Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec BFMTV le 19 juin 2018, sur la crise migratoire, la réforme de la Zone euro, la taxation des grandes entreprises d'Internet, les tensions euro-américaines, les indemnités de départ du président de Carrefour, la loi Pacte et sur Les Républicains. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec BFMTV le 19 juin 2018, sur la crise migratoire, la réforme de la Zone euro, la taxation des grandes entreprises d'Internet, les tensions euro-américaines, les indemnités de départ du président de Carrefour, la loi Pacte et sur Les Républicains.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Invité, Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Vous partez pour l'Allemagne juste après cette interview. Le moment est sérieux, crise politique en Allemagne, c'est l'information du jour, Angela MERKEL affronte en ce moment son ministre de l'Intérieur qui menace de fermer les frontières de l'Allemagne si la chancelière ne trouve pas de solution européenne avant la fin du mois au défi migratoire. Est-ce que l'Europe chancelle ?

BRUNO LE MAIRE
Oh, j'irais plus loin que vous, Jean-Jacques BOURDIN, je pense que l'Europe est dans un processus de décomposition sous nos yeux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Désintégration…

BRUNO LE MAIRE
De décomposition, on voit les Etats qui se replient sur eux-mêmes, qui essaient de trouver des solutions nationales à des problèmes qui ne peuvent avoir de solutions que, européennes. Le problème migratoire ne peut avoir de solutions que, européennes. Le problème de risques financiers ne peut avoir de solution que, européennes. Donc je crois qu'il est indispensable, c'est ce qu'a fait le président de la République depuis le début de son mandat, de proposer un nouveau projet européen sur l'immigration, sur les questions économiques, sur les questions financières, pour consolider l'Europe dans un monde où vous avez, d'un côté, les Etats-Unis, de l'autre, la Chine et où nous sommes pris en étau.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y aura – ça se murmure – une réunion spéciale des dirigeants européens sur la crise migratoire avant même le sommet des 28 et 29 ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je la souhaite, je ne sais pas s'il y en aura une, mais je la souhaite, je pense qu'il est très important…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'il y a urgence…

BRUNO LE MAIRE
Il y a urgence, je pense que c'est très important que les dirigeants les plus concernés, le président de la République, la chancelière allemande, les chefs d'Etat italiens, espagnols puissent discuter ensemble et trouver des solutions communes ; nous ne ferons pas face seuls, ni la France, ni l'Italie, ni l'Espagne, ni l'Allemagne aux flux migratoires qui sont de plus en plus importants. Nous avons besoin d'une stratégie collective, elle a été définie par le président de la République, de la concertation entre Etats membres, un meilleur contrôle des frontières extérieures de l'Union, ce contrôle, il doit être efficace, il doit être ferme, et une politique de développement économique des pays qui sont sources d'immigration, ça, c'est les trois piliers de la politique que propose le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est l'avenir de l'Europe qui est en jeu en ce moment, Bruno LE MAIRE, sur cette crise migratoire. Je me souviens, ce que vous disiez, en 2013, vous ne pouvez laisser entrer sur le sol européen des gens qui n'ont pas vocation à y être, c'est ce que vous disiez pour la crise de Lampedusa…

BRUNO LE MAIRE
Oui, je pourrais vous répéter mot pour mot ces mots que j'ai prononcés il y a quelques mois, c'est ce que je crois profondément…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a même quelques année, c'était 2013, Lampedusa !

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, je pense que l'Europe est un projet politique, et qu'un projet politique a des frontières, un projet politique a une souveraineté, un projet politique est capable de défendre ses droits et ses intérêts, c'est vrai sur les questions migratoires, c'est vrai aussi sur les questions commerciales, sur les questions économiques, sur les questions financières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y venir…

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'on aura l'occasion d'y venir. Oui, c'est l'avenir de l'Europe qui se joue aujourd'hui sous nos yeux, jour après jour, et les décisions que nous prenons sur la zone euro, sur les questions migratoires, sur le contrôle des frontières posent derrière la question : est-ce que demain, il y a encore un projet européen, oui ou non, c'est ce qui se joue sous nos yeux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réforme de la zone euro, Conseil franco-allemand aujourd'hui, vous allez parler de cela aussi avec les Allemands, création d'un budget d'investissement de la zone euro, quelques dizaines de milliards d'euros, vous aviez souhaité plusieurs centaines de milliards, mais il n'y aura que quelques dizaines de milliards, parce que les Allemands sont réticents, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, il faut déjà qu'il y ait un budget…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il faut déjà qu'il y ait un budget, oui, d'accord, mais enfin…

