Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France 2 le 27 juin 2018, sur l'orientation scolaire, Parcoursup et la session 2018 du baccalauréat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France 2 le 27 juin 2018, sur l'orientation scolaire, Parcoursup et la session 2018 du baccalauréat.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

ti :


CAROLINE ROUX
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Alors, vous avez une petite blague ce matin qui tourne sur Twitter, elle est signée Guylain DELMAS. Alors, il vous dit : sujet de philo, c'est quoi l'audace ? L'audace : faire un seul voeu sur Parcoursup. L'élève a eu 20, mais il n'a pas eu de place en fac pour la rentrée. Ça ne vous fait même pas sourire. Est-ce que vous entendez la grogne de ces jeunes-là sur les réseaux sociaux ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, effectivement, on voit sur les réseaux sociaux essentiellement les jeunes qui sont encore en attente ou qui ont encore des difficultés.

CAROLINE ROUX
170.000 ?

FREDERIQUE VIDAL
130.000 qui sont en attente, les autres ont, soit…

CAROLINE ROUX
Ça fait 170 millième…

FREDERIQUE VIDAL
Quitté la plateforme, soit, ont été pris en charge par les commissions rectorales. C'est plus de 80 % qui ont eu en moyenne trois propositions, qui pour certains, un peu plus de la moitié, ont accepté définitivement ces propositions, pour d'autres, sont en train d'attendre les résultats des diverses écoles qui vont arriver dans les prochains jours…

CAROLINE ROUX
Alors, 130.000, les 130.000 qui restent, ce sont les mauvais élèves ?

FREDERIQUE VIDAL
Pas forcément, en fait, le choix a été complètement laissé aux lycéens, et c'est bien toute la différence avec Admission Post-Bac, de dire ce dont ils avaient réellement envie, avec, si je puis dire, un filet de sécurité, que sont les commissions rectorales, puisque ceux qui ont fait des choix dans des filières sélectives notamment et qui finalement avaient peut-être demandé des filières dans lesquelles, dans tous les cas…

CAROLINE ROUX
Ils n'ont pas été reçus…

FREDERIQUE VIDAL
Ils n‘auraient pas été pris. Je rappelle que Parcoursup ne modifie rien pour les filières sélectives, par contre, ce que permet la loi maintenant, c'est qu'ils soient pris d'ores et déjà en charge par les recteurs, on n'attend plus le mois de septembre pour leur faire des propositions.

CAROLINE ROUX
Que doivent faire ceux qui sont sur liste d'attente, là, aussi, il suffit d'aller se balader un peu sur ces réseaux sociaux, ils font des captures d'écran et on voit, genre : vous êtes 4millième sur la liste d'attente, soyez patient. A ceux-ci, qu'est-ce que vous dites ?

FREDERIQUE VIDAL
Eh bien, je dis que le système bouge tous les jours, alors sauf les huit derniers jours, puisque il a été arrêté pendant la période du bac, ce qui fait que les chiffres n'ont pas bougé sur les huit derniers jours, le processus est un processus dynamique, c'est-à-dire qu'au fur à mesure que certains se décident, ils libèrent toutes les places sur lesquelles ils étaient pris ou en attente qui sont à nouveau proposées à d'autres candidats. Donc c'est un système dynamique qui continue à fonctionner, et puis, on a ouvert…

CAROLINE ROUX
Donc pour tous ceux qui sont sur liste d'attente, le message ce matin, c'est : soyez patients, vous serez pris ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, c'est vraiment tout le principe du fonctionnement de cette plateforme…

CAROLINE ROUX
Mais il y a certaines filières qui sont prises d'assaut donc, avec des listes d'attente très longues…

FREDERIQUE VIDAL
Alors, une fois de plus, je crois qu'il faut rappeler que les filières sélectives sont sélectives, et donc, là, évidemment, il n'y a pas de garantie, par contre, sur toutes les filières non sélectives, l'objectif est bien que chacun puisse avoir une place dans la filière de son choix pour la rentrée.

CAROLINE ROUX
Donc là, il y a une nouvelle séquence qui recommence après la fin des examens du bac, c'est une séquence qui s'ouvre pour qui ? Qui est concerné ? Ceux qui ont déjà été acceptés, qui ont déjà obtenu des voeux qu'ils avaient faits précédemment, peuvent faire d'autres voeux, ça repart ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, là, donc, on ouvre la procédure complémentaire qui est strictement identique à l'an dernier, celle-là, sur laquelle, on a 90.000 places qui sont disponibles, plus de 90 % de ces places sont dans des filières non sélectives, et donc ça, ça permet en fait aux jeunes de voir où est-ce qu'il reste des places et de demander des choses, qu'ils aient déjà d'ailleurs une affectation ou pas, donc c'est ouvert à tout le monde, et c'est parce qu'en fait, sur la plateforme, et sur le sol français, il y a plus de 13.500 formations qui sont offertes, et donc, c'est une autre façon d'avoir accès aux formations dans lesquelles il reste des places qui sont parfois à côté et…

CAROLINE ROUX
Sans être désagréable, ce sont des deuxièmes choix dans les filières…

FREDERIQUE VIDAL
Ah, pas du tout, d'ailleurs, certains ont déjà eu ce qu'ils pensaient préférer, et puis, voient que, finalement, il y a des places à un endroit auquel ils n'avaient simplement pas pensé.

