Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 21 juin 2018, sur la protection de l'environnement et la révision constitutionnelle, les mines d'or en Guyane, la fin d'Autolib, la réforme de la SNCF, l'énergie nucléaire et sur la crise migratoire. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 21 juin 2018, sur la protection de l'environnement et la révision constitutionnelle, les mines d'or en Guyane, la fin d'Autolib, la réforme de la SNCF, l'énergie nucléaire et sur la crise migratoire.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

BRUCE TOUSSAINT
L'invité de FRANCEINFO ce matin est Nicolas HULOT, ministre de la Transition écologique et solidaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Une révision constitutionnelle est en cours et vous l'avez annoncée hier, dans l'article 1er de la Constitution désormais sera inscrite la nécessité de préserver l'environnement et la biodiversité, ça sert à quoi d'inscrire ça à l'article 1er de la Constitution ?

NICOLAS HULOT
Diriger ça en principe fondamental de notre République, je pense que c'est une manière d'adapter le droit à la réalité du XXIème siècle, on a deux paramètres qui conditionnent tout ce qui a de l'importance à nos yeux dans ce siècle : c'est le paramètre de vulnérabilité, c'est à dire que tout d'un coup nous découvrons que nous vivons sur un seuil étroit de tolérance avec les changements climatiques, si on ne règle pas l'enjeu climatique tous les acquis démocratiques, tous les acquits civilisationnels peuvent être mis à néant dans le siècle, donc il faut faire de ce combat notre priorité et une constance ; et puis il y a l'érosion de nos ressources naturelles et l'érosion de la biodiversité, si on laisse le phénomène actuel à l'oeuvre il n'y a pas d'issue favorable pour l'humanité. Donc, ce sont deux principes qui conditionnent tout le reste.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous pensez que l'inscrire dans la Constitution ça va nous aider à en prendre conscience, parce qu'on le sait…

NICOLAS HULOT
Vous le savez très bien il est à la fois plus que symbolique, c'est un guide, c'est un cadre, je pense très sincèrement que c'est une manière d'adapter notre droit, nos démocraties, nos institutions aux véritables enjeux du XXIème siècle, c'est prioritaire. On ne l'a peut-être pas encore bien intégré, si on loupe la bataille climatique, si on laisse la rareté de nos ressources naturelles se transformer en pénurie, il n'y a pas d'issue heure pour l'humanité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc, ça, ça passe par... On va écouter Edouard PHILIPPE quand il a présenté la réforme des institutions, c'était au mois d'avril, début avril, il avait un autre projet - ça paraît technique mais ça dit bien quand même que la prise de conscience c'est compliqué - écoutez Edouard PHILIPPE, lui il disait : « ce n'est pas l'article 1er, c'est à l'article 34 qu'il faut l'inscrire », on l'écoute.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Le projet de loi constitutionnelle inscrira à l'impératif de lutte contre le changement climatique à l'article 34 qui définit comme vous le savez le domaine de la loi, le Parlement prendra ainsi sa part dans ce défi majeur du siècle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et là beaucoup d'ONG disaient : « ce n'est pas bien parce que l'article 34, l'article 1er permettra au Conseil constitutionnel s'il est saisi d'être plus intransigeant », alors ma question est simple : est-ce qu'il a une bataille avec Edouard PHILIPPE ?

NICOLAS HULOT
Non, il y a eu des discussions, y compris que Nicole BELLOUBET, moi-même j'ai reçu plusieurs constitutionnalistes - parce que sont des sujets délicats et je pense qu'il y avait une sincérité de part et d'autre - certains considéraient que la force symbolique était plus importante dans l'article 1 mais la portée juridique était plus importante dans l'article 34 et, à l'issue de ces débats, tout le monde a convenu que l'article 1 s'imposait.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc ça va être l'article 1er là qui…

NICOLAS HULOT
Après il ne vous a pas échappé que le Parlement, le Sénat vont avoir leur mot à dire, mais…

BRUCE TOUSSAINT
Il y a une phrase, enfin ça va se matérialiser par des mots…

NICOLAS HULOT
Evidemment.

BRUCE TOUSSAINT
C'est encore à l'étude.

NICOLAS HULOT
Oui.

BRUCE TOUSSAINT
Il y a une phrase que vous aimeriez voir inscrite ?

NICOLAS HULOT
Moi j'en ai une…

BRUCE TOUSSAINT
Allez-y !

