Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 22 juin 2018, sur la réforme des rythmes scolaires et Parcoursup. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Europe 1 le 22 juin 2018, sur la réforme des rythmes scolaires et Parcoursup.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

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PATRICK COHEN
Bonjour Jean-Michel BLANQUER !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
On va parler avec vous des rythmes scolaires puisqu'une majorité de communes va repasser à la semaine de 4 jours, il y a aussi des incertitudes des lycéens en ce moment avec Parcoursup et puis pour la question bonus d'habitude posée par un membre de la rédaction d'Europe 1, eh bien, j'ai fait appel à deux de nos stagiaires, élèves de secondes, je vous présente Arthur et Marie, 15 ans, qui vont intervenir tout à l'heure.
D'abord les rythmes scolaires, Jean-Michel BLANQUER. Vous avez fait le choix de laisser la liberté aux communes et le résultat, c'est que le mouvement va s'amplifier à la rentrée prochaine, avec un retour massif à ce qui a pourtant été longtemps décrié, c'est-à-dire la semaine de 4 jours. Dans quelles proportions ça va se produire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Probablement autour de 70 à 80% des communes. Ça n'a pas été longtemps décrié, il y a il y a 20 ans c'était très à la mode de faire la semaine des 4 jours, vous aviez par exemple Philippe SEGUIN à Epinal qui faisait la semaine des 4 jours, il y avait des reportages fréquents pour montrer à quel point c'était mieux pour les enfants.

PATRICK COHEN
La réforme Darcos en 2008 a été décriée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Souvent ce qui est fait à l'échelle nationale est critiqué et ce qui est fait à l'échelle locale est vu avec plus de pragmatisme par tout le monde. Donc en réalité ce que je dis depuis le début c'est que 4 jours, ce n'est pas mieux que 4,5 et 4,5, ça n'est pas mieux que 4. Les études qui ont eu lieu sur ce sujet montrent ce que je viens de dire. Ce qui compte, c'est de s'intéresser à ce qui se passe pendant les 4 jours et à ce qui se passe pendant les 4,5 jours et au-delà de ça, même à ce qui se passe dans les activités périscolaires en dehors des 4 jours et des 4,5 jours. C'est pour ça que j'ai lancé le plan mercredi il y a quelques jours, qui va être effectif à partir de la rentrée et qui est fait pour que les enfants qu'ils soient à 4 jours ou à 4 jours et demi aient des activités intelligentes, épanouissantes le mercredi grâce à l'alliance entre les communes et l'Education nationale.

PATRICK COHEN
C'est aussi ce que prévoyait la réforme Peillon, ces activités périscolaires qui n'étaient pas financées dans les communes, se plaignaient qu'elles n'étaient pas assez financées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Justement, c'est le constat que je fais.

PATRICK COHEN
Qu'est-ce qui change ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le constat que j'ai fait en arrivant, c'est que, il y avait d'immenses inégalités en France. D'abord, tout le monde n'était pas au même rythme, il faut le dire, vous aviez par exemple le vendredi après-midi vaqué pour beaucoup d'enfants. Vous aviez à peine 40% des enfants qui avaient des activités périscolaires et sur ces 40%, beaucoup avaient des activités de mauvaise qualité avec de la garderie, des choses comme ça. Donc aujourd'hui, on a un label qualité du plan mercredi, on a des financements supplémentaires, on va doubler l'aide de l'Etat aux collectivités sur ces sujets et on ne fait plus une guéguerre sur 4 / 4,5. On s'occupe pour de vrai de ce qui se passe pendant les 4 jours ou les 4 jours et demi. On fait attention à ce que les parents pensent parce que dans les auditeurs qui nous écoutent, il y en a beaucoup qui savent très bien que dans certains cas, 4 c'est mieux que 4,5 particulièrement pour les petits ; dans d'autres cas, 4,5 c'est mieux que 4. Donc c'est ce pragmatisme qu'il faut avoir et c'est ce pragmatisme que l'on a eu.

