Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à RTL le 2 juillet 2018, sur l'évasion de Rédoine Faïd de la prison de Réau, les 80 kilomètres par heure sur les routes secondaires et l'entrée de Simone Veil et de son mari au Panthéon. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à RTL le 2 juillet 2018, sur l'évasion de Rédoine Faïd de la prison de Réau, les 80 kilomètres par heure sur les routes secondaires et l'entrée de Simone Veil et de son mari au Panthéon.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEROME CHAPUIS
Et avant de dialoguer à 8 h 15 avec les auditeurs de RTL, vous recevez ce matin Elizabeth MARTICHOUX le Premier ministre Edouard PHILIPPE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup et bonjour à vous Edouard PHILIPPE…

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Monsieur le Premier ministre. Merci beaucoup d'être sur RTL ce matin, au lendemain du passage aux 80 km/h sur les routes secondaires. On va entendre vos arguments, les auditeurs tout à l'heure vous attendent évidemment au 32.10, on va prendre le temps d'expliquer cette mesure. Si vous permettez, d'abord cette question d'actualité avec cette cavale, cette évasion spectaculaire de Rédoine FAID de la prison de Réau en Seine-et-Marne hier. Aucune trace du fuyard à cette heure ?

EDOUARD PHILIPPE
A cette heure, les forces de l'ordre sont pleinement mobilisées pour essayer de retrouver cet individu qui est un individu dangereux. Et donc dès que l'évasion a été connue, le dispositif a été mis en place et la mobilisation de plus de 2.900 policiers et gendarmes a été engagée pour retrouver cet individu, dont nous savons qu'il est dangereux, dont nous savons qu'il est déterminé. Et moi ce que je souhaite, c'est qu'on puisse le retrouver le plus rapidement possible, car évidemment une évasion de ce type n'est pas acceptable.

ELIZABETH MARTICHOUX
Aucune trace donc à cette heure-ci, vous nous le confirmez, il n'y a sans doute pas de système sans faille par définition Monsieur le Premier ministre, mais en 2018 s'évader en 10 minutes par hélicoptère d'une prison moderne, conçue pour être ultrasécurisée, ça pose quelques questions, lesquelles ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça pose beaucoup de questions et l'urgence c'est la mobilisation pour retrouver ce détenu ; la deuxième urgence, c'est de comprendre comment cela a été possible. On sait que cette évasion s'est produite avec l'intervention d'un commando qui était armé, qui était très déterminé, très bien. L'objectif c'est de comprendre exactement, la ministre qui s'est rendue sur les lieux hier a diligenté une inspection, qui doit nous permettre de savoir comment tout cela s'est passé, qu'est-ce qu'il faut faire pour éviter – alors même qu'on est dans un établissement dont le niveau de sécurité est très élevé – comment est-ce qu'il est possible d'éviter ce genre d'événement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Nicole BELLOUBET qui vient de dire sur Europe 1, sauf erreur : je ne prétends pas qu'il n'y a pas eu de défaillance. Tout est sur la table, y compris des défaillances du système pénitentiaire !

EDOUARD PHILIPPE
Mais quand on demande une inspection, on ne la demande pas pour faire plaisir, on la demande pour savoir. Et donc moi je veux savoir pourquoi, comment cela s'est passé et s'il y a des conséquences…

ELIZABETH MARTICHOUX
Avec une hypothèse qu'il y ait eu…

EDOUARD PHILIPPE
A en tirer, j'en tirerai.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire, les sanctions au niveau par exemple de la direction de la prison ou des éventuelles…

EDOUARD PHILIPPE
On verra, non mais on verra…

ELIZABETH MARTICHOUX
S'il y a des complicités internes…

EDOUARD PHILIPPE
Je vous ai dit clairement les choses, quand on demande une inspection c'est pour savoir comment ça s'est passé. S'il y a des responsabilités qui sont identifiées, j'en tirerai les conséquences.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a des conclusions qui semblent tomber sous le sens, mais vous me contredisez si c'est possible, en bon français. Mettre des filins anti-hélicoptère, là il n'y en avait pas, ça s'impose ?

EDOUARD PHILIPPE
Encore une fois, encore une fois, je comprends très bien que ce soit l'actualité ce matin et tout le monde va vouloir avoir son avis sur le sujet. Une inspection par des professionnels a déjà été engagée, elle nous dira si dans des endroits où normalement il n'y a pas de circulation possible des prévenus, il faudrait quand même installer ces filins. Peut-être que c'est la conclusion à laquelle elle arrivera, je ne veux pas préjuger de cette inspection. Mais ce que je vous dis clairement, c'est que cette inspection sera faite, elle sera faite avec exigence et s'il faut tirer des conséquences de ce qu'elle indique, nous les tirerons.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Vous avez une idée du délai dans lequel vous recevrez ces conclusions ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, là encore une fois pardon…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça sera…

EDOUARD PHILIPPE
L'urgence médiatique ne me guide pas, je veux qu'elle soit sérieuse cette inspection.

ELIZABETH MARTICHOUX
Si ça prend des semaines, ça prendra des semaines, c'est ce que vous nous dites.

EDOUARD PHILIPPE
Je veux qu'elle soit sérieuse et qu'elle nous dise clairement, après une analyse fine et poussée : 1) ce qu'il s'est passé ; et 2) ce qu'il faudrait faire pour que ça ne se passe plus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Edouard PHILIPPE, les 80 km/h sur les routes nationales sans séparateur, c'est parti depuis hier. Vous allez défendre votre décision mais pour l'heure, une grande majorité de français y sont hostiles. Du coup sur le terrain, est-ce que vous allez la faire appliquer avec une certaine mansuétude, pour donner aux Français qui ne la comprennent pas le temps de s'habituer ; ou avec une intransigeance, des sanctions sans pitié j'allais dire ?

