Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à CNews le 4 juillet 2018, sur le renforcement de l'attractivité des réseaux d'éducation prioritaire par le versement d'une prime aux enseignants volontaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à CNews le 4 juillet 2018, sur le renforcement de l'attractivité des réseaux d'éducation prioritaire par le versement d'une prime aux enseignants volontaires.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :

ROMAIN DESARBRES
C'est l'heure de l'interview politique, Jean-Pierre ELKABBACH reçoit ce matin le ministre de l'Education nationale Jean-Michel BLANQUER, c'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La ronde d'évaluation des ministres du gouvernement a commencé à Matignon et le premier des ministres à avoir été évalué c'est vous Jean-Michel BLANQUER, bienvenue et bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Edouard PHILIPPE vous a attribué une bonne note ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je crois que ça ne fonctionne pas comme ça, c'est plutôt un moment pour faire le point - ce qui finalement est la chose la plus naturelle du monde -nous sommes là depuis un an, beaucoup de choses ont été faites, c'est l'occasion de regarder où on en est.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il vous a fait des reproches ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas du tout, au contraire on était dans une atmosphère de travail très, très agréable et encore une fois ça permet de se dire : « qu'a-t-on fait ? », il y a beaucoup de choses, vous savez on a une feuille de route…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il a dit, vous, vous avez bien fait et il vous a encouragé ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais ce n'est pas à moi de m'attribuer la bonne note, comme vous dites les choses sont dans la direction…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous... tous les deux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il vous a dit : « Jean-Michel, si tu continues comme ça, tu auras le prix d'excellence bientôt » ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas comme ça que ça marche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça marche comment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez c'est finalement l'exercice naturel de la responsabilité politique, vous êtes nommé par le président de la République sur proposition du Premier ministre, on est un gouvernement qui doit rendre des comptes devant les Français, c'est normal que les membres de l'équipe rendent compte au chef de l'équipe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ca c'est dans le dialogue officiel. Mais vous ne pouvez pas vous laisser aller et dire... il vous a dit : « tu as bien travaillé et tu passes en deuxième année » ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, je ne pas si je redouble ou si je passe en deuxième année, mais en tout cas je suis là quoi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Est-ce qu'il vous a accordé une prime ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, de toute façon ce n'est pas ça qui est susceptible de me motiver.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, parce que c'est vous qui accordez les primes et vous attribuez la récompense. La prime - et j'aimerais que vous nous donniez des indications sur la prime de 3.000 euros annuelle que vous avez lancée pour certains types d'enseignants - d'abord à qui vous la destinez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est fait, c'était un engagement du président pendant la campagne, c'est fait effectivement pour tout simplement récompenser ce qui se passe dans les Réseaux d'Education Prioritaire Renforcés – donc dans territoires difficiles – et c'est fait pour les rendre aussi plus attractifs, puisque que ce que nous voulons c'est avoir d'abord une plus grande diversité de professeurs qui vont... on ne veut pas avoir que des jeunes professeurs sortant de leur formation, on veut avoir une plus grande variété, pour ça il faut que la rémunération soit aussi à la hauteur, ça fait partie des motivations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est de la pédagogie ou un peu de démagogie, ça ?

