Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec LCI le 21 juin 2018, sur le budget de l'Elysée, la baisse de la dépense publique, la diminution du nombre de fonctionnaires, les rémunérations dans la Fonction publique, la lutte contre la fraude fiscale et sur le prélèvement à la source. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'action et des comptes publics, avec LCI le 21 juin 2018, sur le budget de l'Elysée, la baisse de la dépense publique, la diminution du nombre de fonctionnaires, les rémunérations dans la Fonction publique, la lutte contre la fraude fiscale et sur le prélèvement à la source.

Personnalité, fonction : DUSSOPT Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'action et aux comptes publics

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PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Olivier DUSSOPT est l'invité de Christophe JAKUBYSZYN.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui Pascale c'est Olivier DUSSOPT qui est le numéro 2 de Bercy, c'est lui qui gère l'argent de nos impôts. Bonjour Olivier DUSSOPT.

OLIVIER DUSSOPT
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on a beaucoup de questions à vous poser justement à cause de ça. D'abord cette nouvelle polémique ou en est-ce une, vous allez nous le dire. On a appris hier soir via l'Express que l'Elysée envisageait de construire une piscine au Fort de Brégançon, Brégançon dont le couple MACRON veut faire sa résidence d'été et notamment pour accueillir aussi les chefs d'Etat étrangers pendant l'été, est-ce que vous comprenez que ça peut poser question et peut-être choquer les Français ?

OLIVIER DUSSOPT
D'abord il faut dire que ce n'est pas Emmanuel MACRON et son épouse qui veulent faire de Brégançon leur résidence d'été, c'est la loi, la résidence d'été des présidents de la République c'est le Fort de Brégançon. Le Fort de Brégançon fonctionne depuis toujours avec une subvention de l'Etat qui permet de faire fonctionner le bâtiment, de l'entretenir et si…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Combien à peu près ?

OLIVIER DUSSOPT
150.000 euros par an pour un domaine qui est immense avec une sécurité qui est évidemment particulière. Si les bâtiments de France donnent un avis favorable, puisqu'ils ont été sollicités il y aura construction d'une piscine éventuellement, c'est le président de la République et son épouse qui décideront. Tout ça dans le cas du budget. Je pense vraiment qu'on est sur quelque chose d'assez anecdotique qui ne mérite pas la polémique que certains voudraient faire monter.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous nous garantissez ce matin qu'on ne dépassera pas le budget annuel alloué, vous qui êtes responsable des comptes publics vous n'autoriserez pas qu'on dépasse les 150.000 euros par an.

OLIVIER DUSSOPT
Un je le garantis et deux, je souligne juste une chose, c'est que le président de la République a diminué le budget de l'Elysée, il a diminué le budget de la présidence de la République donc pas de faux procès.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors est-ce que vous comprenez quand même que c'est peut-être l'accumulation, peut-être il n'y a rien à dire d'un point de vue légal et de bonne gestion, mais on a …hier, enfin l'un des députés de la France Insoumise RUFFIN qui a souligné que l'Elysée avait commandé, ça on le savait un nouveau service de vaisselle, 900 pièces à la manufacture de Sèvres et que ça allait coûter dit François RUFFIN 500.000 euros, alors est-ce que c'est vrai ça ?