EDOUARD PHILIPPE
J'ai indiqué que cette mesure, qui est une mesure dont je comprends parfaitement – et je m'y attendais en vérité – qu'elle suscite des interrogations, voire des critiques, cette mesure elle est appliquée à partir d'hier et la loi c'est la loi. Et elle va être appliquée dans les premiers jours, peut-être les premières semaines avec le souci de la pédagogie. Dès hier, les forces de gendarmerie, les forces de police, les préfets ont commencé ce travail de pédagogie, ont distribué un certain nombre de documents, de façon à ce que chacun comprenne l'enjeu, chacun comprenne les motivations de la mesure. L'idée ce n'est pas d'ennuyer tout le monde, l'idée ce n'est pas de désavouer tel ou tel, l'idée c'est de sauver des vies, l'idée c'est d'éviter des blesser. Et donc il faut l'expliquer, il faut expliquer qu'un véhicule qui roule à 80 km/h, quand il freine en urgence il s'arrête 13 mètres avant le véhicule qui roule à 90 km/h. Et donc on évite des accidents et quand il y a accident, on diminue la gravité (si j'ose dire) de l'accident et, donc, on diminue le nombre de blessés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous admettez que vous n'avez pas réussi à convaincre les Français pour l'instant, 75 %, c'est quand même un échec…

EDOUARD PHILIPPE
Je savais… Madame MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
Une politique qui est mal comprise.

EDOUARD PHILIPPE
Je savais… pas du tout…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une politique qui risque d'être mal appliquée, pas du tout quoi ?

EDOUARD PHILIPPE
Pas du tout, pas du tout. Il y a un moment… il faut savoir en politique prendre des décisions qui sont impopulaires quand on pense qu'elles sont bonnes pour le pays. Et je vais vous dire quelque chose…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est mal comprise votre mesure !

EDOUARD PHILIPPE
Je vais vous dire quelque chose, je pense que notre pays souffre de ne pas avoir pris des décisions qui, certes impopulaires, auraient permis de le faire avancer. Toutes les mesures… Madame VENTURA l'a dit tout à l'heure sur votre antenne, toutes les mesures en matière de sécurité routière qui ont produit des effets et qui sont maintenant considérées comme de bonnes décisions acquises, toutes ont été redoutablement critiquées au moment de leur adoption. Eh bien ! Moi j'assume le fait de prendre une mesure qui va sauver des vies, qui va éviter des blessés et qui produira ses effets rapidement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas seulement la mesure en tant que tel peut-être qui n'est pas comprise, c'est un peu l'histoire du verre d'eau qui déborde. L'automobiliste, il subit la hausse du diesel, des amendes plus chères, il roule sur des routes qui ne sont pas souvent très bien entretenues et il risque de perdre son permis parce que quand on n'a plus de permis, on n'a plus de boulot, donc il risque quand même gros…

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai.

ELIZABETH MARTICHOUX
Combien de personnes utilisent leur voiture pour aller travailler Monsieur le Premier ministre…

EDOUARD PHILIPPE
Pardon, il risque aussi…

ELIZABETH MARTICHOUX
74 %…

EDOUARD PHILIPPE
Il risque aussi de mourir et de subir des lésions corporelles ou cérébrales incroyablement graves et durables. Mon objectif ce n'est pas d'ennuyer l'automobiliste qui a besoin de prendre sa voiture, pourquoi est-ce que vous pensez une seconde que mon objectif ce serait d'emmerder l'automobiliste qui, le matin, prend sa voiture pour aller travailler ? Il n'en est rien. Simplement ce que je sais, c'est que vous avez l'année dernière 3.600 personnes qui sont mortes en France, vous avez 27.000 personnes qui ont eu des lésions cérébrales ou physiques durables, voire permanentes ; et il y a 3 ans c'était moins. Ça veut dire qu'alors même que les voitures sont de plus en plus sûres, nous le savons, alors même qu'il y a des campagnes d'information sur la sécurité routière et nous le savons, nous sommes arrivés à une espèce de seuil qui remontre tranquillement parce que nous ne regardons pas la réalité en face. Cette mesure va sauver des vies…

ELIZABETH MARTICHOUX
Monsieur le Premier ministre…

EDOUARD PHILIPPE
Et éviter des blessés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous sauvez des vies, ceux qui protestent ce sont des irresponsables ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, je n'accuse personne, vous savez si je faisais l'objet de critiques aussi mesurées que les propos que je tiens, je me porterai beaucoup mieux. Je dis les choses clairement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et les élus qui grognent, ils font de l'électoralisme ?

EDOUARD PHILIPPE
Les élus qui grognent, ils grognent, très bien, ce que je sais c'est que c'est déjà arrivé que les élus grognent en la matière. C'est déjà arrivé quand on a installé les radars, quand on est passé au permis à points ou quand on a mis la ceinture de sécurité obligatoire, c'est déjà arrivé. Plus personne ne grogne quelques années après quand les résultats sont là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne craignez pas ce que j'évoquais tout à l'heure, c'est l'effet cumulatif de mesures qui frappent aujourd'hui les automobilistes, ça existe, voilà ! Il y a des effets de calendrier qui font qu'effectivement, il y a des mesures qui s'accumulent et qui provoquent une exaspération, qui peut crisper la société française, c'est un sujet !

EDOUARD PHILIPPE
Mais je préfère qu'on trouve des solutions pour permettre un meilleur entretien des routes, ce que nous faisons accessoirement…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire ?

