Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 5 juillet 2018, sur la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 5 juillet 2018, sur la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
PATRICK COHEN
Bonjour Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

PATRICK COHEN
« Non, ce n'est pas vrai, tout le monde ne se fout pas de la biodiversité », c'est comme ça qu'Edouard PHILIPPE a commencé sa prise de parole à vos côtés hier soir au Muséum d'Histoire Naturelle, en réponse à l'un de vos coups de gueule il y a 3 mois à l'Assemblée nationale. Ce matin vous êtes convaincu, rassuré par la mobilisation du gouvernement au sujet de la biodiversité ?

NICOLAS HULOT
Oui, oui, non, non…

PATRICK COHEN
Oui, oui ou non, non ?

NICOLAS HULOT
Il faut que je contrôle mes mots là ce matin. Non, je suis rassuré parce qu'on a sorti ce sujet de l'ombre, c'est important, je pense qu'on se ressaisie, et ça va nous mettre maintenant dans une situation de cohérence, d'avancer, et ça va mettre en lumière ce sujet-là.

PATRICK COHEN
On se ressaisie parce qu'il y avait un peu de relâchement ?

NICOLAS HULOT
D'abord parce que fuir les faits ne les résout jamais. C'est un sujet complexe, qui auguré des préjudices largement aussi importants que le sujet climatique, et qui a, quelque part, pâti de l'ombre des changements climatiques, alors que les deux sujets sont indissociables. On gagnera les deux sujets ou on perdra sur les deux sujets. Si on veut gagner la bataille climatique, il faut s'allier avec les écosystèmes qui eux-mêmes stockent des gaz à effet de serre. Protéger les écosystèmes, ou les restaurer, comme on va notamment le faire pour ce qui concerne la contribution française, eh bien c'est la meilleure manière de protéger la biodiversité.

PATRICK COHEN
Il y avait eu quand même une loi sous le quinquennat Hollande.

NICOLAS HULOT
Oui, il y a des lois, mais souvent on a des objectifs, et c'est une tendance à laquelle on peut céder tous, on se fixe des objectifs et puis après il n'y a pas d'évaluation derrière, là on rentre dans le côté opérationnel. C'est une mobilisation générale, ce plan est un départ. Il y a un objectif derrière ce plan, c'est que moi je veux que la France gagne en crédibilité, sur la biodiversité, pour prendre le même leadership que l'on avait fait sur le climat, parce que, en 2020, en Chine, il y a une COP, qui est un peu l'équivalent de la COP Climat, pour la biodiversité, qui est la COP15, et je souhaiterai avoir une mobilisation internationale pour que toute la communauté internationale ait des engagements aussi forts pour lutter contre cette tragédie silencieuse qu'est l'érosion de la biodiversité. Que les Français comprennent bien, la biodiversité c'est l'ensemble du vivant, et ce vivant, il nous nourrit, il nous soigne, il nous protège, et à aucun moment il faut imaginer que l'homme n'aura pas de conséquences tragiques si l'on réduit, comme c'est la perspective actuelle, le vivant de 40 à 50 % en cours de siècle.

PATRICK COHEN
L'homme arme de destruction massive, dites-vous, de la biodiversité, Nicolas HULOT…

NICOLAS HULOT
Oui, mais il faut malheureusement le constater, c'est inédit dans l'histoire du vivant. Rendez-vous compte que ce que la nature a commis sur des centaines de milliers, ou même de millions d'années, nous en l'espace de quelques décennies on peut le compromettre. Comprenez que le vivant c'est notre boîte à outils pour faire face aux enjeux du futur, plus on réduit la biodiversité, plus on ampute l'Humanité.

PATRICK COHEN
Alors, on va prendre quelques exemples, parce que vous avez annoncé une centaine de mesures ou d'objectifs. Exemple de la lutte contre la bétonisation, ou l'étalement urbain. Comment voulez-vous empêcher les maires, les collectivités, de construire, ici des logements, là un centre commercial, une zone industrielle, c'est leur vocation de développer l'emploi, l'activité, le confort de leurs administrés ?

NICOLAS HULOT
C'est probablement l'équation la plus compliquée à avoir, parce qu'il y a des consommations de terres qui peuvent se justifier, notamment dans le domaine du logement, mais il y a eu une gourmandise totalement excessive, et d'ailleurs la tendance, regardez, qu'est-ce que les maires souhaitent, pour un certain nombre de communes ? C'est maintenant de revitaliser le coeur des villes, les centres villes. Donc, on va commencer, nous, à payer des expérimentations, avec l'ADEME, avec le Plan d'Investissements d'Avenir, pour apprendre à désartificialiser, parce que, très sincèrement, autant le logement…

PATRICK COHEN
Il y a eu un plan annoncé en décembre par le Premier ministre là-dessus !