C'EST JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est de la pédagogie, le but c'est de... si vous voulez de façon générale il est bon de revaloriser la condition professorale et il est bon de commencer par les endroits où c'est plus difficile, où il faut récompenser quelque chose de particulier, parce que moi ce que je souhaite récompenser c'est le fait d'être dans un endroit plus difficile qu'un autre mais aussi le fait de contribuer à la réussite de cet endroit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... à la fois du courage et de l'engagement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement. Vous savez les Réseaux d'Education Prioritaire - l'éducation prioritaire ça existe maintenant depuis une cinquantaine d'années - ce qui est important c'est de ne pas considérer que c'est juste pour indemniser une difficulté qu'on paie davantage, c'est plutôt pour stimuler la réussite, et c'est cette stimulation de la réussite que je veux réussir au travers de…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça concerne combien de personnes à peu près ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Potentiellement c'est autour de 40.000 personnes qui peuvent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
40.000, plus, il y a les enseignants mais les personnels aussi qui sont autour des enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, il y a un certain nombre de personnels, plutôt les fonctionnaires qui sont les personnels non enseignants comme on dit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment elle va se dérouler, comment vous allez l'attribuer, 3.000 euros d'un coup ou... d'abord à partir de quand, dès cette rentrée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord c'est en discussion actuellement, donc rien n'est fait en la matière, nous en parlons avec les organisations syndicales, nous affinons ce que peut être le dispositif, nous commençons avec 1.000 euros à la rentrée prochaine dans ce qu'on appelle donc les REP +…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Versée et payée quand, en décembre ou en début d'année ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez probablement en fin d'année rétroactivement, mais c'est en tout cas valable à partir du 1er septembre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils ont 1.000 euros mensuels ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors ne me demandez pas trop détails puisque, comme je vous ai dit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est en train de se discuter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, il y a 1.000 euros d'ici à la fin de l'année…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais ce sera probablement mensualisé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les 2.000 euros vous allez voir avec les syndicats, etc. ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous discutons, nous regardons quelle est la quelle est la bonne formule, comment est-ce que ces moyens que la puissance publique met dans les Réseaux d'Education Prioritaires soient au service de la.... bien entendu du bien-être professionnel des professeurs et au travers de cela de la réussite des élèves, c'est ça le but tout simple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais au bout du compte il y aura, si tout marche bien, 3.000 euros nets ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais ça doit être le résultat d'une discussion permettant d'arriver à un objectif, l'objectif encore une fois tout ce qu'on fait…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais c'est la qualité de l'enseignement…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien évidemment ! Très souvent vous voyez les débats qu'on a sur l'éducation c'est typique en l'occurrence, on parle souvent des tuyaux, on ne parle pas de ce qu'il y a dans les tuyaux, on parle souvent des processus, on ne parle pas de pourquoi on fait les choses, et le pourquoi il est très simple c'est la réussite des élèves, donc notre objectif c'est que tous les élèves réussissent et a fortiori ceux qui aujourd'hui ne réussissent pas et qu'on doit amener vers un meilleur niveau, pour ça on doit mettre les professeurs en situation de réussir davantage - ça nous renvoie à la formation des professeurs, à la manière de les recruter, à leur motivation et aussi à leur rémunération - et donc on doit déduire les dispositifs du but que l'on s'est fixé et pas l'inverse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une vision globale ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Globale, qui commence à l'école et qui va jusqu'à la formation continue ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement, c'est pour ça que les choses doivent être cohérentes entre elles et si vous voulez tout ce que nous faisons - et c'est bien le but par exemple de l'entretien avec le Premier ministre ou des discussions qu'on a entre ministres - c'est que tout ça participe d'une philosophie d'ensemble, une vision d'ensemble qui est l'émancipation de la personne humaine tout simplement au travers de l'éducation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les sommes elles sont prises dans votre budget, je crois que c'est 50 milliards et quelques…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Or pension ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est pris dans votre budget ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est prévu dans mon budget 2019 en train de s'élaborer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Encore une précision, François HOLLANDE avait créé une prime de 2.315 euros annuelle…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je dis parce que c'est…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, ce n'est pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... sont concernés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas en substitution de précédentes rémunérations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec vous il y a tellement de sujets, aujourd'hui 2.200 classes de CP sont d'ores et déjà dédoublées en REP +, à la rentrée 2018 est-ce que vous poursuivez votre mouvement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, totalement, dès la rentrée prochaine c'est 3.200 autres classes qui sont dédoublées - c'est-à-dire des classes de cours préparatoire cette fois-ci de REP, cette année c'était les Réseaux d'Education Prioritaire Renforcés, autrement dit les territoires les plus pauvres, maintenant c'est Réseaux d'Education Prioritaire, l'ensemble au sens large…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous étendez !