Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Radio Classique le 28 juin 2018, sur la réforme de la SNCF, Air France et le financement du projet de loi d'orientation des mobilités (non-recours à l'écotaxe). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à Radio Classique le 28 juin 2018, sur la réforme de la SNCF, Air France et le financement du projet de loi d'orientation des mobilités (non-recours à l'écotaxe).

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, BLANC Renaud .

FRANCE. Ministre des transports;

ti : RENAUD BLANC
Tout de suite l'invitée de Radio Classique et de Paris Première. Elisabeth BORNE, ministre des Transports, vous avez avec beaucoup d'intérêt la chronique de Guillaume TABARD, est-ce que la montagne a accouché d'une souris sur ce service national universel deux fois 15 jours, on imaginait quelque chose peut-être de plus ambitieux il y a quelques mois ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, on peut toujours voir le verre à moitié plein, je pense que l'engagement il a été tenu et il répond à une volonté forte effectivement d'avoir plus de brassage dans le pays, de contribuer de cette façon à garantir la cohésion sociale du pays, à faire un brassage aussi géographique - et je pense que c'est très important quand on sait qu'il y a beaucoup de concitoyens qui sont un peu assignés à résidence - maintenant il y a une concertation qui va s'ouvrir et, voilà, l'esprit est bien maintenu et ça me semble quelque chose de très important.

RENAUD BLANC
On va parler de la SNCF, dernier jour de la grève unitaire aujourd'hui ce 28 juin, est-ce que vous poussez ce matin un petit ouf de soulagement ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je pense d'abord aux Français qui ont ét très pénalisés par un mouvement long qui avait été conçu pour justement s'inscrire dans la durée…

RENAUD BLANC
Qui est allé jusqu'au bout ?

ELISABETH BORNE
Oui. Aujourd'hui une page est tournée avec la promulgation hier de la loi par le président de la République, on a été au bout de cette réforme en étant fidèles aux grands principes qu'on avait annoncés : l'ouverture à la concurrence, la nouvelle organisation de la SNCF, la fin du recrutement au statut, mais je voudrais souligner qu'on l'a fait dans la concertation, dans le dialogue social, avec les organisations syndicales qui ont souhaité s'inscrire dans cette démarche.

RENAUD BLANC
Ce n'est pas le discours des organisations syndicales, d'ailleurs deux d'entre elles vont continuer la lutte, la CGT…

ELISABETH BORNE
Vous aurez noté qu'elles n'ont pas toutes le même discours.

RENAUD BLANC
C'est vrai. Mais enfin elles sont allées jusqu'au bout, puisque la grève est unitaire jusqu'à aujourd'hui, et deux organisations - la CGT et SUD – continuent le combat avec notamment des grèves prévues le premier week-end des départs en vacances ?

ELISABETH BORNE
Oui. Mais moi je dis quel est le sens de cette grève, alors que la loi est votée, qu'elle est promulguée, qu'elle va s'appliquer ? Il y a des négociations qui vont maintenant se tenir…

RENAUD BLANC
C'est irresponsable pour vous de la part de ces deux syndicats ?

ELISABETH BORNE
Moi je pense que ça n'a pas de sens et clairement ça n'est pas la défense du service public, ça n'est pas la défense des cheminots d'appeler à la grève au moment d'un départ en vacances, on attend d'un grand service public comme la SNCF qu'il soit aux côtés des Français tous les jours - et beaucoup de Français, quatre millions de Français prennent le train chaque jour - mais aussi au moment des départs en vacances, on peut se rappeler que la SNCF elle est née en même temps que les congés payés, donc accompagner les Français qui partent en vacances c'est dans son ADN, donc moi j'appelle chacun à la raison, il n'y a plus de discussion aujourd'hui, la réforme elle est votée et on a plusieurs mois maintenant pour négocier la convention collective.

RENAUD BLANC
Ça va se jouer, beaucoup de choses vont se jouer, 18 mois justement de négociations, vous allez suivre ça évidemment de très, très près, c'est un gros dossier ?

ELISABETH BORNE
Evidemment la discussion elle se poursuit maintenant au niveau de la branche, on a des garanties importantes qui sont données dans la loi aux cheminots et puis il y a un nouveau cadre social qui doit se construire au niveau de la branche, c'est maintenant aux partenaires sociaux de bâtir ce nouveau cadre social et, personnellement, moi je resterai très attentive au bon déroulement de ces négociations pour achever ce cadre social de l'ensemble des futurs cheminots.

