Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 26 juin 2018, sur le service national universel, la rencontre entre le président de la République et le pape et la politique européenne de l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 26 juin 2018, sur le service national universel, la rencontre entre le président de la République et le pape et la politique européenne de l'immigration.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez donc ce matin le secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre et Porte-parole du gouvernement, Benjamin GRIVEAUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être dans ce studio de RTL. D'abord une question d'actualité dont il a été largement déjà question sur l'antenne ce matin : est-ce que vous confirmez que le Service national universel, qui sera en Conseil des ministres demain matin, concernera les jeunes à 16 ans, pour un mois, obligatoire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Les diverses grandes orientations seront annoncées demain en Conseil des ministres, c'est le Premier ministre qui se chargera de cette communication demain, et donc a priori on s'oriente vers, a minima, une période d'un mois, autour de l'âge de 16 ans, et puis ensuite il y a différentes modalités qui vont être mises en place, des gens qui pourront faire des périodes plus longues en fonction de leurs envies, que ce soit dans le domaine associatif, dans le domaine militaire, dans le domaine civil, dans le domaine sanitaire, et donc c'est aussi la raison pour laquelle il y aura une consultation qui s'ouvrira à partir de l'automne, pour voir avec les organisations de jeunesse, avec les jeunes eux-mêmes, comment est-ce qu'on peut construire les choses qui soient à la fois le moyen de créer ce creuset républicain, de recréer ce moment autour de la Nation, du vivre ensemble et d'y apprendre par exemple les premiers gestes qui sauvent, d'y apprendre aussi un peu de notre citoyenneté, et puis comment cela va se décliner par la suite.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà, la consultation permettra de construire ce qu'on met dans ce mois, mais d'après les Echos, un mois donc obligatoire. Vous dites quoi ce matin ? Les arbitrages ne sont pas terminés, ou effectivement c'est…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous dis : les arbitrages ne sont, par définition, jamais terminés, puisque les annonces seront faites demain et nous avons des consultations qui seront faites avec l'ensemble des organisations de jeunesse. Notre signature c'est que nous consultons et que nous concertons sur chaque texte, et donc celui-là comme les autres, sera le lieu de la consultation avec les organisations de jeunesse.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et la règle c'est que le porte-parole ne coupe pas l'herbe sous le pied du Premier ministre qui fera les annonces demain matin, en Conseil.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce n'est pas la règle, c'est la courtoisie, voyez. Voilà.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est la courtoisie, on a bien compris. Emmanuel MACRON aura un tête-à-tête sans doute courtois et au-delà avec le Pape ce matin, puis il recevra son titre de Chanoine de Latran, tout ça est à Rome. Hier, dans le journal La Croix, Alexis CORBIERE disait qu'il fallait rompre avec cette tradition d'ancien régime. Emmanuel MACRON ne rend pas service à la République.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, c'est un titre laïc et je vois bien la polémique qu'essaie d'instrumentaliser Alexis CORBIERE, il ne sait faire que cela, et donc il poursuit dans ses attaques permanentes. J'attends encore les propositions de monsieur CORBIERE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne pouvez pas admettre que ceux qui sont très attachés à une forme de laïcité et de neutralité absolues de la République, soient un peu chiffonnés, soient un peu froissés ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est un titre laïc. C'est un titre parfaitement laïc, donc le sujet, franchement c'est de la mauvaise polémique. Enfin, Alexis CORBIERE nous y a habitués, donc on a encore quatre années à subir les mauvaises polémiques d'Alexis CORBIERE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais, vous savez que ce choix, et vous le savez mieux que moi, d'accepter le titre de Chanoine de Latran avait été récusé par, par exemple Georges POMPIDOU, également François MITTERRAND, François HOLLANDE. Est-ce que c'est pour se faire pardonner, par les catholiques, l'extension de la PMA à toutes les femmes, qu'Emmanuel MACRON est aujourd'hui à Rome ? C'est une question que se posent certains.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je pense que vous faites des raccourcis entre des sujets qui n'ont absolument rien à voir, et donc je vous suggère que nous les prenions…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas d'arrières pensées ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, très franchement, il n'y a pas d'arrière-pensées sur ce sujet, on va chercher un titre laïc, et c'est ce que fera le président de la République, aujourd'hui, auprès du Pape.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur les migrants, ils ne sont pas tout-à-fait sur la même longueur d'ondes, Benjamin GRIVEAUX, le Pape prêche un accueil inconditionnel. La question qui se pose aujourd'hui à la France, c'est : est-ce qu'elle va accueillir le Life Line qui a secouru plus de 230 migrants et qui reste depuis bloqué a large de Malte ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La France n'a jamais remis en cause l'accueil inconditionnel. Le président de la République s'est entretenu hier avec le Premier ministre maltais, et si une solution européenne semble se dessiner, à l'heure où je vous parle, vous savez que dans ce domaine, prendre les choses avec précaution et la solution européenne serait un débarquement à Malte, la France sera prête, comme elle l'a dit et comme elle l'a fait avec l'Espagne, la seule, il y a une dizaine de jours, a envoyé une équipe sur place pour traiter les demandes de manière individuelle. Mais je vais vous dire, à nouveau, nous sommes dans une situation d'urgence et donc il faut répondre par l'urgence, il nous faut pour cela nous trouver des solutions pérennes, parce que ce type d'épisode dramatique sur le plan humanitaire, va être amené à se reproduire. Je veux dire une chose, et je veux juste rappeler un chiffre. Nous avions 1,8 million de franchissement de frontières européennes illégal, en 2015, aujourd'hui en 2017, on est à un petit peu plus de 200 000, ça a donc été divisé par 9.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais nous ne sommes plus dans une situation de crise migratoire comme nous avons été.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais, la crise, elle est politique, avant d'être migratoire, elle est politique et la France portera au Conseil européen qui se tiendra à la fin de cette semaine, des propositions très concrètes. Parce qu'il faut qu'on puisse intervenir tout au long de la chaîne…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va y venir, c'est intéressant…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je veux qu'on y passe du temps ce matin, c'est important.

