Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Inter le 21 juin 2018, sur le budget pour 2019, le dispositif des aides sociales et la situation des migrants de l'Aquarius. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Inter le 21 juin 2018, sur le budget pour 2019, le dispositif des aides sociales et la situation des migrants de l'Aquarius.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : NICOLAS DEMORAND
L'invité du « Grand entretien de la matinale » est aujourd'hui le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, également patron de La République En Marche. Léa SALAME, dans une dizaine de minutes, vos propres questions au 01.45.24.7000, sur les réseaux sociaux et via l'application France Inter. Christophe CASTANER, bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Et merci d'être au micro d'Inter…

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.

NICOLAS DEMORAND
Le budget 2019 est en préparation, son objectif est de diviser par trois la progression des dépenses de l'Etat, diviser par trois la progression, le ralentissement de la croissance risque de complexifier l'équation, dites-nous pour commencer, qu'on ait une petite idée du paysage, quels ministères vivent aujourd'hui particulièrement au-dessus de leurs moyens, dans quelles dépenses allez-vous tailler en premier lieu ?

CHRISTOPHE CASTANER
Aucun ministère ne vit au-dessus de ses moyens, parce que tout argent mobilisé dans chacun des ministères est utile, mais il nous faut réexaminer tout, dans ce pays, depuis bientôt 40 ans, on s'est habitué à dépenser presque que 25 % de plus que ce que l'on avait tous les mois, donc, oui, il y a des ministères prioritaires : la Justice, la Défense, la sécurité, et la Défense, récemment, on vient d'adopter la loi de programmation militaire qui nous engage pour cinq ans et qui prévoit une forte augmentation de nos moyens de Défense, et puis, il y a des ministères qui doivent contribuer à l'effort.

NICOLAS DEMORAND
Par exemple ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, je vais prendre l'exemple du ministère de l'Emploi, parce qu'aujourd'hui, on a une amélioration des perspectives économiques, parce qu'on a une baisse du chômage, on l'a eue en 2017, hier, le gouverneur de la BANQUE DE FRANCE, qui était à ma place, rappelait que ce serait le cas aussi en 2018, ça doit permettre de dégager des moyens. Et puis, il y a la modernisation de notre administration, ce n'est pas un gros mot, notre administration, notre administration, elle est efficace, mais on dépense 11 points de PIB – excusez-moi, je suis un peu technique – de plus que la moyenne des pays de l'OCDE pour notre administration. Est-ce que, on est forcément plus géniaux que tous les autres, parce qu'on a cette administration ? Je n'en suis pas convaincu. Donc il faut aussi mettre des moyens de formation, on va mobiliser 700 millions d'euros chaque année pour former nos agents à travailler différemment, numériser notre administration partout o c'est nécessaire, c'est-à-dire pas partout, mais le plus souvent possible. Et donc, oui, il y a de vraies économies à faire, c'est un engagement qu'avait pris Emmanuel MACRON, 60 milliards d'euros de dépenses publiques en moins à la fin du quinquennat, nous devons tendre à cet objectif.

NICOLAS DEMORAND
Le Figaro tente un chiffrage de la lutte contre la pauvreté ce matin, entre un point 1.8 et 2.6 du PIB, selon les critères retenus, les périmètres retenus, ces dépenses, dit Le Figaro, ont progressé de 3 % par an ces dix dernières années, sont-elles trop importantes ? Est-ce que vous pouvez nous le dire simplement, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois que chaque personne qui reçoit une aide et qui est en situation de pauvreté ne trouvera jamais qu'elle est trop importante.