PATRICK COHEN
Alors, ce que vous appelez une guéguerre Jean-Michel BLANQUER a quand même agité la communauté éducative pendant des années !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Inutilement !

PATRICK COHEN
Les écoliers français ont le nombre de jours d'école le plus faible des pays développés, 140 jours par an, les journées les plus longues et les plus chargées. Ce constat, c'est vous-même qui le faisait en 2010 ; vous étiez le numéro 2 du ministère sous Luc CHATEL et à propos de la réforme Darcos, c'est-à-dire le passage à 4 jours, 2 ans plus tôt vous déploriez que le monde des adultes se soit entendu sur le monde des enfants, vous avez changé d'avis donc ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, j'avais exactement le même pragmatisme. Quand tout était à 4 jours, je disais : ce serait bien qu'une partie soit à 4,5. Quand tout est passé à 4,5 je dis bien : c'est bien qu'une partie soit à 4 jours. Autrement dit il faut avoir une position …non mais parce que parce que le village de montagne n'est pas dans la situation que la ville de Paris et il faut avoir de temps en temps un peu de pragmatisme sur ces sujets. Il y a des sujets qui méritent d'être homogènes sur le plan national, il y a des sujets qui réclament ça et puis, il y a des sujets sur lesquels il faut avoir de la souplesse locale parce que, encore une fois, les situations sont différentes.

PATRICK COHEN
Mais vous qui avez les comparaisons internationales en permanence à la bouche, vous savez que la moyenne OCDE, c'est 185 jours de classe !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais …Alors ça, c'est un vrai problème, par ailleurs, mais le problème n'est pas le rythme hebdomadaire. Le problème est le rythme annuel, c'est donc beaucoup plus le sujet des vacances que le sujet du rythme hebdomadaire qui est en arrière-plan de ce problème et d'ailleurs, excusez-moi mais si 4,5 était la solution miracle à tous nos tous nos problèmes, eh bien, dans les quatre années pendant lesquelles ça c'est appliqué, on aurait eu une amélioration de nos résultats scolaires. Ce n'est pas ce qui s'est passé !

PATRICK COHEN
L'expérience a été courte quand même !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais on a une cohorte qui a passé ce qu'on appelle l'enquête PIRLS qui marchent pour les CM1, il y a deux ans, et il y a une dégradation du niveau donc ça n'est pas cet élément-là qui doit focaliser notre attention. Notre attention, elle doit être sur les contenus, sur ce qui se passe pour de vrai à l'école d'un point de vue pédagogique et sur ce qui se passe pour de vrai pour les enfants sur le plan périscolaire car une immense partie de leur temps, c'est en dehors de l'école, il faut s'intéresser à comment on aide les familles et les communes à ce que ça soit un temps utile.

PATRICK COHEN
Mais donc vous êtes d'accord qu'il y a un problème quand vous dites que vous voulez « remuscler les programmes », c'est votre expression il y a un problème à cause d'un trop petit nombre de jours de classe en France ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On n'a pas diminué d'une seule minute, le temps de l'élève. Au contraire, en ayant 4 jours, vous avez autant d'heures, au lieu de sortir à 15h30, vous sortez à 16h30.

PATRICK COHEN
Mais il y a trop de vacances, il y a trop vacances scolaires !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a un sujet des vacances en France bien sûr. Ce sujet, ça fait longtemps que j'ai dit qu'on va devoir le poser tranquillement mais sûrement …

PATRICK COHEN
Quand ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Au cours du quinquennat, on va réfléchir à cette question-là ! Honnêtement, vous vous … regardez les passions que vous vous y mettez, que certains y mettent, si on commençait par ce sujet, c'est la certitude d'échouer sur l'ensemble des réformes que l'on veut, que l'on aurait !

