Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 29 juin 2018, sur l'Union européenne face aux migrations, les efforts du gouvernement en faveur de l'énergie solaire et sur la limitation de vitesse à 80km/h. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 29 juin 2018, sur l'Union européenne face aux migrations, les efforts du gouvernement en faveur de l'énergie solaire et sur la limitation de vitesse à 80km/h.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez Sébastien LECORNU, ce matin.

JEFF WITTENBERG
Sébastien LECORNU, le secrétaire d'Etat chargé de la Transition écologique et solidaire.

JEFF WITTENBERG
Bonjour à vous, Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour, merci de m'accueillir.

JEFF WITTENBERG
Et tout d'abord, une question comme membre du gouvernement. Un accord, on l'a entendait dans le journal, a été trouvé cette nuit à Bruxelles, sur le sort des migrants. Ça veut dire que l'on n'assistera plus, dans les jours, les semaines qui viennent, à des drames qui se jouent en mer, comme celui de l'Aquarius ou ces jours-ci, celui du Lifeline au large des côtes européennes ?

SEBASTIEN LECORNU
Malheureusement, s'il suffisait d'une nuit de réunion au plus haut niveau pour régler des situations aussi difficiles, ça se saurait. Non, néanmoins ce qui est incroyable ce matin, c'est qu'il y a enfin un agenda européen sur ces questions migratoires. Il y a seulement trois semaine, on nous disait que Schengen allait exploser, que désormais les solutions étaient forcément nationales, d'ailleurs certains, en vie politique intérieure, notamment chez les Républicains, nous disaient que désormais…

JEFF WITTENBERG
…

SEBASTIEN LECORNU
… exactement, qu''il n'y a plus du tout une solution européenne qui pouvait être prise sur le sujet, qu'il fallait fermer les frontières et prendre des solutions nationales.

JEFF WITTENBERG
Comment y croire, néanmoins ?

SEBASTIEN LECORNU
C'est échec de celles et ceux qui disaient cela, puisqu'on voit bien que la seule bonne échelle pour régler ces phénomènes migratoires importants, c'est évidemment l'échelle continentale et donc l'échelle européenne, et donc cet accord sur trois piliers, on n'a pas beaucoup de temps pour les développer, mais cet accord sur les trois piliers, c'est véritablement un agenda important qui va nous permettre justement d'aller de l'avant.

JEFF WITTENBERG
Mais ça veut dire, Sébastien LECORNU, que l'Italie qui se montrait très intransigeante, est prête à faire des efforts ou que les autres pays sont prêts à partager la charge ? Comment a-t-on trouvé, presque miraculeusement cet accord, alors que les positions semblaient si divergentes ?

SEBASTIEN LECORNU
On n'a pas attendu les élections italiennes pour dire, et le président de la République d'ailleurs l'avait dit à la Sorbonne, pour dire qu'il fallait plus de solidarité européenne, sur la gestion de l'asile, sur l'accueil des différents flux de migrants, sur le renforcement des frontières, c'est le renforcement de FRONTEX, et aussi pour aller travailler en amont de ces flux migratoires, bien évidemment les pays qui sont parfois déstabilisés, soit pour des raisons économiques, soit pour des raisons de guerre, c'est évidemment le cas de la Libye. Donc ça, ça avait déjà été dit ces dernières semaines par le président de la République, il est vrai que l'actualité en Italie, l'actualité récente, a remis cette question au goût du jour, et la force…

JEFF WITTENBERG
Donc finalement, les Italiens, ce que vous dites là, ont eu raison de remettre ces problématiques au coeur de…

SEBASTIEN LECORNU
Le président de la République l'a largement remis … ne lui enlevons pas ça, s'il vous plait, soyons là pour le coup, honnêtes. Le sommet avec les autorités espagnoles, le sommet avec les autorités italiennes, encore ce week-end, oui à l'agenda européen, la question migratoire est désormais sur le haut de la pile et on le au chef de l'Etat.

JEFF WITTENBERG
On en vient à votre dossier phare au sein du ministère de l'Action écologique et solidaire. Le solaire, on en a beaucoup parlé hier, un grand plan a été lancé, il faut dire que la France part de loin, puisque un 1,6 %, je crois, seulement, de l'énergie produite en France est d'origine solaire aujourd'hui. Comment vous allez franchir le palier, pour arriver à un taux beaucoup plus élevé ?

