Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Radio Classique le 22 juin 2018, sur les attentes des Français concernant la politique du Gouvernement et la montée des populismes en Europe. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Radio Classique le 22 juin 2018, sur les attentes des Français concernant la politique du Gouvernement et la montée des populismes en Europe.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, BLANC Renaud .

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : RENAUD BLANC
Le porte-parole du gouvernement dans le studio de Radio Classique. Vous venez d'écouter le billet de Guillaume TABARD, est-ce qu'elle vous inquiète Marion MARECHAL ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Elle est dans un travail (elle le dit) de refondation idéologique. Nous, nous avons commencé par travailler sur les idées, donc c'est sur les idées qu'il faut travailler. Ces idées-là, nous aurons l'occasion de les combattre, idée contre idée, corpus idéologique contre corpus idéologique. Il ne faut jamais avoir peur du débat d'idées, il faut toujours être certain que c'est par la pédagogie que nous battrons et que nous convaincrons et que nous combattrons les idées que Marion MARECHAL – qu'elle accole LE PEN ou pas à son nom – a toujours défendues et que sa famille a toujours défendues depuis plus d'un demi-siècle dans notre pays.

RENAUD BLANC
Mais pour vous, elle a un avenir politique, vous la voyez revenir au premier plan ou pas Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Elle fait de la politique sans en faire, tout en en faisant. Donc moi, j'aime quand les choses sont claires.

RENAUD BLANC
Et on dit que ça… finalement ça vous arrange aussi d'avoir une Marion MARECHAL qui monte comme un Jean-Luc MELENCHON qui reste…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je crois que le pays souffre d'avoir un parti lepéniste qui représente et qui est présent pour la deuxième fois en 15 ans au deuxième tour de l'élection présidentielle. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour notre pays, je crois que personne ne peut s'en réjouir. Je les combattrai, peut-être aurons-nous vraiment réussi ce quinquennat si au deuxième tour de l'élection présidentielle en 2022, le parti lepéniste – quel que soit le prénom qui en soit à sa tête – est absent de ce second tour.

RENAUD BLANC
Alors je ne sais pas si vous avez lu Le Parisien ce matin, mais il y a un joli titre dans les pages politiques du journal, c'est : piscine à remous, une piscine hors-sol cet été au Fort de Brégançon, c'est le souhait du couple MACRON. La presse parle de faute, de maladresse, de symbole. Votre réponse Benjamin GRIVEAUX !

BENJAMIN GRIVEAUX
Chaque année, le Fort de Brégançon coûtait 200.000 € à l'Etat, désormais il coûtera 150.000 € à l'Etat. C'est dans cette enveloppe que sera financé, donc 50.000 € de moins par an. Lorsque le président de la République est à Brégançon, il se rend sur la plage, il y a 11 gendarmes qui sont mobilisés, des sauveteurs en mer qui sont sans doute plus utiles sur les plages du Sud de la France que pour assurer la sécurité du président…

RENAUD BLANC
Même s'il y a une piscine, vous pensez qu'il n'y aura pas de gendarmes…

BENJAMIN GRIVEAUX
Voilà ce que je réponds. Ce n'est pas ce que je dis… non, pas au bord d'une piscine hors-sol avec une profondeur de 1 mètre 20, je vous rassure…

RENAUD BLANC
Non mais vous pensez que les gendarmes ne seront pas autour de Brégançon…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce que je suis en train de vous dire, c'est que si on veut continuer à alimenter le discours lepéniste, on fait exactement ça et on s'intéresse à cet élément-là sans mentionner le fait qu'il y a 25 % de moins de budget consacré au Fort de Brégançon tous les étés, sous la décision d'Emmanuel MACRON, que nous faisons les choses de manière transparente, que nous ne les cachons pas, que nous ne faisons pas ça de manière dissimulée et que nous considérons que les Français sont des adultes, que nous ne les infantilisons pas. Nous laissons cela aux partis extrémistes qui en font leurs choux gras à l'Assemblée nationale, qu'on ait même pu y consacrer ce matin 1 mn 30 de notre temps en dit long sur les sujets vraiment importants pour les Français et les sujets vraiment importants pour les médias.

RENAUD BLANC
Je vais encore consacrer 30 secondes à ce sujet parce que…

BENJAMIN GRIVEAUX
Pardonnez-moi.