RENAUD BLANC
Justement vous parlez des organisations, elles vous ont beaucoup critiqué pendant ces négociations vous trouvant trop intransigeante certains d'ailleurs ont remis en cause votre légitimité, en disant : « nous on veut parler avec le Premier ministre », c'était difficile ou pas à vivre ces quatre mois de négociations, non négociations pour les syndicats, disent-ils ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que ceux qui ne voulaient pas négocier n'ont pas négocier, ceux qui ont été dans le dialogue ont permis des avancées importantes pour les cheminots, notamment le transfert prioritairement sur la base du volontariat, le maintien intégral de la rémunération - donc celles qui ont voulu être dans le dialogue ont pu obtenir des avancées pour les cheminots - d'autres sont vraiment dans le refus de la réforme, dans l'immobilisme, évidemment celles-là effectivement n'ont pas trouvé que le dialogue était fructueux puisque leur objectif c'était l'abandon de la réforme.

RENAUD BLANC
400 à 450 millions d'euros c'est le coût de la grève, c'est le chiffre que vous…

ELISABETH BORNE
C'est le coût de la grève, c'est effectivement préoccupant pour la SNCF, en tout cas c'est effectivement une perte importante. Mais moi je vous dis je pense d'abord à nos concitoyens qui ont été très pénalisés pendant cette période, aussi aux entreprises qui ont souhaité s'appuyer sur du fret ferroviaire, qui ont été pénalisées, moi j'entends souvent les mêmes organisations syndicales nous dire qu'il faut relancer le fret ferroviaire - dans cette période on a fragilisé le fret ferroviaire - moi je crois dans ce dans ce mode de transport, j'ai présenté des éléments pour relancer le fret ferroviaire, mais il faut être clair cette grève elle a été très pénalisante pour nos concitoyens et pour les entreprises qui veulent s'appuyer sur le ferroviaire.

RENAUD BLANC
Elisabeth BORNE, la loi ferroviaire vous le rappelez a été promulguée hier par le chef de l'Etat, c'est un succès politique incontestable pour le gouvernement, pour la majorité, mais aujourd'hui beaucoup estiment que l'entreprise est cassée, on parle d'un climat délétère à la SNCF ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'on peut aussi effectivement avoir des propos de ce type comme les organisations syndicales qui ont critiqué la réforme tout au long de la réforme et contesté son principe…

RENAUD BLANC
Il n'y a pas que les organisations syndicales qui parlent de climat délétère aujourd'hui à la SNCF.

ELISABETH BORNE
Je pense que le dialogue social doit être relancé au sein de l'entreprise, l'entreprise a présenté un agenda social - là encore elle en discute avec les organisations syndicales qui sont dans le dialogue - et cette discussion elle va se poursuivre dans les prochains mois pour présenter un nouveau projet d'entreprise, évidemment ce dialogue social dans l'entreprise est très important.

RENAUD BLANC
Et c'est toujours Guillaume PEPY qui est l'homme de la situation pour vous ?

ELISABETH BORNE
C'est Guillaume PEPY qui a conduit la réforme au sein de la SNCF et qui va porter le projet d'entreprise.

RENAUD BLANC
Après le train, l'avion, Elisabeth BORNE, AIR FRANCE se cherche toujours un patron, quel est pour vous le portrait type du prochain patron d'AIR FRANCE ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est quand même au comité des nominations de faire ce choix…

RENAUD BLANC
Vous avez bien une idée ?

ELISABETH BORNE
Non. Je pense que c'est important qu'on ait un professionnel du transport aérien, d'abord c'est un domaine assez particulier, on est dans un domaine très compétitif, AIR FRANCE – KLM est dans une compétition mondiale, et je pense que c'est important qu'on trouve quelqu'un qui soit un spécialiste du domaine aérien et qu'il puisse prendre au plus vite les commandes de la compagnie qui a des défis importants devant elle.

RENAUD BLANC
Et est-ce que l'Etat doit rester au capital d'AIR FRANCE pour le bien j'allais même dire de l'entreprise ?

ELISABETH BORNE
Pour l'instant la question ne se pose pas, le sujet du moment c'est de retrouver un patron pour AIR RANCE qui…

RENAUD BLANC
Et ça ne sera pas Philippe CAPRON, donc si je vous comprends bien, l'actuel directeur financier de VEOLIA ?

ELISABETH BORNE
Il fait partie des candidats, le processus n'est pas arrivé à son terme…

RENAUD BLANC
Ce n'est pas un professionnel du secteur, si je vous comprends bien ?

ELISABETH BORNE
Je vous le confirme ! Et, donc, le comité des nominations va poursuivre son travail.

RENAUD BLANC
AIR FRANCE est en danger ou pas pour vous ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut que tous les salariés d'AIR FRANCE soient bien conscients qu'on est dans une compétition mondiale, où les concurrents ne feront pas de cadeau à AIR FRANCE, la compagnie - sous l'impulsion de Jean-Marc JANAILLAC - a eu des très bons résultats en 2017, en tout cas des résultats en progression en 2017, mais elle reste moins compétitive que ses grands concurrents, y compris européens, je pense à LUFTHANSA, à BRITISH AIRWAYS, et, donc, il y a un défi important à relever par AIR FRANCE.

