Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Public Sénat le 25 juin 2018, sur les élections en Turquie, l'Union européenne face à la crise migratoire, les relations entre la France et le Vatican, l'arrestation de militants d'ultra-droite préparant des attentats contre des musulmans, les élections européennes de 2019 et sur la Francophonie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Public Sénat le 25 juin 2018, sur les élections en Turquie, l'Union européenne face à la crise migratoire, les relations entre la France et le Vatican, l'arrestation de militants d'ultra-droite préparant des attentats contre des musulmans, les élections européennes de 2019 et sur la Francophonie.

Personnalité, fonction : LEMOYNE Jean-Baptiste, VIGUIER Cyril .

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

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CYRIL VIGUIER
Bonjour à tous et à ceux qui nous rejoignent. Deuxième partie de cette émission avec Territoires d'Infos. La presse quotidienne régionale, les télés locales de France, les radios, 130 radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français et TV5 Monde bien sûr. Notre invité politique aujourd'hui, au lendemain des élections en Turquie, c'est Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères. Merci d'être là Jean Baptiste LEMOYNE. Pour vous interroger à mes côtés ce matin, Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat, bonjour Marcelo.

MARCELO WESFREID
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et Patrice MOYON, bonjour.

PATRICE MOYON
Bonjour Cyril.

CYRIL VIGUIER
Vous représentez la presse quotidienne régionale sur ce plateau et vous travaillez à Ouest France, merci d'être avec nous. Je le disais, des élections en Turquie, ERDOGAN proclamé vainqueur de l'élection présidentielle. Le chef de l'Etat turc a revendiqué sa victoire dimanche soir, le président de la Commission électorale a confirmé ce résultat mais l'opposition conteste. Je voudrais votre réaction.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez ! Nous, nous prenons notre du résultat du vote selon lequel il apparaît effectivement que le président se succède. Maintenant, vous savez que l'OSCE doit faire un point très précis cet après-midi. L'OSCE avait déployé tout un dispositif justement d'observateurs. En tous les cas, le fait est que la France et la Turquie, deux grandes nations, doivent continuer à avoir un dialogue dense, franc sur beaucoup de sujets. Vous savez, il y a un partenariat stratégique qui existe entre l'Union européenne et la Turquie. Donc l'idée c'est naturellement de pouvoir aussi faire face en commun à un certain nombre de sujets, dont le sujet migratoire, on le sait, la Turquie joue un rôle important naturellement.

CYRIL VIGUIER
On va y revenir bien sûr.

MARCELO WESFREID
Il y a un accord justement avec la Turquie, l'Union européenne verse 3 milliards d'euros à la Turquie pour qu'elle garde en gros l'essentiel des réfugiés syriens. Quand vous voyez le résultat d'hier, vous vous dites qu'il va y avoir une poursuite de cette politique-là ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
En tous les cas à partir du moment où il y a eu un accord, un accord a toujours vocation à se poursuivre, sauf remise en cause et je ne crois pas que ce soit le cas. Il est important sur ce sujet migratoire d'avoir des réponses à tous les niveaux. Il faut naturellement apporter des réponses très en amont dans les pays est d'origine des migrations ; et c'est le sens de l'augmentation de l'aide publique au développement française, je pourrais y revenir, mais également, également un certain nombre de travaux, d'intensification de travaux avec les pays de transit. La Turquie en est un mais vous savez, nous avons… le président République a souhaité aussi par exemple que dans la zone sahélienne par exemple, il y ait un travail qui soit conduit avec des Etats comme le Niger par exemple. Et donc des missions sont menées à la fois avec des agents de l'Ofpra français, avec le HCR, avec l'OIM pour pouvoir identifier en amont les personnes qui relèvent du droit d'asile. Parce que le droit d'asile, il est inconditionnel, il est constitutionnel quelque part, c'est cette humanité que nous devons assurer à chacun. Et donc s'assurer que des personnes qui sont éligibles puissent naturellement y prétendre et ne pas avoir à faire cette traversée de la mort qu'est la Méditerranée.