NICOLAS DEMORAND
On est d'accord. Depuis, votre position…

CHRISTOPHE CASTANER
Ces 40 et quelque milliards d'euros qui sont mobilisés pour la pauvreté sont nécessaires, parce que ce sont des mains tendues, et ça sauve et ça aide des gens. Mais est-ce qu'on peut se satisfaire d'un système qui vous enferme dans le bénéfice de l'aide, il y a des personnes qu'il faut aider, et il ne s'agit pas de dire : je vais vous faire une formation parce que la personne n'est pas forcément adaptée, mais toutes celles qu'on peut prendre par la main et lui donner les moyens de l'émancipation, faisons-le. On a un système qui en fait vous laisse dans un placard, vous laisse dans un tiroir, vous êtes dans une situation de non-emploi, vous allez y rester…

NICOLAS DEMORAND
Est-ce qu'on dépense trop pour ce résultat-là, que vous critiquez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, pour ce résultat-là, oui, évidemment…

NICOLAS DEMORAND
Donc on va dépenser moins…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ça, c'est votre lecture, ce que…

NICOLAS DEMORAND
Non, mais c'est la question que je vous pose…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais on dépense trop pour ce résultat-là, parce que depuis de longues années, on voit la pauvreté qui augmente en France, alors même qu'on a un niveau d'engagement assez exceptionnel, que tous les Français contribuent à cet engagement. Donc on fait un pari inverse, celui d'abord d'analyser aide par aide, pour voir son efficacité. Et vous avez des aides qui, quelque part, vous empêchent d'aller vers l'emploi. Parce que ce n'est pas intéressant, parce que ce n'est pas rentable. Vous en avez, comme la prime pour l'emploi, qui ont été créées pour justement vous amener vers l'emploi ; eh bien, voyons si on peut l'améliorer. Donc on fait un diagnostic. Et puis, il y a certaines aides qu'il faut effectivement assumer de balayer, de rebalayer, de changer, de faire évoluer. Vous savez, en France, toute la difficulté, c'est que chaque fois qu'il y a un problème, on rajoute une aide nouvelle, et on laisse l'ancienne.

NICOLAS DEMORAND
Alors, quelles sont les aides inefficaces qu'il faut supprimer ou revoir ?

CHRISTOPHE CASTANER
Dans tous les secteurs, il faut balayer, dans le secteur économique, il faut balayer, vous avez des effets d'aubaine, une entreprise se serait quand même installée, pourtant, elle va bénéficier d'aides, vous avez aussi des situations comme cela, avec un certain nombre de primes qui vous maintiennent dans l'emploi…

NICOLAS DEMORAND
Vous pensez à quoi précisément ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et qui maintiennent dans le chômage. Non, mais je vais vous prendre un exemple, par exemple, sur les APL, dont on a beaucoup parlé et dont on tente de reparler aujourd'hui, parce que, elles n'augmenteront pas, comme on l'avait indiqué l'année dernière, cette année. On sait que les APL contribuent à faire augmenter les loyers en France ; beaucoup d'études ont fait cette démonstration. Il faut quand même s'interroger sur cela. Quand vous voyez qu'une étude disait : 78 % de l'APL en fait génère une augmentation du loyer, du montant du loyer. Ça doit nous interroger. Donc balayons toutes ! Gardons celles qui sont efficaces, mais il ne s'agit pas d'avoir une mesure d'économies budgétaires. Notre objectif n'est absolument pas de faire des économies budgétaires sur la solidarité nationale, mais nous devons l'interroger, parce que la solidarité, elle est payée par chacune et chacun d'entre nous.

NICOLAS DEMORAND
Le sujet connexe sur les privatisations, le gouvernement a établi sa doctrine : vendre les actifs dits non-stratégiques, comme AEROPORTS DE PARIS, LA FRANÇAISE DES JEUX ou ENGIE. Est-ce que l'automobile, PSA, RENAULT, AIR FRANCE, ORANGE font partie de la catégorie de non-stratégiques ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'il faut surtout avoir une gestion dynamique de nos actifs. Aujourd'hui, un jour, on rentre dans le capital, et puis, on reste dix ans, vingt ans, trente ans, sans même évaluer chaque année, donc oui, il faut une dynamique, à certains moments, il a fallu que l'Etat intervienne dans l'automobile, notamment en financement, on a sauvé PEUGEOT à un moment donné comme cela. Je pense que c'est nécessaire à certains moments, et à d'autres, oui, il faut assumer de sortir…

NICOLAS DEMORAND
Il faut en sortir, là, aujourd'hui, de PSA ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et est-ce qu'il est nécessaire d'avoir 3 % du capital, supplémentaires ou pas de RENAULT ? Je ne suis pas convaincu que, effectivement, ce soit stratégique.