EDOUARD PHILIPPE
Un travail dans le cadre… il ne vous a pas échappé que nous allions à la fin de l'année étudier ce qu'on appelle « la loi d'orientation sur les mobilités », et qu'un des éléments de la politique que nous développons, c'est une attention plus grande sur les sujets de mobilité au quotidien que sur les très grandes infrastructures. Donc les questions d'entretien du réseau routier, les questions de formation des conducteurs, tout ça sont des sujets qui sont parfaitement légitimes et qui seront abordés. Mais les sujets de sécurité routière…

ELIZABETH MARTICHOUX
On en parlera…

EDOUARD PHILIPPE
D'ailleurs les sujets de sécurité en général. La sécurité routière, ça n'est qu'un aspect du sujet sécurité en général et moi, je n'ai aucune espèce de honte ou d'appréhension parce que la mesure serait impopulaire, dès lors que je pense qu'elle est bonne pour le pays.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et tout à l'heure, vous en parlez avec les auditeurs. Encore une toute petite question…

EDOUARD PHILIPPE
Et avec plaisir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne regrettez pas quand même que Gérard COLLOMB n'ait pas été plus allant sur votre mesure, non seulement il ne l'a pas portée alors qu'il est ministre de l'Intérieur, il devrait être en première ligne ; et en plus il l'a critiquée.

EDOUARD PHILIPPE
Il ne l'a pas critiquée, il y a eu une discussion…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah non !

EDOUARD PHILIPPE
Il y a eu une discussion avant… avant la prise de la décision il y a eu une discussion, c'est parfaitement légitime…

ELIZABETH MARTICHOUX
Publiquement il l'a dit joker, vous vous rappelez ?

EDOUARD PHILIPPE
Il y a eu une discussion avant la prise de décision et c'est parfaitement légitime. Moi je suis membre… je suis chef du gouvernement, je ne suis pas garde-chiourme, donc que les gens discutent, qu'ils émettent des opinions, qu'ils donnent des avis, qu'ils essaient de peser sur une décision avant que la décision ne soit prise, je trouve ça très sain, c'est une marque de fabrique de ce gouvernement. Une fois que la décision est prise, elle engage la totalité du gouvernement et elle est appliquée par la totalité du gouvernement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous le lui avez rappelé !

EDOUARD PHILIPPE
Et je lui ai dit et il le sait parfaitement, et je l'ai redit d'ailleurs en sa présence devant l'ensemble des préfets, lesquels vont mettre en oeuvre cette mesure. Et tout se passe de ce point de vue exactement comme cela doit se passer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez dit : dans quelques semaines, on appliquera vraiment à la lettre les sanctions, dans quelques semaines, vous leur donnez quelques semaines ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, j'ai dit que la mesure s'applique dès hier…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui mais les sanctions ?

EDOUARD PHILIPPE
Et que nous allons faire un effort particulier de pédagogie dans les semaines qui viennent…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça veut dire que les amendes, elles vont tomber quand ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais qu'est-ce… les amendes, elles vont tomber quand les infractions auront été constatées. Et je me permets, Madame MARTICHOUX, de vous dire que le produit de ces amendes ne viendra pas alimenter le budget de l'Etat. Il viendra alimenter le budget des établissements qui participent à la reconstruction des blessés, qui accompagnent les blessés, vous savez des gens qui ont perdu deux jambes ; ou qui ont des lésions cérébrales permanentes et qu'il faut accompagner pour se reconstruire. Ça prend beaucoup de temps, ça coûte beaucoup d'argent, le produit de ces amendes permettra de financer exclusivement cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
On y reviendra tout à l'heure, Monsieur le Premier ministre. La coalition allemande est menacée, Angela MERKEL très fragilisée par son ministre de l'Intérieur, en particulier sur la question des migrants. Vous êtes inquiet ce matin ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne sais pas si je suis inquiet, mais je vois bien qu'il y a une forme de tension politique au sein du gouvernement allemand, au sein de la coalition allemande. Ce qui évidemment n'est pas une bonne nouvelle car quand on discute avec notre partenaire et notre amie allemand, on a envie d'avoir une très grande stabilité, stabilité économique bien entendu mais stabilité politique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous étiez hier place du Panthéon pour l'hommage unanime, très très belle cérémonie en hommage de Simone VEIL, qui a été panthéonisée avec son mari Antoine. Il y a eu un discours d'Emmanuel MACRON qui a été salué unanimement. Mais ces dernières semaines, Monsieur le Premier ministre, le président a donné l'impression de ne plus savoir comment il doit se présenter aux Français, j'explique. Par exemple, il s'adresse à un adolescent qui lui lance « salut Manu » en lui rappelant qu'il doit respecter la fonction ; et puis quelques jours plus tard il fait une plaisanterie de potache sur la mafia bretonne devant le Pape en Italie. Alors en petit comité pourquoi pas, mais là franchement est-ce que c'était approprié ?

EDOUARD PHILIPPE
Moi, je trouve que la cérémonie à laquelle j'ai participé hier, puisque c'était le début de votre question, était comme vous l'avez dit une belle cérémonie. Elle était émouvante mais plus encore qu'émouvante, je l'ai trouvée apaisante. J'ai trouvé que c'était une façon pour la France de regarder son passé compliqué, compliqué, pas toujours simple, pas toujours glorieux à certains égards, et de l'incorporer dans son histoire. Ce qui est fascinant avec Simone VEIL, c'est la capacité qu'elle a eu à non pas dénoncer les collabos mais célébrer les Justes, à reconstruire en France et en Europe. Et c'est ça qu'a voulu souligner le président de la République. Et je pense qu'à chaque fois qu'en conscience, en connaissant les heures sombres de notre histoire, nous soulignions ce qui est positif, nous faisons oeuvre utile.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et il a trouvé les mots justes en tout cas hier matin !