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous étendons donc tous ces CP, ça représente 15 à 20 % des classes de cours préparatoire de France ; et puis nous le faisons aussi en CE1 de REP +, c'est-à-dire en gros c'est pour les élèves qui étaient déjà cette année en CP à 12 et qui l'année prochaine sont en CE1 à 12.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'objectif c'est combien d'élèves... en 2019 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
A la fin nous toucherons, quand nous serons en 2019, c'est-à-dire à maturité de ce dispositif, on aura environ 320.000 élèves qui seront concernés en France, chaque année il nait environ 750.000 élèves - enfants pardon - en France qui seront des élèves heureusement, c'est environ 15 à 20 % d'entre eux, c'est-à-dire 160.000 d'une génération, et ça pour toujours si je puis dire, c'est donc extrêmement important, il faut se rendre compte que cette mesure n'est pas du tout anecdotique, elle va au coeur des racines des difficultés sociales…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tout commence là, tout commence là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que tout commence là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La lutte contre les inégalités…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les vraies inégalités ce sont des inégalités devant le langage et ensuite devant l'écriture et donc, si on réussit à aller à la racine de ces sujets, on va faire du bien à la société française notamment à moyen et long terme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parfois il y a un manque de places, j'ai vu que pour compenser le manque de places vous avez - surtout des élèves des classes dédoublées - vous avez passé un accord avec des associations de HLM qui vous ont proposé 17.000 locaux, et là ça va suffire ou vous vous dites c'est un début…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh ! Vous savez ça c'est…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que tout le monde ait sa place et puisse travailler dans les meilleures conditions ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'exemple que vous évoquez c'est un exemple de notre pragmatisme, c'est-à-dire qu'il faut commune par commune regarder comment on fait pour retrouver les salles supplémentaires puisqu'en effet pour certaines communes ça peut représenter une difficulté, donc on trouve des solutions pragmatiques, concrètes, pour avoir ces classes ; mais vous savez j'en visite beaucoup et c'est un bonheur de voir cela et c'est des classes qui tout simplement sont en train de réussir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Michel BLANQUER, le bac 2018 est-ce que c'est un bon cru ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez c'est trop tôt pour le dire, nous aurons les résultats dans quelque temps…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une question de jours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait, mais ce sera un cru normal je pense, je ne fais pas de pilotage par les chiffres sur ces questions-là, ce qui compte c'est que chaque élève ait réussi. Ce qui est important c'est que ça été un bon cru déjà dans le fait que ça s'est bien déroulé, il y a eu très peu d'incidents, très peu de problèmes, donc de ce point de vue-là je pense qu'on a…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand vous dites normal, le taux moyen c'est 88 %, ce sera à peu près ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER.
En gnéral on est autour de ce de ce chiffre-là, oui effectivement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autour de ce chiffre ! Et le bac est devenu un symbole ou est un symbole républicain, c'est aussi un rite qui est devenu banal et peut-être général, vous avez commencé à lancer la réforme du bac pour 2021, est-ce que ça veut dire que les élèves qui vont rentrer en septembre en seconde seront concernés les premiers par la réforme du bac ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait, la réforme du baccalauréat sera pleinement mûre en juin 2021, mais ça veut dire que toutes ses conséquences se passent en amont à partir de la rentrée prochaine, donc les élèves de seconde qui rentrent cette année vont avoir les premières petites conséquences de cela, ils vont avoir un test de positionnement en arrivant – puisqu'on veut tester notamment leur niveau de français parce que nous savons qu'il y a des fragilités et nous voulons faire de l'aide personnalisée tout au long de l'année prochaine pour un petit peu les renforcer - et puis les vrais grands changements vont avoir lieu en 2019, en septembre 2019, où là vous aurez les nouveaux programmes du lycée qui tiennent compte du nouveau baccalauréat et donc c'est la classe de première qui sera concernée en 2019 – 2020, puis la classe de terminale en 2020 – 2021.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour le bac 2021 fini le bachotage ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Fini le bachotage, c'est une très bonne formule, parce que je pense que ça résume ce qu'on a voulu faire. Ce qu'on a voulu faire c'est faire qu'en préparant le baccalauréat l'élève prépare ce qui va après le baccalauréat, donc on ne prépare pas le bac pour préparer le bac, on prépare le bac pour se donner des connaissances.…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour la suite des études !