PATRICE MOYON
Alors sur cette question migratoire, l'Europe apparaît plus divisée que jamais, il y avait un mini Sommet ce week-end, les pays du Visegràd ont refusé de venir. C'est quoi les perspectives aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors je crois qu'il faut être très clair, vous avez raison, il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Ce qui est sûr c'est que l'Europe aujourd'hui, elle fait face à un certain nombre de tests, de tests de solidité je dirais. On a naturellement la question migratoire – et je vais y revenir, je n'élude pas le sujet – on a également la question des relations commerciales internationales, parce que vous avez vu que l'Europe également a été mise au défi par Donald TRUMP sur un certain nombre de sujets, notamment on se fait imposer des taxes supplémentaires, et donc face… je prends ces deux sujets pour vous dire que finalement ; on est aussi à un moment charnière je pense pour l'Union européenne. Et donc est-on capable oui ou non d'une part d'assurer le fait qu'il y ait une souveraineté qui doit être toujours plus affirmée et, donc, on ne doit pas se laisser imposer des mesures extraterritoriales comme celles des Etats-Unis par exemple ; et par ailleurs est-ce que nous sommes capables d'apporter des réponses efficaces dans le respect du droit européen et international à sujets qui se posent de façon…

MARCELO WESFREID
A combien, à 28 où on fait des groupes plus restreints ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez ça, le Conseil européen le dira. La réunion d'hier, je n'en aurais pas la description aussi pessimiste ou négative que la vôtre. Je pense… si on regarde d'ailleurs les propos du Premier ministre, du président du Conseil italien, il s'est déclaré très satisfait. Donc ça veut dire que les vrais sujets ont été mis sur la table, qu'il a pu y avoir quand même des pistes qui ont été écartées, des pistes qui ont été amenées à être creusées. Et le président de la République l'a dit, c'est une réunion utile et qui va permettre d'avancer aussi sur des voies très concrètes. Il faut renforcer très naturellement les outils permettant de vraiment protéger nos frontières extérieures. Pensez qu'aujourd'hui Frontex, c'est 1.200 collaborateurs, donc l'ambition c'est d'aller 10000 très vite…

INTERVENANT
Donc la réponse c'est quoi, c'est plus d'Europe ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors la réponse c'est plus d'Europe, il faut qu'on gère ce sujet en commun. Le défi il est commun, on doit apporter une réponse commune et c'est là où effectivement… d'ailleurs le président du Conseil italien a une proposition qui est similaire à celle du président de la République, c'est de dire : ceux qui ne jouent pas le jeu et qui n'acceptent pas le fait d'accueillir des personnes qui doivent l'être, à ce moment-là doivent être pénalisés financièrement.

MARCELO WESFREID
Comment on fait très concrètement, comment vous allez pénaliser la Hongrie, comment vous allez pénaliser la République tchèque si elles refusent d'accepter – et ce sera le cas – leurs quotas de migrants ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, l'Europe a été très généreuse lorsque nous avons… nous nous sommes élargis, que nous avons accueilli ces pays qui s'étaient défaits d'une tutelle ô combien oppressante, qui était une tutelle… allez ! Soviétique…

MARCELO WESFREID
On coupera les subventions.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je veux dire c'est qu'à un moment, il faut voir tous les efforts qui ont été faits par l'Europe elle-même pour permettre justement une bonne intégration des pays d'Europe centrale et orientale. Et donc je veux dire, c'est qu'à l'époque on n'a pas chipoté ; et aujourd'hui on doit retrouver cette solidarité européenne chez l'ensemble des Etats membres. Et donc c'est ça le débat et vous voyez, le fait que le président du Conseil italien lui-même pose le débat montre que, y compris parmi les gouvernements qui ont parmi leurs membres des partis qui souhaitent remettre en question l'Europe, il y a quand même aussi cette volonté de responsabilité globale.

PATRICE MOYON
Alors est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de paradoxal, les pays les plus opposés aujourd'hui à cet accueil de migrants, ce sont aussi les pays dont la démographie aujourd'hui est en chute, donc ils vont avoir besoin d'accueillir des migrants demain !