OLIVIER DUSSOPT
Alors d'abord cette manufacture d'Etat et la porcelaine de Sèvres fait partie du patrimoine français, c'est un patrimoine exceptionnel avec 150 artisans d'art qui travaillent dans une manufacture d'Etat, dans le public, qui sont parmi les meilleurs, à vrai dire les meilleurs au monde. Et commander un tel service c'est d'abord assurer des commandes pour des mois et des mois à la Manufacture de Sèvres et il faut ajouter que cette manufacture fonctionne parce que depuis toujours l'Etat lui verse une subvention d'équilibre. Et pourquoi l'Etat verse une subvention d'équilibre sur laquelle sera financé le service de l'Elysée qui va être utilisé avec des chefs d'Etat, avec des invités étrangers à l'occasion des cérémonies les plus prestigieuses ? Parce que si l'Etat verse cette subvention c'est parce que nous considérons que ce patrimoine, ses compétences, ce savoir-faire sont des joyaux, des trésors du patrimoine français et qu'il faut les faire vivre, donc on les fait vivre et la tradition mais plus que la tradition, la règle, tout cela fait que la manufacture de Sèvres équipe si l'on peut dire l'Elysée, la présidence de la République avec des pièces de grande qualité. Donc il y a un coût de revient, il y a 150 personnes qui travaillent, c'est quelque chose d'absolument formidable et merveilleux qu'il faut protéger. Nous avons deux solutions, soit on considère que ça n'est pas important la question des patrimoines soit on considère que c'est important et qu'on est fier de l'afficher et on le fait dans le cadre de la subvention, dans le cas du fonctionnement normal de la manufacture public de Sèvres.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que quand même il n'y a pas une dérive monarchique du pouvoir, est-ce qu'on imagine quand même ça, ce type d'information en Allemagne, dans les pays scandinaves où il y a une forme d'acète du pouvoir ?

OLIVIER DUSSOPT
Vous avez raison de noter que ça n'est pas tout à fait la même culture et avec l'Allemagne, avec les pays scandinaves mais je ne crois pas qu'on puisse parler de dérive ni qu'elles soient monarchiques ou quoi que ce soit mais le président de la République préside, il est à l'Elysée, il est dans un des plus beaux palais de la République, c'est aussi le prestige de la France, il n'y a pas de dérive. La seule chose qui m'intéresse ce n'est pas de savoir si on va renouveler la vaisselle de l'Elysée même si je le répète c'est un motif de fierté de savoir que des artisans sont aussi qualifiés, aussi compétents et portent le patrimoine. C'est les résultats, c'est la politique économique, c'est le travail qu'il mène pour redresser la France et tenir les engagements qu'il a pris pendant la campagne et je suis à ses côtés pour l'aider.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors si je vous pose toutes ces questions c'est parce que justement on demande aux Français beaucoup d'efforts et puis il y a eu des impôts nouveaux au cours des, enfin pas seulement votre gouvernement, mais au cours des dernières années, il y a quand même eu la hausse de la CSG, mais…

OLIVIER DUSSOPT
Il y a aussi eu la baisse des cotisations salariales, il y a la baisse de la taxe d'habitation et il y a l'augmentation de la prime d'activité, donc on doit tout mettre dans la balance et sur une année entière.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on se dit bon on va faire des efforts d'accord, mais si ça vaut la peine. Or hier le gouverneur de LA BANQUE DE FRANCE dit les intentions du gouvernement sont bonnes mais il est impératif maintenant de passer à l'action, LA BANQUE DE FRANCE trouve que vous parlez beaucoup mais vous agissez peu finalement. C'est vrai que baisser la dépense publique c'est un objectif du président, trois ou quatre points de PIB d'ici la fin du quinquennat. On en est loin et on a entendu parler de ce groupe de travail 2022, vous reculez de semaine en semaine ces conclusions, qu'est ce qui se passe ?

OLIVIER DUSSOPT
Personne ne recule, ça c'est la première chose. Et j'ai beaucoup de respect pour le gouverneur de LA BANQUE DE FRANCE comme toutes elles et ceux qui commentent ou donnent des conseils en matière de politique économique et de politique budgétaire. Mais celles et ceux qui nous reprochent de ne pas aller assez vite, de ne pas suffisamment de baisser les dépenses publiques, de ne pas suffisamment, parce qu'on parle de baisse, en réalité ce sont des baisse tendancielles et des diminutions de hausse généralement. Si ces gens-là tous, pas seulement le gouverneur évidemment considèrent qu'on ne on va refaire la RGPP de 2007, qu'on va recommencer à tailler dans les effectifs, à fermer des services publics sans discernement ils se trompent. Ils se trompent et nous prenons du temps, nous prenons du temps pour être à la fois efficace et pour être juste. Le groupe action publique 2022 que vous avez évoqué…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est un groupe de travail qui avait été mis en place par le Premier ministre en octobre 2017 et qui devait tout remettre à plat toutes les dépenses de l'Etat.