NICOLAS HULOT
Qui est une base débat : « la République assure un niveau de protection de l'environnement élevé et en constante progression, notamment pour la protection de la diversité et l'action contre le changement climatique », ça peut être à une base de réflexion et c'est une base de réflexion.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc cette phrase on imagine que c'est avec des juristes que vous l'avez mise au point et c'est ce que vous proposez au débat ?

NICOLAS HULOT
Voilà ! Mais, encore une fois, c'est une base de discussion. Je pense que le fait que le mot « changement climatique » c'est quand même l'enjeu du XXIème siècle - personne ne le conteste – et le mot « biodiversité » ; Il y a un troisième paramètre, mais qui était compliqué à faire figurer, c'est la finitude des ressources, c'est-à-dire que nous ayons conscience que nous avons des ressources finies et qu'il faut un modèle de développement qui tienne compte de la finitude des ressources, mais si déjà on y arrive franchement on aura fait un pas important.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous le dites cela doit nous permettre, parce que c'est un débat technique et juridique de prendre conscience de l'état de la planète, de sa fragilité et de la nécessité de préserver les ressources. Si l'on passe aux travaux pratiques il y a un projet que vous connaissez bien, celui de la Montagne d'Or en Guyane, tous les écologistes, tous les gens qui sont sensibles comme vous l'êtes - et vous-même vous avez dit votre opposition à ce projet - ne veulent pas que le consortium russo-canadien qui se présente pour exploiter cette mine d'or obtienne ce marché, une enquête publique est en cours, elle doit se terminer début juillet, mais on a noté qu'Emmanuel MACRON président de la République, c'est en octobre 2017 - il est donc à l'Elysée depuis quelques mois - lui est favorable à ce projet, il le dit, vous allez l'entendre : « il ne faut pas mettre la Guyane sous cloche et, donc, il faut exploiter la mine », Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – LE 31 OCTOBRE 2017 SUR GUYANE 1ERE
C'est un projet qui je le pense, sur ses fondamentaux, peut être bon pour la Guyane. Pourquoi ? Parce que je souhaite que la Guyane puisse réussir avec ses atouts et je ne suis pas pour mettre la Guyane sous une cloche.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est terrible ça ?

NICOLAS HULOT
Non, non, ce n'est pas terrible. Franchement ce qui est important c'est de se nourrir les uns les autres, il y a un certain nombre de paramètres nouveaux qui sont arrivés : le débat public, les enquêtes, celle que mon propre ministère a commandée, vont peut-être nous permettre de voir les choses un peu autrement, le principe des mines d'or en Guyane ne remet pas en cause, l'idée de mettre la Guyane sous la cloche c'est ne traverse l'esprit de personne. Ce projet personnellement me semble surdimensionné, pour des bénéfices économiques et en termes d'emplois plutôt aléatoires, avec un impact écologique non négligeable au moment où la France va lancer un plan biodiversité, un peu comme Notre-Dame-des-Landes laissons le débat public, laissons les enquêtes faire et puis on verra ce qui va apparaître en termes de décision et s'imposer en termes de décision.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les conditions d'exploitation, avec du cyanure notamment, sont très dangereuses pour l'exploitation de la mine, ça entraîne une déforestation…

NICOLAS HULOT
Non, non, mais je n'ai pas... vous me connaissez suffisamment pour savoir que mon sentiment de ma conviction sur l'utilité et la pertinence de cette mine et encore une fois pour un bénéfice économique qui ne nous laisse pas insensible mais reste à démontrer…

JEAN-MICHEL APHATIE
Même s'il vous parait faible.

NICOLAS HULOT
Je ne pense pas que ce soit le projet le plus opportun.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous avez du travail faire auprès d'Emmanuel pour le convaincre ?

NICOLAS HULOT
Non, on en a discuté, on en a discuté avec le Premier ministre, s'il y a un débat ça veut dire que pour l'instant la décision n'est pas prise et moi je préfère que ce soit une décision collective qu'une décision personnelle - un peu comme Notre-Dame-des-Landes - en fait au début on n'était pas forcément tous d'accord et puis, quand on a étudié le dossier, pour finir c'est une décision collective qui est apparue.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous espérez la même issue ?

NICOLAS HULOT
Je souhaite et j'espère la même issue.

BRUCE TOUSSAINT
On parle de centaines d'emplois, vous n'y croyez pas ?

