Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 26 juin 2018, sur l'interdiction d'objets en plastique, l'Union européenne face aux migrations et sur la rencontre entre le président de la République et le pape. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Radio Classique le 26 juin 2018, sur l'interdiction d'objets en plastique, l'Union européenne face aux migrations et sur la rencontre entre le président de la République et le pape.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire

ti :

GUILLAUME DURAND
Nous sommes en direct, d'abord, bienvenue à vous tous qui nous rejoignez sur Paris Première avec Brune POIRSON. Bonjour. Bienvenue.

BRUNE POIRSON
Bonjour Guillaume DURAND.

GUILLAUME DURAND
Vous êtes secrétaire d'Etat donc auprès de Nicolas HULOT, chargée des problèmes évidemment d'écologie, députée de la 3ème circonscription du Vaucluse. Et nous allons parler de tous les sujets qui vous concernent, et de la situation politique. La situation politique dans les journaux ce matin, c'est beaucoup les comptes de campagne d'Emmanuel MACRON, donc accusé d'un soutien, comment peut-on dire, un peu trop appuyé de Gérard COLLOMB, de la mairie de Lyon lorsqu'il était ministre de l'Economie ; vous répondriez quoi à ces accusations de l'opposition ?

BRUNE POIRSON
Moi, ce que je vois, c'est que c'est une question surtout très locale, on a des élections municipales qui arrivent, ça ne vous aura pas échappé, Guillaume DURAND, et c'est une opposition locale qui relance des polémiques politiciennes très locales auxquelles, je sais…

GUILLAUME DURAND
La justice est saisie quand même !

BRUNE POIRSON
C'est pour ça que je ne vais pas d'abord me prononcer sur une procédure judiciaire qui est en cours en tant que membre de l'exécutif, et ensuite, peut-être ce que j'ai à dire sur cette question-là, c'est que c'est une question politique locale où des élus locaux LR tentent d'exploiter à des fins politiciennes des polémiques auxquelles nous avons déjà répondu.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais c'est-à-dire que, est-ce que c'est quand même normal que le maire de Lyon mette une partie de la mairie, de ses services au service d'un candidat ?

BRUNE POIRSON
Attendez, il n'y a absolument rien qui est avéré, il y a une procédure judiciaire en cours, je ne crois pas que ça soit utile ici, je vous l'ai dit, en tant que membre de l'exécutif, de détailler ça et de commenter et d'y aller de mon petit commentaire.

GUILLAUME DURAND
C'est dans tous les journaux ce matin. Ce Conseil européen où il est question de l'interdiction des objets en plastique qui ne servent qu'une seule fois, comme par exemple les pailles, ça fait partie des combats, parce qu'on sait, quand on va à la plage, qu'il y a tous ces objets en plastique qui traînent, et que c'est donc extrêmement polluant, est-ce que dans ce domaine, vous avez l'impression qu'on va obtenir des résultats ?

GUILLAUME DURAND
C‘est vrai que, en France, actuellement, on mène une réflexion sur l'interdiction d'objets comme les pailles en plastique par exemple…

GUILLAUME DURAND
Les services en plastique, les assiettes en plastique…

BRUNE POIRSON
Les couverts, les gobelets, les verres et les assiettes en plastique vont être interdits en France à partir du 1er janvier 2020. Donc on voit sur la question plus globale, parce que là, on parle de l'interdiction des plastiques à usage unique, c'est fondamental, et la France a pris de l'avance là-dessus, puisque dès le 1er janvier 2020, comme je vous le disais, la vaisselle en plastique, par exemple, va être interdite. Mais au-delà de ça, je crois que ce que la France souhaite, et la France est très moteur sur cette question-là au niveau européen, c'est de faire en sorte que nous accélérions la montée, si je puis dire, vers une économie circulaire, une économie circulaire, c'est une économie dans laquelle les déchets sont des ressources. Aujourd'hui, notre société, notre mode de production et de consommation est fondé sur un modèle qui est très linéaire, c'est-à-dire où on extrait des ressources de la planète, on en extrait d'ailleurs trop, pour produire, elles mettent sur le marché des produits, qu'on a parfois simplement quelques secondes dans les mains, et puis, qui finissent à la poubelle, qui finissent dans un trou, enterré en terre. Et c'est cette aberration-là à laquelle nous souhaitons mettre fin en faisant du déchet, une ressource, c'est-à-dire la source d'un nouveau produit. Et ça, ça suppose de mettre en place des vraies politiques industrielles qui vont être aussi sources d'emplois en France, en Europe, par exemple, en France, l'économie circulaire, c‘est un potentiel…