OLIVIER DUSSOPT
Si vous permettez c'est un peu plus compliqué que ça. Action publique 2022 c'est un programme de réformes avec plusieurs contributions, des ateliers, qui ont été ouverts dans les différentes administrations…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Des experts étrangers, d'anciens ministres, tout ça.

OLIVIER DUSSOPT
Pas seulement, il y a des ateliers dans les administrations centrales, nous avons organisé avec Gérald DARMANIN un forum de l'action publique à la fois numérisé mais aussi avec des événements …

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a l'impression que vous avez enterré le rapport.

OLIVIER DUSSOPT
On a commandé des recommandations et un travail à un comité d'experts que vous avez cité. Le rôle d'un gouvernement n'est pas de répondre à des auteurs de rapports aussi talentueux soit-il. C'est de prendre des décisions, ce comité d'experts travaille, a travaillé, continue à travailler, nous fait des recommandations. D'ici l'été nous allons annoncer un certain nombre de réformes structurelles et je vous fais remarquer que nous en avons déjà lancé quelques-unes. Nous avons lancé et achevé la réforme de la SNCF. Nous avons, et nous sommes en cours de discussion avec le Parlement, lancé la réforme du logement et de l'aide à la pierre. Pour ce qui me concerne, je travaille depuis le 1er février avec les organisations syndicales pour transformer la fonction publique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais est-ce qu'on pourra lire un jour ce rapport ?

OLIVIER DUSSOPT
Tout cela…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ou est-ce qu'il est trop dérangeant ?

OLIVIER DUSSOPT
Tout cela ça relève de la réforme de l'action publique, ça relève de la modernisation. Lire un rapport n'a pas de sens, le rapport ce sont des recommandations. Le travail…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Où vous le gardez pour vous le rapport, c'est ce que vous êtes en train de me dire là ?

OLIVIER DUSSOPT
Ce qui est plus important ce n'est pas de savoir si tel ou tel rapport ou tel ou tel expert a fait une préconisation ou une autre, c'est de débattre sur ce que fait le gouvernement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc on peut le dire ce matin on ne le verra jamais nous le rapport, ce sera pour vous, dans votre tiroir.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Enfin si vous voulez voir le rapport vous lirez un rapport, ce n'est pas l'objet du débat, nous ce que nous voulons c'est mener une politique de réforme, de modernisation, qu'elle soit juste, qu'elle soit proportionnée, qu'elle préserve les …

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il est sans tambours ni trompettes ce rapport.

OLIVIER DUSSOPT
Mais à quoi bon ? L'essentiel c'est d'être efficace, ça n'est pas d'être tambours et trompettes pour reprendre votre expression.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon alors, mais est-ce que vous avez peur là parce qu'où sont ces fameuses baisse de 3% de la dépense publique, on va voir dans le budget, mais est-ce que vous n'allez pas faire du rabot comme d'habitude. On le voit, alors on peut en parler mais nouveau gel des APL cette année.

OLIVIER DUSSOPT
Comme les années précédentes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui mais est-ce que ce n'est pas de la politique à la petite semaine, plutôt que de mettre tout à plat ?

OLIVIER DUSSOPT
Non parce que justement nous faisons ce travail là, nous faisons en sorte de prendre, j'ai dit un peu de temps, pour être le plus efficace possible. La politique du rabot ce n'est pas la nôtre, la politique qui consiste à diminuer tous les budgets uniformément sans réfléchir à ce qui est utile et ce qui n'est pas utile, ce n'est pas la nôtre. On a un objectif et je répète, je rappelle plutôt que c'est un objectif 2022. Tout le monde considère que la baisse de 3 % en équivalent du produit intérieur brut devrait être réalisée tout de suite, ça s'appellerait de la brutalité, nous avons jusqu'en 2022. Et je fais remarquer simplement qu'à la fin de l'année 2017 pour la première fois depuis une vingtaine d'années la France tient la parole qu'elle a donnée à l'Union européenne avec un déficit public qui est inférieur à 3 %. Et nous avons une programmation budgétaire qui permet encore de réduire ce déficit public comme la dépense publique et comme le poids de la dette.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez vu la croissance en 2018 commence à s'essouffler, l'INSEE a revu les prévisions.