NICOLAS HULOT
A quel prix ? A quel prix ? Parce que l'Etat va avoir à investir des centaines de millions notamment pour le raccordement électrique, donc il y a probablement d'autres possibilités de créer des emplois en Guyane et maintenant il faut s'y mettre - y compris dans les mines d'or - mais de taille beaucoup plus raisonnable et dans des sites écologiques beaucoup moins précieux.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pour sensibiliser la métropole à ce problème des représentants des peuples autochtones, amérindiens, de Guyane seront à Paris du 27 au 29 juin, vous les recevrez ?

NICOLAS HULOT
Je les ai déjà reçus.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous les recevrez-là ?

NICOLAS HULOT
Et, croyez-moi, il faut rappeler que le président MACRON avait annoncé à la Conférence des ambassadeurs que la France va organiser un sommet des peuples autochtones à mon initiative au mois de mars 2019, c'est vous dire combien je suis sensible à leur écoute, à leurs aspirations et surtout à leurs inspirations parce que je pense qu'ils pourraient apporter à notre société un supplément d'âme et de sagesse dont nous avons cruellement besoin.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous les recevrez ?

NICOLAS HULOT
Ah ! Oui, là en l'état ils ne me l'ont pas demandé, mais je les ai déjà reçus sur ce sujet-là, donc je connais bien leur position et croyez-moi j'y suis très sensible.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et, s'ils vous le demandent, vous les recevrez.

BRUCE TOUSSAINT
Nicolas HULOT est l'invité de Franceinfo ce matin, 8h40, l'essentiel avec Edwige COUPEZ.

///journal///

BRUCE TOUSSAINT
Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas HULOT, est l'invité de Franceinfo ce matin.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est l'un des titres de l'actualité, il n'y aura plus d' Autolib' à Paris, probablement à partir d'aujourd'hui, parce que le contrat entre Vincent BOLLORE et la mairie de Paris où l'agglomération parisienne va se terminer sur un déficit colossal, c'est dommage ?

NICOLAS HULOT
Oui c'est dommage, parce que ça ne va pas dans le sens de l'histoire. Ce concept c'est ce qu'on appelle de l'économie de fonctionnalité, c'est-à-dire de mettre à disposition comme ça les véhicules pour tout le monde, ça va dans le sens de ce qu'il faut qu'on développe très sincèrement, très sincèrement je n'ai pas suivi dans les détails la raison pour laquelle on arrive à ce qui peut ressembler... mais c'est vraiment dommage, parce que ça de l'extérieur ça avait l'air de très bien fonctionner, comme le Vélib', enfin tout ça c'est la mobilité…

JEAN-MICHEL APHATIE
De demain.

NICOLAS HULOT
De demain.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est financièrement que ça pose des problèmes, à peu près 240 millions de déficit ?

NICOLAS HULOT
Après ce n'est pas à moi d'analyser pourquoi est-ce qu'il y a eu cette dérive, est-ce que c'est parce qu'il y a des concurrents qui se sont installés, le succès des VTC, des autres formes de mobilité partagée ? Je n'en sais rien ! Ca parait assez étonnant parce que c'est, encore une fois, un contresens de l'histoire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous n'avez pas regardé un peu le dossier ?

NICOLAS HULOT
Non, mais on va regarder tranquillement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'avez pas eu le temps ?

NICOLAS HULOT
Mais enfin l'Etat n'a pas de responsabilité à ce sujet.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a un enjeu ?

NICOLAS HULOT
Non. Mais il y a…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non, je ne dis pas que l'Etat a une responsabilité, mais il y a un enjeu ?

NICOLAS HULOT
Non, mais il y a un enjeu, il y a une leçon à tirer pour voir pourquoi ça n'a pas fonctionné et comment on en arrive-là, parce qu'il y a aussi un gâchis financier derrière.

BRUCE TOUSSAINT
Et il faut vite selon vous remédier à cela, c'est-à-dire que d'autres véhicules électriques de partage puissent venir à Paris ?

NICOLAS HULOT
Il y a les vélos électriques…

BRUCE TOUSSAINT
Et les vélos ! Les Parisiens sont très déçus.