SEBASTIEN LECORNU
On prend de nombreuses mesures, parce que c'est bon pour la planète, l''énergie et les énergies renouvelables, et donc les énergies solaires.

JEFF WITTENBERG
Personne ne dit le contraire, mais…

SEBASTIEN LECORNU
Ça peut être bon pour le contribuable consommateur d'électricité, parce que par définition le soleil est gratuit, donc une fois qu'on a amorti l'installation et qu'on a garanti des tarifs d'achat, par définition il y a un modèle économique qui est bon pour chacun de nos concitoyens, donc on… Une quarantaine de mesures qui ont été détaillées hier au soir, qui permettent à la fois d'augmenter le volume d'installation, avec beaucoup d'argent sur la table, parce que pour le coup, il faut augmenter les volumes et pas parce que le solaire coûte cher, puisqu'il devient rentable, 3 milliards d'euros par an de soutien public. Et de l'autre côté, un travail nouveau de ciblage en fonction des fonciers disponibles, la grande distribution, les armées, la SNCF, les agriculteurs, bref tout autant de publics qui peuvent mettre à disposition des bâtiments ou du solaire au sol pour faire avancer la cause.

JEFF WITTENBERG
Ça c'est le plan. Mais comment ça se fait qu'un pays comme l'Allemagne, qui, ce n'est quand même pas leur faire insulte, a moins de soleil que nous, a 6 % déjà de son énergie qui vient du solaire, et nous, on en est à 1,6 %. On a pris trop de retard ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, bien sûr.

JEFF WITTENBERG
Est-ce qu'on a trop axé notre mixe énergétique sur le nucléaire depuis ces dernières décennies ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, et pas que le nucléaire, il aurait bon dos aussi sur les énergies fossiles. Pour le coup, les Allemands ne sont pas à montrer en exemple sur le sujet, puisque eux, on rouvert des centrales à charbon…

JEFF WITTENBERG
Pourquoi sont-ils en avance sur le solaire ?

SEBASTIEN LECORNU
… là où nous justement nous souhaitons les éteindre dans le quinquennat. Parce que tout simplement il y a une prise de conscience tardive, parce qu'il y a encore trop de tracasseries administratives et trop de complexité et donc c'est pour ça que cette quarantaine de mesures techniques ne sont peut-être pas spectaculaires, mais elles forment un tout qui vont permettre fondamentalement de changer la donne puissamment dans les semaines qui vont venir, en tout cas il n'y a pas de transition énergétique possible, sans que des énergies renouvelables libérées, décontractées, et c'est ce que nous faisons avec le solaire après l'avoir fait sur la méthanisation et sur l'éolien, notamment l'éolien en mer ces dernières semaines.

JEFF WITTENBERG
Alors, un sujet un petit peu moins décontracté, pardon, un autre gros dossier que suit votre ministère, celui des transports et dans les transports, il y a la fameuse affaire des 80 km/h, puisque après demain, je le rappelle, toutes les routes nationales vont passer à 80, vous le savez, c'est une mesure qui est très impopulaire, comment allez-vous convaincre les Français, les automobilistes, qu'elle est bonne ?

SEBASTIEN LECORNU
Oh, vous savez, je l'ai déjà dit plusieurs fois publiquement, je ne suis pas complètement objectif sur cette question, puisque je suis officier de réserve dans la gendarmerie, et lorsque j'étais plus jeune, jeune sous-lieutenant et lieutenant, je commandais un peloton de gendarmerie, où malheureusement j'ai dû gérer un certain nombre de situations accidentogènes, dans lesquelles il y avait…

JEFF WITTENBERG
Des accidents de la route, par grand nombre.

SEBASTIEN LECORNU
… des tués et des blessés et malheureusement des annonces à des familles, et je l'ai fait à la fois en tant que maire de ma commune à Vernon, et je l'ai fait en tant qu'officier de gendarmerie. Donc je ne suis pas tout à fait objectif, ou rationnel en tout cas sur cette question, moi je considère que tout ce qui est accompli actuellement par Edouard PHILIPPE, pour permettre de sauver des vies, va dans le bon sens. 13 m, c'est la durée de raccourcissement du delta de freinage justement lorsque l'ont réduit la vitesse de 90 à 80 km/h, ça peut sauver des vies, ça va en sauver, moi j'en suis persuadé, et même si a n'est pas populaire, il faut l'assumer. 2 minutes de trajet en plus sur un trajet de 25 km, pour sauver potentiellement sa vie, je pense que ça vaut le coup.