NICOLAS HULOT
Oui, mais justement, tout ça, ça fait partie d'un tout, mais il va falloir qu'on commence à désartificialiser. Mais surtout, moi, dans un premier temps, territoire par territoire, on va demander la transparence, les dynamiques d'artificialisation, et on va demander aux maires de prendre leurs propres responsabilités, et puis après on va regarder comment va la dynamique…

PATRICK COHEN
Comment on peut compenser, c'est-à-dire compenser chaque mètre carré supplémentaire bétonné, par la création d'espace naturel ?

NICOLAS HULOT
A terme c'est ce à quoi il va falloir aboutir, on se fixe 1 an pour pouvoir se fixer un calendrier, parce que c'est un objectif, effectivement, qui est incontournable, mais en l'état, pour être tout à fait franc, pour se fixer un calendrier il faut qu'on regarde les choses un petit peu dans le détail.

PATRICK COHEN
Mais est-ce que ça vaudra pour les projets actuels ? Par exemple la rocade Ouest de Strasbourg, projet auquel vous avez donné votre feu vert en janvier, 24 kilomètres de bitume en plus.

NICOLAS HULOT
Alors, il faut comprendre une chose, c'est qu'il y a des projets qui sont engagés, parce qu'ils ont été souhaités par les autorités locales, il y a ce qui était engagé hier, moi ce que je veux c'est qu'on change de mentalité demain, et qu'on sorte de la bétonisation à outrance, de ces projets démesurés…

PATRICK COHEN
Alors, il y a un autre exemple de projet démesuré, les 80 hectares de terres agricoles de Gonesse, dans le Val-d'Oise, qui doivent être absorbés par le complexe EuropaCity.

NICOLAS HULOT
Oui, ça c'était le projet initial…

PATRICK COHEN
Non, il y a toujours 80 aux dernières nouvelles.

NICOLAS HULOT
Eh bien vous en avez plus que moi, parce que je crois que le projet il a été revu à la baisse, j'attends de voir ce que va être EuropaCity, mais je l'ai dit hier en conférence de presse, moi, d'avoir un centre commercial, gigantesque, avec une station de ski artificielle, mais ça c'est la folie des grandeurs du 20e siècle, c'est exactement ce que je ne veux plus demain. Mais, encore une fois, je ne peux pas imposer mon autorité partout, je fais un appel justement à la conscience collective, parce que je pense qu'il faut qu'on ait une pleine conscience qu'on a besoin de sanctuariser nos terres agricoles. Je veux aussi provoquer un changement d'état d'esprit, on le fera dans un premier temps de manière volontaire, après on pourra le faire de manière un peu plus contraignante.

PATRICK COHEN
Est-ce qu'il ne faudrait pas un moratoire sur les créations de centres commerciaux, par exemple ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, s'il faut qu'on y arrive, on le fera. Non, non, mais comme je vous que la tendance est en train de s'inverser… on a reçu, avec le président de la République, l'autre jour, des maires qui maintenant se plaignent que les coeurs de villes, les centres villes, se soient vidés, qu'il n'y ait plus d'activité, eh bien on va accompagner cela…

PATRICK COHEN
Ça pourrait faire partie du plan.

NICOLAS HULOT
On va accompagner cela.

PATRICK COHEN
Expliquez-nous, Nicolas HULOT, votre plan anti-plastique, comment allez-vous faire disparaître les objets à usage unique comme les pailles ou les touillettes à café ?

NICOLAS HULOT
On va tout simplement en interdire le commerce.

PATRICK COHEN
Quand ?

NICOLAS HULOT
Les pailles, il y a un décret qui va sortir bientôt, et puis après on va « enquiller », pardon de l'expression, sur les objets qui représentent 80 % de la pollution dans nos océans, et à terme, en 2025, notre objectif, et on mettra le réglementaire qu'il faut dessus, et on travaillera avec les industriels, il faut qu'en 2025 on n'ait plus que 100 % de plastique recyclable et zéro plastique qui aille aux océans, c'est la plaie et c'est une des causes majeures de l'érosion de la biodiversité dans les océans. Hier nous avions une communication entre le Premier ministre et l'équipage de Tara, qui est dans le Nord Pacifique, sur ces fameux « Continents plastique », qui en réalité sont des océans de plastique, il y aura bientôt, on l'a déjà dit, mais ce n'est pas une vue de l'esprit, en quantité de masse, plus de plastique dans les océans que de matière organique.

PATRICK COHEN
Vous nous annoncez ce matin qu'il y aura une série de décrets d'interdiction, dans les mois à venir, sur des objets précis ?