NICOLAS HULOT
C'est ce qui va se passer dans beaucoup de villes, le Vélib' marchait très, très bien, je ne veux pas apporter un commentaire parce que je ne suis pas au coeur du dossier, pourquoi est-ce qu'on est passé une situation où tout le monde était content à une situation un peu plus délicate ? Mais c'est cette mise à disponibilité de vélos électriques, de véhicules électriques, ça c'est la mobilité de demain dans les grandes agglomérations.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, il va y avoir des trottinettes électriques à Paris là dans quelques…

NICOLAS HULOT
Oui. On va lancer bientôt à un Plan Vélo avec Elisabeth BORNE, tout ça encore une fois ça correspond à un souhait, à une aspiration sociétale très importante et il faut qu'on y répondre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes, puisque vous parlez d'Elisabeth BORNE, le ministre de tutelle d'Elisabeth BORNE, vous avez donc la responsabilité des transports dans votre grand portefeuille de la transition écologique, la CGT - qui est en lutte non plus contre le projet de réforme de la SNCF mais contre la loi qui a réformé la SNCF - annonce que la grève va se poursuivre en juillet et peut-être menacer le départ en vacances de ceux qui souhaitent en prendre, notamment le premier week-end de juillet, quel est votre commentaire Nicolas HULOT ?

NICOLAS HULOT
Qu'ils n'oublient pas que... il y a leurs propres intérêts, qu'ils ont raison de défendre, mais enfin il y a le reste des Français qui ont peut-être aussi besoin d'un peu de répit, d'un peu de repos, d'un peu soulagement, qui eux travaillent, qui eux aussi bossent, qui eux aussi ont leur désarroi, leur problématique, je ne trouve pas que cette perspective soit très responsable. Voilà ! Je le dis très sincèrement. Il y a eu des négociations, chacun a pu comprendre quelle était la raison d'être de cette transformation, il y avait une société dont l'issue et l'avenir étaient incertains avec une situation économique que personne ne pouvait contester, l'Etat a pris ses responsabilités, Elisabeth BORNE à mener franchement - et avec le Premier ministre - des négociations et des consultations, il y a un moment ou un autre, voilà, mais cette idée de saisir les jours où les Français vont enfin voir un peu de repos et de leur apporter de la difficulté à la difficulté je ne partage pas cette stratégie, c'est une stratégie à mon avis qui n'a pas dit d'issue.

JEAN-MICHEL APHATIE
Maurice THOREZ disait : « il faut savoir arrêter une grève ».

NICOLAS HULOT
Vous savez je l'ai dit pour Notre-Dame-des-Landes, mais ce n'était pas tout à fait pareil parce que ce n'est pas la lecture des cheminots, ils ne pensent pas... Voilà ! Mais il y a un moment ou un autre il faut savoir s'arrêter, voilà.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc, ça, c'est…

NICOLAS HULOT
Ce qui est important c'est que la SNCF dorénavant a de l'avenir et, à partir du moment où elle a de l'avenir, tout est possible pour cette société alors qu'elle risquait de ne pas en avoir avant que le gouvernement prenne ses responsabilités et, dès lors que l'avenir est envisageable, on va pouvoir maintenant travailler avec l'ensemble des acteurs et des employés de la SNCF.

JEAN-MICHEL APHATIE
On a découvert à l'occasion de cette réforme de la SNCF, découvert, on a découvert - on le savait mais on l'a découvert à l'occasion de la réforme de la SNCF et des débats qu'elle a suscités - que la SNCF avait une dette importante, qu'elle en souffrait, que ça l'a menaçait, on parle moins d'une autre dette qui quelquefois comme ça surgit au détour de papier, celle d'EDF, vous avez aussi en tant que ministre de la Transition écologique sans doute un regard avisé sur la situation financière d'EDF que beaucoup décrive comme problématique, EF est endettée, EDF doit faire face à de lourds investissements dans l'avenir ?