BRUNO LE MAIRE
Pour tout vous dire, ça n'est pas encore fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ce n'est pas encore fait…

BRUNO LE MAIRE
Il faut que ce soit décidé entre la chancelière et le président de la République. Mais nous avons négocié avec mon homologue allemand une feuille de route avec un certain nombre de points qui sont désormais entre les mains du président de la République et la chancelière. Ces points, pour nous, pour le gouvernement français, pour le président de la République, ils ne sont pas négociables. Ils doivent figurer dans la feuille de route franco-allemande pour l'avenir de la zone euro, sinon, c'est toute la zone euro qui sera fragilisée. Ces points, c'est quoi ? C'est un budget pour investir, parce qu'on voit bien que si on veut financer l'innovation, les nouvelles technologies, il faut que nous mettions nos moyens ensemble, un budget d'investissement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Masi enfin, quelques milliards à l'échelle européenne, ce n'est pas grand-chose…

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais c'est un début, Jean-Jacques BOURDIN, c'est un début. Ce qui compte, c'est d'avoir le cadre solide, crédible, un budget d'investissement pour la zone euro. En deuxième lieu, un filet de sécurité pour nos banques qui soit plus important que ceux qui existent aujourd'hui, c'est ce qu'on appelle le fameux backstop, c'est ce qui permet de garantir que nos banques, si demain, il y a une nouvelle crise financière, comme en 2008, résisteront et que vos économies, nos économies, les économies de ceux qui nous écoutent ne seront plus menacées par une crise financière. La troisième chose que nous demandons, c'est une taxation des géants du numérique, parce que c'est une question de justice et c'est une question d'efficacité. Et la quatrième chose, c'est une convergence de l'impôt sur les sociétés, parce que, on en parle depuis près de dix ans de cette convergence de l'impôt sur les sociétés, si demain, vous avez le même impôt sur les sociétés en Allemagne et en France, la même base pour cet impôt, eh bien, ça permettra un développement économique et des emplois en France comme en Allemagne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y croyez au même impôt sur les sociétés ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, ce n'est pas que j'y crois, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous allez l'annoncer ?

BRUNO LE MAIRE
C'est que j'y consacre mes jours et mes nuits depuis des semaines…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez l'annoncer ce soir, même impôt sur les sociétés ?

BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie, je vous dis, de ces quatre points, le budget d'investissement, la taxation des GAFA, le renforcement des banques, et la convergence de l'impôt sur les sociétés, c'est la feuille de route que m'a fixé le président de la République quand je suis allé négocier, depuis plusieurs mois, avec Olaf SCHOLZ, maintenant, nous sommes à l'heure de vérité de la relation franco-allemande, et à l'heure de vérité de l'avenir de la zone euro, soit, dans quelques heures, le président de la République et la chancelière trouvent un accord sur ces quatre points, et ils auront accompli un pas considérable dans le renforcement de la zone euro, c'est-à-dire pour notre stabilité économique et pour notre sécurité financière, soit, nous ne sommes pas capables au niveau des chefs d'Etat, dans quelques heures, de trouver un accord signé en bonne et due forme par la chancelière et par le président de la République, et nous rentrerons – je n'hésite pas à le dire – dans une zone de turbulences pour la zone euro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour la zone euro, pour l'Union européenne…

BRUNO LE MAIRE
Pour l'Union européenne de manière générale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A propos des GAFA, pardonnez-moi, à propos des GAFA, enfin, le projet de taxation, je veux bien, mais, enfin, il y a des pays européens qui n'en veulent pas de cette taxation, vous les connaissez, l'Irlande, le Luxembourg les Pays-Bas, ils n'en veulent pas, ils ne veulent pas qu'on taxe les géants, AMAZON ou autres, APPLE…

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais libre à eux d'aller l'expliquer à leurs PME, d'aller l'expliquer à leurs libraires qu'ils ont un niveau de taxation à l'impôt sur les sociétés qui est de l'ordre de 30 %, quand les géants du numérique, AMAZON qui va livrer ses livres, lui, aura une taxation 14 points inférieure, enfin, comment est-ce qu'on peut accepter ça ? Comment est-ce qu'on peut avoir une Europe qui accepte de taxer plus ses propres entreprises…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Bruno LE MAIRE…