EDOUARD PHILIPPE
Ça, j'en suis sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous repose la question de cette communication qui peut sembler brouillonne, à un moment il est jupitérien et puis à une autre, encore une fois je le disais, il fait des blagues de potache qui semblent décalées. Comment l'expliquer…

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez ! On vit dans un monde…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je veux dire, il maîtrisait tout, il s'autorise tout, ça traduit quoi ?

EDOUARD PHILIPPE
On vit dans un monde… compte tenu de la multiplication des téléphones portables et les réseaux sociaux, on est en permanence sous l'oeil parfois déconnecté d'ailleurs curieusement, parce que déconnecté du contexte, déconnecté de ce qui s'est dit juste avant et de ce qui va se dire juste après, sous l'oeil permanent d'une caméra. Moi ce que je sais, c'est que le président de la République il est dans la fonction, il sait, il a pensé et il sait ce que c'est qu'être président de la République, il incarne la fonction…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il l'incarne à tous moments, il n'y a pas des moments encore une fois où il s'autorise des choses qui ne sont pas comprises par les Français…

EDOUARD PHILIPPE
Non, moi je dois dire que j'ai beaucoup d'admiration sur la façon dont il envisage la fonction et dont il sait qu'il est tenu par la fonction.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est d'une fluidité absolue entre vous ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça a toujours été…

ELIZABETH MARTICHOUX
Comme au premier jour diriez-vous ?

EDOUARD PHILIPPE
Ah oui ! Peut-être même encore mieux qu'au premier jour parce que maintenant, il y a une expérience de travail en commun et forcément une confiance encore accrue.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quelques questions rapides si vous le permettez Edouard PHILIPPE, est-ce que vous allez rendre publiques les conclusions du rapport CAP 22 qui contient des propositions de réforme de l'Etat ?

EDOUARD PHILIPPE
Dans ce que je vais rendre public, c'est ce que nous allons faire pour réformer l'action publique, qui me semble plus intéressant…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans est-ce que ce rapport… pardon !

EDOUARD PHILIPPE
Que n'importe quel travail même de qualité fait par n'importe qui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça veut dire que ce rapport ne sera pas rendu public, on ira directement aux conclusions…

EDOUARD PHILIPPE
Non, ça veut dire… Madame MARTICHOUX ça veut dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais ma question est simple, vous avez commandé un rapport…

EDOUARD PHILIPPE
Votre question est simple mais ma réponse l'est encore plus…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais je ne la comprends pas.

EDOUARD PHILIPPE
Ce qu'on va mettre sur la table, c'est ce que nous allons faire nous, le gouvernement, pour transformer l'action publique, ce que nous allons faire pour transformer l'audiovisuel public, ce que nous allons faire pour transformer la gestion des ressources humaines dans la fonction publique. Dans tous les domaines où nous allons intervenir parce qu'il faut intervenir, nous allons mettre sur la table des objets simples, clairs, identifiés de transformation publique.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, quand, quand ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous avons commencé la réforme de l'audiovisuel public, qui est un de ces éléments, elle a été mise sur la table…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous…

EDOUARD PHILIPPE
Et au fur et à mesure des semaines qui viennent, nous allons mettre sur la table ces objets. Et ces objets Madame… ces objets entre guillemets, ce sont des objets… ces objectifs de transformation, ces moyens de transformation publique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, ce sont des objets animés qui seront concernés…

EDOUARD PHILIPPE
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Des hommes, des femmes et des fonctionnaires.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument, ils seront débattus, ils feront l'objet d'un débat, de critiques, de contrepropositions. Et je préfère, Madame MARTICHOUX et c'est la réponse à votre question, que nous débattions de ce que nous voulons faire et de ce que nous allons faire, plutôt que de toute autre chose.

ELIZABETH MARTICHOUX
Rassurez-moi, j'ai bien compris, le rapport ne sera pas rendu public, ce seront directement…

EDOUARD PHILIPPE
Les propositions le seront bien entendu au fur et à mesure du temps et au fur et à mesure de notre disponibilité, de notre volonté pour transformer tel ou tel sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bientôt l'examen de fin d'année pour les ministres qui vont passer leur évaluation annuelle, ça commence quand ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, on n'est pas obligé de le prendre par le petit bout de la lorgnette…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous savez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça commence quand, pardon ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça commence demain je crois, je vois Monsieur BLANQUER…

ELIZABETH MARTICHOUX
Avec qui, quel est votre premier élève ?

EDOUARD PHILIPPE
Monsieur BLANQUER, s'agissant finalement… mais attendez, laissez-moi répondre à votre question, puisque vous l'avez posée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bien sûr.

EDOUARD PHILIPPE
Quand on est ministre comme d'ailleurs… en réalité quand on a un travail prenant quel qu'il soit, on n'est pas obligé d'être élu, responsable public, quand on a un travail prenant on a le nez dans le guidon, on bosse, on bosse, on bosse et c'est très bien ainsi, on est là pour ça et on ne va pas se plaindre. Mais une fois qu'on a fait ça, on a parfois besoin un petit peu de lever le nez et de se demander, en fonction de ce qu'on voulait faire il y a un an, qu'est-ce qu'on a fait, qu'est-ce qui se passe bien, qu'est-ce qui ne se passe pas bien et d'avoir cette discussion pour recadrer les choses. C'est l'objectif avec ces ministres, c'est aussi de regarder ce que nous avons fait et bien fait, parce que vous parlez de plein de choses…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce qui a été mal fait donnera lieu à un remaniement…

EDOUARD PHILIPPE
Nous ne parlons pas de la SNCF…

ELIZABETH MARTICHOUX
Eventuel ou pas ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous voyez, vous traitez ça par un angle qui… l'angle intéressant de savoir si on va sortir une petite phrase ou pas. Moi ce que je veux, c'est avoir une conversation les yeux dans les yeux avec tous les ministres, pour savoir comment est-ce qu'on peut améliorer l'action collective. Vous voyez, je ne suis pas dans la sanction, je suis dans l'amélioration.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Edouard PHILIPPE d'avoir été avec nous ce matin sur RTL…

EDOUARD PHILIPPE
Merci à vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous restez, dans un quart d'heure avec les auditeurs au 32.10 et Jérôme CHAPUIS.

