Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec France Inter le 3 juillet 2018, sur la Corse et la réforme constitutionnelle et sur les conditions de travail des policiers et des gendarmes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'intérieur, avec France Inter le 3 juillet 2018, sur la Corse et la réforme constitutionnelle et sur les conditions de travail des policiers et des gendarmes.

Personnalité, fonction : GOURAULT Jacqueline, SALAME Léa.

FRANCE. Ministre auprès du ministre de l'intérieur;

ti :


NICOLAS DEMORAND
Léa SALAME, votre invitée ce matin est ministre auprès du ministre de l'intérieur, chargée du dossier corse.

LEA SALAME
Et la situation est tendue ! Bonjour Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT
Bonjour Léa SALAME.
LEA SALAME

Merci d'être avec nous ce matin. A l'issue d'un entretien, hier, à Matignon, avec Edouard PHILIPPE, Gilles SIMEONI, le président de l'exécutif corse a déploré une situation de blocage, il utilise même le terme de crise, y a-t-il ce matin une crise corse ?

JACQUELINE GOURAULT
Non, il n'y a pas de crise corse. Nous avons reçu effectivement, enfin, le Premier ministre a reçu Gilles SIMEONI, j'étais présente, et nous avons eu une rencontre courtoise, républicaine, pendant deux heures, nous avons parlé d'un certain nombre de sujets, bien sûr, de la réforme constitutionnelle, et Gilles SIMEONI dit qu'il faut des signes, eh bien, je crois que le fait d'inscrire la Corse dans la Constitution est un signe politique, réel, dans la mesure où c'est la première fois, et c'était une revendication importante des nationalistes et voire même d'autres courants politiques que d'inscrire la Corse dans la Constitution…

LEA SALAME
Mais il dit que ce n'est pas assez, il dit que c'est une preuve d'amour pas assez forte, il dit notamment que la manière dont c'est formulé dans la Constitution ne lui va pas, je cite, comme le projet est formulé, les lois pourront comporter des règles adaptées aux spécificités liées à l'insularité de la Corse, mais, et c'est là où le bât blesse, mais ces adaptations devront être habilitées à chaque fois par une loi ou un règlement, lui, il dit : on ne veut pas de ça, on veut un principe général et pas une habilitation au cas par cas.

JACQUELINE GOURAULT
Alors, on va être très précis, c'est vrai que, il y a l'inscription de la collectivité, ça, c'est quand même une nouveauté, c'est-à-dire que la collectivité de la Corse est au fond sanctuarisée dans la Constitution, c'est-à-dire que pour la modifier, il faudra réviser la Constitution, ça n'est pas rien. La deuxième chose, c'est qu'on reconnaît les spécificités économiques, sociales, géographiques de la Corse qui permettront effectivement au législateur, et c'est inscrit par le deuxième alinéa, au législateur d'adapter les lois et règlements pour la Corse…

LEA SALAME
Oui, là, on est technique, mais vous voyez bien, c'est l'habilitation au cas par cas…

JACQUELINE GOURAULT
Oui, mais alors, et troisièmement, justement, troisième alinéa, dans le troisième alinéa, il est écrit, n'est-ce pas, que sur décision législative ou réglementaire, les Corses pourront sur leurs compétences, qu'ils exercent dans leur collectivités, pourront adapter les lois et règlements. Et c'est là où il reste du travail à faire, c'est-à-dire qu'on a proposé à Gilles SIMEONI de travailler sur la manière dont il pourrait adapter les lois et règlements et ça, ça fera partie, soit de la loi organique, soit d'une loi ordinaire, donc il y a du travail qui reste à faire, il n'y a pas de décision de prise…

LEA SALAME
Il n'y a pas de décision de prise, ça veut dire que vous laissez la porte ouverte, mais tout de même, là, pour l'instant, Jean-Guy TALAMONI, il a claqué la porte, il a refusé de se rendre à l'invitation du Premier ministre hier, Gilles SIMEONI claque la porte également…

JACQUELINE GOURAULT
Non, il ne claque pas la porte, il est venu, il s'est exprimé, il a bien rappelé…

LEA SALAME
Enfin, il est sorti pas content…

JACQUELINE GOURAULT
Peut-être, mais il y a eu des avancées, le Premier ministre lui a proposé de travailler dans trois directions en plus de celles que je viens de dire, première direction : définir un statut fiscal, deuxième direction : voir ce qu'on allait faire après le PEI, le plan qui est en cours actuellement, et je précise que nous avons prolongé dans la loi Elan, puisque tous les crédits n'étaient pas consacrés… pardon…