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et des compétences qui vont servir pour les études et pour la vie et donc, ça, c'est très important et c'est pour ça qu'on valorise beaucoup de choses comme le contrôle continu mais aussi l'oral, le nouveau grand oral…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites dans votre livre : « l'oral est une composante essentielle de la vie » mais là aussi ça peut être une source d'inégalités parce qu'on va peut-être juger plus souvent l'apparence que l'anonymat et il y en a qui vont être favorisés, ceux qui vivent dans des familles qui peuvent échanger, parler et pratiquer a langue française ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez on peut dire ça sur beaucoup de choses et à ce moment-là on s'interdit beaucoup de choses, alors que ce qu'il faut c'est aller à la racine des inégalités. L'écrit bien entendu restera extrêmement important – et j'y tiens énormément - et on renforce la question de la capacité d'expression écrite, donc ce n'est évidemment pas au détriment de l'écrit, mais l'oral c'est très important et en effet c'est aujourd'hui une source d'inégalités, donc en mettant cet examen en fin de parcours au baccalauréat ça signifie qu'on envoie un message à tout le système dès la petite section de maternelle, en disant : « il faut s'entraîner à l'oral, il faut faire du théâtre, il faut donne confiance », si j'utilise le mot école de la confiance en permanence et notamment dans le livre c'est précisément parce que cette notion de confiance est essentielle dans le parcours…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle est essentielle pour les écoliers, les parents, les profs, etc., si on arrive à les mettre…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Confiance de chacun en chacun et à la fin la confiance de l'élève en soi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et le bac est utile aujourd'hui, est-ce qu'il le sera dans cinq ans ou dans 10 ans ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, je pense que... le baccalauréat a deux siècles, il commençait à montrer certains signes de désuétude…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De fatigue.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et nous voulons lui donner une sorte de nouvelle naissance en montrant que c'est un examen qui prépare réellement aux aptitudes dont on a besoin au XXIème siècle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous dites, Monsieur le Ministre BLANQUER, c'est pour préparer la suite, c'est-à-dire les études. Et on arrive à Parcoursup, il paraît que 150.000 élèves ne sont pas encore fixés, quant à la solution sera trouvée définitivement avec la chance pour chacun de trouver la place qu'il mérite ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous nous sommes engagés à ce que ce soit le cas avec Frédérique VIDAL, tout le travail est fait, Frédérique VIDAL a encore annoncé ce matin la création de 10.000 places supplémentaires, comme vous le savez d'ailleurs le problème n'est pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour les IUT.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pour les IUT notamment, de mon côté d'ailleurs on a créé aussi des places de BTS notamment pour les bacheliers professionnels - ça c'est très important parce que c'est là qu'ils vont réussir – en réalité nous ne nous payons pas de mots, nous n'envoyons pas les élèves dans des situations d'échec, nous essayons de préparer leur réussite. Vous c'est facile de donner des examens facilement et puis ensuite de dire : « faites ce que vous voulez-vous, on vous accordera tout », il y a toujours une heure de vérité ensuite qui se traduit par aujourd'hui 60 % d'échecs dans l'enseignement supérieur dans les trois premières années…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est vrai.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ces données-là nous ne pouvons pas les accepter, ce serait plus confortable pour nous de laisser faire ce qui se fait depuis si longtemps, on décide de prendre le taureau par les cornes, c'est comme ça qu'aujourd'hui vous avez 90 % des bacheliers généraux qui ont déjà une réponse pour l'enseignement supérieur, ceux qui sont encore sans réponse aujourd'hui auront une réponse au cours des jours et des semaines qui viennent et, bien entendu, nous y travaillons. Donc, nous sommes confiants dans le bon fonctionnement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parcoursup oui, et le tirage au sort c'est fini définitivement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'un des buts poursuivis c'était bien celui-là, c'était la fin du tirage au sort, on sort d'une absurdité pour entrer dans une rationalité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et donc Parcoursup 2018 oui, 2019 Parcoursup oui on continue ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien entendu oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. J'ai vu que vous alliez offrir aux 800.000 élèves de CM2 « Les fables » de La FONTAINE ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, tout à fait, et même non élève de CM2 que vous êtes je vous l'ai apporté…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je regrette de ne plus être en CM2, ah il est illustré par Joann SFAR.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, vous savez « Les fables » de La FONTAINE sont pour tous les âges, en réalité elles ont plusieurs niveaux de langage et elles sont belles tout simplement et nous pensons que c'est bien de faire partager cela à tous les enfants…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien ! Comme j'ai bien l'échange, moi je vous offre « Les fables » de La FONTAINE qui ont été jouées par les comédiens et les acteurs de la Comédie-Française il y a quelque temps.…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah ! Oui, tout à fait.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui étaient formidables et avec une mise en scène, etc., Bob WILSON. Vous voulez voir « Le Corbeau et le Renard » ? Regardez-le !