JEROME CHAPUIS
Effectivement, merci Elizabeth MARTICHOUX. Monsieur le Premier ministre, on a bien entendu : mon objectif n'est pas d'emmerder les automobilistes, vous avez la parole franche ce matin, vous l'aurez avec les auditeurs à 8 h 15 au 32.10.

JEROME CHAPUIS
Et l'invité de RTL Matin aujourd'hui, c'est exceptionnel, c'est le Premier ministre, Edouard PHILIPPE. Merci d'être resté avec pour répondre aux auditeurs. Edouard PHILIPPE, dans quelques instants, un tout premier appel, avant cela quand même une précision, on vous a bien entendu tout à l'heure avec Elizabeth MARTICHOUX, vous avez dit : la loi, c'est la loi. Mais il y a un point sur lequel il faut, puisqu'on a beaucoup de questions de nos auditeurs, il faut être plus clair, si nous prenons la route des vacances aujourd'hui, ou si nous allons au travail, en cas d'excès de vitesse, est-ce que oui ou non, nous serons verbalisés ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais là, encore une fois, la loi, elle s'applique, l'obligation depuis hier, elle est en vigueur, et sur les routes bidirectionnelles, sans séparateur central, on doit rouler désormais à 80 km/h, sauf sur les portions où on est à deux fois deux voies ou sur les portions conçues pour le dépassement, avec deux voies d'un côté et une voie de l'autre, où, là, on reste à 90 km/h.

JEROME CHAPUIS
Mais jusqu'à présent, il n'y a pas eu verbalisation ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais ce que nous faisons, c'est que nous essayons de faire en sorte d'expliquer la mesure et de faire oeuvre de pédagogie dans les premiers jours, les premières semaines d'application.

JEROME CHAPUIS
Les premiers jours, les premières semaines, ça va durer combien de temps ?

EDOUARD PHILIPPE
Pas longtemps.

JEROME CHAPUIS
Pas longtemps, ça veut dire qu'au mois d'août par exemple…

EDOUARD PHILIPPE
Mais pas longtemps, parce qu'encore une fois, je pense qu'il faut assumer les choses. Alors, nous les assumons, la mesure est prise, elle entre en vigueur, et c'est très bien ainsi.

JEROME CHAPUIS
Mais convenez quand même qu'on est un peu dans une zone grise pour l'instant.

EDOUARD PHILIPPE
Non, pas du tout, pas du tout, on est dans une zone où nous considérons que l'effort de pédagogie est encore extrêmement utile. Et je pense que ça s'assume très bien d'ailleurs.

JEROME CHAPUIS
Alors, nous allons prendre un premier auditeur, Olivier est en ligne avec nous. Bonjour Olivier.

OLIVIER
Bonjour.

JEROME CHAPUIS
Vous nous appelez de l'Oise. Alors, vous, vous êtes plutôt favorable à cette mesure, mais vous avez une question précise pour le Premier ministre.

OLIVIER
Oui, alors, d'abord, bonjour Monsieur le Premier ministre, je vous remercie d'écouter mon appel. J'ai deux préalables, le premier, c'est que je suis tout à fait favorable à cette mesure de réduction de vitesse et de respecter le 80 km/h. Deuxième chose, malgré ce que disent les journalistes, la loi c'est la loi, donc aujourd'hui, si on dépasse 80, on doit être verbalisé, il n'y a pas de discussion. Troisième chose, il y a déjà des réductions de vitesse dans d'autres pays, et ça se passe très bien, et dans les autres pays, les gens acceptent ces réductions de vitesse. Ma question, c'est la mise en application de cette limitation, déjà à 90 km/h, j'étais confronté à ce problème, à cette difficulté, aujourd'hui à 80, ça va être encore plus difficile, comment pouvez-vous aider les conducteurs qui respectent la limitation de vitesse à ne pas être poussés, à ne pas être collés par les automobilistes derrière qui ne respectent pas et qui poussent et qui collent et qui vous mettent en danger aussi, parce que s'il y a un freinage brutal, eh bien, ils vous rentrent dedans par l'arrière, et puis, malgré les assurances, il y a aussi des accidents de gens qui se font rentrer par derrière et qui ont des accidents très graves. Comment pouvez-vous nous aider à mettre en application cette mesure ?

JEROME CHAPUIS
La question des distances de sécurité posée par Olivier.

