tant qu'ami, certainement, peut-être même d'abord, je suis là en tant que ministre des affaires étrangères, sûrement, mais je ne vais pas inaugurer ici ce qu'on pourrait appeler, je ne sais pas, la diplomatie de la baguette. Je suis là aussi en tant qu'ancien président de la région Bretagne, attaché à l'histoire que Louis Le Duff a avec la Bretagne et je voudrais dire que je suis là aussi, je terminerai par cela, comme ministre chargé, avec Jean-Baptiste Lemoyne, du commerce extérieur de la France à la demande du président de la république.

Et je voudrais que l'aventure Bridor... alors je sais que Bridor va servir l'équipe de France de football ce sera encore une nouvelle aventure mais comme je suis allé en Australie il n'y a pas longtemps et que j'ai vu aussi Bridor en Australie je ne suis pas sûr que l'avantage compétitif de Bridor pour l'équipe de France soit total pour demain. C'était une parenthèse.

Mais je voudrais dire que comme ministre chargé aussi du commerce extérieur, je pense que l'aventure Bridor est aussi une référence qui pourrait être montrée à d'autres. Parce que, disons-le entre nous , mise à part des aventures exceptionnelles comme celle que nous vivons, mis à part la place que prennent les grands acteurs français au nouveau mondial, les grands acteurs du CAC40, pour le reste, dans le domaine du commerce extérieur nous ne sommes pas bons et nous ne sommes pas à la hauteur de la 5eme ou de la 6eme puissance économique mondiale. Nous avons un déficit qui s’accroît et qu'il n'est pas acceptable de grader comme cela. Alors maintenant nous avons, grâce à l'action du président de la république, une image beaucoup plus forte mais il faut traduire cette image dans des faits. Et c'est la raison pour laquelle, avec Jean-Baptiste Lemoyne nous nous mobilisons pour faire en sorte que la culture de l'exportation soit partagée. Parce que ce qui nous manque ce sont des entreprises qui considèrent que l'exportation fait partie de leurs gènes. Nous avons un nombre d'entreprises qui exportent, en France, qui est largement inférieur au nombre d'entreprises qui exportent en Allemagne, voire même en Italie. Nous avons un retard à rattraper. Et le groupe Le Duff d'une part, Bridor d'autre part, nous offrent les chemins qu'il faut faire suivre par nos entreprises car la victoire à l'exportation elle se fera dans les territoires. Elle se fera par une culture partagée, par un désir d'exportation qui n'est pas du tout réservé aux grands groupes du CAC40. Il faut que nous répandions cette culture-là, avec les régions et c'est la raison pour laquelle nous avons décidé que les régions soient les partenaires de l'exportation pour une plus grande lisibilité et une plus grande simplicité. Ce sont les objectifs que nous nous donnons.

Il y a aujourd'hui 125 000 entreprises qui exportent en France il faut que nous arrivions en 2022 à 200 000. Et puis parallèlement, nous souhaitons simplifier les procédures, éviter qu'il y ait de trop nombreux acteurs qui guident les entreprises à l'exportation, il faut une entrée unique qui est la région, et il faut un aboutissement unique qui est, sur le territoire concerné, l'ambassadeur et ses équipes. Arrêtons la multiplication des instances et faisons en sorte, entre autres, que les dispositifs financiers qui doivent accompagner l'exportation, en particulier l'assurance prospection et l'assurance-crédit soient simplifiés. C'est ce que nous avons fait, puisque nous avons lancé avec Jean-Baptiste Lemoyne et le premier ministre à Roubaix le 23 février le pass export qui est un outil de simplification pour les PME et les ETI qui veulent exporter et il se trouve que le premier pass export que nous avons attribué à ce moment-là était aussi pour un groupe breton, le groupe Piriou. Cela montre bien qu'en Bretagne, peut-être, le réflexe à l'exportation est beaucoup plus fort.

Enfin, je voudrais vous dire quelques mots de la situation internationale. Puisque ça vous concerne directement. Un groupe implanté internationalement comme le vôtre est directement concerné par les grands enjeux du moment. Nous vivons une grande période de turbulence. Nous vivons une grande période de remise en cause des systèmes collectifs de régulation. Nous vivons une période de risque. Nous vivons une période d'illisibilité de l'évolution comme nous n'en avions plus connu depuis 1945. Avec des menaces pour notre sécurité, ce n'est pas le sujet de ce matin mais cela nous concerne directement, mais aussi avec la déconstruction d'un système. Jusqu'à présent, depuis 1945, les pays se sont organisés pour avoir des règles ensemble. L'OMC par exemple, mais aussi d'autres règles, les accords sur le climat, d'autres règles gérant les initiatives sur l'éducation. Tout cela est en train d'être méthodiquement déconstruit. Que ce soit par le retrait des Etats-Unis de l'UNESCO, que ce soit par le retrait de l'accord sur le climat, que ce soit par le retrait de l'accord avec l'Iran, sur le nucléaire, et là maintenant par des mesures unilatérales de mise en oeuvre d'action douanières visant à casser la véritable compétition.