NICOLAS HULOT
Il y a beaucoup d'opérateurs, beaucoup de secteurs dont je découvre qu'on est dans une situation économique compliquée, ce n'est pas l'exclusivité d'EDF comme l'exclusivité de la SNCF, c'est bien pour ça que quand on parle de rigueur budgétaire c'est qu'il faut qu'on n'occulte pas ces situations-là et qu'on fasse attention à un moment ou un autre de rentrer dans les situations qui vont nous échapper et mener à la catastrophe - c'est pour ça qu'actuellement il y a une programmation pluriannuelle de l'énergie – et tout ça cela fait partie des paramètres que l'on doit prendre en compte pour faire tourner un certain nombre de scénarios, un certain nombre de modèles et l'une des raisons pour laquelle EDF se retrouve en difficulté c'est que notamment la filière nucléaire, pardon de le dire, mais nous emmène dans une dérive. Je ne veux pas utiliser cet argument pour faire valoir mon sentiment sur ce sujet-là mais ce que je veux dire c'est que dans ce domaine, comme dans beaucoup de domaines, il faut raison garder, sortir des dogmatismes, je pense qu'on a un objectif qui va être déjà de réduire la part du nucléaire et moi je pense que l'avenir d'EDF et l'avenir notamment économique il est d'abord et principalement dans l'efficacité, enfin l'efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables et qu'EDF – et je pense que maintenant c'est son souhait - ne manque pas l'opportunité de la transition énergétique, ça ce sont les énergies d'avenir, et notamment sur un plan économique on voit bien que notamment le coût de l'énergie fabriqué avec le nucléaire ne cesse de monter parce que nous n'avons pas forcément provisionné un certain nombre de choses en même temps que le coût des énergies renouvelables est en train de dégringoler. Donc, c'est pour ça aussi que c'est une année très précieuse et j'espère pouvoir co-construire cette transition énergétique non pas contre EDF mais avec EDF.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'EDF qui est engagé notamment dans un investissement très important en Grande-Bretagne, dont certains ont pensé qu'il était hasardeux, ce qui doit fragiliser sa situation ?
NICOLAS HULOT

Non, non, mais c'est bien pour ça que je pense qu'il faut que personne ne s'entête, voilà, il n'y a pas de honte parfois à réviser un avis, une opinion quand les paramètres démontrent que pour finir ce que l'on n'avait dit ne s'est pas réalisé, on voit bien qu'économiquement il y a une espèce de règle d'or qui est en train de s'imposer dans cette filière c'est qu'en réalité on ne tient jamais nos promesses.

JEAN-MICHEL APHATIE
EDF s'entête ?

NICOLAS HULOT
Non, non, non. Je le dis très sincèrement avec monsieur LEVY on a eu des discussions régulières, j'ai demandé, j'ai souhaité, j'ai dit à monsieur LEVY : « faites en sorte de prendre votre part dans la transition énergétique, il y a un nouveau modèle, il y a une révolution, le monde va changer, on va aller vers l'autoconsommation, on va aller vers un bouquet énergétique, on va aller vers l'autonomie énergétique parce qu'on va produire notre énergie dans notre territoire, ne manquez pas cette marche parce que d'autres opérateurs sont en train de se préparer et puis à l'étranger, croyez-moi, on a compris où était l'avenir énergétique ».

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un problème Hinkley Point, ce que fait EDF en Grande-Bretagne ?

NICOLAS HULOT
Ce n'est pas à moi de le dire, mais il y a un moment ou un autre il faut qu'on regarde les bénéfices économiques, je veux dire un modèle économique pour cet EPR qui repose sur un prix de rachat aux alentours de 140 ou 150 euros le mégawatt/heure alors qu'on sait qu'à cette époque-là, quand cet EPR éventuellement rentrera en fonction sur les énergies renouvelables on sera à 40 ou à 50 euros on peut se poser la question et je pense qu'au sein d'EDF certains se le sont déjà posés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et on a même vu que le directeur financier, se l'était posé et en avait tiré les conclusions en démissionnant.

BRUCE TOUSSAINT
8h50, vous restez avec nous, voici l'essentiel de l'info Edwige COUPEZ.

///journal///

BRUCE TOUSSAINT
Nicolas HULOT, ministre de la Transition écologique et solidaire, est l'invité de France Info ce matin. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un débat menace la cohésion européenne, amène aussi les Français à nous interroger, nos valeurs, cela touche même à notre histoire, on oublie trop souvent que la France a été le pays qui a donné naissance à Médecins sans frontières, nous n'étions fiers il y a 50 ans, on en aurait presque honte aujourd'hui. Vous-même Nicolas HULOT, quand vous avez parlé de la question des migrants, c'était il y a un peu plus d'un an, c'était en juin 2016, oui, deux ans même, vous le disiez, vous en parliez avec des accents qui aujourd'hui résonnent de manière singulière, on vous écoute, vous étiez sur BFM.

NICOLAS HULOT – BFM TV JUIN 2016
Où est passée notre humanité ? D'ailleurs, où est la gauche, sur ce sujet là ? Où est l'Europe sur ce sujet-là ? Arrêtons de nous voiler la face. Vous savez, la misère, quelle que soit sa source, elle est comme la flotte, elle trouve toujours son chemin. Donc vous pouvez ériger toutes les barrières, tous les barbelés du monde, ça ne marchera pas et cette indifférence que nous affichons aujourd'hui, elle est en train de générer, à notre égard, la haine de demain.