JEFF WITTENBERG
Mais que répondez-vous à ces habitants des zones rurales, notamment, relayés par leurs élus, qui disent que c'est une mesure technocratique, décidée par Paris, totalement déconnecté des réalités locales des gens qui font, qui ont besoin de leur voiture tous les jours et qui, pour qui 10 km/h de moins, sur des routes qui ne présentent pas de danger, eh bien, ça va être un vrai souci dans leurs vie, un vrai tracas.

SEBASTIEN LECORNU
Des routes qui ne présentent pas de danger, ça mérite toujours d'être étudié et regardé de près. Moi j'étais président de département rural, le département de l'Eure. Non mais il y a deux choses, on va se parler franchement, il y a le volet culturel de la relation de nos concitoyens et des Français à la voiture, moi-même d'ailleurs, je ne m'exempts pas de cela, et donc effectivement tout ce qui touche voiture est toujours quelque chose d'assez passionnel dans notre pays, il faut savoir l'entendre, il faut savoir le comprendre, et le Premier ministre l'a dit. Et puis de l'autre côté, il y a aussi la récupération politicienne, de certaines oppositions qui n'ont franchement pas grand-chose à raconter sur le sujet, et moi, une fois de plus, je me rappelle quand j'étais enfant…

JEFF WITTENBERG
C'est juste de la récupération, il n'y a pas une déconnexion quand même des « élites », comme on le dit, et de la réalité du terrain ?

SEBASTIEN LECORNU
Je suis désolé, certains disaient déjà ça des gouvernements de Jean-Pierre RAFFARIN, sous Jacques CHIRAC, lorsque des mesures importantes ont été prises, où la prévention routière avait été une grande cause nationale. Aujourd'hui on a 3 600 morts sur les routes françaises en 2017, je crois qu'on était à 8 ou 9 000 il y a maintenant quelques années, on voit bien quand même que tout ce qui a été mis en oeuvre, et les arguments étaient les mêmes à l'époque, produisent leurs effets. Une fois de plus, quelle place on donne à la vie d'un homme ou d'une femme, ou d'un enfant ? Je pense que c'est ça le débat qui est derrière, et baisser sa vitesse de 10 km/h pour sauver une vie, la sienne ou celle de celui qui est en face, ou celle qui est en face, je pense que ça vaut le coup, pardonnez-moi de le dire comme cela.

JEFF WITTENBERG
Alors, une dernière question. Pour l'instant, cette mesure est impopulaire et le président le devient aussi. Que pensez-vous de cette formule de Jean-Louis BORLOO, l'un des anciens soutiens du président tout comme Dominique de VILLEPIN qui est aujourd'hui critique, il dit, Jean-Louis BORLOO, que le président a une vision – je cite – inefficace et dangereuse de la société. Qu'est-ce que vous en dites ?

SEBASTIEN LECORNU
Je n'ai pas de commentaire à faire.

JEFF WITTENBERG
Pas de commentaire à faire ?

SEBASTIEN LECORNU
Pas de commentaire.

JEFF WITTENBERG
Et vous n'êtes pas inquiet de la baisse dans les sondages du couple exécutif ?

SEBASTIEN LECORNU
Vous savez, la seule chose qui compte, c'est la transformation réelle du pays. Des commentaires sur le président de la République, il y en a eu sur chaque quinquennat, et il y en aura de nouveau sur ce quinquennat et quelque chose me dit qu'il y en aura encore dans les quinquennats prochains. En revanche, des inquiétudes ou des déceptions sur les résultats des quinquennats précédents, parfois il y en a eu, et on sait comment les Français se sont exprimés, donc la seule chose qui compte, c'est le travail, ce sont les résultats, ce sont les réformes que nous portons et les grands chantiers de transformation. Le gouvernement est tout à sa tâche, et le président de la République aussi, on a vu cette nuit d'ailleurs sur le sommet européen, sur les flux migratoires, on est tous au travail.

JEFF WITTENBERG
On vous a entendu. Merci Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 juillet 2018

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