EDOUARD PHILIPPE
D'abord, merci pour cet avis formulé par votre auditeur, il me touche parce que, en ce moment, j'entends plus les critiques que les soutiens, donc merci beaucoup. Je peux peut-être répondre à Olivier en m'appuyant sur une mesure qui a été mise en oeuvre il y a quelques années et qui suscitait, d'une certaine façon, les mêmes oppositions et les mêmes craintes, il y a quelques années, vous vous en souvenez peut-être, on a réduit la vitesse de circulation maximale sur le périphérique parisien de 80 à 70, ça a fait hurler. Ça a fait hurler, les gens ont dit : eh bien, voilà, c'est déjà tout le temps les bouchons, on va encore perdre plus de temps, enfin, bon. Qu'est-ce qu'on a constaté une fois que la mesure a été mise en oeuvre ? D' abord, on a constaté qu'il y avait 18 % d'accidents en moins, 18 % d'accidents en moins, ce n'est pas du tout négligeable. Et ensuite, et, peut-être, à la surprise générale, peut-être, on a constaté que la circulation était en vérité plutôt plus fluide, pourquoi ? Parce qu'on a, du coup, les distances entre les véhicules qui s'enchaînent mieux et une forme de fluidité de la circulation, je ne dis pas que c'est parfait, c'est le périphérique parisien, mais une forme de fluidité qui s'est accrue. La question que pose Olivier, c'est donc ça : est-ce que la mesure va permettre une meilleure fluidité du trafic, une meilleure homogénéité des vitesses, parce que c'est ça qui permet la fluidité et qui évite les effets d'accordéon et les effets de pression d'un certain nombre…

JEROME CHAPUIS
Enfin, il pose aussi la question précise des sanctions, est-ce qu'on peut sanctionner les automobilistes qui ne respectent pas les distances de sécurité ?

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr, on peut, c'est évidemment plus difficile à identifier lorsqu'on est sur le côté de la route ou lorsqu'on a mis en place un certain nombre de radars, mais le code de la route prévoit qu'on ne colle pas les véhicules, et, je dirais la prudence élémentaire, simplement, ce que je constate aussi, c'est que tout le monde est très prudent en voiture, sauf qu'en fait, en fait, non, vous avez effectivement des gens qui ne respectent pas les distances de sécurité entre deux véhicules, vous avez effectivement des gens qui pensent que, parce que, ils sont en pleine forme et parce qu'ils ont une grosse voiture, ils conduisent forcément mieux que le reste de l'humanité, et que donc les accidents, ce sera pour les autres, vous avez aussi des incivilités, vous en avez beaucoup, au volant, vous avez des imprudences, ce n'est pas exactement la même chose, voilà. Le plan que nous avons passé, il vise à prévenir et à réprimer l'ensemble des comportements susceptibles de causer un danger, on a beaucoup parlé des 80 km/h, mais il y a beaucoup d'autres choses dans le plan, il y a des dispositions qui sont très dures contre la conduite en état d'ivresse ou contre la conduite sous l'emprise de produits stupéfiants ou contre l'utilisation d'un téléphone portable alors qu'on est au volant, parce que là aussi, il y a une cause évidente d'imprudence et donc d'accident.

JEROME CHAPUIS
Alors, on va vous demander, Monsieur le Premier ministre, de faire des réponses courtes parce qu'on a de très nombreux, très nombreux auditeurs…

EDOUARD PHILIPPE
J'ai toujours beaucoup de mal à ça…

JEROME CHAPUIS
Sur toutes ces questions et notamment Laurent. Bonjour Laurent.

LAURENT
Bonjour.

JEROME CHAPUIS
Vous nous appelez des Hauts-de-Seine avec une question précise, là encore, qui concerne les poids lourds.

LAURENT
Absolument. Bonjour Monsieur le Premier ministre. Est-ce qu'on n'aurait pas pu passer à 70 les camions pour permettre aux voitures de les doubler et de s'éloigner des camions, les voitures vont freiner plus vite, est-ce qu'il ne va pas y avoir plus d'accidents avec les camions ?

EDOUARD PHILIPPE
Ce que disent l'ensemble des experts du transport routier et de la circulation routière, c'est que la meilleure garantie de sécurité, c'est l'homogénéité du flux, pardon de répondre avec ces termes un peu, mais je crois que vous comprenez ce que je veux dire. Pour éviter les accidents, le mieux, c'est que, grosso modo, tout le monde roule à la même vitesse et que les distances restent constantes entre les véhicules, c'est comme ça qu'on obtient les meilleurs résultats s'agissant de la sécurité routière, c'est d'ailleurs une des raisons, pour compléter la question de votre auditeur, c'est une des raisons pour laquelle nous avons simplifié la réglementation, certes, nous avons abaissé la vitesse autorisée à 80 km/h sur ces routes, mais nous avons fait en sorte que ce 80 km/h prévale, qu'il fasse beau ou qu'il pleuve, vous savez que, jusqu'à présent, il y avait des distinctions, pour les jeunes conducteurs qui sont encore en phase… et donc l'idée, c'est de faire en sorte qu'il y ait une homogénéité de la vitesse de circulation pour l'ensemble des véhicules, c'est ça qui est la meilleure garantie de sécurité.

JEROME CHAPUIS
Et d'ailleurs, à ce sujet tout à l'heure, sur RTL, on avait un maire des Hautes-Alpes qui nous disait, un président de Conseil départemental, pardon, qui nous disait que, lui, pour simplifier, eh bien, il avait passé des routes qui étaient à 70 à 80 km/h.

EDOUARD PHILIPPE
Mais je pense que, exactement, dans la perspective de ce que je viens de vous dire, c'est probablement une bonne mesure, parce qu'encore une fois, le fait que l'ensemble des véhicules sache que c'est à 80 km/h qu'on roule est probablement la meilleure garantie, est une bonne garantie…

JEROME CHAPUIS
Alors, nous évoquions les poids lourds, nous sommes justement en ligne avec Alain, qui est routier. Bonjour Alain. Alain ? Est-ce que vous êtes avec nous ? Bonjour Alain.

ALAIN
Oui, oui, bonjour.

JEROME CHAPUIS
Bonjour, vous nous appelez de l'Yonne. Posez votre question au Premier ministre qui vous écoute.