LEA SALAME
Mais là, on rentre dans du super technique…

JACQUELINE GOURAULT
Mais c'est du super technique, je sais, mais ça veut dire que nous aidons à la Corse, non seulement sur le plan de l'ingénierie, etc., mais sur le plan financier. Et donc, c'est un échange permanent qu'il faut avoir avec les Corses, on ne peut pas demander que la France finance des choses sans discuter du bien-fondé des politiques publiques…

LEA SALAME
Oui, lui, il dit : vous avez dit non au rapprochement des prisonniers politiques…

JACQUELINE GOURAULT
Quand je dis la France, c'est-à-dire le gouvernement français…

LEA SALAME
J'entends, vous avez dit non au rapprochement des prisonniers politiques, non à la co-officialité de la langue, non à un statut de résident, non à l'inscription de l'autonomie de la Corse dans la Constitution, au fond, vous n'acceptez qu'un seul point : le statut fiscal de la Corse, lui, il dit : c'est un peu peu…

JACQUELINE GOURAULT
Il y a eu récemment des prisonniers politiques qui ont été rapprochés en Corse, c'est du domaine de la chancellerie, c'est au cas par cas, et la ministre Garde des Sceaux, bien sûr, fait son travail, mais on n'a pas non plus à… comment dire… fanfaronner, crier sur les toits quand il y a des prisonniers qui rentrent sur le territoire corse…

LEA SALAME
Lesquels ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, je ne sais pas leur nom, bien évidemment, mais il y en a eu trois récemment.

LEA SALAME
L'Assemblée de Corse a voté vendredi dernier à l'unanimité une motion en faveur de l'accueil des migrants. Madame la Ministre, cette motion est-elle recevable ? Est-ce qu'elle vaut quelque chose ?

JACQUELINE GOURAULT
La Corse, c'est un territoire français comme d'autres territoires français, ça n'est pas un Etat, c'est une région française, et est bien sûr, c'est tout à fait, comment dire, généreux d'annoncer qu'on peut annoncer des migrants, mais ça doit se concevoir dans le cadre de la République.

LEA SALAME
Christophe CASTANER a été plus clair que vous, il a dit : c'est de la compétence de l'Etat et pas des collectivités de décider ou non si on accueille un bateau de migrants, donc moi, je vais vous poser la question clairement, si les Corses venaient à accueillir dans trois jours un bateau de migrants, qu'est-ce que ferait l'Etat ? Qu'est-ce que ferait le préfet ?

JACQUELINE GOURAULT
Je crois qu'ils ne sont pas en capacité de le faire, parce que la Corse est un territoire de la République, et que les forces de sécurité qui sont sur le territoire sont bien sûr sous l'ordre du préfet et du gouvernement.

LEA SALAME
Et le préfet dirait non. Donc il y aurait une situation de tension entre…

JACQUELINE GOURAULT
Mais, encore une fois, nous sommes dans un Etat de droit et républicain, et la Corse n'échappe pas, comme la Bretagne, à l'Etat de droit et l'Etat républicain.

LEA SALAME
Gilles SIMEONI vous répond : summum ius summa iniuria, l'application trop stricte de la loi conduit à l'injustice.

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, hier, on a eu une discussion que j'ai trouvée franche, plutôt sympathique, alors après, il y a la communication…

LEA SALAME
C'est marrant, il ne le vit pas pareil, j'ai l'impression, mais…

JACQUELINE GOURAULT
Oui, eh bien peut-être, il y a la communication, mais moi, j'étais là pendant deux heures, on a discuté de beaucoup de choses, et je crois que nous pouvons continuer à discuter et à travailler ensemble.

LEA SALAME
Jacqueline GOURAULT, vous êtes ministre auprès du ministre de l'Intérieur, Gérard COLLOMB, une question sur ce rapport sénatorial qui est en Une du Figaro ce matin, sur le grand malaise des policiers et des gendarmes, ils sont usés, épuisés, au bord de la rupture, ils déplorent un matériel défectueux, une surcharge administrative, mais surtout, ce chiffre est symbolique, 21 millions d'heures supplémentaires ont été non récupérées et non indemnisées, 21 millions d'heures supplémentaires, c'est un niveau jamais atteint, qu'est-ce que vous répondez ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien, on répond qu'on est tout à fait conscient de cette situation, que c'est la raison pour laquelle un certain nombre de décisions ont été prises par le ministre de l'Intérieur on pourrait en citer quelques-unes, par exemple, dans le quinquennat, création de 10.000 postes de policiers et de gendarmes, par exemple, également, une discussion sur le plan social sur la récupération, bien sûr, des heures que vous venez de citer, un accompagnement…