PATRICK COHEN
C'est compliqué de dire qu'il y a trop de vacances pour les enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je n'ai pas de difficulté. Non c'est le sujet, là c'est les élèves !

PATRICK COHEN
C'est aussi pour les enseignants et pardon, les enseignants n'ont pas été pour rien dans le retour de la semaine de 4 jours !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les enseignants connaissent très bien les sujets, les parents, vous avez beaucoup de parents qui ont poussé. Encore une fois, les gens ont pris des décisions, c'est une responsabilisation qu'on a voulue.

PATRICK COHEN
Parcoursup, Jean-Michel BLANQUER, l'accès à l'université pour des lycéens qui passent en ce moment les épreuves du bac, le processus Parcoursup est suspendu, donc le compteur est bloqué, qu'avez-vous à dire aux 174 473 élèves qui n'ont toujours pas reçu, qui n'ont toujours reçu aucune proposition d'accès à l'enseignement supérieur ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, ce chiffre était à peu près le même l'année dernière à la même époque …

PATRICK COHEN
Il était moins élevé !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous et moi quand nous avons passé notre baccalauréat, nous ne savions rien avant les résultats du baccalauréat sur ce que nous faisions ensuite.

PATRICK COHEN
C'est vrai !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc il n'y a pas lieu de cultiver des angoisses sur ce sujet, tout le monde aura une réponse à la fin, donc c'est l'engagement que nous avons pris. Le système que nous avons créé est à la fois plus rationnel et plus humain, puisque les élèves sont accompagnés par un deuxième professeur principal depuis le mois de novembre dernier en classe de terminale et il est plus rationnel parce que il n'y aura aucun tirage au sort dans les semaines qui viennent, contrairement à ce qui s'est passé l'année dernière, mais au contraire un système d'affectation qui vise au plus juste la réussite des élèves.

PATRICK COHEN
Mais ceux qui passent le bac savent que ce sont les notes obtenues au lycée qui vont déterminer leur classement dans Parcoursup. Donc évidemment il leur faut le bac pour accéder à l'enseignement supérieur mais ils peuvent se demander quelle ardeur ils doivent mettre dans les épreuves puisque ça ne change rien à leur classement et à l'endroit où ils vont atterrir.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, c'est un des sens de la réforme du baccalauréat que j'ai présentée il y a 3 mois et qui maintenant va …mais sera pleinement en vigueur pour notamment le bac 2021 mais avec un effet sur la classe de première dès 2019 et sur la classe de terminale dès 2020 et en effet avec le futur baccalauréat, le contrôle continu des épreuves de spécialités qui se passeront au retour des vacances de printemps, vous aurez la possibilité de prendre en compte le parcours de l'élève de manière là encore humaine et rationnelle pour la suite du parcours. Ca redonnera beaucoup de sens au baccalauréat.

PATRICK COHEN
C'est-à-dire que le contrôle continu comptera davantage dans le baccalauréat et donc il y aura une sorte d'imbrication entre Parcoursup et le bac ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui est en petite partie le cas aujourd'hui, puisque finalement quand des élèves sont admis dans des filières sélectives dès le mois de février par exemple les classes préparatoires, il y avait déjà cette forme-là. Simplement c'était en quelque sorte pas explicite. Désormais, on doit avoir une véritable égalité, c'est-à-dire que le parcours de l'élève, notamment de la seconde à la terminale doit aider à une orientation réussie, tout simplement !

PATRICK COHEN
Alors vous allez être interpellé par des élèves justement Jean-Michel BLANQUER. Arthur, Arthur 15 ans justement sur la réforme du bac ?

ARTHUR, LYCEEN
Bonjour Monsieur le ministre !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Arthur !