//extrait spectacle de la Comédie-Française « Le Corbeau et le Renard »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Plus jamais, plus jamais, c'est le corbeau. Lire ou regarder « Les fables » de La FONTAINE c'est toujours un émerveillement. Dans Le Figaro de ce matin l'écrivain qui s'appelle de Jean-Michel DELACOMPTEE, qui a écrit un « MONTAIGNE », un « BOSSUET », qui rend hommage à votre initiative sur « Les fables » de La FONTAINE, vous dit : « c'est un bon début », est-ce que vous pourriez lancer les Etats généraux de la langue française avec le président de la République ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut voir ce qu'il met derrière cette proposition, mais de façon générale tout ce qui va dans le sens de la force de la langue française est très important, vous savez c'est notre trésor. Pourquoi est-ce que notre pays est notre pays ? C'est d'abord et avant tout par notre langue, la langue c'est ce qui nous structure, c'est ce qui nous fait, c'est ce qui nous constitue, plus la langue est belle, plus elle est riche, plus elle est partagée aussi ; et plus nous sommes forts et plus nous sommes bien, donc il faut une politique de la langue et ça commence par l'éducation et c'est ce que j'essaie de faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, vous dites peut-être oui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout cas c'est intéressant, de toute façon les forces qui vont dans le sens de la langue sont bonnes. Par exemple il y a parmi les gens qui nous regardent ou nous écoutent des gens qui participent pas des associations pour lire à haute voix des contes dans les écoles maternelles par exemple ou à l'école primaire, il y a beaucoup de gens qui font beaucoup de choses pour la langue et pour la transmission de la langue aux enfants, tout cela est bon.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et sur CANAL il y a toutes les nuits des lectures de livres et de romans qui sont importants pour la langue française. Édouard PHILIPPE vous demande et il demande à chaque ministre, je le cite : « un plan de transformation pour 2018 et 2022 », à partir de votre expérience quelles sont les actions que vous projetez pour la rentrée…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Déjà là il y a complètement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eventuellement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Voilà ! C'est un peu difficile de faire la liste de tout, mais si voulez l'ensemble forme un tout cohérent. D'abord vous avez l'école primaire, l'école primaire l'objectif lire-écrire-compter, respecter autrui, s'accomplit progressivement par une série de réformes, de formations et des réformes pédagogiques ; Deuxièmement, vous avez la question de l'enseignement professionnel, j'ai annoncé une réforme de l'enseignement professionnelle qui a vocation à se déployer au cours des prochains mois et notamment d'ici un an permettant d'avoir de véritables campus professionnels et de lier ce que nous faisons dans l'enseignement professionnel avec un renforcement de l'apprentissage, donc c'est ces deux choses-là que je voudrais souligner aujourd'hui. Mais nous avons aussi d'autres évolutions…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les rythmes scolaires, par exemple vous dites les mercredis intelligents parce que je suppose qu'avant c'était le mercredi qui étaient bêtes et absurdes, alors…

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'annonce du plan « Mercredi » est quelque chose de très important, c'est en soutien de toutes les communes de France qui le souhaitent la possibilité d'offrir plus d'activités aux enfants, donc dans un accord entre la commune et l'Education nationale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour celles qui ont choisi les quatre jours ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais aussi pour celles qui ont choisi les 1,5 jours, puisque le débat ne doit plus être entre 4 jours et 4,5 jours, mais au fond comment on a cinq jours bien faits du lundi au vendredi, de façon avoir aussi un mercredi qui soit épanouissant et éducatif pour les enfants par les activités de nature, les activités de culture et des activités sportives…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui paiera alors ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous y avons travaillé avec Agnès BUZYN, parce qu'il y a une dimension de politique familiale sur ces enjeux-là et aussi de soutien à la parentalité ; il y a aussi le ministère de la Culture et le ministère des Sports qui sont engagés, j'ai d'ailleurs annoncé le plan Mercredi avec Laura FLESSEL et Françoise NYSSEN ; et on va mobiliser toutes les forces de l'Etat et des collectivités du monde associatif qui va aussi bénéficier de ces soutiens là pour que les enfants aient des propositions le mercredi pour la culture, la nature, le sport.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Michel BLANQUER, est-ce que vous confirmez que dans les écoles et les collèges le portable interdit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui bien sûr, nous avons d'ailleurs déjà voté en première lecture la loi dans ce sens, elle sera adoptée définitivement je pense au mois de juillet et l'objectif c'est réellement que le portable - sauf pour des usages pédagogiques particuliers - le portable ne soit plus utilisé ni dans les écoles ni dans les collèges.