RENAUD BLANC
Vous parlez des partis extrémistes, mais ça grince aussi chez la République en Marche sur ce sujet. En parlant de symbole effectivement, vous allez me dire : c'est une piscine, ça rentre dans un budget, sauf que quand on parle…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, ça rentre dans un budget qui baisse de 25 %.

RENAUD BLANC
Quand on parle de pognon de dingue, de choses comme ça, vous savez qu'on est dans le symbole en France, on est très attentif à ce genre de chose.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça fait 30 ans qu'on est dans le symbole, peut-être le pays irait mieux si au lieu de faire des symboles, on s'occupait vraiment de la vie des gens, si on trouvait des solutions à leurs problèmes concrets. Ça fait 30 ans que gauche et droite sont dans les symboles, dans l'idéologie, dans les caricatures de l'un comme de l'autre, qu'on oppose les patrons aux salariés, les actifs aux inactifs, le public au privé…

RENAUD BLANC
Donc vous dites aux élus de la République en Marche qui sont…

BENJAMIN GRIVEAUX
Paris et la province, j'en ai assez de ce pays où on oppose les gens et on fait de la politique avec des symboles. Nous, on fait de la politique avec du concret, avec des actions, avec des solutions pour les gens, il n'y a que ça qui nous intéresse, le reste on le laisse aux polémistes…

RENAUD BLANC
Donc vous dites aux élus de la République en Marche « c'est un non-sujet » !

BENJAMIN GRIVEAUX
Je leur dis qu'ils se concentrent sur ce que nous avons accompli au service des Français depuis un an et surtout, ce que nous avons encore à faire pendant les 4 années qui viennent. Ce que les Français veulent ce n'est pas des symboles, ce qu'ils veulent c'est qu'on réponde concrètement aux problèmes qui sont les leurs.

RENAUD BLANC
Alors justement Laurent WAUQUIEZ est dans Sud Ouest ce matin, il estime que ce sont les classes moyennes qui sont les grands sacrifiés de la politique d'Emmanuel MACRON. Record de prélèvements obligatoires, dit-il, qui a été battu, il demande une baisse des impôts, qu'est-ce que vous répondez Benjamin GRIVEAUX au président du Parti Les Républicains ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je lui dis… alors il n'est pas député, alors peut-être n'a-t-il pas… il n'est pas parlementaire, peut-être n'a-t-il pas vu le budget qui a été voté à la fin de l'année, donc je l'encourage vivement. Manifestement il a des problèmes avec le budget, puisqu'il s'est fait retoquer son propre budget par le tribunal administratif dans la région Rhône-Alpes-Auvergne. Le budget qui a été voté par nos parlementaires, le budget prévoit 1) des baisses de cotisations, donc une augmentation du pouvoir d'achat, ça a été le cas en janvier, ce sera le cas pour la deuxième tranche au mois d'octobre. On prévoit quoi ? Des augmentations des aides sociales, le minimum vieillesse a augmenté le 1er avril, de la même manière les dispositifs pour les parents isolés. En octobre augmentera à nouveau le complément de mode de garde pour les parents, les parents qui sont avec 2 enfants, ça peut représenter jusqu'à 130 € de plus par mois, par mois, et puis l'allocation adulte handicapé. Donc il y a les discours de Laurent WAUQUIEZ, mais qui sont très, très éloignés de la réalité, il nous y a habitués. Donc je l'encourage vivement à relire le budget consciencieusement, ligne à ligne, ça lui évitera de raconter des histoires.