ALAIN
Bonjour Monsieur le Premier ministre. Je suis tout à fait de votre côté, quand il s'agit de sauver 400 vies, je suis conducteur routier, et je comprends tout à fait les faits sur les accidents. Maintenant ma question est la suivante : avec les critiques également qui viennent de votre gouvernement, il est évident que cette nouvelle loi passe mal, hier, je parlais avec des automobilistes qui me disaient qu'ils ne la respecteront pas, je leur ai donc rappelé également qu'il y a la privatisation des véhicules radars, donc qui vont rouler davantage, donc, le risque, il est accru. Monsieur le Premier ministre, ma question est la suivante : n'avez-vous pas eu l'idée par exemple d'abaisser la consommation d'alcool à zéro, c'est-à-dire une tolérance zéro, et ne pensez-vous pas que l'alcool, la drogue soient également des facteurs aggravants et qui génèrent énormément d'accidents plus que les 10 km/h qui ont été retirés sur la nouvelle réglementation ?

JEROME CHAPUIS
Zéro tolérance sur l'alcool. Merci pour votre question, Alain.

EDOUARD PHILIPPE
Bon, c'est une question, la question que pose Alain, pardon, je vous appelle par votre prénom Monsieur, mais pas par désinvolture, mais parce que je ne connais pas votre nom, donc la réponse… pardon, la question que vous posez est une sacrément bonne question, et elle est délicate, d'abord, un mot pour dire que, évidemment, l'alcool au volant est une cause d'accident et une cause importante d'accident. Ce que nous disons, c'est que la vitesse est systématiquement une cause aggravante, quelle que soit l'origine première de l'accident, dès lors qu'il y a une vitesse supplémentaire, l'accident est plus grave, non. Mais évidemment, la conduite en état d'ivresse ou même alcoolisée est un problème. Nous avons décidé de ne pas modifier le seuil au-delà duquel on est en infraction s'agissant de la consommation d'alcool, mais nous avons considéré qu'il fallait réprimer plus sévèrement le fait d'être au-delà de ce seuil, c'est la raison pour laquelle nous avons prévu une disposition dans laquelle lorsque l'on conduit dans un état d'ivresse avancé, enfin, avancé, à partir d'un certain seuil qui est prévu par le texte, nous confisquerons le véhicule, y compris, si quelqu'un dans la voiture est en situation de conduire, parce que lui n'aurait pas bu. Ça veut dire que la pénalité pour celui qui expose les autres, s'expose lui-même d'abord, mais expose les autres à un danger considérable, sera d'une beaucoup plus grande sévérité, parce qu'évidemment, il faut lutter contre ces comportements, nous n'avons pas descendu, pour répondre spécifiquement à Alain, le seuil d'absorption d'alcool à zéro, parce qu'il nous est apparu que des comportements raisonnables et raisonnés pouvaient prévaloir, prendre la route en ayant bu un demi verre, ça arrive et ça n'interdit pas, ça n'interdit pas une conduite raisonnable, mais nous nous sommes posé la question, et je veux dire que c'est une question qui est très délicate, parce que de deux l'une, enfin, où est la limite, est-ce qu'on interdit complètement, totalement, radicalement ou est-ce qu'on dit : il y a une limite qui est acceptable, elle est difficile à fixer, mais elle est acceptable et on accepte l'idée que, on invite l'ensemble des Français à se mettre dans cet espace de raison plutôt que dans cet espace d'interdiction absolue. Et d'une certaine façon, en la matière, on a fait confiance au bon sens des Français, mais c'est un bon sens qu'il faut accompagner de contrôle strict.

JEROME CHAPUIS
Et de pédagogie, on l'a bien compris, on va marquer une très courte pause, Edouard PHILIPPE, Monsieur le Premier ministre, on vous retrouve dans un instant avec une question, là encore, toujours précise sur les radars. A tout de suite.

/// Pause journal ///

Et vous êtes très nombreux ce matin à appeler le 32.10 pour interpeller le Premier ministre à propos du 80 km/h, nous sommes en ligne avec Laurent, bonjour Laurent.

LAURENT, AUDITEUR
Bonjour Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour monsieur.

JEROME CHAPUIS
Posez votre question.

LAURENT
Monsieur le Premier ministre n'aurait-il pas été plus efficace de maintenir les vitesses à 90 km/h mais de retirer les panneaux qui préviennent les radars et moi qui roule pas mal je vois beaucoup d'automobilistes qui roulent très vite, qui ralentissent devant les radars prévenus par les panneaux et qui repartent ensuite beaucoup plus rapidement ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous n'avons pas choisi cette option parce que nous pensons d'abord que l'idée ce n'est pas de piéger les automobilistes, contrairement à ce que certains pensent notre objectif ce n'est pas de piéger, et les panneaux qui indiquent les radars ils sont là pour justement faire en sorte que les conduites deviennent responsables et moi, je crois au bon sens, à la raison et au civisme des Français - voilà je vous le dis comme je le pense - et donc l'idée ce n'est pas de les piéger, ce n'est pas de faire en sorte que : « Ah ! Vous n'avez pas respecté la loi, paf on vous tape dessus », c'est plutôt de leur dire : « si vous baissez tranquillement cette vitesse moyenne de circulation, nous allons avoir moins de morts et moins de blessés sur les routes ».

ELIZABETH MARTICHOUX
Et pas pour remplir les caisses, comme on dit ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça n'est absolument pas pour remplir les caisses puisque le produit des amendes sera systématiquement et exclusivement affecté aux établissements qui accompagnent le soin et la rééducation de tous ceux qui ont subi des accidents de la route et, vous savez, c'est des centaines de millions, le coût humain de l'accident humain il est considérable, mais le coût social de ces accidents il est monstrueux, il est monstrueux, donc l'idée ce sera de pouvoir accompagner ça dans de bonnes conditions.