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, en fait vous pointez du doigt je crois un paradoxe en fait qui illustre le fait que ce sujet migratoire, il est aussi un peu instrumentalisé. Ne nous cachons pas là aussi derrière notre petit doigt. Ce qui se passe c'est quoi ? C'est que les flux de migration ont été divisés par 20 depuis 3 ans. Aujourd'hui en réalité, le nombre de personnes qui tentent cette traversée est beaucoup moindre que lorsque nous avons dû faire face à un afflux de réfugiés, pour beaucoup d'ailleurs qui relevaient de l'asile à l'époque à cause du conflit en Syrie, qu'en 2015. Et donc si le sujet est aujourd'hui en haut de l'agenda européen, c'est parce qu'un certain nombre de forces en ont fait naturellement un sujet politique. Il ne vous a pas échappé d'ailleurs qu'en réalité, la campagne électorale elle se poursuit en Italie. Lorsque Matteo SALVINI et continue à faire son tour d'Italie, c'est pour faire en sorte que son parti, la Ligue, soit plus fort. Et on voit d'ailleurs qu'il y a un rééquilibrage dans les intentions de vote, voilà. Donc ne soyons pas dupes de cela, apportons des vraies réponses parce que tout simplement au-delà de l'année 2018, il s'agit de s'assurer que la construction européenne se poursuit en bon ordre, parce que… pardonnez-moi, vous savez que ce qui s'est construit patiemment, laborieusement depuis des décennies, en l'occurrence depuis que la fameuse Communauté européenne du charbon et de l'acier dans les années 1950, on a vu tout le temps que ça a pris, tout ça peut se déliter très vite si on y prend garde.

MARCELO WESFREID
Alors cas concret Jean-Baptiste LEMOYNE, il y a un navire affrété par une ONG allemande qui s'appelle le Lifeline, il y a 239 migrants à bord qui… alors c'est le même cas que l'Aquarius, l'Italie refuse qu'il accoste. Est-ce que la France va accepter qu'il accoste dans ses ports ?

CYRIL VIGUIER
On voit les images derrière vous d'ailleurs.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Encore une fois, le président de la République a été clair. Il y a un droit international qui existe, ce droit international humanitaire…

MARCELO WESFREID
Vous dites « la France…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendez !

MARCELO WESFREID
Est trop loin, ce n'est pas à nous de le faire.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il dit que justement, compte tenu des conditions dans lesquelles ces personnes se trouvent, qui parfois sont des conditions un peu d'urgence, il convient que ce soit le port le plus proche, le plus sûr qui puisse les accueillir, c'est du bon sens. Et après, après… regardez la France, lorsque l'Aquarius a accosté en Espagne, la France a dit qu'elle était prête à examiner un certain nombre de situations et aujourd'hui, nous avons une mission de l'Ofpra. Mais à un moment, il faut regarder aussi de quoi on parle, ces personnes si elles doivent être secourues doivent l'être à l'endroit le plus proche naturellement.

CYRIL VIGUIER
Jean Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, est notre invité politique ce matin. Le président de la République renoue avec le Vatican, il rencontrera le Pape demain à Rome. Les catholiques français restent très attentifs aux signaux qu'Emmanuel MACRON pourrait envoyer, il sera fait d'ailleurs chanoine de Latran. Au menu de leurs discussions, j'imagine qu'il y aura aussi les migrants, est-ce que le Pape François est un allié du président de la République dans ce domaine ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez ! Je ne sais si ce sont dans ces termes-là qu'il faut évoquer la relation. Le Vatican est un Etat, c'est par ailleurs une puissance spirituelle, ça n'a échappé à personne…

CYRIL VIGUIER
On connaît les préoccupations du Pape…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et on sait qu'effectivement, le Pape est très sensible à cette dimension-là. Il a d'ailleurs eu des propos déjà forts et je crois que de ce point de vue-là, ça peut inspirer un certain nombre de personnes. Maintenant, on est là dans une tradition qui existe, cette tradition depuis Henri IV en réalité qui fait que les rois, puis les chefs d'Etat naturellement sont faits chanoine de Latran... ;

CYRIL VIGUIER
Non, non, François MITTERRAND avait refusé et François HOLLANDE également.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, non, ils ne se sont pas rendus sur place, mais je veux dire la tradition d'accepter le titre je crois n'a pas véritablement été remis en cause. Mais il y a une histoire très dense qui existe naturellement entre la France avec naturellement le Vatican, compte tenu de… voilà, encore une fois un certain nombre d'éléments historiques. Mais aujourd'hui je crois que le chef de l'Etat… il a dit, il a eu un discours fort justement aux Bernardins…

MARCELO WESFREID
Fort ou trop fort justement, puisque beaucoup de détracteurs disent qu'avec l'Eglise catholique, le chef de l'Etat et à une relation on va dire qui va au-delà d'une laïcité habituel.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
L'Etat est laïque, il n'y a pas de sujet là-dessus, c'est la Constitution. Après la société, elle est faite de femmes et d'hommes qui ont des croyances personnelles, qui ont des engagements philosophiques et ça, je veux dire c'est normal, on ne va pas retirer à chacun sa liberté de croire ou de ne pas croire. Et donc le discours du président de la République aux Bernardins, c'était aussi de dire aux catholiques de France : engagez-vous, engagez-vous dans la vie, dans la vie du pays, dans la vie publique. D'ailleurs beaucoup le font à travers le monde associatif. Mais donc je ne crois pas qu'il faille justement un discours de défiance vis-à-vis des religions, c'est constitutif ou pas selon que les gens croient ou pas de l'âme de chacun.

