Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec RMC le 29 juin 2018, sur l'Union européenne face au défi migratoire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec RMC le 29 juin 2018, sur l'Union européenne face au défi migratoire.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
En direct, Nathalie LOISEAU qui est ministre chargée des Affaires européennes, Nathalie LOISEAU bonjour.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous ce matin Nathalie LOISEAU. Nous venons d'entendre François GEMENNE, c'est vrai que c'est une avancée pour l'Europe, une avancée importante. Ces centres d'accueil seront donc créés dans les Etats européens, sur une base du volontariat, sur une base volontaire. Est-ce que la France ouvrira certains de ses centres d'accueil ?

NATHALIE LOISEAU
Alors ce qui s'est passé hier soir, cette nuit, c'est qu'on a réaffirmé l'importance de solutions européennes et coopératives pour faire face au défi migratoire. Cela signifie quoi ? Cela signifie qu'on va surtout lutter contre le départ et contre les passeurs qui font risquer leur vie à des migrants et demandeurs d'asile en traversant la Méditerranée. L'objectif, c'est évidemment de mettre fin à ces traversées hasardeuses. Mais le principe sur lequel on s'est mis d'accord, c'est qu'en cas d'arrivée sur le territoire européen n'importe où, en Italie, à Malte, en Espagne, dans les lieux de première arrivée parce que c'est là où arrivent les bateaux, le but n'est pas qu'ils fassent 5 jours de mer, si on arrive en Italie on arrive en Europe et la solidarité européenne s'exerce immédiatement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi, ça veut dire que le dispositif Dublin disparaît, on est bien d'accord Nathalie LOISEAU ?

NATHALIE LOISEAU
Non, ça veut dire qu'on en garde les principes, c'est-à-dire responsabilité du pays de premier accueil et solidarité européenne. Mais on révise ce régime parce qu'on voit bien depuis 2015 qu'il s'est essoufflé, qu'il ne fonctionne pas bien, que personne n'en est satisfait. Et donc on a une clause de révision d'ici octobre, mais sans attendre on met en place ces centres. Ça veut dire que l'Europe est présente au plus près des pays de première entrée, là où ça se passe avec beaucoup plus d'argent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors ces centres Nathalie LOISEAU, je vais venir au financement, ces centres seront donc créés en Europe, dans des pays volontaires pour l'ouverture de ces centres, on est bien d'accord ?

NATHALIE LOISEAU
C'est le bon sens, on ne force pas un pays à accueillir un centre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la France ouvrira de tels centres ?

NATHALIE LOISEAU
Alors la France est rarement un pays de première arrivée, sauf par avion. On a un certain nombre de gens qui arrivent parce qu'ils n'ont pas besoin de visa. Vous le savez, la première nationalité ce sont les Albanais et la question qui se pose c'est : à quel moment ils demandent l'asile. Les pays de première arrivée ce n'est pas la France, géographiquement ce n'est pas la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais vous ne répondez par à ma question. Est-ce que la France ouvrira ses centres d'accueil, oui ou non ?

NATHALIE LOISEAU
Ce n'est pas forcément la question, c'est pour ça que je n'y réponds pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si c'est la question Nathalie LOISEAU, pardonnez-moi de vous dire, que pensent ceux et celles qui nous écoutent ? On nous dit « on va ouvrir des centres d'accueil dans plusieurs pays d'Europe et notamment les centres d'accueil où arrivent ces réfugiés », donc la France n'ouvrira pas de centres d'accueil puisqu'aucun réfugié n'arrive sur ses côtes ?

NATHALIE LOISEAU
Aucun réfugié n'arrive sur ses côtes puisqu'on n'a pas revu le principe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la France n'ouvrira de tels centres d'accueil !

NATHALIE LOISEAU
Mais la France va participer activement à la solidarité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, financièrement.

NATHALIE LOISEAU
Comme on l'a fait à Valence… pas seulement, avec des équipes qui viennent à examiner les demandes d'asile, avec des experts. Le soutien va être sans commune mesure avec ce qu'avait connu l'Italie jusqu'à présent par exemple, et qui avait fait que l'Italie s'était sentie abandonnée. Parce que jusqu'à présent, c'était à l'Italie de porter tout l'effort…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la France n'ouvrira pas de centres d'accueil !