RENAUD BLANC
La croissance qui est revue à la baisse par l'INSEE il y a quelques jours, 1,7 % pour 2018, le gouvernement évoque un chômage à 7 % d'ici la fin du quinquennat, c'est réalisable ou pas avec une croissance qui est moins forte que ce que vous espériez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous savez, il y a plusieurs choses pour combattre le chômage, il y a un sujet sur lequel on a mis le paquet et ça n'a jamais été fait, c'est historique. C'est ce qu'on a fait sur le plan formations, le plan compétences, on a mis 15 milliards d'euros. Et on vise 2 catégories de personnes, il y a 1.300.000 personnes entre 15 et 25 ans, des gamins qui n'ont pas de formation, pas de diplôme, pas un emploi, ceux-là vont en bénéficier ; et 1.000.000 de personnes qui sont éloignées durablement de l'emploi depuis longtemps, des chômeurs de longue durée. C'est cette population-là à qui on veut dédier les 15 milliards sur le plan investissement dans les compétences, parce qu'on est dans un pays où depuis toujours, un cadre est deux fois mieux formé qu'un ouvrier, on investit deux fois plus sur la formation d'un cadre qu'un ouvrier, on investit deux fois plus sur la formation d'un ouvrier que sur celle d'un chômeur. Donc on marche sur la tête, on fait tout à l'envers, on a remis la machine à l'endroit avec Muriel PENICAUD et on y investit beaucoup d'argent. C'est le combat… je vais vous dire, moi j'ai 40 ans, c'est le combat de ma génération, j'ai grandi avec un chômage endémique, j'ai grandi avec ce mal français qui est le choix du chômage. Je ne veux plus que la génération qui nous succédera ait à subir cela parce qu'au fond, c'est le travail sur lequel repose une partie de la société française et le projet politique porté par Emmanuel MACRON.

RENAUD BLANC
Mais là vous êtes attendu, 13 mois à l'Elysée, forcément…

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr qu'on est attendu.

RENAUD BLANC
Vous êtes attendu sur cette question essentielle.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais on est attendu sur cette question essentielle, je vais vous dire, ce qu'on fait sur le plan formation, ce qu'on fait à l'école, ce que Jean-Michel BLANQUER a fait pour les gamins qui, à 6 ans, sont 12 par classe au lieu d'être 25 et savent lire, écrire, compter à la fin du CP, ça change la vie dans 10 ans de ces enfants. C'est aussi la noblesse de la politique, ce n'est pas de jouer la prochaine élection, d'être le nez dans le guidon, c'est de jouer la prochaine génération, c'est ça notre responsabilité.

RENAUD BLANC
Les privatisations pour financer la dette de la SNCF, on en a beaucoup parlé notamment dans Les Echos hier. Alors où on en est véritablement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A nouveau, ce n'est pas pour financer la dette de la SNCF qu'on fait les privatisations d'ADP, de la FRANCAISE DES JEUX ou d'ENGIE. On l'a dit depuis le début, on veut constituer un fonds pour l'innovation de rupture de plus de 10 milliards d'euros, qui générera 2 à 300 millions d'euros par an, pour faire quoi ? Parce que nous avons besoin que l'Etat soit stratège sur des sujets où parfois, les marchés considèrent que les rentabilités ne sont pas au rendez-vous suffisamment rapidement pour y investir de l'argent. On a en France un CAC 40 qui est immobilisé depuis des décennies, c'est toujours les mêmes entreprises depuis toujours. Au Etats-Unis l'immense force de l'économie américaine et de son modèle économique, c'est qu'on renouvelle les jeunes entreprises qui sont à la tête du Dow Jones. Ce que je souhaite moi, c'est que l'Etat puisse être vraiment stratège, plutôt que d'être actionnaire de manière disons partiale dans différentes entreprises publiques, je préfère qu'on mette le paquet sur l'innovation, l'économie de demain, c'est ce que nous faisons et pas uniquement la question du désendettement. Ne perdons pas de vue que notre rôle d'Etat actionnaire, c'est d'être stratège et d'organiser l'innovation, d'aider les entreprises à innover et à grandir.

RENAUD BLANC
Benjamin GRIVEAUX, j'aimerais qu'on parle de l'Europe. Il y a un sommet très important à Bruxelles ce week-end, on sait déjà que la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie ne seront pas présentes pour parler de cette question centrale de l'immigration. Question toute simple, est-ce que pour vous l'Europe peut exploser ?

BENJAMIN GRIVEAUX
L'Europe connaît sans nul doute la plus grave crise depuis sa création. Et c'est une crise qui trouve une actualité particulière dans les dernières semaines, mais qui remonte au Brexit. Vous avez un Etat important de l'Union européenne qui quitte… qui a quitté l'Union européenne. Et puis vous avez eu des votes réguliers, populistes, antieuropéens, eurosceptiques. Donc oui, l'Europe connaît vraisemblablement l'une de ses plus graves crises. C'est la raison pour laquelle, l'un des premiers discours importants du président de la République a été sur la question européenne. Pourquoi est-ce qu'on a mis l'Europe au coeur de la campagne présidentielle ?