ELIZABETH MARTICHOUX
Benjamin GRIVEAUX, ce que vous nous dites, d'abord, c'est qu'une solution maltaise se dessine…

BENJAMIN GRIVEAUX
Semble se dessiner à l'heure où je vous parle.

ELIZABETH MARTICHOUX
… après que Malte a refusé, finalement il n'accepterait d'accueillir le Life Line.

BENJAMIN GRIVEAUX
A l'heure où je vous parle, c'est ce qu'il semble se dessiner.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça c'est intéressant, puisqu'on apprend par votre bouche que ces migrants pourraient avoir un port d'accueil. Matteo SALVINI, le ministre de l'Intérieur italien, avait refusé, et l'a répété plusieurs fois et il a attaqué le président français, une nouvelle fois hier, en disant qu'il est proportionnellement 15 fois plus méchant que ORBAN, le Premier ministre hongrois, puisque lui, Emmanuel MACRON, ne respecte pas le quota de réallocation des migrants en Europe. Réallocation, c'est-à-dire l'accueil des migrants, comme le voudrait la règle européenne. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi je ne suis pas dans une bataille de communication. Manifestement, moi je n'instrumentalise…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est cela, c'est une bataille de communication ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne veux pas instrumentaliser ce sujet est trop sérieux sur lequel l'Europe est en train de se fracasser. Nous on fait dans l'action gouvernementale, on n'est pas dans de la com, comme l'est le ministre de l'Intérieur italien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'est vrai, les chiffres cités par SALVINI, correspondent dans l'ensemble à la réalité.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, écoutez, la France a enregistré depuis le début de l'année, 26 000 demandes, l'Italie 18 000, l'Espagne quelques milliers. Quant à la Hongrie monsieur ORBAN, bien peu. Donc, arrêtons.

ELIZABETH MARTICHOUX
635. La France et l'Espagne réclament des centres fermés, Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, c'est là le sujet principal du Conseil…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un, je l'entendais encore hier, les Français ne comprennent pas tous ce mot de « fermé ».

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est là l'un des sujets principaux du Conseil européen. C'est très simple. Je vais vous dire de quoi il s'agit. Aujourd'hui, nous avons des centres, quand on arrive sur les côtes italiennes, qui sont des centres ouverts, sous autorité italienne. Nous on veut des centres fermés sous autorité européenne, parce que par définition, et c'est en cela qu'il faut venir aider les pays qui ont un sentiment d'abandon, comme l'Italie, et ça c'est lié malheureusement aux Accords de Dublin, et donc au fait que quand vous entrez dans le pays, vous êtes aujourd'hui dans un centre qui est ouvert, ce qui fait que vous avez évidemment des départs et donc un sentiment de ne pas pouvoir maîtriser les flux d'entrants. Donc nous on propose des centres européens fermés, qui peuvent permettre donc de dire à ceux qui y arrivent, si oui ou non ils sont éligibles à obtenir l'asile et un titre d'Asie, s'ils ne le sont pas, de pouvoir les éloigner, et s'ils le sont, de pouvoir les répartir sur le sol européen. C'est l'une des propositions que portera la France, que le président de la République a formulée déjà il y a plusieurs mois, mais que portera la France au Conseil européen, auprès de ses partenaires. Ça c'est une solution durable. Il y a d'autres solutions, il y a d'autres enjeux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais où Benjamin GRIVEAUX ? L'Italie, par exemple, qui accueille sur ses côtes, ne le veut pas, ne le veut pas.