NATHALIE LOISEAU
La France n'a pas vocation à être un pays de première arrivée de navires, parce que la France est à 5 jours de mer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elle n'ouvrira pas de centres d'accueil !

NATHALIE LOISEAU
Il n'y a pas de raison a priori que la France soit un pays de première arrivée de bateaux, on n'a pas dit qu'on ne le ferait jamais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas de centres d'accueil !

NATHALIE LOISEAU
La France n'est pas dans cette situation où arrivent massivement sur des côtes françaises…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord, donc elle n'ouvrira pas de centres d'accueil, disons clairement les choses, pourquoi ne pas le dire Nathalie LOISEAU, ce n'est pas grave ?

NATHALIE LOISEAU
Ce n'est pas ça, c'est que le sujet ce n'est pas qui va ouvrir les centres d'accueil…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ben si ! Aussi, ben si.

NATHALIE LOISEAU
Non parce qu'on n'est pas un pays de première arrivée maritime.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça j'ai compris, donc on n'ouvrira… comme on n'est pas un pays de première arrivée maritime, nous n'ouvrirons pas de centres d'accueil, j'ai compris Nathalie LOISEAU, j'ai compris. Autre chose, chaque pays… donc tous les pays d'Europe vont participer à l'effort, ça c'est bien si je comprends bien ?

NATHALIE LOISEAU
Solidarité européenne réaffirmée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Solidarité européenne réaffirmée, mais ça c'est plus difficile et François GEMENNE nous en parlait, possibilité d'ouvrir des centres aussi hors des frontières européennes, plus dur ?

NATHALIE LOISEAU
Alors à condition que les pays tiers soient volontaires. Nous nous ce que nous faisons, nous le faisons au Liban, nous le faisons en Jordanie, nous le faisons en Turquie et nous le faisons au Niger, c'est que nous examinons les dossiers de demandeurs d'asile potentiels ; et nous leur disons s'ils sont en besoin manifeste de protection… dans ces cas-là on les réinstalle directement dans l'Union européenne. On leur éviter les risques de la traversée, on leur évite de tomber dans les mains des passeurs, on détruit le modèle économique des trafiquants d'êtres humains si vous voulez. On a commencé à le faire en 2016 au Moyen-Orient et on le fait depuis l'année dernière au Niger. On encourage les autres pays européens à faire la même chose. Mais ça ne peut se faire que dans des pays qui sont d'accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. Le compromis pose comme principe également que tous les bateaux doivent respecter les lois, donc aussi les bateaux des ONG et ne pas interférer avec les opérations des garde-côtes libyens. C'était ce que voulait l'Italie entre autres.

NATHALIE LOISEAU
C'était ce que voulait l'Italie et ça… enfin rappeler que le droit international s'applique en mer et notamment en mer Méditerranée, j'allais dire c'est une évidence mais dans quelques cas, ça méritait d'être rappelé. Il y a eu des interrogations, il y a eu des doutes sur le fait que certains navires coupaient leur signal, ce qui pouvait laisser entendre qu'ils entraient dans les eaux territoriales libyennes, on ne peut pas jouer avec ça. L'objectif ce n'est pas d'avoir des bateaux, ce n'est pas d'encourager des trafiquants d'êtres humains à saigner aux 4 veines des malheureux. Ceux qui sont demandeurs d'asile doivent pouvoir avoir l'asile en Europe sans devoir subir tout ça ; et ceux qui sont des migrants économiques doivent être prévenus des risques, doivent être prévenus des aléas, doivent être prévenus qu'ils n'ont aucune chance d'avoir l'asile en Europe, et doivent être raccompagnés dans leur pays d'origine dans la dignité, dans l'humanité, dans le respect de nos principes et dans le respect de nos valeurs. C'est ça qu'on a obtenu cette nuit, ceux qui voulaient faire triompher les égoïsmes nationaux, ceux qui maniaient les concepts contraires aux valeurs européennes ont perdu et c'est une bonne nouvelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci beaucoup Nathalie LOISEAU.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juillet 2018

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