OLIVIER DUSSOPT
Très légèrement à la baisse.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Légèrement…1,7. Oui ?

OLIVIER DUSSOPT
Ce qui compte…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Comment ?

OLIVIER DUSSOPT
Ce qui compte c'est peut-être la programmation de la loi de finances publiques, nous étions partis sur une hypothèse à 1,9, donc l'écart avec 1,7 est moins important que par rapport à la prévision…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui mais 1,7 ça veut dire que vous allez devoir faire plus d'économies pour tenir les engagements.

OLIVIER DUSSOPT
Deux réponses à cela, la première c'est qu'il faut être prudent, et ça incite à la prudence, ça rappelle aussi que le contexte mondial dans lequel nous sommes, mondial et européen n'est pas un contexte facile, c'est un contexte incertain, qu'il peut y avoir des crises budgétaires, des crises monétaires à l'échelle européenne comme à l'échelle mondiale. Donc d'abord de la prudence et ensuite un travail pour faire en sorte que cette croissance soit soutenue.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que comme le dit Le Figaro ce matin en une la main du gouvernement tremble, vous êtes inquiet sur la préparation du budget 2019, vous n'arrivez pas arbitrer ?

OLIVIER DUSSOPT
Prudent mais pas inquiet parce que nous savons, nous allons et nous devons faire preuve de prudence, j'ai été maire pendant 10 ans, je peux vous assurer que j'ai construit des budgets municipaux pendant 10 ans et pendant 10 ans j'ai toujours eu la même méthode. Toujours être prudent sur les dépenses et toujours être strict sur…toujours être prudent, pardon sur les recettes, et toujours strict sur les dépenses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on va voir, vous êtes aussi le ministre des fonctionnaires, non ?

OLIVIER DUSSOPT
De la fonction publique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De la fonction publique, est-ce que vous saurez le ministre qui aura supprimé 100.000 fonctionnaires pendant le quinquennat ?

OLIVIER DUSSOPT
Ca n'est pas l'alpha et l'oméga de notre politique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est quand même dans le programme d'Emmanuel MACRON.

OLIVIER DUSSOPT
Nous avons un engagement qui est de garantir la même qualité de service, la même présence…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Non mais, attendez il y a un engagement dans le programme du président c'est de supprimer 100.000 fonctionnaires. Vous le ferez ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous avons des départs à la retraite qui sont massifs, nous avons une évolution numérique, une révolution même digitale qui s'impose à tous à laquelle nous travaillons, nous voulons moderniser…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc vous supprimerez 100.000 fonctionnaires.

OLIVIER DUSSOPT
C'est l'objectif mais avec un deuxième objectif qui est tout aussi important c'est de ne pas remettre en cause la qualité du service public. Le service public c'est ce qui garantit la cohésion, c'est ce qui garantit l'égalité et les fonctionnaires sont des hommes et des femmes qui chaque jour sont investis quotidiennement pour rendre le meilleur service aux usagers.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On est d'accord alors je ne suis pas un spécialiste des mathématiques mais vous avez supprimé 1.600 emplois l'an dernier, il faut que vous en supprimiez 100.000, enfin 50.000 pour l'Etat d'ailleurs, comment vous allez faire ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est la démonstration que ça n'est pas l'alpha et l'oméga de notre politique publique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce n'est quand même pas la démonstration que vous ne tiendrez pas l'engagement du président quand même ?

OLIVIER DUSSOPT
Je l'ai dit il y a un instant nous avons entre 150 et 160.000 départs à la retraite tous les ans pendant les 5 à 6 années qui viennent. Nous avons un travail pour déterminer comment au gré des réorganisations, au gré des modernisations nous pouvons point par point, secteur par secteur, réaliser des économies et rendre le même service avec la même qualité mais avec un peu moins d'effectifs d'ici 5 ans.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors François HOLLANDE avait quand même augmenté les fonctionnaires en 2017, vous, vous avez décidé de geler de nouveaux le point d'indice de la fonction publique. Vous n'aidez pas beaucoup les fonctionnaires du coup ?