LEA SALAME
Ça voudrait dire quoi, ça, pardon, sur les 21 millions d'heures supplémentaires, ça veut dire quoi ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien, c'est une décision… non, mais, 21 millions d'heures, je ne sais pas de quand vous êtes remontée, là, bon. Nous sommes au gouvernement depuis un an, et il y a eu des discussions qui ont été faites récemment par le DGPN, le Directeur de la Police Nationale…

LEA SALAME
Pour indemniser un certain nombre d'heures…

JACQUELINE GOURAULT
Pas pour indemniser, pour voir comment on fait pour que la pression soit moins forte sur les policiers. D'autre part, il y a aussi tout un engagement du gouvernement pour – comment dire – dispenser les policiers et les gendarmes de tâches qui sont des tâches indues, par ailleurs, il y aura aussi une réforme de la procédure pénale pour accélérer aussi les procédures, qui concernera les gendarmes, ils sont équipés aujourd'hui aussi de beaucoup de matériels et d'équipements informatiques qui leur fait gagner beaucoup de temps, nous sommes très conscients des efforts que nous devons faire en direction de la gendarmerie et de la police et vous n'êtes pas bien sûr sans comprendre que le contexte dans lequel nous vivons avec la permanence de risques qui pèse sur la société française comme d'autres pays d'ailleurs nécessite évidemment un travail important de la part de notre police et de notre gendarmerie

LEA SALAME
Jacqueline GOURAULT, les insoumis devraient sécher le discours du congrès d'Emmanuel MACRON le 9 juillet prochain, Alexis Corbière, ne veut pas, dit-il, être un pot de fleurs de la communication présidentielle ; un exercice qui consiste à dire que le monarque présidentiel vient, s'exprime, ne souffre pas d'entendre la réponse et s'en va. Je ne suis pas d'accord, a-t-il dit. Est-ce que c'est une attitude républicaine de refuser d'aller à Versailles quand on est un élu de la nation ?

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, il fait ce qu'il a envie de faire. Ce qui est amusant, c'est que monsieur RUFFIN a déposé un amendement et défendu un amendement à l'Assemblée nationale où il voulait que le président de la République vienne tous les premiers mardis du mois devant le Parlement. Donc il faudrait qu'ils accordent leur violon, si je puis dire.

LEA SALAME
Ce n'est pas une bonne idée, ça ?

JACQUELINE GOURAULT
Eh bien écoutez, il faut en débattre.

LEA SALAME
Alors, débattre justement, vous êtes convoquée, comme tous les ministres, Jacqueline GOURAULT, pour un entretien d'évaluation par le Premier ministre Edouard PHILIPPE, est-ce que vous avez un petit peu peur ? Est-ce que vous avez pensé à ce que vous allez lui dire dans cet entretien d'évaluation, pour que ce ne soit pas un entretien préalable à licenciement ? Parce qu'on parle comme dans une entreprise désormais, vous êtes convoquée à un entretien.

JACQUELINE GOURAULT
Alors, écoutez, d'abord je vois Edouard PHILIPPE à peu près tous les jours, je suis aux réunions souvent avec lui et, bien sûr, cette rencontre sera pour moi le moyen de faire le bilan depuis un an, puisque j'ai été nommée ministre le 21 juin, le jour de la fête de la musique…

LEA SALAME
C'est bien, on reçoit Jack LANG dans une demi-heure…

JACQUELINE GOURAULT
Il n'y a pas de relation… ah mais oui, mais justement…

LEA SALAME
Alors, vous ne flippez pas ? Donc vous ne flippez pas trop.

JACQUELINE GOURAULT
Jack LANG, la fête de la musique, Blois, vous voyez ce que je veux dire…

LEA SALAME
D'accord, vous, oui, oui, moi, je vois, mais… vous étiez élue de la région…

JACQUELINE GOURAULT
Tout se tient.

LEA SALAME
Alors, vous n'avez pas peur, est-ce que François BAYROU vous donne des conseils, est-ce qu'il continue à vous appeler tous les jours ?

JACQUELINE GOURAULT
Non. Alors, j'ai François régulièrement au téléphone, pas tous les jours, là, en ce moment, parce que là, il est en Chine, mais je l'ai très régulièrement. Et je n'ai pas peur, non, de la rencontre avec le Premier ministre, je suis ravie de passer un temps pour pouvoir faire le point sur ce qu'on fait ensemble…

LEA SALAME
Le bilan. Merci Jacqueline GOURAULT.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juillet 2018

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