NICOLAS DEMORAND
Et vous allez sortir…

CHRISTOPHE CASTANER
Par contre, qu'un Etat régulateur, le ministre… vous savez très bien que sur ce sujet, si je vous fais une annonce, vous allez influencer les cours immédiats de l'entreprise, donc je ne vous ferai pas d'annonce, mais ce qui compte, c'est d'avoir une gestion dynamique de nos actifs. Ça ne veut pas dire que dans un an, dans deux ans, nous n'interviendrons pas sur un secteur économique auquel vous ne pensez pas, ni vous ni moi, mais parce qu'il sera stratégique, notamment pour l'emploi.

NICOLAS DEMORAND
AIR FRANCE ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais AIR FRANCE fait aussi partie de ceux-là, mais aucune décision n'est prise sur ce sujet.

NICOLAS DEMORAND
Financer 35 milliards de dette à la SNCF, via ces privatisations, ça, c'est l'autre aspect, il ne s'agit pas simplement d'investir sur l'économie innovante, c'est comme ça que vous allez financer cette reprise de dette ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, une partie, effectivement, de ces cessions doit financer la baisse de la dette, comme on vient d'en rajouter 35 milliards en assumant de prendre cette dette, qui était la dette de la nation, il faut l'assumer ainsi. Il y a cette idée effectivement que toute recette nouvelle doit permettre à la fois de mener des politiques publiques nécessaires, et à la fois de baisser la dette des Français.

NICOLAS DEMORAND
Christophe CASTANER, la CGT maintient un programme de grève pour le mois de juillet, pour essayer de forcer à la négociation la direction de la SNCF, dans le cadre donc de ces discussions sur la nouvelle convention collective. Que dites-vous aujourd'hui à ce syndicat qui décide qu'il y a encore des choses à négocier, et que la grève est encore nécessaire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, que depuis de longues semaines, de toute façon, ils n'ont rien négocié, ils se sont opposés, opposés de façon systématique…

NICOLAS DEMORAND
La CGT.

CHRISTOPHE CASTANER
La CGT, oui. Et donc, il y a un moment donné où il ne faut pas nous faire croire qu'il s'agit de négocier parce que s'ils viennent à la table de négociation, ils n'ont pas besoin de bloquer par exemple les grands départs en vacances des Français. Je pense qu'ils ont une dette aussi vis-à-vis des Français. Les Français, chaque année, mobilisent treize milliards d'euros pour financer la SNCF, plus ceux qui paient leurs billets, ça vient en plus. Donc je pense que cette dette implique un service public de qualité. La France, à travers la décision de reprendre la dette que vous avez évoquée, 35 milliards d'euros, prend ses responsabilités. Nous prenons nos responsabilités, et je demande à la CGT de prendre ses responsabilités, et de ne pas chercher à bloquer les Français, notamment pour les jours de départs en vacances.