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le portable reste dans le sac ou dans le cartable, mais, s'il sort, on le confisque ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, d'ailleurs la loi prévoit la confiscation pour la journée, simplement chaque établissement peut le faire à sa façon, mais la façon la plus classique sera sans doute celle-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux députés de votre majorité suggèrent où vous demandent d'interdire le portable aussi pour toute la communauté éducative, c'est-à-dire pour les enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ça c'était un amendement qui a été proposé dans la discussion, j'ai dit qu'à mes yeux ce n'était pas souhaitable pour toute une série de raisons, vous savez les règles applicables aux adultes ne doivent pas être les mêmes que celles appliquées aux enfants et à…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va aborder autre chose, dans certaines écoles - à Strasbourg et à Provins - les élèves portent désormais l'uniforme, est-ce qu'on peut imaginer que ça se généralise ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne pense pas que ça va généraliser, par contre ce que j'ai dit assez vite quand on m'a posé la question c'est que je ne voyais pas d'inconvénient à ce que quand il y a un consensus...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça se fasse.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça se réalise, j'avais moi-même permis que ça se passe dans certains établissements dans le passé, là il y a d'autres lieux qui le souhaitent, c'est tout à fait... vous avez c'est quelque chose d'assez courant dans bien des pays, il ne faut pas en faire un problème.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux questions très rapides, lundi, à Versailles, le congrès, Jean-Luc Mélenchon et les siens disent qu'il faut boycotter parce qu'on en est arrivé à l'ancien régime avec le monarque, premièrement, vous en pensez quoi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que c'est aussi une position qui n'est pas très républicaine, et c'est un peu étonnant d'utiliser cette expression de monarque quand soi-même, justement, on se met dans une position qui n'est pas républicaine, la Constitution prévoit le congrès, je trouve que c'est une question de dignité républicaine d'y assister, on a bien entendu le droit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une faute de ne pas y aller ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Une faute, bien sûr, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et dernière chose, en attendant que les électeurs évaluent, à son tour, Emmanuel MACRON, le président de la République, la presse est plutôt sévère, elle annonce pour lui des moments difficiles. Elle dit qu'il en fait trop, qu'il en fait trop tout seul, et Le Figaro dit : sa volonté de briser tous les tabous pour transformer le pays devient de la brutalité et de l'arrogance, vous le vivez comme ça ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas du tout, je vis évidemment l'exact contraire, je pense que le président de la République a été élu pour transformer le pays, il est en train de le faire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec brutalité…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais non, ce n'est pas avec brutalité, il le fait avec des difficultés, des obstacles, parce qu'il y en a beaucoup, c'est bien pour ça que c'est difficile, et les gens le savent, la population a élu Emmanuel MACRON en sachant qu'on avait besoin de quelqu'un qui ait cette énergie-là pour faire les transformations qui n'ont jamais été faites jusqu'à présent. Regardez la réforme de la SNCF, tant de choses avaient été dites dans le passé, rien n'avait été fait, enfin, ce gouvernement l'a fait sous l'impulsion du président de la République, regardez ce que nous avons fait, justement, la réforme du baccalauréat, on disait que c'était une montagne impossible à faire, nous l'avons fait, maintenant, ça s'accomplit dans la sérénité, ce qui est frappant aussi, c'est que nous réussissons à faire les choses, certes avec un grand nombre de gens qui ne manquent pas d'énergie pour critiquer, parce que ça, en général, ils sont très forts pour cela, mais la critique est facile, l'art est difficile. Et c'est pour cela d'ailleurs qu'il fallait quelqu'un de particulier comme Emmanuel MACRON.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, on voit que Jean-Michel BLANQUER prend goût à la politique. Merci d'être venu.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A bientôt, une autre fois, puisqu'il va y avoir la rentrée scolaire, vous serez bien accueilli, comme d'habitude, à C News. Demain, je recevrai Laurent WAUQUIEZ, qui n'a pas accordé d'entretien depuis très, très longtemps.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juillet 2018

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