RENAUD BLANC
Il y a un nom aussi qui circule, c'est celui de Christian BLANC, qu'est-ce que vous en pensez ?

ELISABETH BORNE
Je ne pense pas que Christian BLANC soit candidat à revenir à la tête de la compagnie qu'il avait dynamisé il y a quelques années, mais voilà maintenant c'est une nouvelle page et il faut que le processus maintenant aille à son terme.

RENAUD BLANC
Et il faut qu'il aille vite ce processus, vous avez…

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est dans l'intérêt de tout le monde si l'on peut avoir trouvé le nouveau patron de la compagnie dans le courant du mois de juillet, je pense que ce sera bien pour tout le monde.

RENAUD BLANC
Un mot sur le projet de Loi d'Orientation des Mobilités. Le projet LOM verra-t-il le jour, c'est la question que l'on se pose parce qu'il est constamment retoqué, on est passés de 150 à 80 articles, une vignette pour les poids lourds qui rapporterait 500 millions d'euros par an, c'est toujours à l'ordre du jour ou pas ?

ELISABETH BORNE
Ce projet de loi ira évidemment à son terme parce qu'il est essentiel pour répondre aux difficultés que beaucoup de Français rencontrent tous les jours pour se déplacer et vous savez que 1 Français sur 4 a refusé un emploi ou une formation parce qu'il n'avait pas de possibilité de s'y rendre, donc c'est un enjeu majeur à la fois dans les territoires peu denses où on a souvent pas d'alternative à la voiture et puis autour des grandes métropoles où nos concitoyens passent beaucoup de temps dans les embouteillages, donc cette loi elle vise à donner tous les outils aux collectivités locales pour répondre au plus près aux besoins de nos concitoyens.

RENAUD BLANC
Et quand on parle de nouvelles écotaxes, est-ce que vous craignez un mouvement comme celui des Bonnets rouges dans les semaines et les mois qui viennent ?

ELISABETH BORNE
Je le dis très clairement il n'est pas question de refaire l'écotaxe, il y a eu suffisamment d'épisodes sur l'écotaxe, donc nous ne referons pas l'écotaxe. On doit sortir là aussi de promesses non financées, vous savez moi quand je suis arrivée il y a un an à la tête de mon ministère j'ai trouvé 10 milliards d'euros d'engagements non financés, donc il y a vraiment un enjeu de crédibilité de la parole de l'Etat quand on a des engagements non financés de ce type-là, donc un volet de cette Loi d'Orientation des Mobilités ça sera une programmation des infrastructures pour dire clairement quels projets vont être réalisés dans les prochaines années et comment on les finance. La réflexion est effectivement en cours sur la façon dont on peut faire contribuer les poids lourds en transit et beaucoup de vos auditeurs qui vivent le long des routes nationales, qui voient passer des files de poids lourds, peuvent avoir envie comme moi que les poids lourds en transit puissent financer nos infrastructures.

RENAUD BLANC
Dernier sujet, dernière question. Autolib', le fiasco Autolib', qui pour vous est responsable – c'est un dossier qui doit vous intéresser forcément – qui est responsable de ce fiasco ? Est-ce que la responsable s'appelle Anne HIDALGO.

ELISABETH BORNE
Moi, je ne vais pas chercher des responsabilités, je pense que c'est très important qu'on continue à pouvoir développer dans une grande métropole comme Paris des services, du vélo en libre-service, de l'auto-partage, encourager la mobilité électrique, donc j'espère qu'une solution sera trouvée et…

RENAUD BLANC
Et l'Etat doit reprendre la main sur ces dossiers aussi complexes ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il n'est pas question que l'Etat reprenne la main, c'est une compétence des collectivités locales, et je pense que c'est fondamental que l'Etat donne des outils aux collectivités locales – c'est ce que je ferai dans le cadre de la Loi d'Orientation des Mobilités – et que les collectivités qui sont au plus près des besoins de nos concitoyens, vous savez les besoins ne sont pas les mêmes si vous êtes à Paris, si vous êtes à Clermont-Ferrand, si vous êtes dans un petit village au centre de la France, donc c'est vraiment essentiel que ce soit les collectivités qui répondent avec les outils qu'on leur donnera aux besoins des citoyens.

RENAUD BLANC
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'avoir été ce matin l'invitée de Radio Classique, la ministre des Transports en direct sur Radio Classique et sur Paris Première, très bonne journée à vous.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juin 2018

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