ARTHUR
Pourquoi est-ce que vous transformez le bac et surtout pourquoi est-ce que vous enlevez les filières ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, les deux questions vont ensemble évidemment. L'idée de la réforme du baccalauréat, c'est comment est-ce que en préparant le baccalauréat, l'élève prépare ce qui va le faire réussir après le baccalauréat ? Autrement dit, on veut en finir avec le bachotage, l'idée qu'il faut juste un moment donné, travailler beaucoup pour passer une épreuve un petit peu rituelle et arriver à quelque chose qui fait sens et donc les épreuves que l'on prépare la façon dont on les prépare va aider à tout simplement construire un parcours qui se poursuit au-delà du baccalauréat. Concrètement, ça amène à supprimer les filières puisque, aujourd'hui, il y a une certaine artificialité dans le choix des filières. Souvent, on choisit S par exemple parce que certains pensent que c'est plus prestigieux mais pas parce qu'on n'a une vocation scientifique. Demain ce que nous voulons, c'est qu'il y ait des matières de spécialités qui offrent plus de liberté de choix aux lycéens. Donc un lycéen pourra choisir par goûts différents domaines de spécialités et se composer un parcours grâce à cela et ce parcours va lui permettre d'être plus d'être plus préparé à réussir après le baccalauréat. Et par exemple justement pour un élève scientifique choisir, mathématiques, physique-chimie, sciences de la vie et de la terre, qui sont des éléments pour se préparer à réussir ensuite parce qu'il y aura plus d'heures dans ces domaines-là. Les programmes seront un petit peu plus musclés et en même temps, il y aura des éléments d'accompagnement des élèves pour faire réussir dans ces domaines-là.

PATRICK COHEN
Convaincu, Arthur, sur la suppression des filières ? Bon, alors voilà.
Marie, 15 ans. C'est à vous, Marie !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour !

MARIE, LYCEENNE
J'étais au collège dans une classe bilingue et au lycée, je fais une filière franco-allemande. Donc de manière générale, que comptez-vous faire pour améliorer l'apprentissage des langues étrangères ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors nous savons tous que c'est un point faible français, nous ne nous sommes pas assez bons en langues, heureusement avec de belles exceptions. La première chose que j'ai faite en arrivant ça a été de rétablir les classes bi-langues là où elles avaient été supprimées dans différents collèges de France, donc ça c'était déjà un premier point. S'agissant de l'allemand, on fait un effort particulier puisque la relation franco-allemande nous amène à promouvoir le français en Allemagne et l'allemand en France et s'agissant des méthodes pédagogiques, j'attends pour les prochains jours un rapport que j'ai demandé sur une nouvelle phase dans la manière d'enseigner les langues en France. On va aller vers des logiques par exemple de certification pour qu'un élève puisse avoir des certifications de type international au cours de son parcours de collégien et de lycéen. On va aller aussi vers des logiques plus interactives en utilisant en particulier les nouvelles technologies et dans quelques mois, je serai amené à faire des propositions d'évolution pour que ce soit dynamique. On doit aussi, le président de la République s'est engagé à ça dans son discours de la Sorbonne, on doit favoriser la mobilité internationale des élèves dès l'âge du lycée et donc en Europe on aura plus de circulation des élèves de la voie générale, de la voie technologique et de la voie professionnelle.

PATRICK COHEN
Merci Arthur et Marie, merci Jean-Michel BLANQUER. Un mot sur cette initiative et ce livre, Les Fables de La Fontaine illustrées par Joann SFAR, pourquoi il y a écrit « un livre pour les vacances » et vous c'est un conseil de lecture, c'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, en quelque sorte et nous le distribuons à tous les élèves de CM2 de France. Donc tout élève de CM2 de France se le voit distribué par son maître ou sa maîtresse dans une petite cérémonie de fin d'année et l'idée, c'est évidemment d'abord de mieux faire connaître LA FONTAINE à tous les enfants et puis c'est un accès à la beauté non seulement parce que les femmes sont magnifiques, bien sûr mais aussi parce que Joann SFAR les illustre très, très joliment.

PATRICK COHEN
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1 !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 juin 2018

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