NICOLAS DEMORAND
La République En Marche a commandé une étude sociologique de ses militants, dans un chapitre, on peut lire les choses suivantes : il y a trop d'immigrés en France, on ne se sent pas chez soi comme avant, où l'islam est une menace pour l'Occident, les sondés devaient dire s'ils étaient tout à fait d'accord ou en désaccord avec la possibilité d'exprimer bien des nuances entre ces deux pôles. Vous ne regrettez pas, Christophe CASTANER, ces formulations qui vous ont valu d'être accusé de penser dans les termes de l'extrême droite, et de forcer les réponses ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je regarde votre question, parce que La République En Marche n'a pas commandé une étude, un think tank, qui s'appelle Terra Nova, a fait une étude et nous a demandé l'autorisation de faire l'étude sur nos militants. J'ai trouvé cela intéressant pour voir l'ADN de nos militants. Et ils ont repris des questions que le journal Le Monde – dont je ne pense pas qu'on puisse le qualifier comme un journal d'extrême droite – a déjà utilisées pour faire une étude sociologique sur la réalité électorale de la France, que le Parti socialiste a utilisée il y a quelque temps. Donc vous voyez bien l'instrumentalisation d'un système quand vous voulez qualifier en fait des gens qui sont membres d'un mouvement politique, vous posez des questions qui partent de l'extrême droite et d'autres qui vont à l'extrême gauche, il y en a une par exemple où on demande s'il faut un système de type Robin des Bois pour la fiscalité, qui consiste à tout prendre aux riches pour donner aux pauvres. Et donc si vous posez une question qui part de l'extrême droite à l'extrême gauche et que vous demandez à quelqu'un de se prononcer, il va se prononcer, et vous voyez la situation politique.

NICOLAS DEMORAND
Donc pour vous, il n'y a pas de racisme dans cette enquête ?

CHRISTOPHE CASTANER
A moins qu'on considère que Le Monde ou le Parti socialiste soient des organes racistes, ce n'est pas le cas, c'est une étude sociologique…

NICOLAS DEMORAND
Scientifique, dites-vous…

CHRISTOPHE CASTANER
Faite par des professionnels scientifiques sur ce sujet. Et j'avoue que la petite polémique de ceux qui savent parfaitement cela est assez minable.

NICOLAS DEMORAND
Et quand Matteo SALVINI propose de recenser les Roms en Italie, qu'il conclut que malheureusement, les Roms italiens, eh bien, tu dois te les garder à la maison, quand il dit, dans une déclaration plus ancienne, qu'il faut nettoyer les villes rue par rue, quartier par quartier, nettoyer donc l'Italie de ces clandestins, n'est-ce pas, là, du racisme au sens strict ?

CHRISTOPHE CASTANER
Evidemment, mais j'étais à Rome, moi, vendredi dernier, j'ai été rencontrer les Italiens et les sociaux-pro des mouvements politiques, et j'ai vu aussi comment, notamment vis-à-vis de la presse, c'est assez étonnant, au fond, SALVINI est tendance, c‘est quand même assez dingue, parce que, ce que vous venez de dire est vrai, ça correspond à sa politique, ça correspond aux provocations qu'il fait depuis qu'il est ministre de l'Intérieur, et depuis qu'il est engagé en politique, et on voit aujourd'hui comment au fond ce populisme-là devient banal en Italie, mais pas seulement en Italie, en Europe ou aux Etats-Unis, j'écoutais tout à l'heure Bernard GUETTA, n'oublions pas cela. N'oublions pas aussi que, il y a un an, en France, l'état politique de la France faisait que vous aviez un président de la République empêché de se représenter, et que tout le monde attendait Marine LE PEN en tête au premier tour de l'élection présidentielle. C'est cela aussi contre lequel nous nous sommes battus. Et je crois qu'on l'oublie un peu vite.

NICOLAS DEMORAND
Donc il ne faut pas se cacher derrière les mots, il ne faut pas appeler antisystème, populisme, coup de gueule, polémique, ce qui est du racisme au sens strict à un moment…

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je ne me cache jamais derrière les mots, et quand vous acceptez qu'un bateau se pose sur vos côtes, que les migrants peuvent descendre, que vous les remettez sur le bateau et que vous leur demandez de partir pour faire un coup politique, j'appelle ça un coup politique.