CAROLINE ROUX
En termes de calendrier, est-ce que, à votre avis, à terme, il faudra changer les choses, c'est-à-dire que là, on s'est rendu compte que les bacheliers avaient à la fois le stress du bac et à la fois le stress de Parcoursup ; est-ce que suspendre Parcoursup pendant les épreuves, est-ce que, on peut faire… est-ce qu'on pourrait faire mieux pour qu'ils n'aient pas à passer deux examens en un ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, on va faire, évidemment, l'analyse, mais je rappelle que lors de la concertation cet été, ça a été une véritable demande, alors des bacheliers de l'an dernier évidemment, d'avoir les premiers résultats plus tôt, c'est ce qui a été le cas, puisque l'an dernier, il y avait une proposition, et une seule, qui était faite quelques jours avant le bac. Et ensuite, plus rien pendant trois semaines, et puis, de nouveau, une proposition, et c'est eux qui ont estimé que ce système était extrêmement stressant, puisqu'on n'avait aucune information avant le baccalauréat…

CAROLINE ROUX
Aucune visibilité…

FREDERIQUE VIDAL
Aucune visibilité. Une seule proposition et un seul choix, dire oui ou non.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous constatez une baisse des inscriptions à la faculté et une hausse des inscriptions dans les écoles privées pour ceux qui anticipent un échec ou ceux qui sont rebutés par les méthodes de Parcoursup, il y a des écoles privées qui en font même une promotion, qui en font même la publicité en disant : venez chez nous, on est hors Parcoursup ; est-ce que vous le constatez, ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, d'abord, là encore, le processus qui fait que, un certain nombre de jeunes, qui y compris ont eu des propositions, ont démissionné de ces propositions, parce qu'ils vont avoir les réponses à des examens ou à des concours d'entrée privés ou publics dans les jours qui viennent, ça se produit absolument tous les ans…

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas la question, est-ce que le système a dégoûté certaines personnes qui ont décidé de se rabattre vers le privé, est-ce que vous avez ces éléments-là ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, on n'a pas les éléments statistiques, mais ce que l'on observe aujourd'hui, c'est qu'il n'y en a pas plus que l'an dernier, et évidemment, on ne saura ça que, au mois de septembre, lorsque toutes les inscriptions seront terminées, mais l'an dernier, il y avait déjà énormément de jeunes qui se dirigeaient vers les écoles privées, parce que ça peut être leur choix.

CAROLINE ROUX
Autre critique qui est faite de ce système, c'est une forme de discrimination géographique, est-ce que le fait de ne pas être originaire de l'Académie de la licence demandée peut jouer en défaveur du candidat, en gros, est-ce qu'un élève moyen de Paris sera privilégié par rapport à un excellent élève de Seine-Saint-Denis ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, là encore, j'ai entendu cette polémique monter, et je voudrais juste rappeler les choses, dans le précédent système, dans toutes les filières en tension, c'était interdit de changer d'Académie, ce que nous avons fait, c'est que nous avons donné la possibilité de changer d'Académie, et on le voit dans les chiffres, et ça, on les a d'ores et déjà, l'an dernier, moins de 1 sur 5 pouvait aller – pour reprendre votre exemple – de Créteil et à Paris ou de Versailles à Paris, cette année, ils sont déjà plus de 30 % à l'avoir fait. Maintenant, évidemment que, il faut qu'on tienne compte de la territorialité, je ne vais pas envoyer des lycéens qui sont en région à Paris, ceux de Paris étudier en région, donc il y a évidemment un encadrement de ce taux de mobilité, mais là aussi, un bilan sera fait, mais d'ores et déjà, la mobilité est supérieure à celle de l'an dernier. Donc c'est un faux procès, il ne faut pas rendre Parcoursup coupable ou responsable d'un problème qui est très clair, qui est celui d'une concentration du nombre d'élèves et du nombre d'étudiants sur la région parisienne…

CAROLINE ROUX
Vous diriez, à l'heure où on se parle : ça a fonctionné, ça a bien marché, qu'est-ce qu'on peut améliorer ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, j'ai installé, la semaine dernière, un comité de suivi de la loi, et donc, avec le comité de suivi de la plateforme et le comité de suivi de la loi, nous sommes équipés pour faire un véritable bilan, une analyse…

CAROLINE ROUX
Mais là, maintenant, vous avez une expérience de tout ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Et modifier des choses pour l'année prochaine.

CAROLINE ROUX
D'ores et déjà, vous voyez des choses qui ne marchent pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Qui ne fonctionnent pas, non, les choses ont fonctionné, des choses qui peuvent être améliorées, notamment cette discussion autour des changements d'Académies, mais, moi, j'aimerais qu'on parle aussi de la possibilité pour les étudiants boursiers d'aller dans toutes les filières, y compris les plus sélectives, ça, c'est une nouveauté, et ça permet de remettre en marche l'ascenseur social.

CAROLINE ROUX
Dernière question, pour ceux qui nous regardent et qui sont devant leur ordinateur depuis des semaines, aucun élève ne sera sans affectation à la rentrée prochaine ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, aucun élève ne sera sans affectation, et les chiffres qu'on a nous laissent penser que, il y aura de la place pour tout le monde, nous en avons déjà rajouté 21.000, 21.000 places, et nous pouvons rajouter encore des places là où il y a des besoins.

CAROLINE ROUX
Dans quelles filières ?

FREDERIQUE VIDAL
Dans les filières qui seront les plus demandées et où on voit qu'il y a…

CAROLINE ROUX
Lesquelles ?

FREDERIQUE VIDAL
Eh bien, il faut qu'on analyse…

CAROLINE ROUX
Vous les connaissez les filières les plus demandées…

FREDERIQUE VIDAL
Et on est en train de le faire. C'est 35 millions d'euros qui ont été mis en place pour cette réforme.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Frédérique VIDAL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juin 2018

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