JEAN-MICHEL APHATIE
Certains ont trouvé que lorsque l'Aquarius dérivait en Méditerranée, le gouvernement français avait manqué à la fois de réflexes en se taisant pendant de nombreux jours, et de générosité en n'accueillant pas le bateau.

NICOLAS HULOT
Et moi je voudrais essayer d'un peu d'élargir le propos. C'est une crise dont nous… nous en avons une lecture pour l'instant, enfin comment dire, pour l'instant, ce sont les premier soubresauts, et qui va nous interroger…

JEAN-MICHEL APHATIE
Longtemps.

NICOLAS HULOT
Sur notre humanité, sur nos responsabilités, sur notre vérité. C'est un moment de vérité. Alors j'entends bien qu'entre les bons sentiments que moi-même j'ai, évidemment d'être sensible, parce que derrière ça, il y a des hommes, des femmes, des enfants, de la souffrance, des tragédies dont on n'a même pas idée de ce que ces gens-là ont souffert pour en arriver là. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la réponse à long terme aussi. Alors, il a la réponse d'urgence, bien entendu. J'étais avec Angela MERKEL à Berlin il y a deux jours de cela, elle avait parlé à un moment, il n'y a pas si longtemps de cela, d'un plan Marshall pour l'Afrique. Moi ce que je voudrais surtout aussi, c'est qu'on se projette sur l'avenir, il faut qu'on passe un contrat avec l'Afrique, on gagnera avec l'Afrique, on coulera avec l'Afrique. Et c'est cette réponse-là moi aussi qui m'importe. Il y a la situation d'urgence humanitaire, et effectivement j'entends bien que c'est plus compliqué que simplement d'ouvrir les bras et de dire : venez tous, on sait bien ce qui est en train de se profiler en Europe, avec cette petite ombre brune, qui est en train de planer et de menacer l'Europe. Donc on doit tenir compte de tous ces paramètres, mais la réponse à long terme, la réponse à long terme, et faire en sorte qu'on change d'échelle dans notre aide avec l'Afrique, et encore une fois qu'on passe un contrat. Ce plan Marshall pour l'Afrique, moi je pense qu'il faut l'accompagner, et puis que l'Europe s'organise pour les situations d'urgence, parce que pour l'instant, on l'avait abandonné à l'Italie, on l'avait abandonné aux ONG, donc on doit se coordonner au niveau européen. Mais entre des visions parfois un peu naïves, auxquelles je peux souscrire, bien entendu, parce qu'on a qu'une seule envie, c'est de leur dire : venez, allez-y…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça aurait été naïf de dire à l'Aquarius : oui on va…

NICOLAS HULOT
Non non non non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisque l'Italie n'en veut pas…

NICOLAS HULOT
Ce qui est important déjà, c'est que le bateau trouve le plus rapidement possible…

JEAN-MICHEL APHATIE
En Espagne.

NICOLAS HULOT
… un débouché en Espagne. Non non mais…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais nous, il était hors de question qu'on l'accueille.

NICOLAS HULOT
En tout cas, moi…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça vous a choqué, ça, ou pas ? Qu'il n'y ait même pas l'ombre du début d'une question ? Hors de question qu'on accueille l'Aquarius. Ça vous a choqué ?

NICOLAS HULOT
Ça m'a interrog. Mais, pardon de vous le dire, ce n'est pas du tout pour me défier, mais il se trouve que quand ça s'est passé, j'étais aux Antilles, donc je n'ai pas suivi les hésitations qu'il y a eu. Ce qui était important surtout, c'est ce bateau ait un débouché, mais moi ce qui m'importe, encore une fois, c'est qu'on n'oublie pas le côté humain. Voilà. Cette distinction qu'il peut y avoir, qu'il y a entre les réfugiés, les déplacés etc., le climat, si on ne fait rien, je l'ai dit à Berlin, mais c'est une bande annonce que l'on va prendre, et comment on fera la distinction entre les réfugiés climatiques, les réfugiés économiques, les réfugiés politiques ? Donc je pense que c'est le grand défi du XXIème siècle.

BRUCE TOUSSAINT
Mais vous auriez aimé que la France accueille ce bateau.