PATRICE MOYON
Est-ce que la laïcité, la conception française de la laïcité devrait être revisitée aujourd'hui, dans un pays où il y a une proportion importante justement de musulmans, est-ce qu'il faut réfléchir, remettre tout à plat ou pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais c'est-à-dire, qu'est-ce que vous voyez derrière cette remise à plat ; parce qu'il y a des sexes qui existent qui sont assez claires et qui sont des assises fortes…

PATRICE MOYON
Les signes extérieurs, les signes extérieurs sur la place publique si vous voulez de la religion, quelle est la place de la religion aujourd'hui dans un pays où il y a à la fois historiquement les catholiques et une proportion importante de musulmans. Est-ce qu'il faut réfléchir à… est-ce qu'il faut revisiter la laïcité ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois qu'il faut toucher d'une main tremblante justement tout ce qui concerne un certain nombre de règles, qui ont été édictées il y a un peu plus d'un siècle et qui ont fondé quand même je crois ce qui fait la France, la République française aujourd'hui. Et donc naturellement, il faut une application scrupuleuse de la laïcité. Après on ne peut pas… il ne faut pas empêcher les uns les autres d'avoir leurs propres convictions, ce qui compte c'est que chacun puisse le vivre de façon sereine, apaisée. Je crois que c'est ça qui compte aujourd'hui.

MARCELO WESFREID
Vous avez d'ailleurs une réaction, c'est l'actualité de cette nuit, il y a une opération de police très importante, on a arrêté une dizaine de personnes de l'ultra-droite qui préparait semble-t-il des attentats contre des musulmans. Est-ce que vous avez des informations, est-ce que vous avez une réaction particulière ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ça montre que nous avons une direction générale de la Sécurité intérieure qui est très vigilante sur toutes les préparations, les tentatives naturellement de déstabilisation ; et qu'aujourd'hui on peut se réjouir à nouveau que dès les signaux faibles, il y ait eu cette capacité à agir. Gérard COLLOMB a salué le travail de la DGSI. Ça montre aussi qu'il y a des volontés aussi d'en attenter effectivement… apporter des coups à la vie d'autrui semble-t-il. Et cela, ce n'est acceptable dans quelque situation que ce soit naturellement. Nous sommes dans un contexte de vigilance extrême, vous savez de nombreux attentats ont été… tentatives d'attentat ont été déjoués, y compris des attentats eux d'origine vraisemblablement… tentatives islamistes. Et donc on est aujourd'hui dans un moment où on a fait le choix de renforcer d'ailleurs les moyens dédiés à la sécurité des Français. Ce sont 10.000 policiers et gendarmes qui vont être recrutés sur le quinquennat, parce qu'il y a un besoin d'ailleurs de renforcement du renseignement territorial. Et c'est grâce à cela, ça permet d'avoir du renseignement humain qui permet de porter des coups à des gens qui ne veulent pas du bien à la République. Et de ce point de vue-là, je me réjouis que les moyens soient présents parce que depuis trop longtemps, on a cherché à démanteler hélas ! Sous les quinquennats précédents les moyens de la police et de gendarmerie.

MARCELO WESFREID
Le prochain scrutin c'est les européennes, dans quel contexte ça va… quels vont être à votre avis les enjeux et quelles vont être les questions sur lesquelles ça va se jouer ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois qu'on le voit, l'Europe est à la croisée des chemins et donc on va voir qui défend une Europe toujours plus souveraine, toujours plus unie, en tous les cas la République en Marche est vraiment là-dessus, et puis toujours plus démocratique. C'est pourquoi d'ailleurs, le président de la République a souhaité que les Français, les Européens s'expriment sur l'Europe qu'ils veulent. Et donc il y a ces Convention européennes qui se déroulent partout sur le territoire. J'étais moi-même à Fontainebleau à l'invitation de Frédéric VALLETOUX la semaine dernière pour rencontrer une centaine de bellifontains et comme ça échanger sur l'Europe…

MARCELO WESFREID
Quand vous voyez votre ancienne famille politique, les Républicains…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et justement, ce qu'on voit c'est que les Français ont beaucoup d'attentes et que maintenant, il faut porter un projet audacieux, ambitieux, ça sera notre rôle.