Nous sommes dans le trouble. Et cette destruction, déconstruction progressive mais systématique des règles, en particulier de l'OMC, met l'ensemble des acteurs que nous sommes, que vous êtes, devant une espèce d'illisibilité de ce que sera demain. Il nous faut donc essayer d'inverser cette logique qui a été manifesté par les manifestations et les déclarations du président Trump il y a quelques jours contre ses propres alliés. Et finalement, quand on regarde l'actualité récente, quelle image était donné sur le monde en ce moment, quand on voyait le président des Etats-Unis houspiller son premier allié, le premier ministre du Canada, un soir, et le lendemain quasiment embrasser celui qui était son ennemi juré depuis de nombreuses années, M. Kim Jong-un, à quelques heures d'intervalles. Houspiller un allié, embrasser son ennemi historique, voici les contradictions devant lesquelles nous sommes.

Et face à cela il faut que nous refusions cette évolution isolationniste des Etats-Unis qui renoncent au multilatéral. Le multilatéralisme a été notre force collective depuis 1945. Ce multilatéralisme qui fixe les règles, qui fait en sorte que ce n'est pas automatiquement la loi du plus fort, qui fait en sorte que les jeux soient clairs, est en train de s'effondrer pour être remplacé par du B2B, chacun avec un autre, du bilatéralisme, et qui fait qu'on joue le rapport de force en permanence plus que le droit et je crains que ce qu'on appelle "America first", ce que le président Trump répète, devienne demain "America alone". Et là nous ne pouvons pas rester inertes. C'est la raison pour laquelle le président de la République a pris les initiatives de relance et de refondation de l'Europe, parce que nous devons ensemble rétablir un multilatéralisme fort et efficace, sinon le commerce ne marchera pas, s'il n'y a pas des règles et s'il n'y a pas la mise en oeuvre de dispositif de règlement des différends en matière commerciale. Et face aux mesures qui ont été prises par les Etats-Unis, il fallait que l'Europe riposte, affirme sa souveraineté, je reviens à Jean Bodin, et affirme sa puissance parce que l'Europe pendant longtemps a été trop passive, trop naïve par rapport à ces enjeux là et l'urgence est au rendez-vous, c'est la raison pour laquelle l'UE a décidé de prendre des mesures, qui vont être appliquées dans quelques jours, d'opposition de contre-mesures visant à montrer aux Etats-Unis que lorsqu'on fait du bilatéralisme sommaire ou sauvage on trouve devant soi une Europe unie et déterminée. Et ces enjeux-là ils vont être permanents dans les mois qui viennent parce que les mesures qui ont été prises pour les exportations européennes d'acier et d'aluminium ne seront pas les seuls, il y en aura d'autres et il faudra réagir d'une manière forte, d'une manière déterminée, d'une manière unie pour que le commerce mondial ne soit pas le Far West, parce que c'est ce qu'il est en train de devenir. C'est à cette force-là, cette détermination-là que nous vous appelons, que je vous appelle, que le président de la république vous appelle pour que nous puissions reconstituer un multilatéralisme porteur de croissance. La lutte des bilatéralismes aboutit à la baisse de la croissance. Le fait que la communauté humaine se mette d'accord sur des règles et sur de la coopération aboutit à de la croissance.

Voilà ce que je voulais vous dire, à la fois sur Louis le Duff et sur la situation du monde. Je crois que finalement il y a 3 grands principes qui doivent gérer notre vie collective : la concurrence, parce que la concurrence stimule, la coopération, parce que la coopération renforce, la solidarité, parce que la solidarité unit. Et ces trois forces réunies créent un monde qui va bien. Ce sont des valeurs qui sont aussi les valeurs du groupe Le Duff, concurrence, coopération, solidarité, 3 principes du groupe et 3 principes de Bridor, c'est sur la conjugaison de ses principes que je termine mon propos en vous souhaitant un bon anniversaire.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 18 juin 2018

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