NICOLAS DEMORAND
C'est étonnant tout de même qu'il y ait un raciste dans un gouvernement d'un des pays membres fondateurs de l'Union européenne…

CHRISTOPHE CASTANER
Comme il est étonnant de voir des homophobes aussi dans certains gouvernements et dans celui-ci aussi, et comme il est étonnant de voir un ministre en charge de l'Europe totalement antieuropéen. Mais en même temps, c'est le choix du peuple italien. Il est légitime, je n'ai pas, moi, à dire au peuple italien qu'il s'est trompé.

NICOLAS DEMORAND
8h33, Christophe CASTANER est au micro de France Inter. Léa SALAME !

LEA SALAME
On vous entend sur Matteo SALVINI, Christophe CASTANER. Matteo SALVINI, le ministre de l'Intérieur italien, qui a demandé à l'Espagne, hier soir, après l'Aquarius, d'accueillir les quatre prochains navires de migrants. Est-ce que l'Espagne doit accueillir les prochains navires de migrants ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous savez, c'est tout le débat justement sur cette question de savoir si nous devions accueillir ce bateau-là, on a oublié…

LÉA SALAME
Quel est votre avis ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais vous le dire…

LEA SALAME
Sur l'Aquarius, votre avis personnel, Christophe CASTANER…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais je vais vous le donner. On a juste oublié justement d'où venait la provocation, c'était celle de SALVINI, et c'est la raison pour laquelle il ne fallait pas céder à l'émotion, céder à l'émotion, c'est juste, c'est légitime, j'ai dîné hier soir avec ma fille, ça a été une longue discussion, elle a 19 ans, elle est étudiante, et évidemment, elle ne comprenait pas. Et donc…

LEA SALAME
De quoi, que vous n'accueilliez pas, que la France n'ait pas accueilli l'Aquarius ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, parce que dans l'émotion, on a ce besoin-là. Mais on savait très bien que si nous faisions cela, nous donnions raison à SALVINI. Moi, ce que je sais, c'est que, Emmanuel MACRON et le précédent chef du gouvernement, GENTILONI, que j'ai rencontré aussi vendredi matin, ont mis en place des politiques depuis un an, et que la question migratoire en Italie a baissé de 89 %. Ça, c'est la réalité de ceux qui bossent et qui ont fait du travail, SALVINI, il a fait de la politique, et aujourd'hui, il joue sur sa déclaration politique, sur son geste politique…

LEA SALAME
D'accord, mais précisément, est-ce que c'est à l'Espagne d'accueillir les quatre prochains bateaux qui viennent de…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, c'est à l'Italie de les accueillir, et c'est ensuite à l'Europe et à la France d'assumer, de porter la responsabilité de la solidarité pour les réfugiés…

LEA SALAME
Si l'Italie dit non, qu'est-ce qu'on fait ? Si on se retrouve dans la même situation que l'Aquarius, la semaine prochaine ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, c'est ce sur quoi ont travaillé la chancelière allemande et le président de la République cette semaine. Il faut trouver des solutions qui permettent d'intervenir en amont, parce que de toute façon, y compris l'Aquarius, et la gestion humanitaire de l'Aquarius, est immobilisé pendant tout le temps de transport entre les côtes de la Libye et l'Espagne. Donc, de toute façon, ça n'est pas un bon système.

LEA SALAME
Autre sujet, une quinzaine de députés UDI et LR ont déposé un recours en annulation devant le Conseil d'Etat, contre le décret limitant la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet prochain, on apprend que le département de la Creuse refuse de changer les panneaux de 90 à 80, on ne va mettre aucun moyen pour changer les panneaux, que l'Etat se débrouille, dit la présidente du Conseil départemental, vous allez faire comment pour la contraindre à changer les panneaux pour qu'on roule à 80 km/h dans la Creuse ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, vous voyez le problème du populisme, c'est qu'il se place partout, y compris sur ce sujet, c'est tellement facile de dire aux gens : non, mais ce n'est pas très grave, le nombre de morts sur les routes, et on sait que cette mesure est impopulaire, et pourtant, Edouard PHILIPPE, moi, le gouvernement, nous l'assumons. Nous savons qu'elle est impopulaire, et pourtant, nous la faisons parce que nous pensons qu'elle est utile et qu'elle va sauver des vies…