GUILLAUME DURAND
Et sur ce thème-là, vous pensez que vous allez avoir un accord…

BRUNE POIRSON
De 300.000 emplois. Et au niveau européen, à l'occasion de ce Conseil-là, la France a été très moteur sur le thème de l'économie circulaire, et nous voulons que la Commission européenne fasse comme la France, c'est-à-dire interdise un certain nombre de plastiques à usage unique, comme les sacs plastiques fins, comme les pailles, comme les couverts en plastique, mais nous souhaitons aussi que la Commission européenne aille encore plus loin, par exemple sur la question des microbilles…

GUILLAUME DURAND
Mais les interdire, pardonnez-moi d'être direct, parce que ce sont des choses qui concernent beaucoup de gens qui font du camping ou qui, comme moi, peuvent boire une canette de soda après avoir couru. C'est interdit, interdit, c'est-à-dire que…

BRUNE POIRSON
Mais il y a des substituts, on ne va pas interdire des produits qui…

GUILLAUME DURAND
Parce que la paille, en été, c'est un produit magique !

BRUNE POIRSON
Oui, mais vous savez, il y a d'autres… c'est un produit, alors deux choses, d'abord, il y a des produits de substitution, il y a d'autres types de paille, que des pailles en plastique, et puis, c'est un produit magique, mais c'est aussi un produit qui se retrouve beaucoup dans l'estomac des animaux dans nos rivières, partout…

GUILLAUME DURAND
Oui, au bord de la mer…

BRUNE POIRSON
Et en Mer du Nord, par exemple, 94 % des oiseaux ont du plastique dans l'estomac, ça, ça a des vraies conséquences sur la santé humaine, et c'est pour ça que la France veut que la Commission européenne aille encore plus loin. Sur la question par exemple des microbilles de plastique, je ne sais pas, Guillaume DURAND, si vous êtes un fervent utilisateur de produits cosmétiques exfoliants…

GUILLAUME DURAND
Pas vraiment…

BRUNE POIRSON
Pas vraiment. Notez que certains de nos auditeurs le sont, mais ce sont des produits qu'on utilise donc par définition pour exfolier la peau dans la douche, et puis, ensuite, quand on se rince, eh bien, ces microbilles de plastique, qui sont contenues dans ces produits exfoliants, se retrouvent dans les canalisations. Elles arrivent jusque dans les stations d'épuration, et puis, elles ne sont pas toujours filtrées, parce qu'elles sont extrêmement fines, et elles se retrouvent ensuite dans nos rivières, puis, dans la mer et dans les océans et jusque dans les estomacs des poissons, qu'ensuite, vous risquez de manger à midi, Guillaume DURAND. Je dis ça sur le ton peut-être un peu léger…

GUILLAUME DURAND
Non, c'est la politique…

BRUNE POIRSON
Mais c'est un vrai problème, c'est une vraie question, et nous voulons que l'Europe soit moteur sur cette question-là.

GUILLAUME DURAND
Je voudrais qu'on écoute un extrait de Matteo SALVINI, donc le ministre de l'Intérieur italien, on va parler évidemment des migrants, de la rencontre d'Emmanuel MACRON avec le Saint-Père, Matteo SALVINI, qui a eu des mots très, très durs, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça chauffe entre lui et Emmanuel MACRON.

MATTEO SALVINI – TRADUCTION
On me dit qu'ORBAN ne remplit pas ses obligations de la relocalisation pour 300 personnes, mais la France du bon MACRON, elle ne remplit pas ses obligations à hauteur de 9.000 personnes. Si ORBAN est méchant, MACRON est quinze fois plus méchant.

GUILLAUME DURAND
Voilà pour les Italiens, qui sont en train de faire exploser l'Europe. Il y a un Conseil européen donc à partir de demain, très important, un grand sommet avec les 28, au fond, on est, globalement, nous, les Français, et MACRON, le premier, d'épouvantables donneurs de leçons, vous lui répondriez quoi ce matin ?

BRUNE POIRSON
Deux choses, d'abord, la première, c'est qu'en Europe, il n'y a pas de pays ennemis, c'est même à la base… c'est ce qui fonde l'Union européenne. Et nous voir, entre pays européens, comme des ennemis, c'est revenir en arrière, et revenir en arrière à des périodes de l'histoire qui nous ont emmenés à la guerre, premièrement, et ça, à des fins électoralistes, c'est absolument intolérable. Deuxièmement…

GUILLAUME DURAND
Qu'est-ce qui est intolérable, SALVINI, donc SALVINI, les propos de SALVINI sont intolérables ?