BENJAMIN GRIVEAUX
Les centres d'accueil par définition… Mais c'est un travail…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ne veut pas de ces centres fermés.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais à nouveau c'est le sujet qui sera discuté au Conseil européen, on peut partir du principe qu'on n'arrive jamais à avancer sur rien, c'était le renoncement des 20 dernières années en Europe, tout est toujours trop compliqué, on n'arrive jamais à rien faire. Vous voyez que par exemple sur le budget, on a pu avancer la semaine dernière avec les Allemands, en franco-allemand. Donc on doit pouvoir aussi avancer sur cette question centrale qui est la question de la question migratoire, à la fois sur la question des centres d'accueil fermés. Deuxièmement, sur le renforcement des moyens de FRONTEX, et donc des gardes-frontières européennes. Troisièmement sur le travail fait dans les pays, dits de départ, dans les pays dits de transit. Les pays de départ, il faut les stabiliser politiquement et les développer. Regardez en Libye, on a stabilisé politiquement, on a pu fixer, il y a 80 % de départs en moins des côtes libyennes, vers l'Italie. 80% en moins entre le premier semestre 2017 et le premier semestre 2018. Donc, quand l'Europe travaille ensemble, de manière coordonnée, quand on sort des égoïsmes nationaux, nous avons des résultats. C'est cela aussi que nous disons à Matteo SALVINI, il aura des résultats moins bons en restant dans ses frontières, seul, parce que c'est un sujet sur face auquel l'Europe doit faire face unie, de manière coordonnée. Si ça n'est que des comportements individuels, eh bien le problème se reposera ad vitam aeternam.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes optimiste sur la perspective de trouver un accord sur cette question précise des centres fermés, qui est assez nouvelle comme proposition ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, par définition, moi je suis un optimiste, je préfère voir le verre à moitié plein qu'à moitié vide. Je sais que ça n'est pas de bon aloi par les temps qui courent, mais je suis un optimiste et je suis certain que la France portera ses propositions, les portera avec d'autres pays européens, puisque que c'est là que réside la solution à ce problème migratoire auquel nous faisons face depuis de nombreuses années.

ELIZABETH MARTICHOUX
On suivra ça, c'est très important, ce sommet européen, 28/29 juin. La métropole de Lyon a-t-elle participé financièrement à la campagne d'Emmanuel MACRON ? Une plainte ou plutôt une enquête préliminaire a été ouverte après le dépôt d'une plainte. Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Après le dépôt d'une plainte par le bras droit de Laurent WAUQUIEZ. Bon. Et donc comme il y a une enquête préliminaire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous parlez de Philippe COCHET, le président du groupe LR de la métropole.

BENJAMIN GRIVEAUX
Philippe COCHE, voilà, le bras droit de Laurent WAUQUIEZ à la Région.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une plainte politique ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, je vous laisse juger. En tout cas c'est une enquête préliminaire, donc par définition je n'ai pas vocation à m'exprimer sur les enquêtes en cours.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que c'est une manoeuvre politique, Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous laisse faire. La conclusion, c'est déposé par le principal bras droit de Laurent WAUQUIEZ, dont il ne m'a pas échappé qu'il n'est pas un membre de la majorité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'avez pas apprécié le coup de griffe de François PINAULT qui cite, cité dans Le Monde, dit du président qu'il ne comprend pas, Emmanuel MACRON, les petites gens. Il y a démenti.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il a démenti, dont acte s'il dément.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous lui pardonnez ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, aujourd'hui le président de la République va au Vatican, c'est le jour du pardon, donc ce sera Le Grand Pardon, voyez.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.

YVES CALVI
Le service universel a minima un service d'un mois, dès l'âge de 16 ans, mais dont toutes les modalités seront officiellement annoncées demain par le Premier ministre Edouard PHILIPPE. Concernant le Life Line et ses 234 migrants, une solution est finalement envisagée avec l'île de Malte, et quoiqu'il arrive, la solution est européenne à toutes ces questions relatives aux migrants, vient de nous dire le Porte-parole du gouvernement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juin 2018

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