BRUNO LE MAIRE
Plutôt que des gens du numérique qui – je le rappelle – ont des niveaux de capitalisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça n'a pas avancé depuis mars…

BRUNO LE MAIRE
Qui sont parmi les plus élevés au monde. Et le seul point sur lequel je veux vous contredire, c'est que nous avançons, nous avançons, comme toujours, en Europe, lentement, dans le chaos parfois, souvent, dans le conflit, dans la tension, mais au bout du compte, on arrive à trouver un compromis, à une condition, et une condition qui n'a pas changé depuis 1957, c'est que Berlin et Paris s'entendent, et c'est pour ça que ce Conseil des ministres franco-allemands d'aujourd'hui, ce n'est pas un Conseil des ministres habituel, ce n'est pas le conseil des ministres rituel, tous le six mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'heure est grave ?

BRUNO LE MAIRE
L'heure est grave, c'est un moment de vérité, et sur les sujets comme la migration, la défense européenne, la zone euro, il est essentiel que ce Conseil soit un succès.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'ai vu des sénateurs qui veulent taxer AMAZON pour sauver les commerces de proximité, taxer les livraisons, ce n'est pas une mauvaise idée, non ? Vous n'êtes pas au courant de ça ?

BRUNO LE MAIRE
Je suis plus que favorable aux commerces de proximité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à ça ?

BRUNO LE MAIRE
Mais moi, je préfère une taxation globale d'AMAZON, de GOOGLE, de MICROSOFT, d'APPLE. APPLE, juste un chiffre pour qu'on se représente ce que c'est, c'est quasiment 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière, 890 très exactement, c'est plus que TOTAL, AXA, DANONE et un certain nombre de grosses entreprises françaises réunies. Donc il est juste que ces entreprises qui dégagent beaucoup de valeurs soient taxées au même niveau que les plus petites PME françaises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
56 % des Français pensent que le gouvernement a fait le bon choix en n'accueillant pas l'Aquarius, et vous ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense comme une majorité de Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'on a fait le bon choix ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr qu'on a fait le bon choix…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En n'accueillant pas l'Aquarius, on a fait le bon choix ?

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, la politique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc notre volonté, c'était de ne pas l'accueillir ?

BRUNO LE MAIRE
La politique, c'est une éthique de responsabilité, bien sûr que c'est des choix qui sont difficiles, bien sûr que tout le monde voit ces images, mais décider sous le coup de l'émotion, en politique, amène en général à de mauvaises décisions. Et je considère que l'Aquarius, la France fait déjà beaucoup pour accueillir les migrants, elle accueille beaucoup de personnes qui sont en situation extraordinairement difficile, qui sont menacées dans leur pays. Nous sommes un des pays qui accueille aujourd'hui le plus de réfugiés, de personnes qui demandent l'asile…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça suffit ?

BRUNO LE MAIRE
Et je pense que c'est l'honneur de la France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça suffit ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je pense que nous avons aujourd'hui atteint le maximum de ce que la France pouvait faire en matière d'accueil de réfugiés, elle fait plus que la plupart de ses partenaires européens, et puis, elle a accéléré ses procédures, c'est ce que le président de la République et le Premier ministre ont décidé, on a renforcé les cours de français pour les personnes qui arrivent et qui demandent l'asile, donc nous faisons beaucoup, je pense qu'il est juste que d'autres pays fassent beaucoup aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne veux pas que mon pays devienne un camp de migrants, a dit Donald TRUMP, vous avez vu cela…

BRUNO LE MAIRE
J'ai vu cela…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu, le peuple allemand, et il cite en exemple l'Europe, le peuple allemand se retourne contre ses dirigeants, a-t-il ajouté.