JEAN-MICHEL APHATIE
Fasse un geste.

NICOLAS HULOT
Ce que j'aurais aimé, c'est que le temps soit le plus court possible, pour ceux qui sont à bord de ce bateau, parce qu'il y avait des situations humanitaires et médicales. Voilà. Maintenant, encore une fois…

JEAN-MICHEL APHATIE
Si ça se reproduit…

NICOLAS HULOT
…que la France ne se divise pas là-dessus, parce que… non non mais j'entends bien, j'entends bien parce que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle est divisée de fait.

NICOLAS HULOT
Je peux vous dire que l'Europe peut exploser.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais on le voit bien.

NICOLAS HULOT
Voilà. Donc, pourquoi que vous me voyez prudent…

JEAN-MICHEL APHATIE
La France est divisée.

NICOLAS HULOT
Je ne veux pas ajouter de la division à la division, je veux simplement dire que l'on est le pays des droits de l'Homme, ne perdons pas notre humanité mais faisons attention aussi, à simplement parfois, parce qu'on est guidé effectivement par son coeur, il y a d'autres dangers qui menacent et il faut trouver l'équilibre subtil, mais derrière tout ça, voilà, ce n'est pas que des chiffres, ce n'est pas que des quotas, il y a des hommes, il y a des femmes, et on peut parfois avoir non pas une fermeté, parce que le mot n'est pas bien employé, on peut parfois ne pas avoir de naïveté, mais gardons notre humanité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc vous plaidez pour une solution à long terme, bien sûr, il y a aussi des urgences à traiter.

NICOLAS HULOT
Oui, il y a les urgences, mais il y a la source, et j'aimerais que ce partenariat entre l'Europe et l'Afrique se manifeste, mais on change d'échelle, et je l'appelle de mes voeux depuis très longtemps.

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous sommes le premier jour de l'été.

BRUCE TOUSSAINT
Ah oui, on est le 21 juin. Vous aviez dit : je ferai un bilan pendant l'été, est-ce que vous commencez le bilan aujourd'hui ?

NICOLAS HULOT
On peut parler de choses, voilà, je l'ai dit et je le ferai, parce qu'il y a un certain nombre d'étapes qui vont permettre justement de compléter le bilan avec la PPE, le plan Biodiv, les aspects budgétaires et tout ça, j'y verrai plus clair dans le courant du mois de juillet. Il y a quand même des choses qui ont été faites, parce que vous savez, c'est assez marrant de voir des formules comme ça, que chacun répète, et puis quand je dis aux gens, mais, par exemple on me dit : « Vous avez avalé des couleuvres », alors je dis : « si vous pouvez me les mettre sur la table, parce que j'aimerais bien pouvoir les commenter ».

BRUCE TOUSSAINT
Mais, c'est vous qui avez parlé de bilan.

NICOLAS HULOT
Non non, je dis ça parce que, il y a eu des choses, franchement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Glyphosate.

BRUCE TOUSSAINT
Ah, glyphosate.

NICOLAS HULOT
Non non mais, le glyphosate…

JEAN-MICHEL APHATIE
Couleuvre glyphosate. On n'aura pas le temps.

NICOLAS HULOT
Vous trouvez que c'est une couleuvre ? Non mais, franchement ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'elle ne soit pas dans la loi ? Oui.

NICOLAS HULOT
Attendez, non non.

JEAN-MICHEL APHATIE
On n'aura pas le temps, là, je crois.

NICOLAS HULOT
Ce qui est important déjà, sur le plan européen, on était parti pour 10 ou 15 ans, grâce à la France 5 ans, la France elle-même va le faire sur 3 ans. Demain matin, avec Stéphane TRAVERT, on réunit tous les acteurs de la filière, et si jamais on n'est pas en situation de réaliser cet objectif pour 3 ans, on reviendra à la loi.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.

NICOLAS HULOT
Vous savez, dès que je vais en Europe, on me dit : « Mais la France, vous en demandez toujours trop », et en France, on me dit : « On n'en fait pas assez ». La loi sur l'hydrocarbure, Notre-Dame-des-Landes, je me fais engueuler !

BRUCE TOUSSAINT
Ah ben nous aussi on va se faire engueuler parce qu'on déborde. Je suis désolé Nicolas HULOT…

NICOLAS HULOT
Non mais tout ça, ça fait partie des choses, mine de rien, très positives, qu'on a fait depuis un an.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juin 2018

Rechercher