OLIVIER DUSSOPT
François HOLLANDE, puisque vous le citez, a été président de la République…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Que vous avez soutenu, voire critiqué pour sa ligne droitière.

OLIVIER DUSSOPT
Je l'ai à la fois soutenu d'une grande loyauté et j'ai toujours dit ce que je pensais, le point d'indice de la fonction publique, puisque vous avez parlé du point d'indice, a été gelé de 2010 à 2016, et il me semble que François HOLLANDE était président de la République de 2012 à 2016.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc il avait fait pour une raison électorale en 2017.

OLIVIER DUSSOPT
En 2016 il a été augmenté de 0,6 % et début 2017…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce qu'il y avait les élections en 2017.

OLIVIER DUSSOPT
A nouveau de 0,6 %, nous avons fait le choix de reconduire le gel du point d'indice. Deux raisons à cela, la première c'est que quand on augmente le point d'indice, ça coûte extrêmement cher puisque quand on l'augmente de 1 % ça coûte 2 milliards d'euros de dépenses publiques et ça rapporte une quinzaine d'euros pour un agent public qui gagne 2.000 euros net et ils n'y sont pas tous, donc quand il gagne moins ça leur rapporte moins. La deuxième raison c'est que nous tenons un engagement pris par François HOLLANDE justement. Cet engagement il s'appelle PPCR c'est un protocole d'accord qui a été signé en 2016 et dont l'essentiel s'applique entre 2018 et 2021. Pour l'année prochaine pour 2019, l'application PPCR va se traduire par des augmentations de salaires, on appelle ça des augmentations indiciaires pour les agents publics, cela représente entre 850 et 900 millions d'euros de plus par an à l'échelle de la fonction publique. Je prends un exemple parce que ça compte, ce protocole va permettre à des travailleurs sociaux de passer la catégorie B à la catégorie A, c'est une augmentation par an de 1900 euros. Ce même protocole va permettre à des professeurs certifiés de voir leur traitement augmenter de 1300 à 1400 euros par an sur les deux ans qui viennent. C'est une augmentation de salaire et de traitement qui est méritée, nous tenons cet engagement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Moi j'ai une question justement sur les enseignants, on a vu il y a quelques jours que le salaire moyen des enseignants c'était 1,2 fois le salaire minimum alors qu'il y a quelques années, il y a 20 ans, c'était deux fois. Pourquoi est-ce qu'on paye aussi mal nos enseignants alors que ça devrait être une priorité pour éduquer nos enfants ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est une vraie question, vous avez raison de souligner que le la rémunération des enseignants en France a été finalement tassée si l'on peut dire par rapport à l'échelle extérieure…

OLIVIER DUSSOPT
Du coup ils sont déconsidérés parce qu'ils gagnent moins d'argent.

OLIVIER DUSSOPT
Je viens de vous dire à l'instant que l'application du protocole PPCR application que nous tenons dont 85% du financement repose sur ce quinquennat va permettre dans les 2 ans qui viennent aux professeurs certifiés d'augmenter leur traitement de 1300 à 1400 euros par an, ça fait une centaine d'euros par mois, on peut considérer que ça n'est pas assez.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est un début.

OLIVIER DUSSOPT
Mais par rapport à ce qu'ils gagnent aujourd'hui c'est une belle progression, en tout cas en pourcentage de progression importante.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il faudra augmenter davantage les enseignants, à terme est-ce qu'on pourra ?

OLIVIER DUSSOPT
Nous souhaitons aller vers une forme d'individualisation, reconnaître le mérite, reconnaître l'engagement et faire en sorte de mieux les accompagner. La question que vous posez celle de l'attractivité des métiers de la fonction publique. Comment on fait pour revaloriser le rôle des fonctionnaires ? Ça passe évidemment par des négociations ou des discussions salariales, ça passe aussi par la place qu'on donne aux fonctionnaires dans la société par rapport à leur parcours de carrière.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on va parler de fraude fiscale, à Bercy c'est un peu faites « ce que je dis, pas ce que je fais », vous vous êtes fait épingler hier par la Commission européenne sur ENGIE, qui est une entreprise dans laquelle l'Etat est actionnaire, je crois 24 % ou 25 %.