BRUNO LE MAIRE
Mais vous savez, on peut avoir une politique migratoire responsable sans être obligé de stigmatiser les uns et les autres, sans être obligé de faire preuve de brutalité ou de faire preuve de violence, la fermeté, le contrôle des frontières, le développement économique des pays sources, ça ne veut pas dire céder à des paroles excessives sur ces questions-là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, Donald TRUMP qui est en guerre commerciale avec la Chine, avec l'Europe, vous avez vu les droits de douane, vous savez ça tellement mieux que moi, vous êtes au coeur…

BRUNO LE MAIRE
Mais ce n'est pas que je les ai vus, là encore, Jean-Jacques BOURDIN, c'est que depuis des mois, avec mon homologue allemand, avec mes homologues européens, notamment britanniques, nous expliquons à nos amis américains qu'on a tout de même un peu du mal à comprendre leur politique, nous sommes alliés, nous sommes amis, il y a un problème de surcapacité de production d'acier et d'aluminium en Chine, qui est-ce qui trinque ? Les Européens. Comment est-ce qu'on peut comprendre ça ? On a eu un G7 des ministres des Finances…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les Américains ont un déficit commercial avec l'Europe, c'est ce que dit TRUMP !

BRUNO LE MAIRE
Mais, c'est sans doute parce que nos produits sont bons et qu'ils s'exportent bien, je ne suis pas certain que ce soit lié aux tarifs. Et quant à l'aluminium et à l'acier, ça n'a rien à voir avec d'autres produits qui sont aujourd'hui ciblés par les Etats-Unis. Donc ce que nous avons dit, aussi bien le président de la République à Donald TRUMP, comme moi-même, au ministre des Finances américain, c'est que nous ne comprenions pas cette politique. Nous ne comprenons pas que l'Europe soit frappée par des tarifs, alors que nous sommes les alliés des Américains et que nous ne sommes pas responsables de ce problème de surcapacité d'acier et d'aluminium, nous ne comprenons pas les sanctions extraterritoriales qui nous empêchent, nous, européens, de conclure des accords en toute légalité avec un certain nombre de pays dans la planète, comme par exemple l'Iran. Et nous allons prendre les mesures progressivement, et je l'espère le plus rapidement possible, qui permettront de défendre nos intérêts…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais là encore, c'est long…

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est long…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les entreprises françaises doivent rester en Iran ?

BRUNO LE MAIRE
C'est long, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les entreprises françaises doivent rester en Iran ?

BRUNO LE MAIRE
La plupart, soyons honnêtes, la plupart ne pourront pas, elles ne pourront pas, parce qu'elles ont besoin d'tre payées…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, c'est-à-dire que nous sommes conditionnés par les Etats-Unis…

BRUNO LE MAIRE
Elles ont besoin d'être payées… mais pourquoi ? Comprenons pourquoi, parce qu'elles ont besoin d'être payées, ces entreprises pour les produits qu'elles livrent ou qu'elles fabriquent en Iran, et elles ne peuvent pas être payées parce qu'il n'y a pas d'institutions financières européennes souveraines et autonomes. Et ce que nous voulons faire, notre priorité absolue avec Emmanuel MACRON, c'est de bâtir des institutions financières européennes indépendantes, souveraines qui permettent des canaux de financement entre les entreprises françaises, italiennes, allemandes ou espagnoles et n'importe quel autre pays de la planète, parce que c'est à nous, Européens, de choisir librement et souverainement avec qui nous voulons faire du commerce. Les Etats-Unis n'ont pas à être le gendarme économique de la planète, et comme visiblement, le président américain a décidé d'être le gendarme économique de la planète, eh bien, à nous de nous doter d'instruments pour ne pas être les victimes de ce choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Bruno LE MAIRE, quelques mots sur la CGT SNCF qui va proposer, aujourd'hui, aux autres syndicats, une nouvelle grève début du mois de juillet, premiers départs en vacances, que lui dites-vous à la CGT ?

BRUNO LE MAIRE
Qu'il faut savoir finir une grève, que le peuple français a tranché, il a tranché par l'intermédiaire de ses représentants qui ont voté à une large majorité pour le projet de réforme de la SNCF, et que je ne vois plus aucune raison de poursuivre cette grève. D'abord, nous avons répondu à un certain nombre d'attentes, le gouvernement, le Premier ministre ont fait des efforts très importants, notamment sur la reprise de la dette, nous avons rassuré sur un certain nombre de sujets, notamment les conventions pour les cheminots. Donc pourquoi continuer, pour quelle raison, sinon pour des raisons politiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une question sur CARREFOUR, ensuite, je passe à la loi Pacte. Sur CARREFOUR, pour sauver l'emploi chez CARREFOUR qui était menacé, il y a des suppressions de postes, pourquoi est-ce que les actionnaires n'abandonnent-ils pas leurs dividendes cette année exceptionnellement ?