LÉA SALAME
Mais comment vous allez contraindre la Creuse à appliquer…

CHRISTOPHE CASTANER
Sur les panneaux, d'abord, c'est l'Etat qui les prend en charge partout en France, y compris dans la Creuse, et donc là où le Conseil départemental ne fait pas son boulot, on se substituera à lui.

NICOLAS DEMORAND
Un an jour pour jour après l'entrée des nouveaux députés de La République En Marche à l'Assemblée nationale, Le Monde a titré hier : La Macronie au bord du burn-out généralisé, citant pêle-mêle des députés, des conseillers, des fonctionnaires de l'Elysée, de Matignon, qui disent que le rythme des rformes est complètement dingue. Il y a un rapport parlementaire qui a été remis hier à François de RUGY, qui n'a pas de mots assez durs pour critiquer l'organisation du travail parlementaire, à bout de souffle – un système au bord de l'asphyxie, disent les députés – qui préconise la limitation des journées et des séances de nuit dans l'hémicycle, est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, d'abord, je ne suis pas d'accord sur le constat, je suis tous les jours à l'Assemblée ou au Sénat, et je vois des assemblées qui travaillent, je vois des parlementaires qui ont été élus pour bosser, après, il y a certains qui sont mobilisés sur… par exemple la Commission économique, qui là, a eu une série assez concentrée de textes, quand d'autres textes, je ne vais pas citer d'autres commissions, ne sont pas forcément mobilisés. C'est vrai que le week-end, on a eu trois week-ends qui ont été ouverts à la session de travail. Il y avait en moyenne entre 55 et 75 députés, sur 577. Donc je crois que, on a la possibilité de mieux organiser notre travail, qu'il faut que, on travaille différemment, parce qu'on a des députés qui se consacrent totalement, on a mis en oeuvre le non-cumul, qui se consacrent totalement à la mission, il faut leur donner des moyens, il faut que le gouvernement s'adapte aussi à cela le plus en amont…

LEA SALAME
Il n'y a pas un problème de burn-out ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, vraiment, je ne crois pas. Et ce mot-là ne correspond pas à la situation des députés, et je vous assure que les députés, comme les sénateurs, ils sont élus, ils sont fiers d'être élus, ils sont fiers de bosser. Après, il y a des désaccords, il y a une opposition, des oppositions, mais franchement, le sujet n'est pas celui-ci.

LEA SALAME
Est-ce que le sujet, au-delà du burn-out, ce n'est pas aussi l'accumulation de ces lois et le fait que ça ne marque plus l'opinion, on a fait, on a vu en deux mois la loi Asile et Immigration, la loi Agriculture et Alimentation, la loi Logement, la loi Formation en ce moment, la loi Pacte qui arrive, chaque fois, chaque semaine, quasiment sur Inter, ce matin, mais dans les autres médias, on dit : attention, loi extrêmement importante, qui va changer massivement la vie des Français, et rien n'impacte tellement il y en a, tellement c'est boum, boum, boum !

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, d'abord, sur le nombre de lois, ce n'est pas tout à fait exact, on a constaté par exemple que, y compris sur le volume de travail parlementaire, on était dans le même rythme qu'en 2012, première année du quinquennat de François HOLLANDE, mais ensuite, je vais vous dire, de toute façon, ces lois, c'était des lois annoncées, elles sont dans le contrat qu'Emmanuel MACRON a passé avec les Français lors de l'élection présidentielle. Donc notre boulot, c'est de les mettre en oeuvre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juin 2018

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