PATRICE MOYON
Mais on voit bien que les crispations identitaires, elles traversent l'ensemble des pays européens, mais aussi votre ancienne famille politique, Les Républicains aujourd'hui. L'Allemagne aujourd'hui avec Angela MERKEL qui sous pression avec la CSU, est-ce que la question de l'identité justement, elle ne va pas être au coeur des élections européennes dans un an ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, vraisemblablement, mais d'ailleurs l'identité européenne parlons-en parce que l'Europe c'est aussi l'affirmation d'une puissance. Et une puissance, je pense que tout le monde se reconnaît dans cette volonté d'avoir une Europe XXL qui permette de peser face à des grands ensembles, de faire en sorte qu'on ne soit pas divisé par d'autres. Et donc il y a ce besoin encore une fois de réfléchir et d'apporter des réponses concrètes, efficaces sur les sujets que vous évoquez, le sujet migratoire naturellement. Et c'est pourquoi encore une fois, nous avons tout ce travail depuis l'amont, depuis les pays d'origine jusqu'à l'accueil ici.

CYRIL VIGUIER
Jean-Baptiste LEMOYNE, parlons un peu francophonie. Vous partez au Cameroun je crois dans quelques jours, c'est important la francophonie, c'est un atout pour la France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors oui, justement autant on a le sentiment assez naturel d'être européen, de se projeter dans cet espace quand on est français ; paradoxalement on a moins cette projection spontanée dans un espace francophone. Or le partage de la langue française par de nombreux Etats dans le monde est une chance, une opportunité en matière d'études, en matière professionnelle, en matière culturelle bien sûr. Et donc de ce point de vue-là, le président de la République vous savez a présenté un plan ambitieux le 20 mars dernier sous la coupole de l'Académie française, pour faire en sorte que la francophonie ce ne soit pas quelque chose de désuet, mais vraiment un outil pour le rayonnement de cette culture, de cette langue qui, aujourd'hui d'ailleurs, est irriguée partout dans le monde, puisqu'encore une fois nos amis africains, américains, asiatiques sont parmi les plus grands poètes, locuteurs. Mais encore une fois, ça a beaucoup également d'importance dans la vie concrète, à travers les échanges universitaires, à travers les opportunités économiques.

PATRICE MOYON
Oui mais parallèlement, la France… il y a la tentation aussi de rogner les budgets affectés à ce qui pourrait permettre à la francophonie de rayonner, est-ce qu'il n'y a pas une contradiction ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, en matière par exemple d'enseignement du français à l'étranger, justement nous avons tout un travail qui est conduit pour doubler le nombre d'élèves dans ces réseaux à l'échéance 2030. Et ce n'est pas moins près de 400 millions d'euros qui sont consacrés chaque année par le Quai d'Orsay, c'est le plus gros poste dans notre programme culturel qui est dédié à l'enseignement du français à l'étranger. Donc il y a une volonté vraiment de faire en sorte que le français continue à être une grande langue internationale et une grande langue parlée sur tous les continents.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès de Jean-Yves LE DRIAN, la répartition se passe bien ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais tout à fait, vous savez on n'est pas de trop avec Nathalie LOISEAU et Jean-Yves LE DRIAN pour pouvoir démultiplier la voix du président de la République, sachant qu'il y a une attente très forte de France à l'international. Le président, vous l'avez vu, est très attendu, très sollicité et donc voilà, nous nous démultiplions sur le terrain pour faire en sorte que la voix de la France porte à nouveau dans les institutions internationales, comme auprès de ses partenaires. C'est important parce que le regard de l'extérieur a changé sur la France, et je pense que nous Français devons tous avoir conscience que ce regard ayant changé sur nous, nous devons changer le regard que nous portons sur nous-mêmes. Parce que nous avons de nombreux atouts, vraiment énormément pour avancer et donc ne pas sombrer parfois dans un déclinisme que nous avons pu connaître, il y a quelques années, c'était avant la campagne présidentielle. Je crois qu'aujourd'hui il y a un regain d'optimisme, nous devons avoir confiance en nous et aller de l'avant.

CYRIL VIGUIER
Merci Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès de Jean-Yves LE DRIAN, d'avoir été notre invité politique ce matin. Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juin 2018

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