BRUNO LE MAIRE
Ça, vous demanderez aux actionnaires ce qu'ils veulent faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais d'accord, non, mais…

BRUNO LE MAIRE
Ce que je peux vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais ça pourrait être une solution…

BRUNO LE MAIRE
Mais, les actionnaires, vous savez, c'est ceux qui prennent des risques pour l'entreprise, c'est ceux qui financent l'entreprise, donc il est légitime que les actionnaires soient rémunérés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y a des années où les résultats sont moins bons…

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais les actionnaires sont ceux qui placent leur argent pour faire tourner une entreprise, il est légitime qu'ils soient rémunérés. En revanche, ce qui est incompréhensible et choquant, c'est que, un ancien président de CARREFOUR, qui n'a pas réussi visiblement puisqu'il a été remplacé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Monsieur PLASSAT…

BRUNO LE MAIRE
Puisse se servir des indemnités de départ aussi généreuses et des indemnités de clause de non-concurrence, ce qui, à 67 ans, ne me paraît pas forcément très nécessaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand on part à la retraite, non concurrence, oui…

BRUNO LE MAIRE
A des montants qui sont tout simplement choquants. Donc samedi matin, j'étais à Berlin avec mon homologue allemand pour négocier l'avenir de la zone euro, j'ai pris le temps d'appeler le président de CARREFOUR, d'appeler le président du MEDEF, d'appeler que le président de l'AFEP, l'Association des plus grandes entreprises françaises, pour dire : ça n'est pas possible, vous avez 24 heures pour prendre des décisions qui permettent de dire aux Français que lorsqu'on échoue, on n'est pas récompensé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il abandonne 3,9 millions euros sur 13 ou 14…

BRUNO LE MAIRE
Il abandonne près de 4 millions d'euros, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que le président de CARREFOUR a pris un engagement qui me paraît important, que je tiens à saluer, qui est que ses indemnités de départ à lui seront calculées en fonction des résultats de l'entreprise, s'il obtient de bons résultats, il aura des indemnités de départ…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça paraît logique, mais ça paraît logique, mais parfois, la logique, le droit, et tout simplement la décence, Jean-Jacques BOURDIN, ne sont pas forcément au rendez-vous, et quand elles ne sont pas au rendez-vous, le rôle de l'Etat justement, c'est de rappeler chacun à ses devoirs. Et la troisième chose qui a été prise et qui, je crois, va dans la bonne direction, c'est que l'AFEP et le MEDEF ont pris un engagement qui est de renforcer le code de bonne conduite vis-à-vis de ses conditions de départ.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La loi Pacte hier en Conseil des ministres, vous avez porté cette loi, l'idée, c'est de relancer la croissance et l'économie, enfin, de relancer, d'accélérer la croissance, je suis patron de PME ou de TPE ou d'entreprise intermédiaire, que m'apportez-vous de nouveau avec cette loi ?

BRUNO LE MAIRE
Des choses très concrètes, je vous apporte une simplification des seuils, je vous apporte la suppression du seuil de vingt salariés, avec toutes les cotisations qui vont avec, notamment, au fonds, pour le logement, je vous apporte cinq années consécutives dans le même seuil pour remplir les obligations sociales et fiscales liées à ce seuil, c'est-à-dire la durée d'un cycle économique, vous êtes patron d'une entreprise de bâtiment et de travaux publics, on vous commande une école, une crèche, ou un hôpital, vous devez embaucher cinq, six personnes supplémentaires, mais si, au bout de trois ou quatre ans, vous avez franchi le seuil de 50, mais vous revenez à 48, parce que, il y a moins de commandes, et la conjoncture est moins bonne, vous n'avez pas eu à remplir ces obligations sociales et fiscales. Je vous apporte de nouvelles modalités de financement, parce qu'il est essentiel que notre économie ne se finance plus simplement par endettement bancaire, mais aussi par fonds propres, nous allons libérer de l'argent pour les PME. Je vous offre une capacité à rebondir, je vous offre une capacité à vous installer plus facilement, je vous offre moins de frais, alors, je sais que ça fait des débats, mais nous avons décidé d'arrêter la sur-transposition des directives sur les commissaires aux comptes. Aujourd'hui, pour avoir un commissaire aux comptes, dès que vous avez deux millions d'euros de chiffre d'affaires, vous avez un commissaire aux comptes, la règle européenne, c'est 8 millions d'euros de chiffre d'affaires, nous allons remonter les règles au niveau européen de 8 millions d'euros de chiffre d'affaires. Donc c'est une somme de décisions très concrètes, très structurantes qui vont permettre à nos PME de créer plus d'activité, et, je l'espère, plus d'emplois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et aux salariés, de toucher plus de participation et d'intéressement ?