JEROME CHAPUIS
D'un mot, puisqu'on parle des radars, les radars automatiques sont réglés déjà à 80 km/h ?

EDOUARD PHILIPPE
Le passage, le nouveau calibrage pardon a été commencé juste avant le moment où on passait et se poursuit dans les deux ou trois jours qui viennent.

JEROME CHAPUIS
Bonjour Yvan.

YVAN, AUDITEUR
Bonjour, bonjour Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour monsieur.

YVAN
Je me permets de vous appeler, je suis très content de passer sur l'antenne et de m'entretenir avec vous Monsieur le Premier ministre, je suis un professionnel de la route, je fais 20.000 kilomètres par mois. Aujourd'hui moi ce que je constate ce n'est pas forcément la vitesse, c'est le comportement des personnes, les usagers de la route, pourquoi – là on a un effet de cristallisation sur votre projet des 80, votre loi des 80 – pourquoi ne pas envisager plutôt de la prévention active, c'est-à-dire en intégrant des boitiers dans les véhicules type un peu boites noires comme dans les avions qui enregistreraient en permanence les 15 dernières minutes du comportement de la voiture qui analyseraient les défauts de clignotant, les changement de voie, les freinages brusques... Voilà ce type de comportements qui permettrait d'analyser et de prévenir l'accidentologie ?

JEROME CHAPUIS
On a bien compris, réponse courte sur les boites noires, oui ou non ?

EDOUARD PHILIPPE
On ne l'a pas fait parce que mon objectif ce n'est pas de surveiller individuellement chaque conducteur dans son comportement et dans des allers et venues et où est-ce qu'il va, vous comprenez on est... heureusement on est dans un Etat qui ne vise pas ces objectifs. Vous avez raison le comportement il est souvent la cause de l'accident, dans 92 % des cas d'accident c'est une erreur de comportement qui est à l'origine, que ce soit la vitesse, l'alcool, enfin... mais c'est toujours une erreur de comportement ou une imprudence, il faut donc beaucoup plus de formation - et je vous rejoins sur ce point - il faut beaucoup plus de formation, dans le plan qu'on a fait il y a un volet formation, évidemment il est passé un peu sous silence parce qu'il y a un tel émoi sur la mesure des 80 qu'on parle moins des aspects de formation, mais il y a des aspects liés à la formation, c'est indispensable. Là encore si on fait confiance aux Français, plus ils seront formés, plus ils auront conscience de... Regardez l'impact qu'ont les stages de récupération de points au permis, quand vous passez ces stages – c'est arrivé à un certain nombre de Français maintenant depuis que ça existe – on vous montre comme vous ne l'avez probablement jamais vu depuis le moment où vous avez passé votre permis l'impact d'une conduite trop rapide, je pense que la formation est un aspect essentiel, je vous rejoins volontiers là-dessus.

JEROME CHAPUIS
Merci Edouard PHILIPPE d'avoir répondu à toutes ces questions. Une question d'actualité quand même importante, en dehors de ce débat qui nous préoccupe, une autre question qui inquiète beaucoup les Français, c'est tout ce débat ces derniers jours autour des pensions de réversion – ces sommes que vont toucher les veufs ou les veuves à la mort de leur conjoint – on a entendu tout et son contraire, allez-vous oui ou non changer les règles sur les pensions de réversion ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais il n'y a aucun projet du gouvernement tendant à changer les règles qui s'appliquent aujourd'hui en matière de pension de réversion, je vais vous le dire de la façon la plus claire possible – parce que tout ça m'insupporte depuis que le débat est né – il y a une grande réflexion qui a été engagée de façon extrêmement sérieuse, de façon extrêmement concertée d'ailleurs avec tous les acteurs : syndicats... qui d'ailleurs se félicitent de la façon dont est conduit le travail par Jean-Paul DELEVOYE, donc nous réfléchissons à une grande réforme qui aura lieu l'année prochaine, en aucun cas nous ne travaillons à remettre en cause les pensions de réversion qui existent aujourd'hui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Tous les bénéficiaires actuels auront une pension inchangée de leur vivant ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vous le confirme.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Dernière question, vendredi à 16 h vous faites quoi ?

EDOUARD PHILIPPE
Je regarde le match et je vibre.

JEROME CHAPUIS
Et votre pronostic ?

EDOUARD PHILIPPE
La victoire.

JEROME CHAPUIS
La victoire !

ELIZABETH MARTICHOUX
Oh !

JEROME CHAPUIS
Merci beaucoup.

ELIZABETH MARTICHOUX
Prudent quand même.

JEROME CHAPUIS
Merci beaucoup Edouard PHILIPPE d'avoir été avec nous ce matin sur RTL et d'avoir répondu à toutes ces questions…

EDOUARD PHILIPPE
Merci à vous.

JEROME CHAPUIS
Vous l'avez bien constaté c'est une préoccupation chez nos auditeurs, chez tous les Français, merci pour cet exercice de pédagogie ce matin sur RTL et, dans un instant... Ah ! Oui, dernière question parce que c'est important, quand vous allez repartir-là, si vous êtes sur une route, vous repartez à 80 km/h ?

EDOUARD PHILIPPE
J'essaie de respecter avec... Mais vous savez je vais repartir de Neuilly puisque vous êtes désormais installés à Neuilly-sur-Seine et je retourne à Matignon et, donc, nous ne sommes pas dans le cadre des routes bidirectionnelles sans séparateur central…

JEROME CHAPUIS
Merci beaucoup en tout cas de votre…

EDOUARD PHILIPPE
Et, donc, je roulerai à 50.

JEROME CHAPUIS
Merci d'avoir été sur RTL ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juillet 2018

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