NICOLAS HULOT
Oui, les cotons-tiges, les assiettes de pique-nique jetables, les objets, qui ont été identifiés, qui représentent la majorité des déchets plastique dans les océans…

PATRICK COHEN
Tout ça va disparaître du marché français ?

NICOLAS HULOT
Oui, oui, et d'ailleurs voyez que certains distributeurs ont pris les devants, puisque, je ne vais pas le citer pour ne pas lui faire de la publicité, mais un distributeur a pris les devants et a soustrait, à la vente de ses magasins, un certain nombre de produits, dont certains que je viens de citer.

PATRICK COHEN
Et il y a des substituts pour chacun de ces objets, en bois ?

NICOLAS HULOT
Evidemment qu'il y a des substituts…

PATRICK COHEN
Question naïve, pardon.

NICOLAS HULOT
Mais même avec des algues on peut fabriquer des contenants qui ont exactement les mêmes vertus et les mêmes caractéristiques, mais ça va de pair avec le fait. Aujourd'hui le monde produit des centaines de millions de tonnes de plastique, alors qu'on doit sortir des énergies fossiles, donc je ne vois pas comment on peut d'un côté sortir des énergies fossiles, et continuer à développer l'industrie du plastique. Donc, si on ne leur fixe pas des limites, et ça c'est toute ma politique, je fixe des limites, et, croyez-moi, ils auront des substituts dans un temps excessivement court.

PATRICK COHEN
Cet ensemble de mesures pour la sauvegarde de la biodiversité il va peser dans votre bilan à vous, Nicolas HULOT, il vous incitera à penser que vous êtes utile et que votre place est toujours au sein de ce gouvernement ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, ce qui est certain c'est que ça fait partie, au moins dans cette année, quand on commence à regarder les choses avec un peu d'objectivité… moi j'ai toujours tendance à voir le vide à moitié vide, pourquoi ? Parce que je touche à des sujets qui sont cruciaux, qui sont déterminants, qui sont vitaux, qu'on a ajourné pendant des années, qui touchent à la santé, qui touchent à l'avenir de l'Humanité, donc chacun peut comprendre une forme d'impatience, ce n'est pas exigence. Mais, quand on regarde, le plan climat, la réussite de la sortie…

PATRICK COHEN
Dont vous allez faire le bilan demain.

NICOLAS HULOT
La sortie de Notre-Dame-des-Landes, l'avancée incroyable sur le changement de détermination de méthodes pour commencer à sortir de toutes ces molécules qui empoisonnent l'atmosphère et empoisonnent les sols, quand je vois ce plan biodiversité, je me dis quand même que ça commence à faire quelque chose de conséquent.

PATRICK COHEN
Et avec un environnement qui est de plus en plus imprégné de ces questions. Edouard PHILIPPE, on l'a entendu hier, alors il parle tout le temps du best-seller de Jared DIAMOND, qui alerte sur ces questions, « Effondrement »…

NICOLAS HULOT
Collapse.

PATRICK COHEN
En anglais, c'est vous qui lui avez conseillé ?

NICOLAS HULOT
Non, non, j'ai découvert dans un Facebook live que nous avons fait ensemble il y a de cela quelques jours, qu'il en était un lecteur, évidemment moi c'est une référence, et c'est intéressant de voir qu'Edouard PHILIPPE l'a lu, s'en est imprégné et en tire des leçons, parce que quel est le grand message de ce livre ? C'est que les grandes civilisations elles ont disparu parce qu'elles étaient incapables de prendre conscience de leurs propres limites et les limites de leurs ressources naturelles, et quelque part ça interpelle sur un modèle, qui lui épuise les ressources naturelles. Donc, le fait qu'Edouard PHILIPPE s'imprègne de ce livre, ça ouvre de grands espoirs dans l'harmonisation entre Matignon et mon ministère.

PATRICK COHEN
C'est un livre qui avait été cité plusieurs fois par Nicolas SARKOZY en son temps, mais DIAMOND il évoque, dans son livre, dans son raisonnement, la surpopulation, est-ce que ça fait partie de votre réflexion ? C'est un angle aveugle du raisonnement écologique aujourd'hui, Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
On peut se poser la question, il ne faut pas le mettre de côté, et je pense que l'éducation, le Planning familial, auront toujours leur justification. Mais vous savez, le jour où, déjà, on aura éradiqué tous les prélèvements indus de l'Humanité sur les ressources naturelles, qu'on sera sorti de ce que j'appelle cette civilisation du gâchis, cette civilisation du jetable, cette civilisation de l'usage unique… prenez simplement l'eau, 60 % de l'eau qu'on consomme dans le monde elle est pour l'agriculture, tant mieux, sauf que 2 ou 3 % seulement de cette eau est nécessaire à la croissance de la plante. Est-ce que la technologie ne peut pas nous permettre d'optimiser ce type de prélèvements ? Quand il y a des pêches où pour quatre espèces de poissons, convoitées, on va en dégrader, en détruire une centaine, ça c'est la civilisation dont il faut qu'on sorte, et on se posera le problème démographique dans la foulée.