BRUNO LE MAIRE
C'est pour moi peut-être la mesure la plus importante de Pacte. Et ça rejoint ce que je vous disais précédemment sur ma conception de l'économie, qui doit être performante et juste, et il n'y a aucune antithèse entre la performance et la justice, lorsqu'une entreprise tourne bien, il est légitime que les salariés en touchent les bénéfices. Nous allons supprimer le forfait social qui est un joli nom pour parler de taxe, qui est aujourd'hui à 20 % sur l'intéressement pour toutes les entreprises de moins de 250 salariés. Il y a dix millions de salariés dans les entreprises de moins de 250 salariés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Forfait social, ça veut dire une sorte de charge sociale…

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est une charge qui pèse sur l'intéressement. Et donc pour les plus petites entreprises, pour les salariés de ces plus petites entreprises qui, très souvent, n'ont pas accès à l'intéressement, n'ont pas accès à la participation, aujourd'hui, il y en a 16 % des entreprises de moins de 50, eh bien, ils vont avoir la possibilité d'avoir enfin un accord d'intéressement, la boîte tourne bien, elle fait de bons résultats, ils pourront être associés à ces résultats et avoir une meilleure rémunération, le travail doit payer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, j'ai une dernière question, vous avez toujours une culture de droite vous est toujours un homme de droite ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne me définirais pas comme ça, Jean-Jacques BOURDIN, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon. C'est sûr ? Non, parce que vous l'avez dit, vous avez dit : j'ai toujours une culture de droite, vous l'avez dit récemment encore…

BRUNO LE MAIRE
Mais, culture de droite, oui, j'ai un passé dont je suis fier, auprès d'un parti de droite et auprès de personnalités politiques de droite, Jacques CHIRAC, Dominique de VILLEPIN, Nicolas SARKOZY, moi, je suis très fier de ce passé-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quand vous voyez ce qui se passe aux Républicains, vers où Laurent WAUQUIEZ conduit-il votre parti, votre ancien parti, parce que vous n'y êtes plus, Les Républicains ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, quand je vois ce qui se passe, d'abord, ça me conforte dans le choix que j'ai fait il y a maintenant un peu plus d'un an, le choix de soutenir Emmanuel MACRON au deuxième tour de la présidentielle, de me présenter aux élections législatives pour soumettre ce choix aux Français et de rejoindre le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, ça me conforte dans mon choix. Ensuite, je pense que cet incident de ces dernières heures a un mérite, c'est celui de la clarification.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
C'est, désormais, que la droite du parti des Républicains est une droite identitaire, il n'y a plus aucun doute là-dessus, la clarification est faite depuis quelques heures, et je pense qu'en politique, il est bon que les choses soient claires et compréhensibles pour tous. La droite du parti Les Républicains est désormais définitivement une droite identitaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui pourra discuter avec l'extrême droite, avec Marion MARECHAL ou avec… c'est le sens de l'histoire…

BRUNO LE MAIRE
Mais ça, je ne fais de procès d'intention à personne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, mais…

BRUNO LE MAIRE
Mais j'écoute, vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que c'est le sens de l'histoire, selon vous ?

BRUNO LE MAIRE
Je suis musicien et j'aime la musique, et donc j'écoute. J'écoute les mots, j'écoute les phrases, j'écoute ce qui se dit derrière les mots. Et ce que j'entends comme musique venue de la droite des Républicains, des principaux responsables…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De Laurent WAUQUIEZ…

BRUNO LE MAIRE
C'est une musique qui dans le fond n'est pas très différente de celle qui émane du Front national.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Bruno LE MAIRE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juin 2018

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