BRUNE POIRSON
Ce sont les propos de certains populistes, et là, dans ce cas précis-là, faire de la France un pays ennemi et avoir une rhétorique belliqueuse vis-à-vis d'un pays européens voisin, membre de l'Union européenne avec lequel nous avons réalisé beaucoup de choses dans énormément de domaines, je crois que les questions de politique nationale, populiste à des fins électoralistes doivent être dépassées pour l'intérêt de l'Union européenne, de façon plus générale, parce que c'est ensemble que nous trouverons des solutions. Et puis, deuxième chose aussi, nous n'avons pas de leçons à recevoir de l'Italie. La France, au cours des six derniers mois…

GUILLAUME DURAND
Mais eux sont en train de dire que nous leur donnons des leçons, pardonnez-moi de vous interrompre, mais quand on parle de lèpre nationaliste, il est normal… enfin, il est normal, il n'est pas normal, mais vous imaginez bien que les Italiens qui ont un nouveau gouvernement ne vont pas se laisser traiter…

BRUNE POIRSON
Mais encore une fois, regardons la réalité, la réalité, c'est qu'on n'a pas de leçons à recevoir de l'Italie. On a reçu en France, nous sommes le deuxième pays en Europe à avoir reçu le plus de migrants au cours de ces six derniers mois, et ce qu'on voit, c'est que, il y a une exploitation de la migration, de ces questions migratoires à des fins purement politiques et électoralistes. C'est ça la réalité aujourd'hui, et moi, quand j'entends Marine Le Pen qui nous dit qu'elle souhaiterait que les dirigeants français parlent comme certains dirigeants européens, eh bien, je ne suis pas étonnée de voir qu'elle n'a pas été élue il y a quelques mois, parce qu'elle se contente de surfer sur les peurs plutôt que de proposer des solutions concrètes et réalistes à cette question migratoire. Et c'est pour ça que nous ne sommes pas face à une crise migratoire, nous sommes dans une situation de crise politique.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous avez le sentiment justement qu'Emmanuel MACRON, rencontrant le Saint Père, va essayer de trouver une sorte d'adoubement justement pour sa position concernant les migrants, en tout cas, qu'il pourrait y avoir… enfin, il ne s'agit pas de relation strictement politique, il s'agit aussi de… spirituelle, mais qu'il pourrait y avoir un terrain d'entente justement auprès d'un homme qui vit en Italie, même si c'est un Etat indépendant, le Vatican ?

BRUNE POIRSON
Emmanuel MACRON ne cherche pas et n'a pas besoin de l'adoubement du pape, en revanche, le pape est un leader spirituel qui a une influence majeure sur énormément de pays dans le monde, mais aussi sur des personnes issues de toutes les classes sociales et de tous les milieux, et donc il est important d'avoir un vrai dialogue sur la vision du monde et d'autant qu'il partage certaines préoccupations communes, comme par exemple la question du multilatéralisme ou encore la question migratoire, la question de la tolérance, mais aussi, vous savez, et on n'en parle peut-être pas assez, la question du climat, parce que, Emmanuel MACRON, dès qu'il se déplace à l'étranger, il fait de la question de la protection de l'environnement un des sujets phares qu'il évoque. Et le pape François, en 2015, il a publié une encyclique : « Laudato si' », qui vise à lancer toute une réflexion au sein de l'église catholique sur le rapport à l'environnement. Et ça, je crois que c'est important de le souligner aussi, on était, et dans la tradition de la culture judéo-chrétienne, on est beaucoup dans un rapport de dominé à dominant, c'est-à-dire, l'homme domine la nature ; on voit d'ailleurs dans la genèse où Dieu, ça, c'est une question qui m'intéresse particulièrement, mais, où Dieu demande à l'homme d'assujettir la nature, et je crois qu'il y a une réflexion qui est menée sur la question climatique, environnementale, menée et lancée, et le pape a eu le courage de le faire, pour peut-être redéfinir les rapports entre la nature et l'homme. Et je crois que ça, ce sont des sujets fondamentaux de réflexion et de discussions entre le pape et le président.

GUILLAUME DURAND
Merci. Brune POIRSON était l'invitée politique de la matinale, donc, elle est secrétaire d'Etat auprès de Nicolas HULOT, et députée de la 3ème circonscription donc du Vaucluse.

BRUNE POIRSON
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juin 2018

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