RENAUD BLANC
Le discours de la Sorbonne.

BENJAMIN GRIVEAUX
Le discours d'Athènes et celui de la Sorbonne, pourquoi est-ce que nous étions le seul mouvement politique avec des drapeaux européens dans nos meetings ? Parce que moi, je suis un enfant d'Europe et un enfant d'Europe ne peut pas se satisfaire…

RENAUD BLANC
Oui mais cette Europe, elle ne marche pas aujourd'hui Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Est-ce que je suis en train de dire que tout a bien fonctionné ?

RENAUD BLANC
Non. Est-ce que pour vous, il y a deux Europe aujourd'hui très clairement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il y a… vous savez, il n'y a pas deux Europe comme il n'y a pas deux France, c'est beaucoup plus protéiforme. Chaque pays a sa propre culture et son propre rapport à l'Europe.

RENAUD BLANC
Emmanuel MACRON hier parle de la lèpre qui monte et du nationalisme qui renaît en Europe.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous confirme qu'il y a une Europe et que dans tous les pays d'Europe, vous trouvez des formations ultranationalistes, des formations populistes vent debout contre l'Europe. Elle n'a pas tout bien fait, je ne suis pas un Européen béat, je ne suis pas un Européen béat mais je suis attaché aux valeurs de l'Europe. Et quand j'entends…

RENAUD BLANC
Et sur cette question de l'immigration, sur cette question de l'immigration est-ce qu'on peut arriver à trouver un langage commun, parce que si les Italiens ont voté…

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, oui…

RENAUD BLANC
Pour les partis populistes, ce n'est pas pour rien, ce n'est pas par hasard.

BENJAMIN GRIVEAUX
Si, nous n'essayons pas, nous n'y arriverons pas. La force du président de la République, c'est que depuis le début du quinquennat, il essaie sur tous les fronts… nous avons obtenu quelque chose, ça faisait 10 ans qu'on en parlait dans le budget de la zone euro, 10 ans que c'était au point mort, que les Allemands ne voulaient en entendre parler, nous avons obtenu cette avancée mardi dernier, il n'est pas question de laisser l'Europe se déliter. Sur la question migratoire, elle sera centrale ce week-end, au Conseil européen la semaine prochaine, aux élections européennes l'année prochaine. Si l'Europe n'est pas capable de se mettre d'accord, de travailler à un projet migratoire commun, malheureusement je crains qu'elle se délite définitivement.

RENAUD BLANC
Dernière question sur Autolib', cet échec cuisant, est-ce que c'est l'échec pour vous d'Anne HIDALGO, parce que je sais que vous êtes passionné par Paris !

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Moi je suis Parisien, je suis élu de Paris, donc que les sujets parisiens m'intéressent n'est pas totalement anormal. Je constate deux choses, que ce soit Vélib' ou Autolib', Vélib' vous aviez un service qui est copié partout sur la planète, qui existe depuis 10 ans, qui rend service à des milliers de parisiens et de franciliens chaque jour et qu'on casse. Quant à Autolib', la maire de Paris expliquait l'année dernière chez un matinalier célèbre de vos confrères qu'il n'y avait pas de déficit, que tout allait bien, que le service était performant. Donc comment en une année, le service devient pas performant, coûte des centaines de millions d'euros aux Parisiens et s'arrête du jour au lendemain, pénalisant à nouveau Parisiens et Franciliens et les 250 salariés qui se retrouvent sur le carreau après une décision prise à mon avis trop rapidement. Donc il y a un dysfonctionnement grave sur la question des mobilités manifestement à Paris, et je crois que c'est… je ne veux pointer personne vous savez, ce n'est pas la responsabilité d'une seule personne…

RENAUD BLANC
Vous l'avez un petit peu pointée quand même un petit peu là !

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, vous n'êtes jamais seul responsable. Quand vous êtes en responsabilité politique, vous animez un collectif, vous animez aussi une équipe. Là manifestement, il y a un dysfonctionnement majeur.

RENAUD BLANC
Merci beaucoup Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci beaucoup.

RENAUD BLANC
D'avoir été ce matin l'invité de Radio Classique et Paris Première. Très bonne journée à vous.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 juin 2018

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