OLIVIER DUSSOPT
24 %.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
24 %, ENGIE a fait de l'optimisation, voire de la fraude fiscale puisque la Commission européenne lui réclame 150 millions d'euros. Comment l'Etat actionnaire peut laisser les entreprises publiques faire de la fraude fiscale ?

OLIVIER DUSSOPT
D'abord l'Etat actionnaire ne laisse pas les entreprises faire de la fraude fiscale et s'il y a eu un manquement il sera sanctionné comme tous. Nous avons en France depuis plusieurs années renforcé de manière considérable la lutte contre la fraude, je pense notamment au dernier texte qu'on a appelé la loi Sapin 2 et qui permet la création du parquet financier, qui permet la mise en place de sanctions y compris pour des entreprises convaincues de fraude, ça a été le cas pour HSBC en termes de complicité de blanchiment à la fin de l'année 2017 de plaider coupable et de payer une très grosse somme.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
ENGIE vous avez regardez, vous pensez qu'ils ont fraudé ?

OLIVIER DUSSOPT
Ce n'est pas à moi de le dire et s'il y a une procédure en justice c'est à la justice de le dire, il n'y a pas de substitution et je ne me prends pas pour ce que je ne suis pas. Par contre j'ajoute simplement qu'avec Gérald DARMANIN nous allons présenter au Parlement dans les semaines qui viennent un nouveau projet de loi renforçant les moyens de lutter contre la fraude fiscale y compris renforçant les moyens de lutter contre la fraude des entreprises parce qu'on ne peut pas demander aux Français, vous l'avez rappelé tout à l'heure, de faire des efforts, de participer au redressement du pays, et en même temps de laisser celles et ceux qui ont les moyens et l'ingénierie nécessaire de faire de la fraude et de l'optimisation, donc je peux vous assurer que ça va être renforcé et lourdement renforcé.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Faut-il augmenter le SMIC de 10, 15, 20 % comme le propose Guillaume PELTIER, le numéro 3 des Républicains ?

GUILLAUME PELTIER
Je crois qu'il s'est fait retoquer assez sévèrement par les membres de son parti. Ça a été assez sévère mais ce n'était pas le premier cette semaine au sein des Républicains à se faire retoquer ou rabrouer. La question, en tout cas les propositions portées par celles et ceux qui aujourd'hui sont dans une opposition systématique et avec des montants qu'ils sont incapables eux-mêmes d'estimer ça s'appelle de la démagogie. Et nous ce que nous faisons c'est à la fois tenir les objectifs que nous avons et faire en sorte que le travail paye mieux, ça passe par deux outils, nous diminuons les cotisations, nous l'avons fait en janvier nous le ferons en octobre et dès 2019 nous voulons mettre en place des mécanismes d'intéressement et de participation pour celles et ceux qui travaillent, qui contribuent à la richesse des entreprises puissent être aussi intéressées à la production de cette richesse.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors vous l'ancien socialiste qui avait été aussi proche de Benoît HAMON…

OLIVIER DUSSOPT
Il y a longtemps !

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a longtemps mais bon on a les archives.

OLIVIER DUSSOPT
Vous avez les archives.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous vous sentez à l'aise dans ce gouvernement qui est soutenu, un dernier sondage le montre, par 57 % des électeurs de droite ?