PATRICK COHEN
Un mot aussi, l'environnement inscrit dans la Constitution, dans l'article 1, on pourrait vous dire que c'est l'une des marques que vous aurez laissé ?

NICOLAS HULOT
Mais c'est vachement bien, c'est bien que le gouvernement soit revenu à cela, ait décidé de le mettre dans l'article 1 avec le mot « biodiversité » et « changement climatique » parce qu'il faut être cohérent entre les faits et notre droit, c'est le grand enjeu du 21e siècle, qui conditionne tout ce qui a de l'importance dans nos démocraties, donc je me réjouis de cela. Ce n'est pas fait, puisqu'il faut maintenant que les deux Assemblées se mettent d'accord, mais que le gouvernement le propose, je m'en réjouis.

PATRICK COHEN
Question d'Hélène JOUAN.

HELENE JOUAN
Oui, Nicolas HULOT, EDF a reconnu hier que les problèmes de soudure de l'EPR de Flamanville auront un impact finalement sur sa date de mise en service, on passe donc de fin 2018 à un peu plus tard encore, quelques mois après un total de plus de 7 années de retard. Est-ce que vous serez le ministre qui fermera Flamanville (sic), pardon, Fessenheim…

PATRICK COHEN
Fermer Flamanville avant qu'il soit ouvert…

NICOLAS HULOT
Ecoutez, moi, je vais faire les choses en fonction de ce que l'ASN va me dire, c'est la seule chose qui…

PATRICK COHEN
L'Autorité de Sûreté Nucléaire…

NICOLAS HULOT
Je ne peux pas imaginer, mais en même temps, si demain, l'ASN me dit : on ne peut pas ouvrir Flamanville, je n'ai pas forcé l'ouverture de Flamanville pour faire plaisir à je ne sais qui. Donc d'abord, ce qui prime pour moi, c'est la sécurité. Ce qu'on voit simplement actuellement, c'est que, il y a quand même caractéristique dans tout cela, c'est qu'on n'est jamais sûr de rien, voilà, et donc, j'invite tout le monde dans cette réflexion sur la programmation pluriannuelle de l'énergie à regarder les choses avec beaucoup d'humilité et sortir des positions dogmatiques, voilà, simplement, je pense que chacun comprend ce que je veux dire.

PATRICK COHEN
Dans quelques jours, on ne sait pas quand exactement, vous aurez votre entretien d'évaluation, comme tous les ministres, avec le chef du gouvernement, c'est Edouard PHILIPPE qui va évaluer…

NICOLAS HULOT
Ça va mal se passe à mon avis…

PATRICK COHEN
Votre action, ou c'est vous, Nicolas HULOT, qui allez évaluer le bilan du gouvernement ?

NICOLAS HULOT
Non, non, mais… vous savez, il y a deux choses. D'abord, moi je dépends des décisions du président et du Premier ministre, et ils ont raison d'évaluer notre action, ça me paraît être une manière de manager le gouvernement nécessaire, mais moi, ce que je pense que ce qu'il faut y ajouter, c'est qu'il faut qu'un ministre il ait sa propre autoévaluation, on ne peut pas s'auto-satisfaire en permanence, les Français attendent de nous qu'on soit exigeant et qu'on ne soit pas content en permanence.

PATRICK COHEN
Et alors, il y a des choses sur…

NICOLAS HULOT
Je vous l'ai dit, chaque chose en son temps.

PATRICK COHEN
Il y a des choses que vous avez ratées ?

NICOLAS HULOT
Quoi ?

PATRICK COHEN
Vous ?

NICOLAS HULOT
Il y a forcément des choses qu'on n'a pas encore, sur lesquelles on n'a pas encore abouti, mais voilà. Attendez, en 1 an on a fait déjà… honnêtement, quand on regarde, et moi-même…

HELENE JOUAN
Donc vous continuez.

PATRICK COHEN
Voilà, vous vous inscrivez dans la durée, c'est ça qu'on retient ce matin.

NICOLAS HULOT
Regardons déjà ce qu'on a fait en 1 an.

PATRICK COHEN
Oui, oui, c'est bien. Merci Nicolas HULOT d'être venu ce matin en direct au micro d'Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juillet 2018

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