OLIVIER DUSSOPT
Je me sens à l'aise dans ce gouvernement pour une raison c'est que nous avons tous rallié quel que soit notre horizon quels que soient nos parcours, nous avons tous rallié le même homme et le même programme, le même projet. Lorsque Agnès BUZYN, la ministre de la Santé et de la solidarité fait en sorte, avec le président de la République, de réformer le financement des hôpitaux publics pour les garantir, lorsque nous faisons en sorte qu'en 2021 sur les prothèses dentaires, sur les lunettes, sur les prothèses auditives, nous pouvons garantir aux Français que le reste à charge soit à 0 pour que tout le monde puisse avoir accès à cela, lorsque avec Jean-Michel BLANQUER nous faisons en sorte et c'est aussi un effort budgétaire de dédoubler les classes de CP et de CE1 dans les quartiers considérés comme prioritaires justement pour lutter contre le décrochage scolaire, lorsqu'on a fait en sorte parce que ce n'est pas un projet c'est fait d'augmenter le minimum vieillesse le 1er avril dernier de 35 euros et nous ferons la même chose en 2019 et en 2020 pour l'augmenter de 100 euros en 3 ans, lorsque nous augmentons l'allocation adulte handicapé de 50 euros au 1er novembre prochain, nous prenons des mesures qui sont justes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc la politique du gouvernement est équilibrée à droite et à gauche selon vous ?

OLIVIER DUSSOPT
Elle est équilibrée à une condition et notre rôle c'est de faire en sorte que cette condition soit remplie, c'est que l'intégralité du programme du président de la République soit appliquée.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors votre ami Olivier FAURE, nouveau patron du Parti socialiste a dit dans Paris Match, je crois il y a 10 jours que la seule raison pour laquelle vous étiez entré au gouvernement c'est parce que vous vouliez absolument être ministre, est-ce que c'est toujours votre ami ?

OLIVIER DUSSOPT
C'est toujours quelqu'un que je respecte, en tout cas Olivier FAURE a le droit de dire ce qu'il veut pour faire de la politique. Moi ce que je regrette c'est que, puisque vous le citiez, il fait partie de celles et ceux qui comme moi ont fait campagne aux législatives en disant qu'ils avaient des convictions, qu'ils avaient des valeurs, une identité politique et qu'ils souhaitaient participer à la réussite du quinquennat, je tiens cet engagement. Je regrette que d'autres sont dans une opposition systématique parce que je pense que l'opposition systématique ne sert pas l'intérêt général, ne sert pas le pays et n'est pas conforme aux engagements pris.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une dernière question très concrète pour les Français, qu'est-ce que vous leur dites pour les rassurer fin janvier quand ils vont recevoir leur feuille de paie, ils voient leurs salaires diminuer de 5, 10, 15, 20% selon leur taux d'imposition parce qu'on va prendre l'impôt sur le revenu à la source, il y a de quoi quand même paniquer non ?

OLIVIER DUSSOPT
D'abord il faut préciser que ce n'est pas un impôt nouveau.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Non mais ça va se voir sur la feuille de paie.

OLIVIER DUSSOPT
Ce qui va être prélevé c'est ce qu'ils payaient soit de manière mensualisée soit par tiers, lorsqu'ils payaient par tiers, ça c'est la première chose. La deuxième chose c'est que cette réforme qui a été adoptée fin 2015 devait entrer en vigueur au 1er janvier 2018, que nous avons fait le choix de la reporter d'un an pour procéder aux derniers réglages, intégrer les crédits d'impôts notamment pour l'emploi à domicile, pour les dons aux associations, faire en sorte de sécuriser aussi les transferts d'informations entre les entreprises et l'administration fiscale, pour faire en sorte que les choses marchent bien et que ce soit le plus calé possible.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'avez pas peur que la consommation baisse d'un coup.

OLIVIER DUSSOPT
Les Français savent compter, ils savent compter et savent que s'ils payent x centaine d'euro d'impôts par an et que c'est réparti sur 12 mois et sur leur fiche de paye, comme vous l'avez dit, ils ne payent pas plus, nous n'augmentons pas les taux, nous ne changeons pas l'assiette, par contre nous changeons les modalités de prélèvement de manière à ce que soit mensualisé comme dans 80 % des pays européens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On vous réinvitera pour voir comment ça se passe au 31 janvier.

OLIVIER DUSSOPT
Avec plaisir.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Olivier DUSSOPT d'avoir été avec nous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juin 2018

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